Publié dans littérature Europe de l'Ouest, policier

Paul Colize, Un long moment de silence

unlongmoment« Je déteste la nostalgie, les états d’âme et les élans de bons sentiments. Je laisse ça aux vieux, aux dépressifs et aux empathiques qui pensent changer le monde en publiant des statuts sur Facebook »
La relation d’une tuerie à l’aéroport du Caire en 1954 sert de préambule au roman, c’est en effet le sujet du livre écrit par Stanislas Kervyn, le narrateur qui tente de trouver les clefs de cette tuerie où son père a disparu. Qui était visé, une personne, plusieurs ? Le roman procède en deux époques et par chapitres courts dont les titres interpellent, selon un principe déjà rencontré ailleurs, peut-être chez le même Paul Colize, j’avoue ne plus le savoir.
Le début est prenant, on se demande qui est le nommé Nathan Katz, jeune juif rescapé des camps, que l’on rencontre tout jeune homme en 1948 à Brooklyn, et comment les deux histoires vont se croiser.

« Mon job se résume à gérer les ego démesurés des divas que j’emploie, à arbitrer des discussions de bac à sable et à effacer les mails qu’ils m’envoient. »
Malheureusement, vers la page 130, j’avais déjà l’impression de savoir comment tout cela allait tourner, et si ce n’était pas exactement ce que j’avais prévu, j’ai tout de même trouvé que l’histoire peinait à progresser vers une résolution somme toute assez peu originale, si l’on excepte l’épilogue et la note au lecteur qui arrivent, comme de bien entendu, à l’extrême fin du roman.
Donc, si la fin ne manque pas de force, elle arrive un peu tard pour contrebalancer un certain manque d’épaisseur, surprenant pour qui a lu Back up ou Concerto pour quatre mains, romans qui ne laissaient à aucun moment le lecteur sur sa faim.
Les thèmes de la vengeance et des secrets de famille sont souvent de bons ressorts dramatiques, et cela se vérifie encore une fois, mais l’impression d’être noyée sous une abondance de détails pas forcément tous significatifs a duré pendant une bonne partie de ma lecture. L’aspect singulièrement imbu de lui-même, odieux et misogyne de Stanislas Kervyn m’a parfois agacée, parfois amusée, car il fallait tout de même oser construire un roman sur un personnage aussi désagréable. Une mention spéciale à la quatrième de couverture du grand format, aux éditions de la Manufacture, particulièrement énigmatique et alléchante… Voilà pour cet avis en demi-teinte qui ne vous fera peut-être pas vous précipiter en librairie.

Un long moment de silence de Paul Colize, éditions La Manufacture de Livres, 2013, 470 pages, existe en Folio.

Fanja a adoré et Miss Léo le conseille, mais Sandrine n’a pas compris l’enthousiasme général.

Lecture pour le mois belge chez Anne et Mina ici ou. Lire le monde : Belgique
mois_belge2   Lire-le-monde

 

Publié dans littérature Amérique du Nord, policier

Shari Lapena, L’étranger dans la maison

etrangerdanslamaison« Est-ce que c’est ça, « sentir son monde s’écrouler »? Quelques instants plus tard, il relève les yeux. Il ignore totalement ce qui va lui tomber dessus, il sait juste que le coup sera terrible. »
J’ai remarqué l’année dernière le premier roman (Le couple d’à côté) de cette auteure canadienne de thrillers, sans penser à passer à l’acte, mais le fait qu’elle soit invitée aux Quais du Polar cette année m’a donné envie d’y jeter un coup d’œil.
Classiquement dans ce genre de roman à suspense conjugal, un couple marié, bien sous tout rapport, aisé et amoureux, va se trouver confronté à un événement déstabilisant qui remet en question leur couple, et bien plus encore.
Dans ce roman, cela commence très vite, avec Karen, l’épouse, qui se retrouve à l’hôpital suite à un accident de voiture dans un quartier mal famé. Ni elle ni son mari ne savent ce qu’elle pouvait faire là. Karen a perdu tout souvenir de l’accident, elle se souvient seulement que peu de temps auparavant elle avait remarqué des intrusions bizarres à leur domicile, des objets déplacés, des choses infimes…

« Pendant que le jour se lève, une brume légère monte du jardin. Elle reste longtemps derrière la porte-fenêtre à essayer de se rappeler. Il lui semble que sa vie entière en dépend. »
Je suis un peu mitigée suite à cette lecture. La narration au présent et le style assez plat donnent l’impression d’une histoire un peu simplette, ce qu’elle n’est pas du tout, il faut s’attendre à bien des imbroglios, des non-dits et des manipulations… Ma lecture est passée par des hauts et des bas, des moments où j’ai apprécié la tension que l’auteure réussissait à créer, et d’autres où je trouvais l’intrigue pas follement originale. P
ourtant l’envie de savoir la suite est toujours demeurée, et bien m’en a pris car la fin, surprenante, donne rétrospectivement du piment à l’ensemble du roman.
Je pense que le style thriller domestique est un peu trop exploité par les auteurs et les éditeurs, au risque de lasser le lectorat. Après trois ou quatre romans de ce style, j’ai l’impression d’avoir atteint ma limite.
À cela je dois ajouter le fait que Les furies de Lauren Groff joue un peu sur ce registre, mais avec une écriture et une profondeur que ses consœurs (ce genre de thriller psychologique étant plutôt féminin) peinent à atteindre. Il devient donc difficile de lire un de ces romans en ayant à l’esprit Les furies, qui, même si je ne l’ai pas adoré, tourne toutes les comparaisons en sa faveur.
Au final, un roman convenablement prenant, mais pas inoubliable.

L’étranger dans la maison, de Shari Lapena (A stranger in the house, 2017) éditions Presses de la Cité (janvier 2019) traduction de Valérie Le Plouhinec, 304 pages.

Eve-Yeshé a passé un bon moment, Sharon a aimé.

Merci à Explorateurs du polar sur lecteurs.com et aussi à Netgalley

Publié dans littérature Europe du Nord, policier

Lilja Sigurdardottir, Piégée

piegee« Si seulement elle n’avait pas été aussi naïve. Si seulement elle avait su que c’était ainsi qu’on se faisait prendre au piège. »
La littérature islandaise, de plus en plus abondamment traduite en français, montre des facettes des plus variées aussi de la société islandaise, et c’est parfois surprenant.
Prenons ainsi cette jeune femme d’affaire qui effectue chaque mois plusieurs allers et retours entre l’Islande et le continent européen, mallette à la main, joli manteau, coiffure soignée, ni trop pressée, ni trop nonchalante. Son côté trop parfait, c’est précisément ce qui attire l’attention de Bragi, un contrôleur des Douanes proche de la retraite.
Voyons maintenant cette jeune business woman de plus près, et nous apprenons que Sonja, jeune maman divorcée, s’est retrouvée piégée par un avocat véreux, et doit, dans l’espoir de récupérer la garde de son fils, passer de la cocaïne, en quantités de plus en plus importantes, et en prenant de très gros risques.

« Ce n’était pas la première fois qu’elle surveillait cette maison. À ses débuts, elle avait beaucoup observé les allées et venues depuis sa voiture, tentant de reconstituer dans sa tête le planning de l’animal et de son maître. »
Une fois commencé, ce roman est difficile, voire impossible à lâcher. Il est particulièrement bien mené et recèle son lot de surprises et de rebondissements. Redoutablement efficace et malin lorsque se présente la version de Bragi, le contrôleur des Douanes, le roman excelle aussi à dresser un contexte solide avec la crise financière de 2010, incarnée par Agla, la compagne de Sonja. Elle s’est, avec deux de ses collègues, mise dans une situation bien compliquée, elle aussi, que je serais bien en peine de vous expliquer en détails toutefois. Le monde de la finance et moi sommes irréconciliables, mais Lilja Sigurdardottir parvient à l’expliquer sans alourdir le roman.
S’il est certain qu’on ne recherche pas ce genre de lecture pour un style inoubliable ou des réflexions philosophiques hors du commun, il faut admettre que ce roman, le premier d’une trilogie, remplit parfaitement son office. Je le recommande pour une vision inhabituelle de l’Islande, très urbaine et impitoyable, et pour la connaissance fine de la psychologie des personnages. La suite se trouve d’ores et déjà dans ma pile à lire, et j’ai hâte de savoir, au vu des événements marquant la fin du premier tome, comment va réagir Sonja.

Piégée de Lilja Sigurdardottir, (Gildran, 2015), éditions Métailié (2017), traduit par Jean-Christophe Salaün, 336 pages, sorti en poche chez Points.

L’auteure était présente cette année aux Quais du Polar et il doit être possible, je pense, d’écouter en podcast les conférences. (ici, en fouinant un peu…) (et voici déjà son portrait).
Lire le monde c’est chez Sandrine.

Lire-le-monde

Publié dans littérature Amérique du Nord, policier

Thomas Mullen, Darktown

darktown« Il était près de minuit quand l’un des nouveaux réverbères d’Auburn Avenue eut la malchance d’être embouti par une voiture, une Buick blanche dont un phare explosa en mille éclats sur le trottoir, au pied du poteau désormais plus penché que la tour de Pise. »
Imaginez-vous à Atlanta en 1948, accompagnant une patrouille de policiers noirs, les premiers à porter l’uniforme et à faire régner l’ordre dans le quartier où vivent leurs concitoyens de couleur. Car si la municipalité a accepté, à contrecœur, d’embaucher ces nouveaux policiers, c’est avec moult restrictions, notamment ils ne peuvent circuler qu’à pied, ne peuvent procéder à des arrestations qu’avec le recours à des collègues blancs, ils ont des bureaux en sous-sol d’un bâtiment sordide, car l’entrée au commissariat leur est interdite. Malgré tout, ils sont huit à s’être engagés, avec des motivations parfois variées, et le lecteur suit particulièrement deux d’entre eux, Boggs et Smith, à partir du moment où ils interviennent pour un accident de la circulation impliquant un blanc ivre, accident qu’ils pourront relier, plus tard, au meurtre d’une jeune femme noire.

« Eux qui avaient survécu jusqu’à l’âge adulte grâce à leur prudence et à leur discrétion, étaient tenus de patrouiller dans Darktown d’un pas lourd, dos droit et menton relevé, alors qu’ailleurs, en civil, ils devaient se faire tout petits, voire transparents. »
Vous imaginez bien qu’ils n’ont pas toute latitude pour enquêter et que les autres policiers blancs, dont la plupart sont racistes jusqu’au plus profond de leur moelle, ne font rien pour les aider. Le roman suit une deuxième patrouille, blanche cette fois, avec deux individus très différents, mais jamais stéréotypés. La confrontation des sensibilités différentes est le ressort passionnant du roman. À l’esprit totalement borné de certains flics, violents, racistes et corrompus, s’oppose un début de prise de conscience pour d’autres, même s’ils sont obligés de le cacher. La lutte pour les droits civiques avait encore énormément de chemin à parcourir en 1948.

« Le paysan, loin de le remercier, arborait une expression résignée. Comme s’il lui était plus facile d’accepter sans broncher la dernière plaie envoyée par le Seigneur que d’exiger des explications à la mort de son enfant. »
C’est LA pépite parmi les polars que j’ai commencé à présenter et ceux à venir. Le contexte, la mise en place des personnages et des situations, tout y est formidablement bien fait, et on n’a aucun effort d’imagination à accomplir pour se représenter les lieux et l’époque, on y est transporté ! De plus, l’auteur s’y entend pour faire augmenter la tension et pour attacher le lecteur aux personnages. Toujours vraisemblable, au plus proche de l’humain, c’est un roman policier comme je les aime.
J’ai lu depuis qu’il s’agissait du début d’une série et que certains personnages se retrouvent déjà dans un deuxième volume, pas encore traduit : Lightning Men. J’ai hâte de le découvrir !

Darktown de Thomas Mullen (Darktown, 2016), éditions Rivages (octobre 2018) traduit par Anne-Marie Carrière, 425 pages.

D’autres avis : Encore du noir, Jérôme et Mimi.

Publié dans littérature îles britanniques, littérature France, policier

Polars en vrac

Aujourd’hui commencent les Quais du Polar, et mes lectures de ces derniers temps m’y préparent, avec une jolie brochette de policiers historiques ou contemporains, romans noirs ou suspenses psychologiques… pour tous les goûts (ou presque, car si c’est vraiment trop dur ou violent, je les évite soigneusement). Voici les premiers lus :

auxanimauxlaguerreNicolas Mathieu, Aux animaux la guerre, éditions Actes Sud, 2014, existe en poche.
« Qu’elle le veuille ou non, Rita appartient à ce monde où les gens meurent au travail. »
Un premier roman pour commencer, celui de Nicolas Mathieu, dont le nom vous sera sans doute connu par son prix Goncourt 2018 pour Leurs enfants après eux. Comme pour son deuxième ouvrage, l’auteur a voulu créer un roman social, qui donne toute la place aux gens qui triment toute leur vie, exploités sans pouvoir lever le nez des tracas quotidiens. Ou alors qui tentent de s’en sortir comme Bruce à coup de plans soit-disant géniaux qui tournent court, ou comme Martel, devenu par la force des choses un délégué syndical qui a encore quelque poids, pour combien de temps ? Ou encore comme Rita, la touchante inspectrice du travail. Au cœur du roman, un plan de licenciement, un enlèvement, la Lorraine et la neige…
Beaucoup de personnages, sans doute, (je ne les ai pas cités tous) mais on s’y retrouve facilement, et une fin un peu déconcertante, c’est ce que je retiens, pourtant j’ai aimé découvrir à la fois une facette différente de l’auteur, un peu plus noire, et un style, qui se cherche et se trouve, déjà remarquable dans ce premier livre.

cabanedespendusGordon Ferris, La cabane des pendus, éditions Points (2016) traduction de Jacques Martinache, 384 pages.
« Il n’y a pas de fenêtres à la cabane des pendus. Seul un architecte sadique aurait eu l’idée d’offrir au condamné un dernier regard sur les jolies collines verdoyantes. »
Cette cabane, c’est le lieu où finissent les condamnés à mort à Glasgow dans les années d’après-guerre. Là que va se terminer la vie de Hugh Donovan, un héros de guerre pourtant accusé d’un crime affreux. Et c’est vrai que tout est contre lui. Son ami d’enfance Douglas Brodie, journaliste après avoir été policier, va tenter de le disculper, au risque de sa propre vie.
Quand on me parle de polar et d’Écosse, j’ai du mal à résister. Ce roman très prenant permet de découvrir un héros récurrent qui m’a plu, avec ses doutes, et en même temps des lieux et une époque… Les descriptions ne manquent de rien, on imagine fort bien les lieux. La psychologie des personnages est tout aussi précise et séduisante. Après un très léger coup de mou au milieu, le roman repart sur les chapeaux de roue vers une fin beaucoup plus animée, et même stressante.
Un polar de bonne facture et une série que je poursuivrai, c’est sûr ! (je conseille à ceux qui aiment l’Islande d’Indridason)

praguefatalePhilip Kerr, Prague fatale, le Livre de Poche, 2014, traduction de Philippe Bonnet, 576 pages.
« Que Heydrich puisse être généreux n’était pas une idée à laquelle j’avais envie de penser. C’était comme entendre dire que Hitler aimait les enfants ou qu’Ivan le Terrible avait possédé un chiot. »
Lorsqu’un livre m’évoque Berlin, je peux difficilement y résister, oui mais, me direz-vous, il s’agit de Prague, non ? Certes, avec une bonne partie de l’intrigue qui se déroule à Berlin, en 1941.
Je l’ai trouvé plus intéressant que la trilogie berlinoise sans qu’il m’ait pourtant passionné. Heureusement la dure vie quotidienne à Berlin en 1941, les terribles aspects historiques, et un peu d’humour, sauvent le livre. Le suspense réside dans l’enquête sur la mort d’un ouvrier du chemin de fer, mais aussi dans le questionnement sur la position scabreuse du capitaine Bernie Gunther, en opposition, mais pourtant agissant au cœur du système nazi. La vie amoureuse de Gunther avec une inconnue et ses rapports avec le dirigeant nazi Heydrich compliquent terriblement son enquête. Le roman comporte quelques scènes trop dures à mon goût, mais je m’y attendais. Si je ne suis pas enthousiaste, je suis tout de même tentée soit de reprendre la dernière partie de la trilogie qui se passe en 1947, soit de lire un autre volume qui succède de quelques années à celui que je viens de lire.

dernierinviteAnne Bourrel, Le dernier invité, éditions la Manufacture de Livres, 2018, 220 pages.
« Elle se promet de dire oui, oui à la mairie, elle martèle le oui dans sa tête par-dessus le bruit du papier qui se déchire. Oui, oui, oui. Elle s’encourage à dire oui. Pour une fois ce sera oui et leur journée sera parfaite. »
Je termine avec un roman noir qui n’a pas beaucoup fait parler de lui, et c’est bien dommage. Le jour de son mariage, la Petite, ainsi nommée par toute sa famille, part faire un jogging, et ne rentre pas. Tout le monde se prépare en l’attendant, et cette attente va mettre au jour des failles familiales, des jalousies et des ressentiments, qui risquent venir ternir la journée dans ce petit village provençal.
Le roman met un peu de temps à installer son statut de roman noir, mais au bout d’une soixantaine de pages, c’est fait, et même très bien fait ! L’histoire est bien menée avec des personnages et des situations qui ne manquent pas d’intérêt, parfois traversée de nostalgie, mais ne jouant pas uniquement sur cette corde. Le style, agréable à lire, pose avec aisance une atmosphère vénéneuse et menaçante, et laisse aussi la place à des mots rares, oubliés ou même inventés.
C’est l’écriture qui constitue le point fort de ce roman ! Ajoutons une excellente idée que la liste de lecture à la fin du livre où se côtoient Sophie Divry (j’avais pensé à elle en cours de lecture !) et Milena Agus, Marcus Malte et Stephen King. Sans que l’on puisse savoir lesquels ont eu une influence ou non. Une auteure à suivre, si vous voulez mon avis !

Publié dans littérature îles britanniques, littérature Europe de l'Ouest, littérature Proche et Moyen Orient, policier, sortie en poche

Romans policiers en vrac

J’aime beaucoup lire un roman policier de temps à autre, après une lecture exigeante, ou en parallèle avec un autre roman d’un genre différent. Souvent, au moment de la rédaction du billet, je passe à autre chose, et c’est dommage parce qu’il y a du bon, voire du très bon, dans le polar !
J’ai accompli un périple avec les romans noirs des deux derniers mois :

janviernoirAlan Parks, Janvier noir, Rivages, mars 2018, traduit par Olivier Deparis, 300 pages.
Commençons par ce jeune auteur écossais qui situe ses romans à Glasgow, et qui annonce une série de douze romans sur l’histoire criminelle récente de sa ville. Un par mois, donc ? J’ai vu qu’effectivement la parution d’un deuxième, February’s son était attendue en 2019.
Le début du livre est original, lorsqu’un détenu demande un policier au parloir pour lui annoncer qu’une certaine Lorna va trouver la mort le lendemain. L’inspecteur McCoy assiste impuissant au meurtre qu’il voulait prévenir. De plus, dès qu’il commence à enquêter, il approche une famille très riche de la ville, et ses supérieurs lui conseillent d’orienter ailleurs ses recherches.
Découvrir la ville de Glasgow, sombre et déshéritée, ne manque pas d’intérêt, malheureusement, le scenario un peu convenu et les personnages parfois stéréotypés n’aident pas à passer outre des situations, comme des suspects, assez sinistres. Je n’ai pas ressenti trop de sympathie pour le personnage du flic, qui heureusement a un adjoint qui inspire plus d’indulgence. Je lirai peut-être le second par curiosité, mais il ne sera pas prioritaire.

cheminsdelahaineEva Dolan, Les chemins de la haine, Liana Levi, 2018, traduit par Lise Garond, 448 pages, vient de sortir en poche.
Plus au sud, à Peterborough, en Angleterre, un homme est retrouvé brûlé vif dans un abri de jardin. Il semblerait qu’il s’agisse de Jan Stepulov, un immigré estonien. Étrangement, les propriétaires du terrain, dans leur maison toute proche, ont été les derniers à remarquer cet incendie. L’enquête est confiée à un duo qui travaille sur les « crimes de haine », dans cette région où les immigrés, et les personnes qui les exploitent, sont nombreux.
Avec des personnages intéressants, dont l’auteure creuse habilement les portraits, et une intrigue bien ficelée, on ne voit pas défiler les pages de ce roman, par ailleurs fort bien écrit.

concertopourquatremainsPaul Colize, Concerto pour quatre mains, éditions Fleuve, 2015, 480 pages, existe en poche.
Avec ce roman, je retrouve l’auteur belge Paul Colize, dont j’avais adoré Back-up il y a quelques années. Ce Concerto à la construction parfaite et à histoire particulièrement prenante est plein de rythme, et emmène sans temps mort le lecteur dans le monde des braquages de haut niveau. Les personnages sont pour beaucoup dans l’attrait qu’exerce ce roman, à commencer par l’avocat Jean Villemont, et par le cerveau des braquages, Franck, dit « l’élégant ». On suit leur évolution des années 90 à 2013, où un braquage spectaculaire à l’aéroport de Zaventem est attribué par la presse, comme par la police, à Franck Jammet, déjà connu pour des faits similaires. Quelques jours plus tard, le jeune Akim tente un casse minable dans un bureau de poste, et son père demande à l’avocat réputé Jean Villemont de le défendre. Pour quelle raison et quel lien peut-il y avoir entre ces deux affaires ?
Avec un agencement particulièrement astucieux, le roman tient en haleine, sans aucune lourdeur ni ennui aucun. Un auteur à découvrir, si ce n’est pas déjà fait !


doutesdavarahamDror Mishani, Les doutes d’Avraham, éditions du Seuil, 2016, traduction de Laurence Sendrowicz, 288 pages, sorti en poche.
Et pour finir, on s’éloigne encore un peu, en Israël, à Holon, une banlieue de Tel-Aviv. Avraham, enquêteur découvert dans Une disparition inquiétante et La violence en embuscade, est maintenant affecté à la section des homicides. Il doit élucider le meurtre d’une femme d’une soixantaine d’années, étranglée à son domicile. Avraham se souvient l’avoir interrogée pour une autre affaire.
J’ai été ravie de retrouver Avraham, toujours en plein doute, notamment concernant sa relation avec son amie Marianka, jeune policière néerlandaise. Comme dans ses romans précédents, ce qui fait tout le sel de cette série, c’est que l’enquête alterne avec les interrogations d’une autre personne, ici, Maly, une jeune femme sensible qui se pose des questions sur le comportement suspect de son mari…
Solide mais aussi très touchant, avec des personnages bien incarnés, ce roman fonctionne vraiment à merveille, et c’est pour moi, le meilleur des quatre présentés ici.

Publié dans littérature Europe du Sud, policier, sortie en poche

Maurizio de Giovanni, Et l’obscurité fut

etlobscuritefut.jpg« L’enfant semblait serein. Son visage ne trahissait ni peur, ni inquiétude.
Puis il disparut à leur vue. »
Un enfant disparaît lors d’une sortie scolaire au musée. Les sœurs qui surveillaient le groupe n’ont rien vu. Seule la caméra de surveillance montre Edoardo, dit Dodo, partir en tenant la main d’une femme en sweat-shirt à capuche. Son grand-père est un riche entrepreneur napolitain, la piste de l’enlèvement contre rançon est donc privilégiée par les policiers du commissariat de Pizzofalcone.
Ils reviennent dans ce roman, après La méthode du crocodile et La collectionneuse de boules à neige, l’équipe de l’inspecteur Lojacono, tous affectés à ce commissariats en raison de différents problèmes, l’un avec la mafia sicilienne, l’autre avec son impulsivité, d’autres avec une famille en miettes ou une dépression chronique. Malgré ces problèmes, ou pour y échapper, tous s’investissent à fond dans l’enquête, il n’est pas question de perdre un seul instant pour retrouver le petit garçon.

« Il y a des nuits.
Des nuits auxquelles on arrive comme au sommet d’une montagne, si épuisé qu’on a du mal à garder les yeux ouverts.
Des nuits pleines de rien, où tout ce qu’on souhaiterait, ce serait dormir sur le ventre, chez soi, dans une rassurante odeur de renfermé.
Des nuits où il faut se barricader contre le monde extérieur, ce fardeau à couper le souffle, et empêcher les doigts sombres de s’introduire par les interstices des fenêtres, jusqu’à l’âme.
Il y a des nuits. »
C’est avec plaisir que j’ai retrouvé le commissariat napolitain et que je me suis attachée à leur enquête. Même si les vies privées de chacun des membres de l’équipe prennent de l’épaisseur, la recherche du petit Dodo, dix ans et une famille qui se déchire, est très prenante, d’autant que l’auteur alterne avec le point de vue du petit garçon enfermé, ou celui de ses ravisseurs. De plus, des sortes d’intermèdes poétiques ponctuent le texte comme celui sur la nuit ou sur le mois de mai, très différents l’un de l’autre d’ailleurs, mais tout aussi saisissants. Je trouve d’ailleurs que l’auteur à gagné en art de faire monter l’émotion depuis le roman précédent… Et ce jusqu’au dénouement…
Les personnages secondaires le sont beaucoup moins, et gagnent en véracité, en poursuivant leurs histoires personnelles en parallèle. Cela donne grande envie de lire la suite, mais j’ai l’impression que pour l’instant seuls trois volumes sont traduits. Je pourrai, si je veux retrouver l’auteur, m’attaquer à la série du Commissaire Ricciardi, qui reste à Naples, mais cette fois dans les années 30, et qui semble passionnante aussi, et sur laquelle Marilyne publie un billet aujourd’hui même.

Et l’obscurité fut de Maurizio de Giovanni, (Buoi per i Bastardi di Pizzofalcone, 2013) éditions 10/18, 2017, traduit par Jean-Luc Defromont, 354 pages.

Livre sorti de ma PAL, je poursuis donc l’Objectif PAL et vous pourrez retrouver les autres lectures des participants chez Antigone.
obj_PAL2018

Publié dans littérature Europe du Nord, policier

Arnaldur Indriðason, Les fils de la poussière

filsdelapoussiere« Le jour se levait à peine et les ruines fumaient encore dans le froid glacial de janvier. Un ruban jaune délimitait le périmètre et quelques policiers fouillaient les cendres. »
Le roman débute par deux événements dramatiques qui se produisent simultanément un soir d’hiver : Daniel, patient d’un hôpital psychiatrique, soigné depuis longtemps pour schizophrénie, se jette par une fenêtre de l’établissement. Il a auparavant évoqué devant son frère Palmi les autres élèves de son ancienne école. Loin de là, un vieux professeur de cette même école périt dans un incendie criminel. Palmi, désemparé par la mort de son frère, fait le lien entre les deux drames, et en fait part à l’inspecteur Erlendur. Secondé par Sigurdur Oli, il va tenter de comprendre ce que signifient ces deux disparitions conjointes, ce qui a bien pu avoir lieu trente ans auparavant, et quelles ramifications actuelles il peut trouver.
Deux enquêtes ont lieu simultanément, car Palmi ne peut rester les bras croisés, et mène des investigations de son côté.

« Palmi ramassa les pauvres effets personnels de son frère, quitta la chambre et marcha jusqu’au fond du long couloir vert. Il s’arrêta à côté des patients qui fumaient, sortit les deux paquets de cigarettes qu’il avait achetés pour l’occasion et les leur offrit. Puis il ouvrit la porte et alla retrouver le froid de ce matin de janvier. S’il avait espéré se sentir soulagé, cela se faisait attendre. »
C’est plaisant de retrouver Erlendur et son collègue Sigurdur Oli dans une première enquête qui vient seulement d’être traduite et publiée par les éditions Métailié. Les caractères ne sont peut-être pas tout à fait aussi affinés, et l’auteur n’évoque pas du tout l’enfance et la jeunesse de son personnage principal, cela viendra sans doute dans l’un des romans suivants. Le thème fait penser à l’un des livres plus récents de l’auteur, la quatrième de couverture assez bavarde permet de savoir vers quel thème le roman s’oriente, si vous tenez à le savoir. Je ne tiens pas à en dire trop. J’ai remarqué en tout cas que l’auteur était déjà très sensible aux sujet de l’alcoolisme, de l’enfance dans les milieux défavorisés, de la protection des sans-logis, ce que l’on retrouve dans d’autres de ses romans.
De nombreux personnages bien décrits et caractérisés, des péripéties assez nombreuses, une trame vraisemblable, voici les ingrédients qui rendent ce polar captivant. La fin perd légèrement en véracité, mais sans que cela trouble la bonne impression d’ensemble. Traduire ce premier roman était donc une bonne idée qui devrait ravir les amateurs de l’auteur islandais, qui sont nombreux !


Les fils de la poussière d’Arnaldur Indriðason, (Synir duftsins, 1997) éditions Métailié, octobre 2018, traduit par Eric Boury, 292 pages.

Les avis d’Electra, Eva, Lectrice en campagne et Lewerentz.

 

Publié dans littérature Europe du Nord, policier, sortie en poche

Arnaldur Indriðason, Dans l’ombre

danslombreVoici pour changer un court billet qui ne concerne ni la rentrée littéraire, ni le mois américain, parce qu’il faut bien changer un peu de registre, de temps à autre…

« Cet homme appartenait à la dernière génération d’Islandais capables de se satisfaire de peu, de traverser les guerres, les crises économiques, et de voir les leurs succomber à des épidémies sans jamais se plaindre. »
Dans l’ombre constitue le premier volet d’une trilogie intitulée « des ombres », à part dans l’œuvre d’Indridason, puisqu’on n’y retrouve pas Erlendur et que l’action se déroule aux alentours de la seconde Guerre mondiale. Pour ce premier volume, c’est l’été 1941, et, après les Anglais, les Américains occupent des bases stratégiques en Islande afin de contrôler l’Atlantique Nord. Ils craignent particulièrement l’espionnage qui viendrait de l’Allemagne nazie. C’est dans ce contexte qu’un voyageur de commerce sans histoire est retrouvé mort d’une balle dans la tête dans son appartement, et différents indices portent à croire qu’il aurait pu espionner pour le compte des Allemands. Deux enquêteurs s’entraident sur cette affaire, l’un, Flovent, appartient à la police locale, tandis que l’autre, Thorson, américano-islandais, est mandaté par les autorités militaires américaines. En plus de la piste de l’espionnage, se révèle une sombre histoire de recherches pseudo-scientifiques, alors que l’enquête dévoile aussi la situation des jeunes filles qui utilisent leurs charmes au profit de l’armée d’occupation.

« Il descendit de voiture et s’approcha des étendoirs pour regarder le golfe de Faxafloi et les nuages blancs d’été sur l’océan, et se rappela combien il avait trouvé ce paysage et cette lumière magnifiques quand il était arrivé en Islande. Il aimait le silence et la sérénité qu’il procurait. »
J’ai trouvé cette enquête plutôt plaisante à lire, elle est menée assez vivement et le contexte historique ne manque pas d’explications pour satisfaire la curiosité, en même temps qu’on se prend au jeu de l’investigation. Les nouveaux personnages, dont j’imagine qu’ils apparaîtront dans les volumes suivants, sont attachants, avec leurs failles et leurs incertitudes.
Un petit bémol cependant à propos de certains dialogues qui ne sonnent parfois pas très bien, du fait de leur longueur. Les deux policiers, bien que de cultures et de formations différentes ont exactement la même démarche qui consiste à interroger sans relâche toute personne suspecte, ou en relation avec une personne suspecte… ils semblent parfois poser des questions à la chaîne sans laisser le temps à leur interlocuteur de répondre. Quant aux témoins, souvent peu bavards au départ, ils finissent immanquablement par s’exprimer de manière assez prolixe. Je comprends bien que dans cette période historique où la police scientifique ne dispose pas des moyens actuels, la manière d’obtenir des renseignements est forcément de faire parler les personnes qui savent quelque chose, mais j’ai trouvé cela parfois un peu factice, sans que cela ne nuise à l’avancée de cette lecture, aussi plaisante qu’intéressante par les thèmes abordés.

Dans l’ombre d’Arnaldur Indriðason, (Pyska husið, 2015), éditions Points (2018), traduit de l’islandais par Eric Boury, 392 pages.

Les avis d’Aifelle, d’Alex et de Claudialucia

obj_PAL2018

Publié dans bande dessinée, lectures du mois, nouvelles, policier

Lectures du mois (16) août 2018

Avant le rush (tout relatif) de la rentrée littéraire (quatre lectures pour l’instant à commenter dans les deux semaines qui viennent) voici un bref aperçu des livres qui m’ont séduite en août, dans des genres tout à fait variés !


hommegribouille.jpgSerge Lehman, Frederik Peeters, L’homme gribouillé, Delcourt, 2018
Un roman graphique pour commencer, avec une histoire assez compliquée à résumer. Une grand-mère auteure de romans pour enfants, une fille aphasique et un peu larguée, une petite-fille, les hommes ne sont pas très présents dans cette famille originale. Un homme étrange à l’allure d’oiseau fait irruption dans l’appartement qu’elles partagent, et la mère et la fille vont devoir retourner vers leur village d’origine, dans le Jura, pour comprendre qui est cet homme, et ce qu’il voulait à la grand-mère. Le graphisme est magnifique, surtout pour les paysages et les nuits pluvieuses ! Je me suis un peu égarée dans le labyrinthe de l’histoire, mais j’ai apprécié cette lecture.

repéré chez Brize

misscharityMarie-Aude Murail, Miss Charity, L’école des Loisir, 2008
« – Elle est folle. Elle récite du Shakespeare au milieu de tout un ramassis de bestioles !
J’ignore d’où elle tenait son information, mais je dus reconnaître que que c’était un assez bon résumé de ma vie. »
Charity Tiddler est une petite fille solitaire qui s’intéresse surtout à tous les animaux éclopés qu’elle recueille. Mais sa curiosité pour les choses de la nature en fait en grandissant une jeune fille un peu à part, qui ne rêve ni de belles robes, ni de mariage. Un formidable roman jeunesse qui imagine la vie de l’auteur de livres pour enfants Beatrix Potter. Même si l’on n’est pas fan de romans victoriens, c’est passionnant !

Une sélection des Bibliomaniacs qui ont bien fait de le présenter !

SnjorRagnar Jónasson, Snjór, Points, 2017
« Il s’était tout à coup senti très seul. Comme un étranger venu passer le week-end à Siglufjördur qui s’apercevrait que son séjour se prolongeait, jour après jour. Comme un voyageur sans billet de retour. »
Je suis ravie d’avoir commencé une nouvelle série de polars islandais, car même si ce roman ne révolutionne pas le genre, il a du charme, qui tient sans doute aux personnages, dont le sympathique Ari Thor, et au paysage. Je suis allée voir des vues de Siglufjördur, ce que les Islandais nomment une ville, et que j’appellerais un bourg, coincé entre les montagnes et la mer, et l’immersion était complète et rafraîchissante.

Repéré chez Keisha, entre autres.

manquentalappelGiorgio Scianna, Manquent à l’appel, Liana Lévi, 2018
« On n’a pas eu le temps d’avoir peur.
A Gaziantep, tout s’est accéléré d’un coup. Tout ce qui avait été fumeux, lent et vague, est devenu vrai en quelques heures. »
A la rentrée de septembre, dans une classe de Terminale, quatre tables restent libres au fond. Quatre amis partis pour un séjour en Grèce ne sont pas revenus, n’ont donné aucune nouvelle à leurs parents. Ce roman sobre et touchant donne les visages de quatre jeunes « ordinaires » à un phénomène très contemporain. J’ai dévoré ce roman très bien construit en un rien de temps.

Noté chez Delphine-Olympe

unefillebien.jpegHolly Goddard Jones, Une fille bien, Albin Michel, 2013
« Je pense qu’il y a des moments dans la vie où l’on doit abandonner une part de soi, comme si l’on muait, pour avancer. »
Des nouvelles américaines, d’une jeune auteure originaire du Kentucky qui excelle à camper des personnages, et à passer leurs sentiments à la moulinette. C’est sombre, parfois violent, mais toujours très juste. Une mention spéciale pour l’histoire de Felicia, racontée en deux textes différents et de deux points de vue radicalement opposés. C’est bluffant !

Lu par Eva et les Bibliomaniacs.

En avez-vous lu certains ?