Polars en vrac (7)

Puisque la météo ne se prête pas au jardinage ni à la marche dans la campagne, j’en profite pour résumer brièvement mes dernières lectures de polar, résumés assortis d’avis tout aussi brefs ! Voici donc les choix des deux derniers mois :

Maurizio de Giovanni, Le Noël du Commissaire Ricciardi, éditions Rivages noir, 2017, traduction de Odile Rousseau, 320 pages.
« Ricciardi pensait aux morts. Il pensait que Noël ou pas Noël, fête ou pas fête, fraternité ou pas fraternité, quelqu’un mourait toujours et qu’il lui revenait, à lui, de voir le sang et ses ravages. »

Avec le commissaire Ricciardi, je retourne toujours volontiers dans la Naples des années 30, non que la vie y soit particulièrement plaisante, mais parce que l’auteur réussit toujours tellement bien à esquisser les lieux et leurs personnages. Un couple est retrouvé assassiné à l’arme blanche dans son appartement cossu des hauteurs de Naples. L’enquête du commissaire et de son adjoint Maione révèle que le mari, milicien, n’était pas quelqu’un de bien, et que nombreux auraient pu être ceux qui lui en voulaient.
Dans ce volume se passant à Noël 1931, la politique prend davantage de place, et chacun se positionne plus clairement par rapport au fascisme. C’est, parmi les cinq que j’ai déjà lus, mon tome préféré, car les questionnements y sont nombreux, tant concernant l’enquête, que la vie privée de Ricciardi et Maione. J’ai aimé aussi que les investigations évoquent les crèches napolitaines, les presepe, un particularisme local très intéressant. (vous pouvez lire ceci si cela vous intrigue)
Voir un autre avis chez Marilyne.

Gwenaël Bulteau, La République des faibles, éditions de la Manufacture, prix Landerneau 2021, 368 pages.
« – On disait : vive la République ! et le client répondait : Qui prend soin des faibles ! »

Reculons un peu, à la fin du XIXème siècle, à Lyon. Là aussi, un commissaire devra s’intéresser à la manière dont vivent les classes populaires, sur les pentes de la Croix-Rousse, pour identifier l’assassin d’un garçon disparu depuis des semaines et qu’un chiffonnier retrouve mort. Le commissaire Soubielle devra aussi fouiner dans les milieux antisémites et parmi ceux qui les combattent.
J’ai trouvé ce roman vraiment bien tourné, avec un ton et des détails qui fonctionnent bien. L’auteur s’est particulièrement penché sur la manière dont les enfants étaient peu considérés par leurs parents, et par les adultes en général, des torgnoles tombant facilement, des paroles malheureuses leur étant adressées ou dites devant eux… J’ai tout de même trouvé ce roman très sombre, un peu trop, et parfois inégal au niveau des dialogues, mais ce sont des défauts finalement minimes pour un premier roman.

Dolores Redondo, De chair et d’os, éditions Folio, 2021, traduction de Anne Plantagenet, 608 pages.
« Elle avait lu quelque part qu’il ne faut pas revenir dans un lieu où on a été heureux, car c’est une façon de commencer à le perdre. »

Deuxième roman de la trilogie du Baztan, que j’ai enchaîné assez rapidement après avoir dévoré le premier. L’inspectrice Amaia Salazar, à peine remise d’une récent accouchement, et de l’enquête précèdente, travaille cette fois sur des crimes conjugaux, dont les auteurs sont connus, mais qui à chaque fois, se sont suicidés en laissant une inscription identique, « TARTTALO ».
Le scénario emberlificoté à souhait, la région du Pays Basque espagnol toujours aussi bien décrite, brumeuse et humide, font que le roman se lit aisément. Toutefois, je suis moins emballée que par le précédent, trop de fantastique et de superstitions m’ont un peu lassée, des rebondissements se succédant à un rythme effréné m’ont fait trouver le tout assez peu vraisemblable. Continuerai-je la série ?
Vu chez Eva.

Abir Mukherjee, L’attaque du Calcutta-Darjeeling, éditions Folio, traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez-Battle, 464 pages.
« D’après mon expérience, les très riches et les très pauvres sont souvent gênés par l’endroit où ils vivent. »

Encore une série, et un voyage dans le temps et l’espace, avec un enquêteur britannique, vétéran de la première guerre mondiale, Sam Wyndham. A peine arrivé, il doit débrouiller une affaire d’assassinat concernant un anglais influent, aux abords d’une maison de passe. Son adjoint indien lui est d’une grande aide, car Wyndham est encore peu au courant des pratiques locales. Il se demande pourquoi ses supérieurs l’envoient, alors qu’il est déjà en pleine enquête, en déplacement sur la ligne Calcutta-Darjeeling, où un train a été attaqué, sans que rien soit dérobé et faisant « seulement » une victime, un surveillant autochtone.
La plus grande partie du récit se déroule à Calcutta, et l’atmosphère recréée, des plus dépaysantes, constitue un vrai régal de lecture. L’enquête montre la répression britannique se mettre en place contre les velléités toutes neuves d’indépendance des Indiens, et s’appuie, avec beaucoup d’habileté, sur un grave événement historique survenu en 1919. L’ensemble est vraiment bien fait, et je continuerai cette série, sans aucun doute.
Repéré chez Athalie.

Craig Johnson, La dent du serpent, éditions Points, 2019, traduction de Sophie Aslanides, 480 pages.
« C’était une femme typique du Wyoming , de cet âge indéfinissable entre trente et cent ans où les femmes trouvent une certaine paix et s’y installent. »

Un jeune fugueur qui se réfugie dans un cabanon de jardin et vole sa nourriture, voilà une affaire pas bien compliquée pour Walt Longmire, si ce n’est qu’il est suivi par un drôle de bonhomme, venu d’un lointain passé (si, si !) et que la mère du tout jeune homme semble avoir disparu. Les recherches du shérif du Wyoming le mènent vers une secte plutôt fermée et hostile, dont le jeune homme a été exclu.
Lire Craig Johnson, c’est toujours une lecture réconfortante, avec de l’action, des incursions dans la vie privée des enquêteurs, beaucoup d’humour, et sans dérapage aucun vers le sordide. Et ça me plaît toujours autant, après une dizaine d’épisodes lus.
Autre avis chez Keisha.

Et vous, connaissez-vous ces auteurs ?
Dolores Redondo, Craig Johnson et Abir Mukherjee seront ces 1er, 2 et 3 avril aux Quais du Polar à Lyon.

40 commentaires sur « Polars en vrac (7) »

  1. Alors Di Giovanni, ça fait longtemps que je songe à le découvrir… Il va bien falloir que je saute le pas.
    En ce qui concerne La République des faibles, compte tenu de l’époque à laquelle ce roman se déroule je me le suis bien vite procuré. Mais je ne l’ai pas lu jusqu’au bout. J’ai trouvé ça terriblement long et sans grand intérêt. Une grosse déception pour moi !
    Enfin, je découvrirais bien l’auteure espagnole, malgré tes petits bémols.

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    1. Je te trouve un peu dure avec La République des faibles, mais parfois, il m’arrive aussi de ne pas réussir à m’intéresser à un roman pourtant apprécié par d’autres (je viens par exemple de finir péniblement Blizzard en trois jours, et de rester un peu perplexe).
      Je pense que tu pourrais essayer la série du Commissaire Ricciardi.

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  2. Rien ne me tente vraiment à part Craig Johnson. Je suis restée aux trois premiers, je me promets toujours de reprendre la série, mais curieusement je n’y arrive pas.

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  3. Ah, Ricciardi :-). J’ai beaucoup aimé ce tome là aussi, son atmosphère. J’ai bien accroché au polar sur Lyon ( je me le suis offert l’année dernière en remplacement des Quais du Polar ), c’est vrai qu’il est sombre mais je serai preneuse d’une suite, très intéressée par cette période. Et l’anecdote du jour : le titre de Craig Johnson que tu présentés est celui que j’ai ramené aujourd’hui des Quais du Polar 😉

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  4. Les deux derniers sont sur ma PAL et j’ai bien envie de commencer très vite Mukherjee. Quant à Craig Johnson, je dois d’abord lire le tome 8, mais ça viendra, j’aime toujours me plonger dans son monde.

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  5. Je reviendrai sûrement avec plaisir vers le commissaire Ricciardi, Sam Wyndham et le shérif Longmire ! Les autres, je ne les connais pas mais j’ai envie de tester Dolores De Redondo.

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  6. Pour Redondo, je pense m’arrêter au premier tome qui ne m’avait déjà pas totalement convaincue ni entièrement satisfaite même si ça reste une lecture sympathique côté thriller. En revanche j’ai bien hâte de découvrir la série d’Abir Mukherjee qui semble plébiscitée par tout le monde.

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  7. je n’ai lu que « l’attaque du Darjeeling Calcutta » et que j’ai beaucoup apprécié, c’est suffisamment rare pour moi d’aimer un polar pour que je le souligne.

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  8. L’attaque du Calcutta est dans ma PAL depuis peu. J’avais bien aimé La république des faibles. Et tu as raison : pas de jardinage en ce moment, pffff….

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  9. ah, cela fait une éternité que je n’ai pas lu Johnson tu me le remets en mémoire!! merci! j’aimerais bien débuter la série en Inde, elle a l’air très sympa, et dépaysante.

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    1. J’aime à retrouver de temps en temps Craig Johnson, et cela va être sans doute le cas aussi pour Abir Mukherjee (alors que j’ai abandonné d’autres séries)

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  10. Bonjour. Je tourne autour de ce blog depuis un petit moment déjà et je me décide aujourd’hui à entrer dans la conversation. J’ai lu Craig Johnson mais ça remonte à bien longtemps. Je me souviens juste d’avoir bien accroché. J’ai lu le dernier polar d’Abir Mukherjee, « Avec la permission de Gandhi » que j’ai trouvé excellent.

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    1. Bonjour et bienvenue ! Je viens d’enchaîner sur le deuxième volume d’Abir Mukherjee, Les princes de Sambalpur, et me suis régalée comme avec le premier. C’est une série que je suis sûre de continuer, et deux sont encore à traduire, cela nous laisse de l’espoir !

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  11. Bonsoir Kathel, concernant le Mukherjee, j’ai aimé les trois premiers volumes parus, vivement le 4ème. On s’attache à Windham malgré son addiction à l’opium. Les histoires sont très bien menées. Bonne soirée.

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