littérature îles britanniques·policier·sortie en poche

Kate O’Riordan, La fin d’une imposture

finduneimposture« Rosalie voulut attraper la main de son mari. L’idée folle lui traversa l’esprit que si elle pouvait juste toucher sa peau, tout s’arrêterait. L’horloge reculerait de trois jours jusqu’à sa dernière conversation avec Rob. »
Une affreuse nouvelle frappe de plein fouet une famille londonienne. Leur fils Rob, qui était en vacances en Thaïlande, s’est noyé là-bas. Les six mois qui suivent sont terribles pour les parents, d’autant plus que leur fille cadette, Maddie, s’enfonce dans la drogue et la délinquance. Jusqu’au jour où mère et fille croisent le chemin de Jed, un jeune homme parfait qui semble avoir une bonne influence sur Maddie.

« C’était aussi loin que possible des aspirations de la petite Rosalie dans son HLM de Manchester. Pour elle, la maison et le quartier demeureraient à jamais chics. »
Le début fonctionne bien, le thème du deuil qui est, me semble-t-il, récurrent chez l’auteure, est l’objet d’une analyse sensible et pleine de vérité. Elle rend bien compte également des différences de milieu social et de la manière dont Rosalie se reconnaît dans Jed, elle qui, vingt ans auparavant, s’était sentie mal à l’aise en tant que petite provinciale arrivant à Londres.

« Le sentiment désagréable qui se développait en lui à chacune de ses visites à la cité faisait écho à celui qu’il éprouvait en présence de Jed Cousins. »
Je ne suis par contre qu’à moitié convaincue par la suite du roman. Le personnage de Jed, et ses relations avec Rosalie, notamment, me paraissent bien trop exagérés. Je sais bien que sans cela, il n’y aurait pas d’histoire, mais cela me gêne tout de même. Je pense qu’en fait ma perplexité vient sans doute de ce que les romans précédents de Kate O’Riordan que j’ai lus n’étaient pas des thrillers, alors que celui-ci en est un, clairement, indiscutablement. Du coup, il reprend les caractéristiques du thriller pour amener le lecteur à trembler pour les personnages, au dépend sans doute d’une parfaite finesse psychologique.
Mais je ne peux pas faire trop la fine bouche parce que j’ai, je l’avoue, dévoré ce livre en deux petites journées, preuve qu’il était tout de même prenant. Certains personnages m’ont remuée, et d’ailleurs la fin rattrape largement les quelques faiblesses du milieu du roman, en redonnant une nouvelle perspective pour comprendre le déroulement des événements.

La fin d’une imposture (Penance, 2016) éditions Folio policier (janvier 2017) 438 pages, traduit par Laetitia Devaux. Merci à Folio pour cette lecture.

De la même auteure, sur le blog, Le garçon dans la lune.
Les avis d’Aifelle
et Cathulu.

littérature îles britanniques·policier·projet 50 états·rentrée hiver 2017

Ray Celestin, Mascarade

mascaradeIl se passait vraiment un truc inédit à Chicago et Louis fit un grand sourire en songeant à la singulière beauté de cet événement.
C’est tout d’abord un plaisir de retrouver les personnages de Carnaval. La fin du roman précédent était assez ouverte, et je savais que la jeune détective Ida Davies partait pour Chicago. Ce sont donc les deux détectives, Ida et Michael, ainsi que notre jazzman favori, Louis Armstrong himself, qui vivent, une décennie plus tard, en 1928, à Chicago.

Il y eut une espèce d’explosion, puis un torrent de whisky jaillit par les fenêtres et se déversa comme une cascade devant le bâtiment. Des milliers de litres giclèrent des orifices de la maison et de mirent à dégouliner pour former un lac qui ne tarda pas à engorger le caniveau et les bouches d’égout.
C’est la pleine époque de la prohibition. Al Capone règne sur le trafic d’alcool et gare à qui ose s’immiscer dans ses affaires ou lui faire de la concurrence !
Le début de la modernité, des premières automobiles, la grande époque des clubs de jazz va aussi avec une grande pauvreté, des discriminations moins marquées que dans le sud, mais réelles, des emplois physiques éreintants, notamment aux abattoirs, et un omniprésence du crime organisé.


Il observa la rue qui menait à l’Hôtel Métropole. C’était un bâtiment de sept étages, avec des fenêtres en saillie qui émaillaient la façade jusqu’en haut, ce qui donnait l’impression de tourelles à moitié incrustées dans la brique, comme si l’immeuble était en train de se transformer en château.
Une femme de haute bourgeoisie vient demander à Ida et Michael d’enquêter sur la disparition de sa fille et de son fiancé. En même temps, un homme est trouvé mort et mutilé dans une ruelle.
D’autres personnages vont mener des enquêtes à leur manière, un photographe qui se rêvait policier, et un type hanté par son passé qui revient pourtant à Chicago où tout lui rappelle ses malheurs. Les différentes affaires vont, on le pressent tout de suite, se croiser, mais Ray Celestin n’est pas un auteur qui traite à la va-vite la psychologie pour se précipiter dans les scènes d’action. Elles existent, certes, mais il prend le temps d’installer les personnages, de créer une atmosphère, de décrire les lieux, et cette fois encore, comme à La Nouvelle-Orléans en 1918, l’effet est magistral, on s’y croirait vraiment. Pour moi, ce roman est aussi réussi que Un pays à l’aube de Dennis Lehane, et ce n’est pas un mince compliment !
L’auteur s’est donné un projet des plus ambitieux, qu’il explique à la fin de Mascarade : écrire un cycle de quatre romans, sur l’histoire du jazz et la mafia, en changeant à chaque fois de décennie, de ville, de saison, de condition météorologique, et même en y associant un thème musical ! Le suivant sera en automne… à New York, bien entendu, et je me réjouis déjà de le lire.
Pour amateur de polars, certes, mais qui sont particulièrement sensibles aux aspects historiques, sociaux et géographiques.

 

L’atmosphère s’était alourdie, entre les hurlements perçants des animaux, l’odeur écœurante du sang et du fumier et les odeurs encore plus violentes de désinfectant et de combustion d’essence. Et au milieu de cette puanteur infernale, des excréments et de ce carnage industriel, Jacob remarqua quelque chose d’étrange : des touristes. Il y avait des groupes que des guides encadraient comme s’ils visitaient un studio hollywoodien.
Les lieux du roman : les grands hôtels de Chicago, là où Al Capone se retranchait pour plus de sécurité, les clubs de jazz, les ruelles sordides, les quartiers pauvres. Tout comme dans Carnaval où l’on découvrait les multiples aspects de la Nouvelle-Orléans en 1918, on visite cette fois le Chicago des années 20… Je vous propose quelques images aussi, pour vous mettre dans l’ambiance si bien restituée par l’auteur.


Ray Celestin, Mascarade (Le Cherche-midi, février 2017) Traduit de l’anglais par Jean Szlamowicz, Dead man’s blues (2016) 576 pages

Projet 50 états, 50 romans : l’Illinois

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littérature Amérique du Nord·nouvelles·policier

Craig Johnson, Incendiaire

incendiaireSympathique initiative !
Laquelle ? Celle de Martine qui propose La bonne nouvelle du lundi, pour mettre en lumière le genre des textes courts. Je souscris volontiers à cette idée et je me donne pour objectif de proposer un auteur à découvrir ou à redécouvrir, et une nouvelle qui permet d’entrer dans son univers… Mais ce ne sera pas chaque lundi, (non, je me connais !) mais un lundi de temps à autre, selon mes lectures.

Craig Johnson
Je commence avec Craig Johnson, qui publie des romans policiers chez Gallmeister depuis maintenant un certain nombre d’années, depuis 2009 précisément, et qui ne manque jamais de venir à différentes rencontres et fêtes du livre françaises pour les présenter. Ce qui fait que bon nombre d’entre vous connaissent son légendaire chapeau, et son sourire communicatif ! craigJ.jpg

« –J’ai pas flanqué le feu à ma foutue chambre. (Il prit une nouvelle gorgée pour étouffer l’esprit de fête ambiant.) Putain de bon Dieu. Ce foutu truc était même pas branché. »
Les personnages des nouvelles de Craig Johnson sont les mêmes que ceux de ses romans, le shérif du comté d’Absaroka, Walt Longmire, son ami indien Henry Standing Bear, ses adjoints du bureau du shérif, et différentes autres figures de la petite ville où tout le monde se connaît.
Dans la nouvelle que je viens de lire, Walt passe le réveillon avec Lucian, l’ancien shérif qui vit, à son grand désarroi, en maison de retraite. Le pauvre Lucian se retrouve de gré ou de force obligé de rester dans la salle commune car sa chambre a subi un début d’incendie. Incident qui le perturbe, bien évidemment, dans la mesure où il a du mal à admettre qu’il aurait été imprudent, et aurait déclenché lui-même cet incendie. D’anciennes photos affichées au mur de la maison de retraite vont alors donner à Walt l’occasion de faire preuve de son intuition légendaire… et peut-être ainsi de réconforter son ancien collègue.

« La quasi-totalité des discours de Bud avait un rapport avec l’alcool ou avec les femmes. »
Pas si facile d’écrire une nouvelle policière, en installant une situation critique, des personnages suffisamment nombreux, et de résoudre une enquête en une douzaine de pages… pourtant Craig Johnson y réussit fort bien, laissant parler aussi bien son humour que son sens du portrait incisif et parlant. Il ne faut pas s’attendre à une action trépidante, mais c’est sympathique et bien mené.
C’est le deuxième nouvelle que je lis, sans parler des romans. D’ailleurs toutes les nouvelles sont accessibles facilement sur le site de l’éditeur Gallmeister, et vous pouvez donc aller faire à volonté un petit tour dans le Wyoming grâce à ses nouvelles, avant ou après avoir lu un de ses romans !
Et ça, c’est vraiment une bonne nouvelle, non ?

 

Retrouvez la bonne nouvelle du lundi chez Martine ici ou .
bonnenouvelle

 

littérature îles britanniques·policier

M.C. Beaton, Agatha Raisin enquête, La quiche fatale

agatharaisin_quiche« La retraite pourrait s’avérer extrêmement agréable, pour peu qu’elle oublie tout de Reg Cummings-Browne et de cette fichue quiche. »
Attention, lecture légère aujourd’hui ! Légère, mais savoureuse et très plaisante… Les deux premiers tomes de cette série qui n’en compte pas moins de 27 outre-Manche sont sortis en juin, tout juste pour le mois anglais, et j’avais repéré leurs jolies couvertures et surtout des avis plutôt favorables sur plusieurs blogs. Comme précipitation n’est pas (pas toujours, du moins) mon second prénom, j’ai pris note et attendu un peu… et ai trouvé les deux romans quelque mois plus tard dans une boîte à livres bien garnie ce jour-là !

« Agatha n’était habituée qu’à trois registres : autoritaire avec ses employés, insistant avec les médias, onctueux avec ses clients. »
Voici donc Agatha Raisin, qui, fraîchement retraitée (d’une agence de publicité), décide de réaliser un rêve de toujours, acheter un cottage dans un pittoresque village des Cotswolds. Mais Agatha, pure londonienne, peu habituée aux relations de voisinage, qui ne sait ni jardiner, ni cuisiner, trouve vite ce cottage savamment restauré et les habitants de Carsely plutôt mornes et ennuyeux. Cherchant toutefois à s’intégrer, elle décide de participer à un concours de quiches. Il faut savoir qu’Agatha ne connaît que les plats de traiteur ou les surgelés…


« Un lieu charmant n’attirait pas nécessairement les gens charmants. »
Agatha est peu sympathique, mais c’est ce qui fait la saveur de l’histoire, de se régaler de ses relations compliquées par son caractère, ainsi que de l’espoir de lui voir apparaître quelques soupçons d’humanité. D’ailleurs les autres personnages lui disputent le titre d’enquiquineurs et enquiquineuses publics du petit village de Carsely. Au mieux, ils sont relativement indifférents et ne parlent que du temps qu’il fait, au pire, ils voient mal l’arrivée de cette nouvelle voisine. Surtout quand sa quiche « de compétition » empoisonne un retraité chargé de juger les plats du concours. L’enquête menée par Agatha, qui trouve là un dérivatif à sa mesure, est un prétexte à décortiquer les relations et les conventions du petit bourg anglais, le genre d’endroit où l’on est toujours un nouvel arrivant vingt ans après s’être installé.


« Une brusque averse venait de tomber. Comme Londres sentait bon le béton mouillé, les vapeurs d’essence et de gasoil, les détritus, le café chaud, les fruits et le poisson, toutes ces odeurs si chères et familières à Agatha ! »
J’ai tout de suite adopté cette quinquagénaire si peu accoutumée à la vie campagnarde. Le style est enlevé et dynamique, et malgré quelques tournures maladroites, dues peut-être à la traduction, je me suis délectée de l’histoire. Ce n’est pas l’enquête en elle-même qui fait la saveur du livre, c’est l’humour typiquement anglais, alliage de descriptions efficaces et d’observations bien senties, qui fait qu’on se régale sans chipoter ! J’ai déjà le deuxième sous le coude pour le cas où… et je note que l’auteur sera aux Quais du Polar fin mars !

Agatha Raisin enquête : la quiche fatale (The quiche of death, 1992) éditions Albin Michel (2016) traduit par Esther Ménévis, 320 pages

Les avis de Anne, de George ou de Keisha, parmi d’autres !
Un billet sur les romans et l’humour ici et la catégorie correspondante avec pas mal de lectures !

littérature Amérique du Nord·policier

Martin Michaud, Sous la surface

souslasurfaceJe viens de me rendre compte que je participe au mois québecois sans le savoir, ou presque. Cela faisait un moment que j’avais noté ce polar, je l’ai déniché à la bibliothèque, et il se trouve que l’auteur est québécois.
Plus qu’un polar, c’est un thriller, qui tout à fait prenant dès les premières pages, et pratiquement d’actualité. La partie contemporaine commence en effet en mars 2016 pendant la campagne pour les primaires démocrates aux États-Unis, plus précisément en mars, au moment du super Tuesday. On nage en pleine politique-fiction et cela n’est pas pour me déplaire. Le personnage principal, Leah, est la femme et le soutien très proche du candidat à la primaire qui a le plus de chance de l’emporter, Patrick Adams. Cependant, un retour en 1991 nous permet de savoir que le passé de Leah comporte un drame, son petit ami, premier amour de sa vie, s’étant noyé pour porter secours à une jeune femme dont la voiture était tombée dans un fleuve.
Au moment clé de l’intrigue, Leah retourne, pour les besoins de la campagne électorale, à Lowell, la ville où elle vivait jeune, et reçoit un petit mot qui la bouleverse, car seul son ami mort pouvait en savoir assez pour lui écrire cela. Serait-il vivant, finalement ? Et pourquoi n’aurait-il pas donné de nouvelles pendant vingt-cinq ans ? Les pages tournent toutes seules et les rebondissements s’enchaînent à vive allure.
Toutefois, à partir de la moitié du roman, on verse vraiment dans les codes et les scènes incontournables du thriller, ce qui plaira aux adeptes du genre, mais pour moi, c’est un peu trop. J’imagine que cela pourrait donner un film ou une excellente série télé, mais à un roman je demande un peu autre chose, notamment un peu plus de crédibilité. Sinon, l’entourage du candidat montre une galerie de portraits très bien incarnés, les petites et grandes magouilles électorales tout à fait imaginables. Ce sont les scènes d’action qui m’ont lassées quelque peu, mais je dois avouer que c’est tout de même très bien manigancé. J’imagine que c’est un roman qui s’oubliera vite, sauf peut-être le personnage de Leah coincée entre son ancien amour, toujours vif, et ses loyautés présentes, assommée par ce qui lui arrive, et toutefois pleine de force.

L’auteur : Martin Michaud, né à Québec ne 1970, est musicien et scénariste québécois, auteur de thrillers et de romans policiers. Il a été avocat d’affaires avant de se consacrer à l’écriture. Ses quatre premiers polars obtiennent beaucoup de succès et cinq prix littéraires. Sous la surface figure dans le Top 5 des meilleurs polars de l’année 2013 de La Presse et de plusieurs autres publications. En 2013, il remporte le Prix Saint-Pacôme du meilleur roman policier pour Je me souviens. Martin Michaud adapte aussi ses œuvres pour la télé.
354 pages.
Éditeur : Kennes éditions (2013)

Lu aussi par Argali.
Le mois québécois, c’est chez Karine !
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littérature Europe du Sud·policier

Marco Malvaldi, Le mystère de Roccapendente

mysterederoccapendentePour les gens à l’esprit morbide qui aiment les descriptions détaillées, nous dirons que le cadavre était recroquevillé sur une chaise en osier, avec une main qui pendait, d’une blancheur impressionnante, alors que le visage était violacé. La veste de travail de Teodoro était soigneusement posée sur un cintre. Sur un guéridon, face au défunt, se trouvait un plateau avec une bouteille de porto et un verre contenant un peu de vin rouge.
J’ai raté le jour du roman policier au cours du mois italien, mais ce n’est pas très grave car ce roman n’est pas vraiment un polar. Même si son point de départ est une mort mystérieuse, le propos est essentiellement ailleurs. Il est dans la description d’un microcosme, le château du baron de Roccapendente, la famille, les domestiques et les invités. Tout le monde se demande qui vont être ces invités, l’un serait même, pense le fils poète, un homme de lettres auquel il pourrait demander conseil, voire devenir son disciple. Las, il s’agit d’un auteur de livres de cuisine, quelle déception ! Quant à l’autre invité, il est photographe, et chacun de se demander ce qu’il vient faire là. En cette année 1895, on parle des frères Lumière qui viennent d’inventer le cinématographe et Sir Arthur Conan Doyle a déjà créé Sherlock Holmes, qu’un des protagonistes lit dans le texte, au grand dam des vieilles filles, sœurs du baron, qui lorgnent sur le dessin de couverture en pinçant les lèvres.
Il s’agit donc pour le délégué à la sécurité publique dépêché au château de trouver qui a assassiné Teodoro. Mais pendant ce temps, le lecteur se régale surtout des petites incursions et clins d’œil de l’auteur dans le cours du récit, de l’humour avec lequel il traite les situations, de l’atmosphère de fin de siècle en Toscane… J’ai appris en faisant des recherches pour ce billet que Pellegrino Artusi, critique gastronomique et père de la cuisine nationale italienne, a réellement existé. Ce qui classe ce roman à part parmi ceux de Marco Malvaldi, les autres ayant un cadre plus contemporain. Quant aux recettes à la fin du livre, elles n’ont donc rien de fantaisiste. C’est vraiment piquant, délectable, une lecture agréable et facile entre deux autres plus sombres, loin des drames qui sont mon fond de lecture habituel !


Citation : Entre-temps, Artusi avait mené à bien l’opération d’avaler son café en conservant ses grosses moustaches étonnamment propres grâce à la technique dite « du fourmilier » (bouche en forme de trompe, lèvres tendues vers l’avant et rapide succion, si possible silencieuse, et ainsi de suite) si chère aux propriétaires de moustaches dans le monde occidental.


L’auteur : Marco Malvaldi est né en Toscane en 1974. Il a fait des études de chimie et été chercheur. Passionné de chant lyrique, il fait une brève carrière de chanteur professionnel. Son premier roman, La briscola à cinq, paraît en 2007.
208 pages.
Éditeur : 10/18
Traduction : Lise Chapuis
Titre original : Odore di chiuso

Ce livre trouvé opportunément dans une boîte à livres de mon quartier est donc une lecture pour le mois italien, la deuxième. A lire aussi, les avis plus anciens de Eimelle, Florence ou Yv.
moisitalien

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littérature îles britanniques·policier·premier roman·sortie en poche

Ray Celestin, Carnaval

carnavalJe termine le mois américain avec un roman écrit par un auteur anglais, mais qui se situe entièrement à La Nouvelle-Orléans.
C’est un polar basé sur une série de meurtres jamais élucidés, en 1919, dans la ville de Louisiane : un individu s’introduisait sans laisser de traces dans des appartements, tuait à la hache les habitants et repartait sans rien voler, mais en ayant nettoyé soigneusement son arme et ses vêtements. Le roman commence par une lettre réelle envoyée par le mystérieux personnage au journal local, lettre qui se termine ainsi « En espérant que vous voudrez publier cette missive, en vous souhaitant de vivre heureux, je reste le pire démon qui ait jamais existé dans votre monde ou vos cauchemars.
Le Tueur à la Hache. »
Une enquête est bien évidemment diligentée pour que la police tente de retrouver le tueur, elle est menée par Michael Talbot, un lieutenant d’origine irlandaise, dont la vie est compliquée par un secret, qu’on connaît assez rapidement. Ce policier est plutôt efficace, mais le tueur ne laisse que très peu de traces et de pistes à suivre. L’idée géniale de l’auteur est d’avoir lancé en parallèle deux autres enquêteurs tout à fait atypiques, qui suivront des pistes sensiblement différentes : Luca d’Andrea, un ex-policier sortant de prison, à qui la mafia locale, d’origine sicilienne, confie la tâche de savoir qui est le tueur à la hache, et Ida, la toute jeune employée d’une agence de détectives, qui lassée du travail d’accueil et d’archivages, se lance de son propre chef dans une enquête. Elle est aidée de son ami Lewis, trompettiste dans un orchestre, tout aussi jeune qu’elle, que je vous laisserai le plaisir de découvrir.
Trois enquêtes donc, au même moment, et avec la mafia en arrière-plan, puisque plusieurs victimes sont des épiciers italiens, susceptibles d’être reliés d’une manière ou d’une autre à la Famille.
Ce premier roman ne manque pas de surprendre par sa construction et par la présence donnée à ses personnages, dont pas un ne tire la couverture à lui : ils sont tous également passionnants, et l’impatience grandit de chapitres en chapitres, pour savoir ce qu’il va leur arriver. Quant à la ville de La Nouvelle-Orléans, rarement j’ai eu l’impression d’être à ce point immergée dans un lieu précis un siècle plus tôt. Si, je me rappelle le Boston de Dennis Lehane dans Un pays à l’aube, d’ailleurs se passant pile dans les mêmes années d’après-guerre, référence écrasante s’il en est, et pourtant, Ray Celestin n’a pas à rougir de cette comparaison. Il réussit à recréer une atmosphère, des bruits, de la musique, des odeurs, des comportements, des dialogues, tellement bien que c’est impressionnant ! On parcourt la ville de long en large, du port au bayou, du quartier des affaires aux appartements sordides, c’est très visuel et mémorable.
Et la tension ne se relâche pas avant la fin, qui dénoue le tout avec maestria. Je le conseille donc aux amateurs de polars historiques !

Citation : La Nouvelle-Orléans était violente et sans pitié, remplie de criminels et d’immigrés qui se méfiaient les uns des autres. Mais c’était aussi une ville pleine d’une énergie séduisante, possédant un charme lumineux et opulent.

Repéré chez Electra, Eva, Hélène et Jérôme.

L’auteur : Ray Celestin a étudié l’art et les langues asiatiques. Il est scénariste, il vit à Londres. Son premier roman, Carnaval, a été élu meilleur premier roman par l’Association des écrivains anglais de polars. Une suite à ce roman est parue en anglais, qui se déroule à Chicago.
493 pages.
Éditeur : Le cherche-midi (2015)
Sorti en poche
Traduction : Jean Szlamovicz
Titre original : The Axeman’s jazz


Lu dans le cadre du mois Américain.
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Adrian McKinty, Une terre si froide

uneterresifroideJe complète mon verre de Smirnoff 80°, je remue et j’attrape un livre au hasard dans la bibliothèque.
C’est La ligne rouge de James Jones, que j’ai lu pendant ma boulimie de Seconde Guerre mondiale, à la même époque que Catch 22, Les nus et les morts, L’arc-en-ciel de la gravité, tout ce genre de littérature. Tout flic a en principe un livre à lire pendant les accalmies. En ce moment, je n’en ai pas et ça me rend nerveux.
Cette citation présente assez bien Sean Duffy, flic irlandais catholique en Irlande du Nord au début des années 80. Bobby Sands vient de mourir, les émeutes ne cessent pas, de nombreux policiers sont déjà morts dans l’explosion de leur voiture ou abattus au volant… C’est dans ce contexte que le sergent est appelé à travailler sur une enquête particulière : un cadavre retrouvé, avec une main coupée. Que la victime soit homosexuelle est-il une piste ou non ? L’enquête le mène dans des milieux bien différents, mais son profil atypique de policier suscite plus souvent la méfiance que la coopération. Une autre enquête sur la mort d’une jeune femme vient rapidement s’ajouter à ce premier crime, et complexifie les investigations menées par son équipe.
Disons-le tout de suite, ce qui m’a plu dans ce roman, c’est l’arrière-plan géographique et surtout politique du début des années 80 à Belfast et dans sa banlieue. C’est particulièrement bien rendu, sans rien occulter des différents aspects des événements. Les personnages sont nombreux, et incarnent des composantes explosives de la société en Ulster à cette époque. Ajoutons à cela des dialogues vivants et rondement menés.
La partie policière m’ a moins emballée, notamment le personnage du policier. Sean Duffy, bien qu’il ne soit plus un blanc-bec débutant dans la police, ne prend jamais beaucoup de recul et fonce de manière fougueuse, pour ne pas dire inconsidérée, sur la moindre piste, surtout si elle correspond à l’idée qu’il s’est forgée des circonstances du meurtre, quitte à négliger des pistes intéressantes pour en suivre d’autres. Ce genre de policier qui fonctionne sans cesse à l’intuition peut vite agacer, et j’ai trouvé cela dommage. Quelques scènes qu’on pourrait qualifier « d’action » m’ont aussi laissée de marbre, alors que je retrouvais avec énormément d’intérêt tout ce qui concernait le conflit en Ulster.
J’avais eu un peu le même sentiment il y a quelques années avec Le fleuve caché, qui se déroulait en Irlande et dans le Nevada, où j’avais noté mon irritation envers les erreurs de jugement récurrentes du policier. Ces romans ont des qualités d’écriture, une atmosphère authentique y est crée, mais j’ai un peu du mal avec les héros, plutôt qu’avec les personnages secondaires… Sentiment, qui, peut-être, est tout personnel. Je vais aller le constater avec d’autres avis grâce à la lecture commune du jour autour de l’auteur.

Citations : Une ville martyrisée par sa propre guerre éclair.
Une ville qui empoisonne ses propres puits, sème du sel sur ses champs, creuse sa propre tombe.

Nous passons à proximité d’un site qui vient d’être dévasté par une bombe, et que, avec une efficacité remarquable, les bulldozers sont en train de transformer en parking. Belfast sera peut-être bientôt la seule ville au monde à posséder davantage de places de parking que de voitures.

 L’auteur : Né à Carrickfergus en 1968, Adrian McKinty a suivi des études de droit à l’université de Warwick et de sciences politiques et de philosophie à l’université d’Oxford. Il s’installe à New-York au début des années 90. Il s’est essayé à de nombreux boulots (vigile, postier, ouvrier de chantier, barman, entraîneur de rugby, commis dans une librairie…) avant d’enseigner l’anglais à Denver et de commencer à écrire. Son premier roman A l’automne, je serai peut-être mort, est largement salué par la critique. Adrian McKinty a écrit à ce jour 10 romans et vit à Melbourne en Australie avec sa femme et ses enfants.
287 pages.
Éditeur :
Stock (2013)
Traduction : Florence Vuarnesson

Titre original : The Cold Cold Ground

Lecture commune autour d’Adrian McKinty pour Lire le monde (Irlande). Voici les avis de Sandrine, Miriam,

Lire-le-monde

 

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littérature Amérique du Nord·policier

Michael Connelly, Les dieux du verdict

dieuxduverdictTypiquement des romans de détente, pas bébêtes, bien écrits, nantis de personnages et de situations qui ont de l’épaisseur, les romans de Michael Connelly se divisent entre romans policiers assez classiques d’une part, ceux avec Harry Bosch, et romans plutôt judiciaires d’un autre côté, ceux où on retrouve l’avocat Mick Haller. Les dieux du verdict, petit nom donné par l’avocat aux jurés d’assises, fait partie de ceux-là. Je dois ajouter aussi d’autres romans où le héros récurrent diffère encore, comme Créance de sang, voire sans héros récurrent, par exemple La lune était noire.
Ce préambule destiné à ceux qui ne connaissent pas l’auteur, me permet aussi d’affirmer ma préférence pour Harry Hyéronimus Bosch et ses enquêtes. Cet avant-dernier roman de Michael Connelly reste toutefois des plus captivants, si on n’a rien contre le milieu du prétoire et les détails des procédures, ou les petits trucs d’avocats pour arriver à libérer un client pas toujours innocent.
Cette fois, il semblerait que le client soit totalement innocent du meurtre qui lui est reproché. Encore faut-il en convaincre les jurés. Mickey Haller a la particularité, compte tenu du prix de l’immobilier de bureau à Los Angeles, de ne pas avoir de cabinet, et de travailler soit dans sa voiture, (comme dans La défense Lincoln) soit dans un bâtiment qu’il partage avec des groupes de rock en répétitions. Dans ce volume, il se lance dans la recherche d’éléments qui permettront d’acquitter son client du meurtre d’une prostituée. Mick se rend compte qu’il a connu cette femme nommée Gloria autrefois, il pensait même qu’elle avait arrêté de se prostituer et qu’elle était partie loin de LA. La course aux indices prend donc un sens nouveau, plus personnel, et il se trouve mêlé de bien plus près qu’il n’est souhaitable à l’affaire, qui intéresse aussi des personnages dénués de scrupules.
Étalée sur plusieurs mois, le procès et l’enquête qui en découle passent par quelques moments paroxystiques qui procurent les frissons recherchés dans ce genre de roman. On peut donc dire que ça marche, le contrat est rempli, on comprend même comment fonctionne le système judiciaire américain, mais je m’obstine à préférer retrouver Harry Bosch et voir les enquêtes plutôt du côté des policiers. Certains de ses romans sont vraiment excellents, je me souviens avec grand plaisir du Poète, de L’envol des anges, de Wonderland avenue ou Echo Park que je recommande sans restriction aux amateurs de polars.

Citation : J’avais résisté parce que en embaucher un autre me rapprocherait du moment où je devrais finir par travailler comme tout le monde, à savoir dans des bureaux, avec une secrétaire, une photocopieuse et tout le tintouin. Je n’aimais pas plus les frais généraux que cela allait me coûter que l’idée de rester coincé dans du dur. J’adorais travailler sur ma banquette arrière et sans idée préconçue.

L’auteur : Né le 21 juillet 1956, Michael Connelly a étudié le journalisme à l’Université de Floride. Il a travaillé comme journaliste d’abord en Floride, puis en Californie. Sa carrière d’écrivain débute en 1992 avec Les Égouts de Los Angeles, polar où l’on découvre le personnage de Harry Bosch, inspecteur du LAPD, héros de la plupart des romans suivants. Il reçoit pour ce livre le prix Edgar du meilleur premier roman policier. Il abandonne le journalisme en 1994 et écrit environ un roman par an.
Son roman Le Poète reçoit le prix Mystère en 1998 et Créance de sang le Grand prix de la littérature policière. Dans La Défense Lincoln, il aborde le roman procédural où il utilise son expérience de chroniqueur judiciaire. Il a quitté Los Angeles et vit depuis 2001 à Tampa, en Floride.
453 pages
Éditeur : Calmann-Lévy (2015)
Traduction : Robert Pépin
Titre original : The Gods of guilt

Nous fêtons aujourd’hui, avec Sandrine et d’autres, l’anniversaire de l’auteur. Un autre avis chez Keisha.

 

Souvenir des Quais du Polar en 2012, puis en 2015…

littérature Moyen-Orient·policier·premier roman·sortie en poche

Dror Mishani, Une disparition inquiétante

unedisparitioninquiétanteUne mère inquiète s’adresse au commandant Avi Avraham, dans un commissariat de la banlieue de Tel-Aviv, pour lui signaler la disparition de son fils, qui n’est jamais arrivé au lycée où il se rendait comme tout les matins. Fugue, suicide, accident, tout est envisagé, en attendant son probable retour. Mais Ofer ne revient pas. Une disparition sans piste tangible, sans indice aucun, voilà une enquête qui repose, plus encore qu’une autre, sur du sable ! Avraham Avraham se perd en conjectures, n’avance guère, manque de se faire retirer l’enquête…
Parallèlement au point de vue du policier, apparaît celui d’un voisin de l’adolescent, voisin qui paraît avoir des choses à cacher. Et même plus, qui semble manipuler l’enquête !
Il y a donc là, soit du côté de la famille, soit du côté des suspects, soit du côté de l’enquêteur, bon nombre d’aspects psychologiques dont l’auteur tire astucieusement parti, en nous entraînant à la suite de son policier. Si on y ajoute un contexte quelque peu littéraire (l’atelier d’écriture fréquenté par un personnage, la théorie d’Avi sur le roman policier israélien, la littérature qui à un moment se mélange à la vie…) l’ensemble avait tout pour me plaire, et ça a très bien fonctionné ! Nos voisins s’amuseront aussi d’un voyage d’Avi à Bruxelles, et de sa vision de la ville.
Mon impression générale est donc que ce polar est vraiment plaisant à lire, il met en avant la mécanique interne des personnages, au cœur d’une trame tout à fait élaborée… Henning Mankell a beaucoup apprécié les débuts de romancier de Dror Mishani, et je suis parfaitement d’accord avec lui !

Extrait : Il se rendit compte que c’était la première fois qu’il prononçait le prénom de l’adolescent à haute voix. Ofer. Un joli prénom. Qu’il troqua aussitôt contre le sien, petit jeu qu’il se permettait chaque fois qu’il entendait un prénom dont la consonance lui plaisait. Dans sa tête se forma, une fois de plus, un nom qu’il n’aurait jamais : Ofer Avraham.

L’auteur : Dror Mishani, né en 1975, est un universitaire israélien spécialisé dans l’histoire du roman policier. Aussi critique littéraire et éditeur de polars, Une disparition inquiétante est son premier roman, paru en 2011.
380 pages.
Éditeur : Points (2015)
Traduction : Laurence Sendrowicz
Titre original : Tik N’Edar

 Ariane Brize et Laure n’ont pas été emballées, par contre, Electra et Eva ont beaucoup aimé.
Je me rends compte que cet auteur fait partie de la liste Lire le monde, idée de Sandrine… Et un de plus !
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