Publié dans littérature France, policier

Dominique Manotti, Marseille 73

« Le gros Marcel n’a pas de responsabilité hiérarchique définie, il se contente d’un grade de brigadier-chef aux fonctions incertaines. Il ne figure dans aucun organigramme, mais toute la vie de la Police Urbaine passe par lui. »
L’année 1973 a connu en France, et en particulier dans la région de Marseille, une vague de crimes manifestement racistes, à l’encontre d’Arabes, surtout des Algériens. Une dizaine d’années après la fin de la guerre d’Algérie, les nostalgiques de l’OAS étaient nombreux, et possédaient des soutiens un peu dans tous les milieux, notamment dans la Police, d’où une quasi impunité. Le roman présente heureusement un trio de policiers de la PJ qui, à la demande de sa hiérarchie, mais en poussant un peu plus loin que les ordres leur permettent, se met à regarder de plus près les groupuscules d’extrême-droite, et leurs agissements. Là où d’autres classent les affaires d’assassinats sans suite, ils fouillent et questionnent, quitte à se faire des ennemis. Un jeune homme d’origine algérienne qui attendait une fille devant un café est tué un soir d’août 1973. L’enquête confiée à la police de quartier conclut à un règlement de compte entre petits voyous, mais ni notre trio de flics, ni l’avocat de la famille ne croient à cette version, pourtant largement relayée par les médias.

« La touche marseillaise, c’est la complexité des interactions, et le cynisme avec lequel chacun les affiche et s’y complaît. »
Je retrouve Dominique Manotti, dont j’avais déjà lu Lorraine Connection et Bien connu des services de police. De son écriture toujours aussi précise et efficace, elle ne néglige pas la présentation vivante des personnages. Ils sont nombreux, entre différents services de police et de justice, interviennent aussi un grand nombre de groupes ou d’associations, mais présentés très progressivement, de manière à ce qu’on ne s’y perde pas (et un récapitulatif des personnes nommées est présent à la fin, pour les étourdis).
L’auteure réalise un véritable travail d’historienne dans une trame de polar, et en collant au plus près à la réalité des faits survenus en 1973. La limite de ce roman serait peut-être qu’il ne fasse pas partie de ceux dont les personnages sont inoubliables : ils sont en effet nombreux, et tellement ancrés dans la réalité, tellement semblables à leurs contemporains qu’aucun n’émergerait vraiment. Et pourtant, si, le personnage du père de Malek, le jeune garçon tué par balles, reste là, fort et inamovible dans sa dignité. Et bien sûr, la trame elle-même ne s’oublie pas, ni l’ambiance parfaitement restituée. Quant au style, s’il se laisse apprivoiser facilement, il n’est pas si lisse qu’il y paraît, et fait même montre d’originalité avec des changements du il au je qui servent bien le propos.
L’ensemble se lit comme on regarde une bonne série, de celles qui collent à la réalité historique, sans reprendre son souffle !

Marseille 73 de Dominique Manotti, éditions Les Arènes (Equinox), juin 2020, 385 pages.

Publié dans lectures du mois, littérature Amérique du Nord, littérature France, littérature Proche et Moyen Orient, policier, rentrée littéraire 2019

Lectures du mois (22) septembre 2020

Elliot Ackerman, En attendant Eden, éditions Gallmeister 2019, traduction de Jacques Mailhos, 153 pages
« Il lui suffisait de regarder sa fille, Andy, pour ressentir ce besoin. La fillette fit ses premiers pas sur le linoléum des couloirs du centre des grands brûlés.
Au bout ce cette première année, la culpabilité qu’elle éprouvait envers sa fille supplanta la culpabilité qu’elle éprouvait envers son époux. »
Ce court roman américain développe avec pudeur le thème de la fin de vie, dans le cas d’un GI, revenu d’Irak avec des brûlures qui n’ont laissé qu’une moitié de lui-même. Dans le coma, il ne se réveillera pas, et le récit raconté de son point de vue, ou de celui de sa femme, puis de son meilleur ami, est souvent poignant. L’écriture originale colle bien au sujet et sonne de manière assez inhabituelle, mais pourtant… Je ne sais pas trop quoi en penser, au début je suis restée spectatrice passive, sans réelle implication dans ce livre, me demandant combien de pages il restait. Toutefois, pour certains passages vraiment puissants, je ne regrette pas de l’avoir lu.

Shlomo Sand, La mort du Khazar rouge, éditions Points, 2019, traduction de Michel Bilis, 450 pages.
« Il aimait à se dire intérieurement plus israélien que l’Israélien ordinaire, sans que cela affaiblisse pour autant l’opiniâtre sentiment d’arabité qui l’accompagnait comme son ombre. »
L’auteur était intervenant dans un documentaire sur Arte à propos de la création d’Israël, ce qui m’a donné envie d’ouvrir ce roman présent dans ma pile à lire. L’affaire commence avec la mort d’un historien qui travaille sur un sujet fort sensible, celui de l’origine du peuple juif. L’enquêteur est un commissaire arabe israélien… Beaucoup d’éléments plutôt originaux et intrigants, donc.
Solidement documenté, avec des personnages de policiers atypiques, le roman se lit bien. Il présente beaucoup d’intervenants, s’étale sur un temps assez long pour un polar, ce qui demande une certaine concentration. Bien construit, mais pas sur un rythme trépidant, avec une écriture et une traduction qui ont du punch, je l’ai lu avec plaisir, surtout pour son éclairage sur la société israélienne et ses déchirements.

André Buffard, Le jeu de la défense, éditions Points, 2018, 405 pages.
« Pourquoi devient-on avocat ?
Parce qu’on a depuis toujours, chevillée au corps, la passion de défendre, vous diront les idéalistes. Dans mon cas, c’était surtout dû à un esprit de contradiction et à une forme de mauvaise foi qui étaient les traits marquants de mon caractère, depuis ma petite enfance. »
Un roman qui se déroule à Lyon, dont le principal personnage est un avocat, cela m’a suffisamment intéressé pour que j’ouvre ce roman gagné à un concours « Quais du polar ». Une jeune magistrate est trouvée battue à mort sous un passage couvert. Son amant se trouve aussitôt soupçonné. Écrit par un avocat, il s’est avéré passionnant pour la pédagogie, les détails concernant les mécanismes de la justice. L’enquête elle-même est suffisamment émaillée de moments plus stressants et de rebondissements pour maintenir l’attention et l’envie de continuer. Certes, le personnage principal est macho et peu sympathique, mais je pense ou du moins je laisse planer le doute : il s’agit sans doute d’humour, et d’ailleurs son comportement et ses remarques m’ont fait sourire plus d’une fois. Au final, une lecture fluide et captivante, mais sans grand relief au niveau de l’écriture.

Sylvain Prudhomme, Par les routes, éditions Gallimard, 2019, 304 pages.
« Ce jour-là je suis resté tout l’après-midi chez lui. J’avais eu besoin autrefois de couper les ponts. Ce dimanche j’ai constaté que ce serait toujours là : ce courant. Cette immédiate intelligence entre nous. Cette intuition chacun des pensées de l’autre. »
Vous avez sans doute vu passer l’année dernière cette histoire d’amitié entre un écrivain installé dans une petite ville du Sud et « l’autostoppeur », jamais nommé autrement, homme marié et père de famille, qui pourtant, part régulièrement sur les routes, drogué qu’il est au hasard, aux rencontres et aux conversations inopinées.
Ce roman se remarque d’abord par le style, la façon d’écrire les questions dans les dialogues sans point d’interrogation, donnant ainsi l’impression d’interrogations vagues, ni vraiment nécessaires, ni venues du fond du cœur. Cela donne une tonalité particulière aux dialogues, une langueur, une impression de deux monologues côte à côte.
Sinon, si le versant amitié du roman est convaincant, l’histoire sentimentale m’a laissée de marbre. Il reste que la fin, jolie et poétique, rattrape les passages plus faibles, ou un peu répétitifs.

Jean-Paul Dubois, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, éditions de L’Olivier, 247 pages.
« Pas plus que moi, ils ne savaient comment tout cela était arrivé, ni pourquoi tout avait basculé si vite en quelques jours. Ils n’étaient pas là pour déterrer l’origine du malheur. Ils s’efforçaient seulement de reconstituer notre famille. »
J’ai enfin lu le Goncourt 2019. J’ai retrouvé avec plaisir le style et l’univers de Jean-Pau Dubois, qui sous ce titre à rallonge, cache un roman plus sombre que la plupart de ses précédents textes, mais jamais dépourvu d’humour ni de foi en l’être humain.
En prison pour deux ans à la prison de Montréal, Paul Hansen revient sur ce qui l’a amené là. Les chapitres alternent entre sa cellule partagée avec Patrick Horton, un Hell’s Angel haut en couleurs, et sa vie remémorée à partir de son enfance. On n’a pas envie de quitter les personnages, que ce soient les parents de Paul, son épouse, les habitants de l’Excelsior où il est gardien et homme à tout faire…
Une lecture savoureuse, avec une construction et un style irréprochables, vous ne me réussirez pas à me faire dire que ce Goncourt n’était pas mérité !

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Polars en vrac (6)

Voici mon retour après un dernier mois bien occupé par le remplissage de cartons, puis l’installation, notamment une bonne quantité de livres à placer sur les étagères. Au rayon policier, j’ai fait de belles découvertes parmi mes dernières lectures, meilleures que celles de littérature « blanche ». Des livres issus d’une série, des ouvrages isolés, du roman noir, de l’enquête classique et du thriller, chacun peut y trouver une de ses lectures d’été (quatre sur cinq sont en poche).


octobreSøren Sveistrup, Octobre (Kastanjemanden, 2018), traduction de Caroline Berg,
éditions Livre de poche, 732 pages
« L
es feuilles mortes tombent doucement dans la lumière du soleil, sur la route humide qui coule au milieu de la foret comme un fleuve à la surface noire et lisse. »
Une jeune mère de famille est retrouvée morte dans la banlieue de Copenhague, amputée d’une main. Le duo d’inspecteurs en charge de l’enquête est (bien sûr) assez atypique et les meurtres inexpliqués retiennent l’attention. Mais c’est surtout la construction qui est impressionnante de précision, on y voit tout de suite la science du scénariste de série policière. Ce roman sait déjouer les pièges des pistes trop bien tracées, autant que des dénouements qu’on devine de loin. Pour moi, il joue un peu trop sur les peurs en passant par le truchement d’un esprit pervers particulièrement imaginatif, ce qui me dérange un peu, et paraît une facilité, ou un « truc » destiné à retenir le lecteur.
Un très bon thriller, toutefois, pour qui aime ce genre.

defenseettrahisonAnne Perry, Défense et trahison (Defend and betray, 1992), traduction de Roxane Azimi, éditions 10/18, 416 pages
« Bien des femmes, ayant surpris leur mari avec une servante, étaient obligées de continuer à faire bonne figure. Car c’était à elles qu’on eût reproché de s’être mises dans cette situation délicate, facilement évitable… avec un peu de discrétion. »
Pour ma troisième lecture d’Anne Perry, je retrouve les personnages de William Monk, le policier amnésique et Hester Latterly, l’infirmière, comme dans Un deuil dangereux. C’est vraiment un plaisir, je trouve cette série de plus en plus attachante, et le portrait qui se dessine du Londres victorien ne manque pas de détails et de véracité. Mais qu’en est-il de l’enquête ? Cette fois encore, une maison bourgeoise est le cadre d’un accident qui s’avère un meurtre, commis de plus forcément par un membre de la maisonnée, voire de la famille, celle du général Thaddeus Carlyon, la victime. Même si les tenants et aboutissants se devinent assez facilement, la partie qui se règle au tribunal fait monter la tension et termine le roman de manière redoutable. Efficace !

selfiesJussi Adler Olsen, Selfies (2017), traduction de Caroline Berg, éditions Livre de Poche, 768 pages
« La dernière chose qu’elle vit avant de mourir fut le visage d’une femme qu’elle connaissait bien et qui n’avait aucune raison d’être là. »
Retrouvailles avec le groupe du Département V, ce qui est toujours un plaisir. Cette fois, le focus est mis sur Rose, la jeune femme ayant de plus en plus de problèmes psychiques qui nuisent à son efficacité habituelle, l’empêchent même de venir travailler, mais des coïncidences (un peu grosses ?) vont la placer au cœur de l’enquête. Des jeunes femmes pauvres, mais soucieuses de leur apparence, meurent dans les rues de Copenhague, renversées par un mystérieux chauffard. La construction du roman fait vite comprendre ce qu’il en est, sans pour autant nuire à l’efficacité de la tension narrative, bien au contraire. Le tueur de ce roman se trouve totalement à l’opposé des images habituelles, et c’est un bon point, mais pour moi, ce n’est pas le meilleur roman de la série.

unedeuxtroisDror Mishani, Une deux et trois, (Shosh, 2019), traduction de Laurence Sendrowicz, Gallimard, 2020, 336 pages
« Ils firent connaissance sur un site de rencontre pour divorcés. Il y affichait un profil plutôt banal – quarante-deux ans, divorcé, deux enfants, habite à Guivataïm –, et c’est ce qui la poussa à lui envoyer un message. »
Encore un auteur que je suis depuis ses deux premiers romans. Ici, pas de policier récurrent comme dans le 1 et le 2, mais trois femmes, très différentes, plus ou moins à la recherche d’une rencontre masculine, qui se trouvent successivement face au même homme. Guil a tout du type banal et sans histoire, si ce n’est une légère propension au mensonge, et pourtant, elles s’engagent chacune sur une pente bien dangereuse.
L’auteur fait merveille pour examiner la psychologie des personnages et pour surprendre le lecteur. Les rues de Tel-Aviv constituent un décor inhabituel. Ce roman m’a tenu en haleine pendant les deux petites journées où je l’ai dévoré !

hiverducommissaireMaurizio de Giovanni, L’hiver du commissaire Ricciardi, (Il senso del dolore. L’inverno del commissario Ricciardi, 2007), traduction d’Odile Rousseau, éditions Rivages poche, 267 pages
« En aval, la ville riche de la noblesse et de la bourgeoisie, de la culture et du droit. En amont, les quartiers populaires dans lesquels un autre système de lois et de normes était en vigueur, également ou peut-être encore plus rigide. La ville rassasiée et la ville affamée, la ville des fêtes et celle du désespoir. »
Après une série avec un autre enquêteur, je découvre enfin le commissaire Ricciardi. Naples dans les années 30, voilà qui a tout pour me plaire. L’Italie en cette année 1931 est plongée depuis neuf années (déjà) dans la période fasciste, mais ce n’est pas ce dont il s’agit ici, tout en faisant peser une ambiance sombre sur l’hiver napolitain. Soirée de première au théâtre San Carlo, pendant laquelle le célèbre ténor Arnaldo Vezzi est retrouvé mort dans sa loge. Le commissaire Ricciardi ne connaît pas l’opéra, il devra se faire aider par un fan de grands airs pour se faire une idée de ce qui s’est passé dans les murs du théâtre.
Les deux gros atouts de ce roman sont la personnalité du policier, et l’atmosphère napolitaine, les deux sont une parfaite réussite, et leur combinaison crée une addiction immédiate à la série. Sans oublier une superbe écriture. J’ai hâte de retrouver le Commissaire Ricciardi au printemps !

Deux pavés pour un billet, ce n’est pas mal, non ?
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Publié dans littérature Océanie, policier, premier roman, rentrée hiver 2020

Emma Viskic, Resurrection Bay

« Un autre homme lui faisait face, la lumière du palier projetait des ombres sur son visage émacié et cireux. Ses lèvres remuaient. Il criait. Des questions ? Des ordres ? Un bruit confus, il faisait trop sombre pour lire sur ses lèvres. »
Détectives privés à Melbourne, Caleb et son associée Frankie se mettent à la recherche du meurtrier de Gary, le meilleur ami de Caleb, qu’il a retrouvé assassiné chez lui. Le roman commence directement par une scène forte où Caleb pleure son ami et s’interroge sur le dossier sur lequel le détective privé et le flic travaillaient ensemble. La police semble soupçonner Gary d’être un ripou, ce que Caleb n’imagine pas un instant. L’originalité du roman tient en quelques mots : Caleb est sourd depuis l’enfance, et lit sur les lèvres, mais souvent se refuse à signaler son handicap à ses interlocuteurs. D’où des incompréhensions fréquentes. Cet aspect du roman a des accents de vécu et ajoute un intérêt certain à l’intrigue.
Agressé, blessé et réfugié chez son ex-femme dans la petite station balnéaire de Resurrection Bay, Caleb continue d’aller interroger différentes personnes qui pourraient éclairer les derniers instants de Gary et les problèmes dans lesquels il semblait s’être empêtré.

« Caleb sortit du lit doucement et s’habilla avec précaution, non sans grimacer de douleur. Curieux de voir à quel point tout faisait plus mal le lendemain : les entailles, les ruptures, le chagrin. »
On a affaire à un personnage original mais à des situations qui le sont un peu moins. J’ai noté un certain manque de cohérence, notamment dans les caractères des personnages et parfois dans l’action. Particulièrement agaçante est la propension de Caleb à ne rien faire pendant des pages et des pages, puis à s’inquiéter brusquement, et à se mettre à s’agiter en tous sens ! De plus, des passages sentimentaux parsèment le texte, et, s’ils sont utiles pour apporter une respiration, ils ne réussissent pas à impliquer le lecteur, enfin avec moi, ça n’a pas vraiment fonctionné.
Heureusement l’auteure, hormis quelques courts passages, n’a pas trop recours à la violence et au sordide pour asseoir son roman, ce qui a été un soulagement au fil du texte. J’ai trouvé aussi que l’écriture manquait de relief, c’est dommage, une musique des mots plus remarquable aurait aidé à maintenir l’intérêt du lecteur entre les dialogues qui sont nombreux et sonnent plutôt juste.

Un polar honorable, donc, pour un premier roman, mais je ne suis pas certaine de continuer la série…

Resurrection Bay, d’Emma Viskic, éditions du Seuil, février 2020, (édition originale 2015), traduction de Charles Bonnot, 315 pages.

Publié dans littérature îles britanniques, policier, projet 50 états

R. J. Ellory, Le chant de l’assassin

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« Henry savait de quoi parlait Evan. L’enfermement avait un côté confortable, celui de l’habitude. Il était rassurant de ne rien avoir à penser en dehors du livre qu’on était en train de lire ou de la conversation dans laquelle on était engagé. »
Tout d’abord, appréciez l’actualité de la citation !
Le chant de l’assassin est un roman noir, un vrai, en deux époques, 1972 et le début des années 50. Henry Quinn, jeune homme sortant de trois années de prison, se dirige vers la petite ville de Calvary, Texas, à la demande de son compagnon de cellule. Celui-ci, Evan Riggs, condamné à perpétuité, aimerait qu’Henry remette une lettre à la fille qu’il a eu vingt ans auparavant et qu’il n’a jamais connue. Mais à Calvary, le shérif, le propre frère d’Evan Riggs, ne semble pas avoir envie qu’Henry retrouve la jeune femme. Aidé par une jeune serveuse pleine d’humour et d’allant, Henry va cependant persister dans sa quête.

« On a souvent dit que le mal n’a pas besoin d’autre terreau pour prospérer que le silence et l’inaction des gens de bien. »
Roger Jon Ellory a le chic pour écrire l’archétype du roman noir sans qu’on ait pour autant l’impression d’avoir déjà lu la même chose auparavant. Il souscrit à l’obligation d’avoir un personnage que l’entêtement et la loyauté poussent à ne jamais abandonner, de manière à multiplier les avancées, les coups du sort et les rebondissements divers. Une des particularités de ce roman est le monde de la musique puisque Evan comme Henry étaient des musiciens talentueux et reconnus dans le monde de la country avant leur incarcération. Ce qui les a rapprochés en prison.
L’auteur revient sur les événements qui les ont conduits en prison, sur leurs enfances et jeunesses respectives, traçant des portraits pleins de justesse.
L’écriture et le rythme permettent de s’immerger facilement et totalement dans la lecture. Les personnages féminins sont peut-être un peu des archétypes, mais positifs, des créatures idéales, fortes, indépendantes d’esprit tout en étant féminines, qu’elles soient mères, femmes ou amantes. Les hommes, à part les personnages principaux, et encore, sont moins bien servis par l’histoire, se partageant lâcheté, méchanceté et malhonnêteté… Du pur roman noir, peut-être pas le meilleur de l’auteur, mais solide et donc recommandable.

Le chant de l’assassin, de R.J. Ellory, (Mockingbird songs, 2015), paru chez Sonatine en 2019, traduit par Claude et Jean Demanuelli, 496 pages.

Publié dans littérature Europe du Nord, policier

Maria Adolfsson, Faux pas Doggerland 1

fauxpas« Karen contemple ces hommes usés. Ces histoires remontent à près de quarante ans. Ils devaient avoir autour de trente ans lorsque les Lindgren et les autres membres de la communauté sont arrivés. Ils avaient le même âge qu’eux, mais venaient de mondes diamétralement opposés. »
Voici un polar oublié dans mon dernier billet, et qui mérite bien une petite chronique à lui tout seul.
Imaginez tout d’abord le décor, l’archipel de Doggerland, entre Écosse et Danemark. Vous ne connaissez pas ? Normal, ces îles n’existent pas, ou plutôt ont disparu depuis dix-huit mille ans, ne laissant qu’un plateau sous l’océan. Sorte d’Atlantide du nord, elles ont inspiré à une auteure suédoise une série de polars, dont voici le premier. Le faux pas du titre arrive dès les premières pages lorsque Karen, inspecteur d’une petite cinquantaine d’années, se réveille aux côtés de Jounas, son chef, après un lendemain de fête. Ils ne sont pourtant pas vraiment en bons termes, et elle aimerait que cette soirée n’aie jamais eu lieu. D’autant que le jour-même, une femme est trouvée morte dans le petit village portuaire de Langevik, et qu’il s’agit de l’ex-femme de Jounas. L’enquête confiée à Karen démarre lentement, les indices manquent, et les mobiles également.

« Elle ne gratifie ces discours d’aucun commentaire. Elle sait que, dans ce cas, le silence a plus de poids que les mots ; que les bâillements d’ennui sont plus provocateurs que les objections. »
Dans un environnement de travail sexiste et peu ouvert, Karen a bien du mal à se faire une place, et pourtant là, elle se retrouve à diriger une enquête pour meurtre, avec son chef de service parmi les suspects, et peu de soutien de la part du reste de sa hiérarchie. De plus, Karen n’est pas forcément une personne aimable et souriante, et on apprend petit à petit les raison de ses traits de caractère peu amènes.
Je me suis immergée facilement dans ce polar qui n’avait pourtant pas l’atout de faire partie d’une série déjà connue. Les descriptions de paysages permettent de bien s’imaginer les lieux, les personnages ne manquent pas d’intérêt, les retours en arrière sont bien menés pour expliciter les motifs qui les animent.
Les pistes à exploiter se ferment les unes après les autres pour laisser Karen dans l’impasse, jusqu’au moment où tout semble s’éclairer, mais en même temps la mettre en grand danger. La fin est donc plus spectaculaire et haletante.
J’ai eu la satisfaction de découvrir un polar du nord aussi solide par son intrigue qu’original par son décor, et je ne manquerai pas de lire la deuxième enquête, pas encore traduite.

Faux pas Doggerland 1 de Maria Adolfsson, (Felsteg, 2018) éditions Denoël, 2019, traduction d’Anna Postel, 528 pages.

Publié dans littérature îles britanniques, littérature Europe de l'Ouest, littérature Europe du Nord, policier, sorti en poche

Polars en vrac (5)

Je réserve souvent le mois de mars à la lecture de romans policiers, en préparation des Quais du Polar. L’édition 2020 a été virtuelle, et donc pour les rencontres d’auteurs en chair et en os, il faudra attendre ! J’ai quand même sorti de ma pile à lire quelques livres, avec des fortunes diverses, vous allez le voir.
Peut-être en connaissez-vous déjà certains ?

etrangesrivagesArnaldur Indridason, Etranges rivages, éditions Points, 2013, traduit par Eric Boury, 354 pages.
« 
Il aimait s’allonger sur le dos, la tête posée sur son sac, les yeux levés vers les étoiles en méditant sur ces théories qui affirmaient que le monde et l’univers étaient encore en expansion. Il appréciait de regarder le ciel nocturne et son océan d’étoiles en pensant à ces échelles de grandeur qui dépassaient l’entendement. »
Tout d’abord, un refuge pour temps difficiles, un doudou islandais aussi confortable qu’un bon gros pull en laine de mouton (mais qui gratte moins). Dans Étranges rivages, on retrouve Erlendur qui avait disparu de Reykjavik dans le précédent roman, si je me souviens bien. Il a retrouvé la maison de son enfance, en ruines, et il y campe en réfléchissant au sens de la vie. La rencontre avec un chasseur lui fait reconsidérer une histoire dont il avait entendu parler, la disparition d’une jeune femme lors d’une tempête presque soixante ans auparavant. Il enquête auprès des rares personnes qui ont connu cette femme et cet événement, et se remémore aussi la nuit où son jeune frère a disparu.
Aussi solide et attachant que d’habitude, ce roman s’apprécie beaucoup plus toutefois si on connaît déjà le personnage, sinon, mieux vaut commencer par La cité des jarres ou La femme en vert.


undeuildangereuxAnne Perry, Un deuil dangereux, éditions 10/18, 1999, traduit par Elisabeth Kern, 477 pages.
« Elle s’apprêtait à occuper dans la maisonnée une position qui ne ressemblait à aucune autre, légèrement au-dessus des domestiques, mais bien inférieure à une invitée de la famille. »
Encore une série et une valeur sûre avec ce roman à l’ambiance victorienne parfaitement reconstituée. Je n’avais lu que L’étrangleur de Cater Street, et j’ignorais que dans celui-ci l’enquêteur était différent. Il s’agit de William Monk, un policier souffrant d’amnésie, ce que ses supérieurs ignorent. Drôle de situation !
Monk doit enquêter sur la mort violente d’une jeune veuve au domicile de ses parents, frères et sœurs. Il semble que nul n’ait pu pénétrer dans la maison, et que le coupable soit à chercher parmi la famille ou les domestiques. Monk requiert l’aide d’Hester Latterly, une infirmière engagée et n’ayant peur de rien.
Ce roman bien construit emmène dans un XIXe siècle londonien où l’on se coule confortablement. Ce qui n’empêche pas de s’indigner du rôle dévolu aux femmes, de l’indigence de la médecine, et du décalage immense entre les différentes couches de la société !

passagedelaligne

Georges Simenon, Le passage de la ligne, paru aux Presses de la cité en 1958, 186 pages
« J’étais au bord de la vie comme au bord de l’eau, la vraie vie, la vie anonyme, celle dont on ne sait encore rien et où on va essayer ses forces. »
En prévision du mois belge, j’ai aussi sorti de ma pile ce Simenon, mélange habile, comme savait le faire l’auteur, de roman d’apprentissage et de roman noir. C’est un livre qui prend son temps, pas un roman policier à proprement parler, mais une analyse fine des prédispositions qui amènent une personne à « franchir la ligne », concept qui s’éclaire au fur et à mesure la lecture. Le narrateur revient sur son enfance, sa jeunesse pauvre avec une mère célibataire et un père anglais qu’il voit rarement. Comment accède-t-il ensuite à la vie à laquelle il rêve, sans états d’âme, voilà le sujet de ce roman avec lequel j’ai pris parfois quelque distance. C’est cohérent avec la froideur du personnage toutefois. Un roman intéressant, avec une belle écriture dont je ne me lasse pas.

derrierelahaineBarbara Abel, Derrière la haine, éditions Pocket, 2012, 344 pages.
« Rien n’est droit dans l’existence. La vie ressemble à un immense terrain accidenté, parsemé d’obstacles, de virages et de détours, une sorte de labyrinthe bourré de pièges dans lequel la ligne droite n’existe pas. »
Barbara Abel est une auteure belge que je me réjouissais de découvrir, et cette histoire de voisinage jouant sur le titre qui pourrait être Derrière la haie me semblait parfait pour commencer. D’un côté de la haie, donc Tiphaine et Sylvain, de l’autre Laetitia et David. Ils deviennent vite amis, leurs garçons qui ont le même âge sont inséparables. Jusqu’à ce qu’un drame fasse tout dégringoler dans le délire paranoïaque, la jalousie, la construction monstrueuse de la vengeance… Sans en dire plus sur l’intrigue, ce que j’ai surtout remarqué ce sont des personnages proches du cliché, et des phrases un peu toutes faites qui gâchent la bonne idée de départ du livre, déroulé jusqu’à un final qui se dessine assez vite et qui tourne à la semi-déception. Je ne le qualifierais pas de mauvais, mais je l’ai lu rapidement, et il ne me laissera pas un souvenir durable.

Retrouvez le mois belge chez Anne et Mina.
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Publié dans littérature Europe de l'Ouest, policier

Paul Colize, L’avocat, le nain et la princesse masquée

avocat_nain« Le mariage est la principale cause de divorce.
Sans le premier, le second n’aurait jamais vu le jour. L’affaire se limiterait à une séparation assortie de quelques larmes ou de vagues reproches. La vie reprendrait ensuite son cours et chacun poursuivrait son chemin la tête haute. »
Hugues Tonnon, avocat spécialisé dans les divorces, reçoit une nouvelle cliente, un top model belge qui a l’habitude que tout lui réussisse. Toutefois, le mariage somptueux qu’elle préparait tombe à l’eau à cause des infidélités du fiancé, et elle compte bien faire payer à celui-ci tout ce qui s’évanouit sous ses yeux ! À l’issue d’un repas avec la cliente, Maître Tonnon la raccompagne chez elle, boit un peu plus que de raison, et lorsqu’il se réveille au matin chez lui, c’est pour apprendre qu’elle a été assassinée et qu’il est le premier suspect. Comme le policier qui mène l’enquête semble tout prêt à le coffrer, il prend la fuite, et se met lui-même à la recherche du véritable meurtrier. Ce qui va le mener jusqu’en Afrique du Sud (on peut apprécier au passage un petit clin d’oeil à Deon Meyer) et au Maroc.

« Je m’y présentai sous le nom de Marc Levy, premier patronyme qui me vint à l’esprit. La réceptionniste hocha la tête et me fit remplir une fiche. J’en déduisis qu’elle ne connaissait pas l’illustre homme de lettres. »
Voici le retour du mois belge, et avec lui reviennent les polars de Paul Colize. Non qu’il soit le seul auteur belge à donner dans le genre policier, loin de là, mais il apparaît souvent dans les billets du mois d’avril, car son style amusé et ses intrigues solides ont de nombreux fans, et j’en fais partie.
C’est le quatrième roman de l’auteur que je lis (utilisez l’outil de recherche si vous voulez trouver les autres) et, si la bibliothèque ne m’a pas fourni, à la veille du confinement, celui que je cherchais, plus récent, elle m’a du moins permis de passer un très bon moment. Avec Paul Colize, aucun risque que le polar soit plan-plan ou que le dénouement se devine dès la cinquantième page. Aucun risque non plus de s’ennuyer, les descriptions acérées et les dialogues aussi nombreux que spirituels mènent la narration à tout allure, avec des fins de chapitre en forme d’interrogation qui incitent à plonger sur la suite. Du travail habile, mais où l’on sent davantage le plaisir qu’a l’auteur à écrire que l’habileté !

L’avocat, le nain et la princesse masquée de Paul Colize, La Manufacture de Livres, 2014, 316 pages, existe en poche.
D’autres avis, proches du mien, celui d’Anne, celui de Valentyne.

Le mois belge à retrouver chez Anne et Mina
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Publié dans littérature Europe du Sud, policier, rentrée hiver 2018

Carlo Lucarelli, Le temps des hyènes

tempsdeshyenes« – Le temps des rêves est fini, murmura-t-il, maintenant c’est le temps des hyènes. »
Nous sommes à la fin du XIXe siècle, dans la colonie italienne d’Érythrée, tout juste pacifiée. Pour ceux qui ont déjà lu Albergo Italia, nous retrouvons le capitaine des carabiniers Colaprico et son adjoint nommé Ogbà, ou parfois « le Scherlock Holmes abyssin », personnages du premier roman. Je ne les avais pas encore rencontrés, mais cela n’a aucunement gêné ma lecture.
Un indigène, puis deux autres sont retrouvés pendus dans les branches d’un sycomore, aux abords d’un petit village des hauts plateaux et, si ces suicides étonnent, ils ne déterminent aucune enquête. Mais lorsque le Marquis Sperandio, gros propriétaire terrien, est retrouvé pendu au même endroit, Colaprico est sommé de quitter au plus vite Asmara pour mener l’enquête. Enfin, à la vitesse de deux mules rétives… Si la lenteur est constitutive de cette enquête, cela n’empêche pas l’action de s’emballer par moments, en des scènes plus tendues, et périlleuses pour les enquêteurs. Le duo formé par Colaprico et son adjoint Ogbà, ainsi que la confrontation de leurs points de vue et de leurs méthodes font tout le sel de ce roman, un peu à la manière (beaucoup plus contemporaine) de Carl Mørck et Assad dans les enquêtes danoises du Département V.

 » – Kem fulut neghèr zeybahriawi yelèn, dit Ogbà, si distrait par sa bière qu’il ne s’est pas aperçu qu’il parlait en tigrigna.
– Tôt ou tard, je devrai l’apprendre moi aussi, cette langue. Qu’est ce que tu as dit ?
– Excusez-moi, mon capitaine. J’ai dit il n’y a rien de plus trompeur que l’évidence.
Colaprico en resta bouche bée.
– There is nothing so unnatural as the commonplace, murmure-t-il, et cette fois c’est Ogbà qui ne comprend pas. Putain, Ogbà, putain… tu l’as encore fait ! Tu as cité Sherlock Holmes ! »
Les événements amènent le Capitaine des carabiniers et Ogba à rencontrer des personnages haut en couleurs, qu’ils soient érythréens, de diverses ethnies, ou italiens, de toutes les régions, l’Italie étant encore à cette période de l’histoire, une entité bien jeune et fragile. Trop fragile sans doute pour pouvoir de surcroit gérer des colonies.
Le roman est imprégné de l’espèce de fascination qu’exercent ces régions d’Afrique de l’Est sur les Européens, symbolisée pour nous par Arthur Rimbaud, d’ailleurs mentionné à une ou deux reprises. La passion de l’auteur pour cette région d’Afrique est sensible dans les descriptions de paysages, de ciels d’orages, et de terres poussiéreuses, mais surtout dans les dialogues qui mêlent traduction française, italien et tigrigna, la langue locale.
Le dépaysement total et la fraîcheur des personnages en font une lecture tout à fait réjouissante. C’est exactement le genre de roman policier que j’affectionne, il ne me restera qu’à découvrir le précédent.

Le temps des hyènes de Carlo Lucarelli, (Il tempo delle iene, 2015) éditions Métailié, février 2018, traduit de l’italien par Serge Quadruppani, 191 pages.

Les avis d’Hélène et Keisha.

Publié dans littérature Amérique du Nord, policier

Thomas Mullen, Temps noirs

tempsnoirs« Boggs sait que sa démarche ne le mènera nulle part. Il n’y aura pas de poursuite immédiate, pas de barrages routiers et, par conséquent, aucune arrestation. Les trafiquants d’alcool seront sous peu de retour dans leurs montagnes. »
Deuxième tome d’une série commencée avec Darktown, maintenant sorti en poche, Temps noirs permet de retrouver les agents policiers noirs engagés par la ville d’Atlanta en 1948 pour faire régner la loi dans les quartiers où habitent leurs concitoyens de couleur. Ils doivent composer avec des moyens restreints, l’impossibilité d’appréhender eux-même des suspects, et l’hostilité de leurs collègues blancs comme de la population. Un véritable sacerdoce !
Sur fond de trafic de drogue, se pose la question cruciale des Noirs qui commencent à emménager dans des quartiers autrefois réservés aux Blancs, réveillant ainsi le Ku Klux Klan et une autre organisation tout aussi raciste, parée de symboles nazis au lieu des macabres draps blancs.

« Toutes les variantes de la haine raciale seraient-elles en train de converger sur ce quartier ? »
Dans ce roman, on retrouve, en passant, l’avocat Thurgood Marshall dont le nom m’est connu depuis que j’ai lu Little Rock, 1957. Comme l’intrigue se déroule en 1950, si l’avocat militant des Droits Civiques n’est pas encore aussi connu, il agit déjà contre la ségrégation, et dans le roman, fréquente le révérend Boggs, père de Julius, l’un des policiers. Il est le genre de personne qui peut servir de médiateur, quand Noirs et Blancs se mettent autour d’une table pour discuter, ce qui à Atlanta, dans ces années-là, demeure exceptionnel.
La vie privée des policiers les plus représentatifs de la série est habilement mise en scène par l’auteur : l’un se fait du souci pour sa fiancée et d’anciennes histoires qui ressurgissent dans la vie de celle-ci, l’autre pour son beau-frère agressé de nuit tout près de chez lui. Le point de vue de Rake, policier blanc à l’esprit ouvert et non corrompu, une exception, apporte un contre-point intéressant. Les situations difficiles auxquelles les policiers se trouvent confrontés les mettent parfois à l’extrême limite de la légalité.
Bien documentés, rondement menés, sans que manquent quelques scènes d’action, ces romans réussissent à garder un juste équilibre entre aspect historique et suspense. Pour l’instant, seuls deux sont parus, même aux États-Unis, vous pouvez donc vous y atteler sans craindre de vous trouver embarqués dans une série trop longue…

Temps noirs, de Thomas Mullen (Lightning men, 2017) éditions Rivages Noir (mars 2020) traduction de Anne-Marie Carrière, 461 pages.
Merci aux éditions Rivages pour cette lecture !