Publié dans littérature France, rentrée littéraire 2018

Tiffany Tavernier, Roissy

roissyRentrée littéraire 2018 (16)
« Marcher. Toujours marcher. Quarante-huit heures sur place ont suffi pour que j’intègre l’information. Marcher, oui. Sans cesse. Seul moyen de ne pas se faire repérer par l’un des mille sept cents policiers affectés à la sécurité ou par l’une des sept cents caméras qui, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, filment les allées et venues de tous. Marcher, aller d’un bout à l’autre des aérogares, revenir sur ses pas. »
Une femme tire sa valise d’un terminal à l’autre de Roissy, s’arrête parfois, commence des conversations avec des passagers en partance, s’invente des destinations, des attentes, des vies… Elle ne part jamais, change d’apparence pour déjouer la vigilance des agents de sécurité et des caméras. Elle fait partie des SDF de l’aéroport, des invisibles qui parcourent tous les endroits, ouverts au public ou non, de l’immense bâtiment.
La narratrice est là depuis huit mois, depuis qu’elle a oublié son identité, et elle n’envisage pas de quitter ces parois vitrées et ces couloirs interminables qui constituent son univers. Ce monde à part, clos, en marge, parfois souterrain, recèle de la folie, à certains moments de la violence, mais aussi des touches d’humanité. Connaissance est faite avec les nombreux personnages qui composent cette foule en déshérence.

« Ici, je suis en sécurité. Personne ne peut me trouver, pas même ce type croisé devant les portes du Rio. Qui, à la surface, pourrait imaginer que des hommes ont choisi de vivre à plus de huit mètres sous terre dans ces galeries souterraines ? Boyaux qui se déploient sur des dizaines et des dizaines de kilomètres sous l’aéroport. »
La narratrice pourrait continuer à errer ainsi pendant des mois encore, elle se débrouille pour subsister, jusqu’à ce qu’elle remarque un homme qui revient chaque jour à l’accueil du vol Rio-Paris, et que lui aussi la repère…
Que dire de mon ressenti ? J’ai admiré l’écriture pleine de sensibilité, et j’ai été plus qu’étonnée par le sujet intéressant et très bien documenté des sans-domicile qui peuplent l’aéroport, partiellement pris en charge par des associations, mais qui reviennent toujours hanter couloirs et galeries souterraines.
Et malgré tout, je n’ai été qu’à moitié convaincue, le mélange n’a pas bien pris ; peut-être le thème de l’amnésie, et du retour progressif de la mémoire, était-il de trop. Je n’ai lu que des avis positifs, je comprends que d’autres puissent adorer ce roman, mais j’ai eu quelques petits passages à vide vers le milieu, rattrapés par un début et une fin où j’étais beaucoup plus présente à ma lecture, heureusement, et que j’ai pleinement appréciés.

Roissy de Tiffany Tavernier, éditions Sabine Wespieser, août 2018, 280 pages.

Des avis plus enthousiastes chez Joëlle, Mimi ou Zazy.

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Publié dans littérature Proche et Moyen Orient, non fiction

Aharon Appelfeld, Histoire d’une vie

histoiredunevieHistoire d’une vie pourrait être considéré comme le texte idéal pour découvrir Aharon Appelfeld, puisque, bien que noté roman, c’est manifestement un récit autobiographique. Mais c’est davantage aussi, un ensemble de réflexions sur sa vie, sur la mémoire, sur les langues, sur l’écriture…
On y retrouve des sujets présents dans ses autres romans, mais sachez qu’il y évoque très peu les camps, ou le moment où il a perdu ses parents.
Né en Bucovine, Aharon Appelfeld n’a que sept ans au début de la guerre, dix ans lorsqu’il s’échappe d’un camp et erre plusieurs années dans des forêts d’Ukraine, ce décor présent aussi dans Les partisans. On le retrouve ensuite en Italie, puis sur un bateau en partance pour Israël, comme dans Le garçon qui voulait dormir.
Il dit lui-même avoir eu du mal à entrer dans l’écriture, ne jamais avoir aimé « le pathos et les grands mots », et ce récit peut paraître minimaliste, mais pour moi, cela ne lui donne que plus de force. Je vais laisser la parole à l’auteur, décédé il y a peu, au travers d’extraits qui m’ont parlé.

À propos de la mémoire :
« Les mots avec lesquels je souhaitais décrire la sensation se sont dérobés. Comme je n’ai plus de mots, je reste assis, les yeux ouverts, et la nuit blanche coule en moi. »
ou encore :
« La Seconde Guerre mondiale dura six années. Parfois il me semble que ce ne fut qu’une longue nuit dont je me suis réveillé différent. »

Sur la mémoire du corps : « De mon entrée dans la forêt, je ne me souviens pas, mais je me rappelle l’instant où je me suis retrouvé là-bas, devant un arbre couvert de pommes rouges, si stupéfait que je fis quelques pas en arrière. Mon corps se souvient mieux que moi de ces pas en arrière. Chaque fois que je fais un faux mouvement du dos ou que je recule, je vois l’arbre et les pommes rouges. »

Au sujet de sa langue maternelle et des autres langues parlées chez lui dans son enfance (le ruthène, le roumain, l’allemand et le français) : « Nous baignions dans quatre langues qui vivaient en nous dans une curieuse harmonie, en se complétant. […] Les quatre langues n’en formaient plus qu’une, riche en nuances, contrastée, satirique et pleine d’humour.».

À propos de l’écriture :
« J’avais d’autres amis qui, durant ces années, ne demandaient qu’à m’écouter et à m’aider. Ils faisaient si peu de cas d’eux-mêmes que je ressentais à peine leur présence. Ils me murmuraient toujours le mot juste, fécond, le mot qui prenait racine et déclenchait la floraison. »

Histoire d’une vie d’Aharon Appelfeld (Sippur hayim, 1999) éditions l’Olivier, 2004, paru en Points, traduction de Valérie Zenatti, 214 pages.

Les avis de Keisha, Luocine, Malice et de Sylire. A noter, pour ceux qui auraient tout lu de l’auteur, son dernier roman Des jours d’une stupéfiante clarté, qui vient de sortir aux éditions de l’Olivier.

Livre sorti de ma PAL pour l’Objectif PAL d’Antigone et Lire le monde avec Sandrine.
obj_PAL2018  Lire-le-monde

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Publié dans littérature France, premier roman, rentrée littéraire 2017

Marie Richeux, Climats de France

climatsdefranceRentrée littéraire 2017 (14)
« Il songe aux carrières de Fontvieille dans le soleil couchant. La montagne ouverte comme un corps blanc. Les arbres sur la crête, et l’impression divine de sortir la construction de la nature elle-même. Il songe à la manière dont l’homme découpe le monde, et ce qu’il en fait. À la petite sauvagerie qu’il y a dans construire. »
Ce dernier billet de l’année sera consacré au roman d’une jeune auteure découverte grâce à une rencontre en librairie, avec elle et son éditrice Sabine Wespieser. Marie Richeux anime l’émission « Par les temps qui courent » sur France Culture, émission qui fait partie de celles que j’écouterais bien régulièrement si les journées étaient un peu plus longues ! Après avoir publié un recueil de ses chroniques et un essai sur Achille, Sabine Wespieser vient donc de faire sortir le premier roman de la jeune auteure. Les voir et les écouter ensemble est une très belle illustration de ce que peut être la connivence entre un auteur et un éditeur, et cela fait vraiment plaisir et donne envie de lire ses livres, bien sûr.

« Les habitants, Fernand Pouillon veut leur offrir des sensations plus que des logements. »
Ce roman tourne autour de l’architecte Fernand Pouillon et de deux ensembles emblématiques qu’il a construits, l’un à Meudon-la-Forêt, l’autre à Alger. Marie Richeux, en voyage en 2009 dans la capitale algérienne, ressent une certaine proximité avec l’immeuble « Climat de France » qui domine la ville, et elle se rend compte qu’elle a grandi dans un ensemble bâti avec les mêmes idées, les mêmes souhaits, la même pierre. Le roman enquête sur l’architecte mais aussi sur Malek, son voisin venu d’Oran, et devenu chauffeur de taxi à Paris. La guerre s’invite aussi dans le roman, jamais trop présente, puisque Malek est arrivé à Paris avant qu’elle ne débute, mais incontournable par les cicatrices qu’elle a laissée.

« On quitte une terre, un jour un avion décolle, un bateau prend la mer, mais la guerre ne se quitte pas exactement. On laisse une maison derrière soi, une lumière, une façon pour le jasmin de transpirer le soir, on laisse des collines, mais laisse-t-on la guerre une seule fois ? Autant qu’une partie de soi demeure en dehors de la guerre pendant que la guerre a lieu, tout près, une partie de soi demeure en guerre, une fois que la guerre est loin. »
Les chapitres alternent les personnages et les époques, et on ne peut que se laisser porter par l’écriture très dense, musicale et sensible. Les années s’empilent comme des étages pour que l’immeuble de Meudon-la-Forêt prenne forme. Rêve d’architecte, construction, achat, emménagement, premiers voisins, enfants qui vont à l’école, voisin qui part travailler, visite d’amis, panorama de la fenêtre, souvenirs de pizzas devant la télé, d’amitiés, de disparitions, de deuils, construisent un appartement autant que la pierre. L’auteure s’est intéressée à la possibilité que l’endroit où l’on habite, notamment dans son enfance ou sa jeunesse, les voisins que l’on fréquentent, façonnent la personnalité autant que la vie familiale ou scolaire. Elle a aussi réfléchi à la mémoire et à ces bribes d’enfance inscrites dans la pierre.
Rarement la conception d’un roman sous forme de puzzle n’a aussi bien convenu au sujet choisi. Pour moi, les petites phrases courtes, parfois sans verbe, me séduisent un peu moins, mais ce texte a de grandes qualités, et plaira sans aucun doute à ceux à qui parlent les thèmes de l’architecture, de l’Algérie ou du « vivre-ensemble », qui prend ici tout son sens.

Climats de France de Marie Richeux, éditions Sabine Wespieser (août 2017), 265 pages

Publié dans littérature Europe de l'Ouest, policier

Mechtild Borrmann, L’envers de l’espoir

enversdelespoirDans une ferme allemande, un homme recueille une jeune femme originaire d’un pays de l’Est, traquée par des poursuivants déterminés. Mathias va-t-il lui donner un refuge, avec les risques que cela comporte ?
D
ans la zone interdite de Tchernobyl, Valentina, une femme seule, essaye de garder espoir dans le retour de sa fille, disparue après avoir postulé pour un échange universitaire avec l’Allemagne. Valentina note dans un cahier les différents moments de sa vie à Tchernobyl, ce qu’elle sait de sa famille, de la catastrophe et de tout ce qu’elle a deviné petit à petit à ce sujet. C’est son cahier pour garder espoir, pour ne pas baisser les bras, pour dire à sa fille tout ce qu’elle ne lui a pas dit…
Les thèmes entremêlés dans ce roman, d’une manière adroite, tiennent en haleine sans que cela semble jamais artificiel : la catastrophe de Tchernobyl, le trafic d’êtres humains, la corruption, les mensonges étatiques… Plusieurs points de vue alternent selon les chapitres, la mémoire de Valentina ramène aussi des souvenirs plus anciens, des bribes importantes de la vie de ses parents et grands-parents. J’ai aimé cet aspect qui donne une profondeur historique au roman policier.
Les personnages possèdent une réelle présence, et même si leur nombre fait courir le risque de se perdre un peu, à peine, il est impossible de ne pas vouloir connaître la fin, tant ils touchent et émeuvent. J’ai trouvé ce roman de Mechtild Borrmann, le deuxième que je lis, encore plus réussi que Le violoniste, et tout aussi solide et prenant. Une auteure à découvrir si vous ne l’avez pas encore fait !

Extrait :  Des doutes l’assaillent. Comment la mémoire fonctionne-t-elle ? A-t-elle fait le tri dans son passé, au fil des années, pour qu’il témoigne de son innocence ? Ces pauses qui la distraient, les ménage-t-elle dans le but d’arrondir les angles et les coins des vieilles images, pour leur donner une allure satisfaisante sur le papier ?

L’auteure : Mechtild Borrmann est née en 1960. Après une formation en thérapie par la danse et le théâtre, elle se consacre désormais à l’écriture. Elle a publié cinq livres en Allemagne. Rompre le silence, son premier roman traduit en français en 2013, a obtenu le prix du meilleur roman policier en Allemagne. Le violoniste a obtenu le Grand prix des lectrices de Elle.
288 pages.
Éditeur : Le masque (avril 2016)
Traduction : Sylvie Roussel
Titre original : Die andere Hälfte der Hoffnung

Publié dans littérature îles britanniques

Sebastian Barry, Du côté de Canaan

ducotedecanaan« Les souvenirs provoquent parfois beaucoup de chagrin, mais une fois qu’ils ont été réveillés vient ensuite une sérénité très étrange. Parce ce qu’on a planté un drapeau au sommet du chagrin. On l’a escaladé. »
Je retrouve encore, après Quatre jours en mars, un roman écrit par un homme et dont la narratrice est une femme, âgée de quatre-vingt-neuf ans, qui plus est… On se doute que, vu son grand âge, elle a beaucoup à raconter, et quantité de réflexions à faire sur sa vie.
Lors d’une des (nombreuses) périodes où l’envie de lire de la littérature irlandaise, sobre, sombre et dramatiquement irlandaise comme il se doit, se faisait grande, j’avais ouvert un roman de Sebastian Barry, L’homme provisoire, auquel je n’avais pas accroché du tout. Autant dire que celui-ci risquait de croupir dans mes étagères, mais j’ai décidé d’y faire un peu de ménage, et d’alterner nouveautés et emprunts en bibliothèque avec des livres de mon « fond » ancien !
Cette fois, j’ai été tout de suite intriguée par cette vieille dame, Lilly Bere, qui vit sur la côte est des états-Unis, et qui, venant de perdre un être proche et très aimé, se remémore ses jeunes années, et ce qui l’a amenée dans le « Nouveau Monde ». Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle a survécu à bien des épreuves. Notamment lorsqu’elle dut, toute jeune fille, fuir l’Irlande avec son fiancé menacé de mort par l’IRA. Elle n’a pratiquement aucune prise sur sa vie à ce moment-là, mais au fur et à mesure des années, elle prendra une part de son destin en mains, celle que les guerres n’auront pas réussi à briser.
J’ai trouvé le style, sans oublier sa traduction, remarquable, composé de phrases courtes pour le temps présent, et qui s’emballe en longues suites de propositions pour le passé, en donnant au lecteur un léger tournis, une sensation indéniable de temps qui s’accélère.
Lily est un personnage fort, un caractère qui s’est forgé et a résisté dans l’adversité et les épreuves. J’ai surtout aimé ce qu’elle était devenue au fil des années… elle m’a rappelé un peu le personnage d’Hattie dans Les douze tribus d’Hattie.
Une lecture forte, marquante, et la découverte d’une écriture à la sobriété bien venue.

Extrait : Et il m’a montré, il m’a présenté plus ou moins à un petit pot, humble et assez ordinaire, avec une étiquette blanche très austère, et une grosse abeille jaune dessus, et quelques mots en grec.
« Je me demande ce que vous me donneriez qui vient d’Irlande, si j’éprouvais un chagrin comme le vôtre. Je me le demande, a-t-il dit.
– Je vous donnerais la bruyère blanche de la colline de mon père. »

Les avis de Clara, Hélène, Inganmic, Jérôme et Jostein.

L’auteur : Sebastian Barry est né à Dublin en 1955. Il est romancier, poète et dramaturge. Ses romans Annie Dunne, Un long long chemin, Le testament caché et Du côté de Canaan sont traduits en français chez Joëlle Losfeld.
331 pages.
Éditeur : Joëlle Losfeld (2012) Folio (2014)
Traduction : Florence Lévy-Paolini
Titre original : On Canaan’s side

Publié dans littérature France, rentrée littéraire 2015

Pierre Raufast, La variante chilienne

variantechilienneRentrée littéraire 2015
L’auteur :
Ingénieur et informaticien, Pierre Raufast, 42 ans, vit et travaille à Clermont-Ferrand. Son premier roman, La fractale des raviolis a remporté un vif succès public, et des prix : le prix du premier roman au salon du livre de Villeneuve-sur-Lot, et le prix Jeune Mousquetaire du premier roman.
264 pages
Éditeur : Alma (août 2015)

J’ai enfin découvert cet auteur dont je lisais le plus grand bien sur les blogs depuis la sortie de La fractale des raviolis. Ce premier titre ne m’ayant pas d’emblée attirée, c’est avec le deuxième que je fais connaissance.
Réunis par les circonstances dans un hameau isolé quelque part en France, les trois personnages principaux vont passer deux mois d’été à lier connaissance, et surtout à écouter les histoires peu ordinaires de Florin, le seul à habiter à l’année sur les lieux.
Depuis sa jeunesse, Florin, comme cela sera expliqué au cours du livre, a perdu toute propension à ressentir des sentiments, et doit conserver ses souvenirs d’une bien étrange manière. Florin se révèle alors un grand raconteur d’histoires, il en fait tout d’abord profiter Pascal, le prof quinquagénaire un peu désabusé, puis la jeune Margaux, qui semble être venue dans le hameau pour se cacher. De l’archéo-acoustique à la piscine pleine de légumes, du village où la pluie ne s’arrête jamais à la partie de cartes interminable, il y a entre eux des histoires, oui, mais aussi le début d’une belle amitié.
Au premier chapitre, j’ai froncé les sourcils, une histoire de Lolita du XXIème siècle, ça ne me tentait pas des masses ! J’ai été rapidement rassurée, et ai pris plaisir à la lecture, et même à la faire durer. Quatre jours pour un livre de deux cent cinquante pages, ce n’est pas très rapide, la raison en est que j’ai eu un moment l’impression de lire une suite de nouvelles, plutôt qu’un roman… mais cependant, cette impression n’a pas duré jusqu’au bout.
Est-il bon de conserver en soi ou pour soi ses souvenirs, que peut-on et doit-on en faire ? Voici le sujet de ce roman où chaque bocal qui s’ouvre dévoile un ou plusieurs souvenirs curieux, dérangeants, émouvants ou plus cocasses. J’ai beaucoup aimé la fin qui clôt fort bien cette suite de petits cailloux semés au fil des pages.

Extrait : Sa vie d’homme pouvait démarrer. Dans une revue, il avait lu que l’étirement d’un muscle devait durer dix-huit secondes pour être efficace. Sa propre expérience lui enseigna qu’il fallait serrer une fille dans ses bras pendant au moins vingt-sept secondes pour qu’un câlin soit recevable. Deux secondes de moins, et la fille se plaignait du manque de tendresse. Aussi, les yeux fermés et le visage dans les cheveux de l’autre, il comptait dans sa tête patiemment. À la vingt-septième seconde, il pouvait s’écarter et lui sourire. Elle souriait. Recette magique.

Les avis de Jérôme (merci !), Jostein, Keisha, Leiloona, Noukette et Philisine.Ce livre peut continuer son chemin, si vous êtes intéressés.

Publié dans photographes du samedi

Photographe (27) Beth Moon

Le manque d’envie d’écrire à propos de mes lectures me gagne en ce moment… (et de répondre aux commentaires aussi, j’en suis désolée !).
J’en profite toutefois pour ressortir des dossiers de photos prêts pour les photographes du samedi, qui vont pour cette fois se balader en semaine, n’importe quel jour ! Vous ferez ainsi un petit tour auprès d’un photographe espagnol surréaliste, un voyage en Mongolie, un saut dans les années 60 en Sicile… et d’autres escapades, peut-être !

Pour commencer, nous partons au pays des arbres centenaires avec Beth Moon, dont c’est le sujet préféré. Elle a voyagé à travers le monde pour collecter des photos d’arbres anciens. Mes préférées sont les vénérables baobabs sur fond de ciel étoilé… de quoi se sentir tout petit, petit !

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J’aime aussi ces corbeaux aux airs si intelligents… et ils le sont, réellement !

beth_moon9beth_moon14Beth Moon est née dans le Wisconsin. C’est une photographe autodidacte. Le temps, la mémoire et la nature sont les thèmes qui l’inspirent. La méthode d’impression « platinum » qu’elle a choisi magnifie encore ces arbres. « Je veux parler le langage des arbres » dit-elle.
beth_moon11 beth_moon12 beth_moon13Le site de la photographe Beth Moon, avec des portfolios et des livres qui doivent être superbes. A noter pour les amoureux des arbres !

Publié dans littérature Amérique du Nord, non fiction

Paula Fox, L’hiver le plus froid

hiverleplusfroidL’auteur : Paula Fox est née à New York en 1923 mais placée par sa mère dans un orphelinat. Elle est confiée à un pasteur chez qui elle trouve une famille et qui l’initie à la littérature. Après un premier mariage, elle entre à l’université et se remarie avec le critique littéraire Martin Greenberg. Elle enseigne auprès d’enfants handicapés tout en commençant à écrire, mais ses romans se vendent mal, alors que la critique les encense. Seuls ses livres pour la jeunesse rencontrent leur public. Il faut attendre 1990 pour que Jonathan Franzen s’intéresse à ses romans, qui sont alors réédités et connaissent enfin le succès.
147 pages
éditeur : Folio (2013)
Paru aux États-Unis en 2005.
Traduction : Marie-Hélène Dumas
Titre original : The coldest winter

Au sortir de la guerre, la jeune Paula Fox, qui a déjà pas mal vécu, traverse l’Atlantique pour essayer de trouver un emploi, de réaliser une expérience formatrice dans l’Europe dévastée. Après avoir été hébergée par quelques vagues connaissances londoniennes, elle devient correspondante pour une petite agence de presse anglaise, qui l’envoie à travers l’Europe recueillir des témoignages, « faire de la couleur locale, de l’humanitaire. » C’est seulement en 2005 qu’elle écrira et publiera le récit de ce voyage. Le premier intérêt est déjà de voir la part de ses souvenirs, les détails que sa mémoire a conservés, même si on peut toujours imaginer qu’elle en a reconstruit une partie. Elle reconnaît elle-même, qu’en vieillissant, elle voit le passé différemment.
Par-dessus tout, ce récit permet de voir réellement ce qu’était l’Europe de l’immédiat après-guerre, Londres, Paris, Varsovie, Barcelone… les militaires qui la sécurisaient, les journalistes qui la parcouraient, les fantômes qui l’habitaient. Je lis rarement des mémoires, celles-ci m’ont passionnée, et le style sobre mais efficace m’a séduite. J’avais eu il y a quelques années entre les mains Le dieu des cauchemars auquel je n’avais pas réussi à m’intéresser, mais cette seconde lecture de l’auteur pourrait bien me faire réviser mon jugement, hâtif comme bien souvent, et me lancer dans la lecture d’autres de ses romans.
Mais je ne vais pas en parler plus longtemps car la lecture des premières lignes devrait à elle seule vous convaincre de continuer !

Le début du roman : Je suis née à New York, et j’ai vécu dans Manhattan et ses environs une bonne partie de ma vie. Chaque fois que j’y mets les pieds, certains quartiers, qui ont pourtant tellement changé que je ne les reconnais plus, font revivre en moi des émotions anciennes.
Pendant ce qui m’a semblé durer cent ans, en échange de logements en tout genre et dans diverses parties de la ville, j’ai versé des loyers à des propriétaires. Je cherchais toujours, à cette époque, un moyen de quitter New York, m’imaginant que si je trouvais le bon endroit où vivre, mes difficultés disparaîtraient.
[…] Un an après la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1946, j’ai revu la ville de l’extérieur, sur un Liberty ship en partie reconverti qui m’emmenait en Europe. Je ne l’ai pas non plus contemplée longtemps cette fois-là. Je la quittais enfin !

Mais j’avais alors appris à bien connaître New York, comme on connaît un endroit où l’on a occupé divers emplois – la plupart assez minables – qui permettent de manger plus ou moins à sa faim et de ne pas craindre les intempéries. Quelle que fût ma situation, j’ai toujours trouvé que la vie y était difficile. Mais il y eut des moments pleins d’éclat, de promesses, et même de splendeur. S’en souvenir est prodigieux. Comme l’écrit Cesare Pavese dans son journal, Le métier de vivre, «Seule la mémoire procure le véritable émerveillement.»

Repéré chez Aifelle et Marilyne, et noté aussitôt pour le projet non-fiction de Marilyne.

Publié dans policier

Romans noirs en vrac

 Entre deux lectures plus exigeantes, ou en cas de paresse intellectuelle sévère, ou encore de panne de lecture, rien ne vaut un bon polar ou un savoureux roman noir… J’en ai toujours deux ou trois dans ma pile à lire, au cas où… Encore faut-il qu’ils remplissent leur mission, de faire passer un bon moment de lecture. C’est là qu’il leur faut s’accrocher, car je peux me montrer sévère, voire même intraitable avec ce genre romanesque !

pacteLars Kepler, Le pacte
624 pages
Editeur : Actes sud noir (Babel, 2014)
Traduction : Hege Roel Rousson
Titre original : Paganinikontraktet

Dans la bonne collection Actes sud noir, les auteurs suédois se taillent une bonne place, mais je n’avais encore jamais lu Lars Kepler, pseudonyme d’un couple d’auteurs qui écrit des thrillers à quatre mains.
Dès les premières lignes, j’ai été étonnée par le style, et surtout l’emploi des temps : le présent pour toutes les actions sauf lorsqu’un personnage se remémore une action, un événement… au passé. Je ne sais pas, mais ça me paraissait bancal, au début. Sinon, j’ai beaucoup apprécié d’entrer très rapidement dans le vif du sujet, d’identifier vite les protagonistes, de plonger d’emblée dans une atmosphère inquiétante. Deux meurtres mystérieux semblent se rejoindre, et l’organisation qui est derrière paraît redoutablement dangereuse. Heureusement, l’inspecteur Joona, et ses fulgurantes intuitions, se décrètent en charge de l’affaire… (oui, c’est comme ça, et je reconnais que c’est étrange!)
Las, trop c’est vraiment trop, et les péripéties les plus invraisemblables s’accumulant, après l’une mettant en scène un accident d’hélicoptère dont une héroïne réchappe par miracle, j’ai déclaré forfait. Rien ne me retenant dans ce roman, ni les personnages, ni l’affaire inutilement gonflée de rebondissements, ni le style trop plat, j’ai abandonné à la moitié…
Pour un autre avis, A propos de livres l’a écouté en audio…

avant-daller-dormirS.J. Watson, Avant d’aller dormir
476 pages
Editeur : Pocket (2014)
Traduction : Sophie Aslanides
Titre original : Before I go to sleep

Ce roman est plutôt un roman psychologique, sombre, avec un point de départ tout à fait troublant : une femme se réveille chaque matin, en ayant perdu la mémoire des vingt dernières années, et son mari, Ben, doit tout lui réexpliquer, son mariage, sa vie, son accident. Sur le conseils d’un médecin qui la suit, elle décide de tenir, en cachette de Ben, un journal des découvertes qu’elle fait sur son passé. Ainsi, elle peut chaque jour relire ce qu’elle a oublié. Mais le rôle de Ben qui ne semble pas vouloir tout dire à Christine apparaît de plus en plus trouble… J’ai été à moitié convaincue seulement par ce roman, dont j’avais envie de connaître la fin sans m’attacher trop aux personnages. Ils sont restés un peu flous sauf Christine bien évidemment, puisqu’elle est la narratrice et que l’on suit pas à pas son évolution. J’ai poursuivi jusqu’au bout, c’est tout de même difficile d’en décrocher, mais certains points paraissent complètement invraisemblables, et la fin ne m’a pas plu du tout. Je ne le recommanderais pas.

D’autres avis : Si Aifelle était peu emballée, Leiloona a tourné fébrilement les pages, Sandrine l’a trouvé prenant, mais Stephie est restée dubitative.

fantomeJo Nesbø, Fantôme
602 pages
Editeur : Folio (2014)
Traduction : Paul Dott
Titre original : Gjenferd

J’ai gardé le meilleur pour la fin, et retrouvé avec plaisir Harry Hole revenu de Hong-Kong où il soignait son addiction à l’alcool. Il est de retour pour venir en aide à Oleg, le fils de son amour de toujours, Rakel. Oleg est en effet accusé d’avoir tué un camarade, petit trafiquant et consommateur de drogue comme lui. Harry va se trouver face à une organisation efficace et sans pitié, et son chef surnommé « Dubaï ». Sur une trame assez classique, l’auteur déroule un polar qui tient bien en haleine, sans surenchère et sans violence inutile. Ce n’est pas à mon avis le meilleur de la série, je recommanderais plutôt de commencer par Rue Sans-souci, Le rouge-gorge ou Le bonhomme de neige, mais il se lit très bien, et bénéficie d’une construction solide et d’un style agréable. Il est largement mieux écrit que les deux précédents !

L’avis de Jean-Marc (Actu du noir).

Publié dans conseils de lecture

Conseils de lecture (11) La mémoire et l’oubli

C’est la rentrée, et avec elle, le retour de la rubrique des conseils de lecture. Le très beau roman d’Elliot Perlman, La mémoire est une chienne indocile m’a donné l’idée de creuser du côté de la mémoire et de l’oubli. Voici les titres qui me viennent tout d’abord, dans des genres assez différents, mais tous intéressants… J’ai déjà évoqué le premier… Le mur de mémoire est un recueil de nouvelles, et la première qui donne son titre au livre est longue, c’est plutôt une novella et traite du thème de la mémoire de manière insolite. Small world est une lecture plus ancienne, sur les troubles de mémoire d’un homme âgé, par Martin Suter, un auteur que j’aime lire de temps à autres. J’ai découvert Sylvie Germain avec Hors champ et j’ai trouvé le sujet original et l’écriture sensible…
memoirechienne  murdememoire  smallworld  horschamp

Et vous, que me suggérez-vous ?

Valentyne propose La vie d’une autre de Frédérique Deghelt et rappelle le très beau film Se souvenir des belles choses de Zabou Breitman.

Cécile propose La mémoire égarée de Samantha Harvey et Une femme d’Annie Ernaux, sur sa mère qui souffrait d’Alzheimer et ne la reconnaissait plus.

Aifelle cite Le voile noir d’Annie Duperey où elle se débat avec la mémoire de son enfance, et Avant d’aller dormir de S.J. Watson, où une femme se réveille chaque matin en ayant perdu la mémoire.

vieduneautre  memoireegaree  unefemme  voilenoiravant-daller-dormir

Marilyne pense au roman historique, Le palais de mémoire d’Elise Fontenaille, sur l’art de le mémoire en Chine impériale… tout un programme !

Hélène conseille Le goût des pépins de pomme de Katarina Hagena et Cette vie de Karel Schoeman.

Laeti suggère Les souvenirs de David Foenkinos, souvenirs d’un jeune homme sur son enfance.

Céline rappelle Histoire de l’oubli de Stefan Merrill Block, et, en ce qui concerne les films, Memento, de Christopher Nolan.

palaisdememoiregoutdespepinsdepomme  cettevie  souvenirs  histoiredeloubli

Jérôme propose une BD toute récente, Ceux qui me restent, de Damien Marie et Laurent Bonneau.

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Merci à tous et à toutes pour vos idées !