littérature France·policier·rentrée hiver 2017

Colin Niel, Seules les bêtes

seuleslesbêtesIl y a un engouement certain pour le roman noir rural en ce moment, avec notamment les romans de Franck Bouysse, dont j’ai déjà parlé, sans être totalement convaincue. Colin Niel avait, lui, situé ses premiers romans en Guyane où il travaillait, il vient ici établir son roman dans une campagne isolée, sur un causse qui se désertifie…

« J’avais l’impression de faire un truc un peu fou. Je sais, il y a pire comme folie mais pour moi c’était déjà beaucoup. Il avait fallu quarante-deux ans pour ça, pour que je me comporte comme l’adolescente que je n’avais pas été quand j’en avais l’âge. »

Une femme, Evelyne Ducat, disparaît au cours d’une randonnée solitaire, seule sa voiture est retrouvée, mais pas de traces ou d’indices. Alice, l’assistante sociale dont le rôle est de venir en aide aux agriculteurs que leur isolement fragilise, prend d’abord la parole au sujet de l’enquête menée par la gendarmerie locale, et de Joseph, l’agriculteur dont elle est devenue proche, et qui pourrait bien avoir des raisons d’en vouloir au mari d’Evelyne Ducat. Quatre autres personnages vont intervenir à la suite d’Alice, chacun apportant son passé, son point de vue sur le mystère qui entoure cette disparition, suivie d’une autre, et levant le voile petit à petit…

« Je ne sais pas comment c’est pour les autres, mais moi la solitude, je dirais pas que je l’ai voulue. Et elle m’est pas tombée dessus du jour au lendemain. Non, c’est venu lentement, j’ai eu le temps de la voir arriver avec les années, de la sentir m’entourer comme une mauvaise maladie. »

L’organisation du texte, qui laisse la parole à plusieurs personnages dans cinq grandes parties, convient parfaitement au déroulement de l’histoire. J’ai trouvé aussi que chaque voix était bien différenciée, bien représentative de l’individu qu’elle incarnait. Le thème de la solitude est central, des amours se nouent pour tenter d’y remédier, mais au final, le constat est loin d’être tout rose… ni tout noir, d’ailleurs. Ce roman m’a tenu en haleine, au-delà de la simple distraction, en posant des questions intéressantes sur le monde rural. Un roman sombre mais touchant !
Et si vous vous demandez ce que la couverture a à voir avec l’histoire que je résume ici, il vous faudra lire le livre, il ne sera pas dit que je vais divulguer des points cruciaux.

 


Seul les bêtes de Colin Niel, édité par le Rouergue (collection Rouergue Noir, janvier 2017) 213 pages.

Les avis de Baz-art, Itzamna et Jean-Marc.

littérature Océanie·premier roman·sortie en poche

Fiona McFarlane, L’invité du soir

Invitedusoir« Quelque chose d’important était en train de lui arriver. »
Ruth, à soixante-quinze ans, est veuve depuis quelques années, ses enfants sont loin, et elle vit seule dans une maison tranquille sur la côte australienne. Une nuit, elle est réveillée par des feulements et des grattements qui ne peuvent provenir que d’un tigre, mais serait-ce seulement le produit de son imagination ? Quelques jours plus tard, l’état lui envoie une aide à domicile, Frida, qui prend rapidement ses aises, et se rend indispensable. Les phénomènes étranges qui semblaient avoir cessé, reprennent au bout de quelques temps, et Ruth a du mal à supporter l’intrusion de Frida dans son quotidien.
J’aime bien explorer de temps à autres la littérature des antipodes, qui recèle souvent de jolies surprises, tout en offrant une grande variété de styles et de genres. Le genre est ici un peu compliqué à définir, L’invité du soir s’apparente à un roman psychologique, avec des touches (mais en est-on sûr ?) de fantastique, une certaine tension dramatique et une réflexion sur la vieillesse, ou peut-être la démence.
Ce premier roman bien ficelé m’a captivée, et tout y est fait pour qu’on se pose la question de ce que l’on ferait à la place de Ruth, ou d’un membre de sa famille. Elle perd un peu de capacités en vieillissant, certes, mais est-ce que la présence de l’aide-ménagère n’accentue pas ses indécisions et sa dépendance, au lieu de l’aider ? La présence de Frida lui rappelle les îles Fidji où elle a vécu enfant et dans sa jeunesse, et cela donne envie à Ruth de revoir son premier amour marié à une autre, et avec lequel elle a gardé un contact épistolaire. Cela pourrait être l’occasion de revivre un peu de sa jeunesse au lieu de se laisser sombrer lentement…
Bien traduit, ce roman fluide se lit aisément, et il intrigue et maintient l’attention de bout en bout, grâce à des personnages qui ont de la consistance, et des dialogues essentiels pour entrer dans leur psychologie. Je pense qu’il me restera en mémoire un bon moment !

Citations : Depuis quelques temps, elle espérait que sa fin serait aussi extraordinaire que son commencement. Elle savait aussi que c’était peu probable. Elle était veuve et vivait seule.

Les familles parfaites où tout le monde se montre charmant, débordant de vitalité, certain de toujours savoir se conduire quelle que soit la situation, la rendait nerveuse quand elle était jeune, or ses fils avaient fondé exactement ce genre de familles. Leurs voix faisaient autorité.

L’auteur : Fiona McFarlane a trente-six ans lorsque paraît son premier roman, L’invité du soir, nominé pour différents prix littéraires en Australie. Après avoir étudié aux États-Unis et en Angleterre, elle vit dorénavant à Sydney.
270 pages.
Éditions de l’Olivier (2014) Paru en poche chez Points.
Traduction :
Carine Chichereau
Titre original : The night guest

Repéré chez Cathulu et Valou.

 

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littérature Asie·rentrée automne 2014·sortie en poche

Haruki Murakami, L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage

incoloretsukuruJ’en étais restée avec Haruki Murakami à une séparation pour semi-déception à la lecture du troisième tome de 1Q84 qui m’avait pourtant beaucoup plu dans les premier et deuxième volumes.
Toutefois, je n’aurais pas pu laisser de côté le titre mystérieux et l’idée de ce dernier roman, qui commence ainsi : Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d’université jusqu’au mois de janvier de l’année suivante, Tsukuru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort.
La raison de la profonde déprime de Tsukuru est l’abandon brutal de ses quatre amis de lycée, avec lesquels il formait un groupe inaltérable, en apparence. Tsukuru qui n’avait déjà pas trop confiance en lui, sauf en ce qui concernait son choix d’études d’architecture, s’en trouve dévasté. Il lui faudra des années, et la rencontre avec Sara, une jeune femme énergique et compréhensive, pour essayer de comprendre et organiser des retrouvailles avec ces amis éloignés, pour essayer de comprendre et de continuer à avancer dans sa vie. Petit à petit, commencent à s’esquisser les raisons pour lesquelles ses quatre camarades, deux filles et deux garçons, ont rompu tout lien avec lui.
Plus réaliste que Kafka sur le rivage ou 1Q84, à part quelques scènes oniriques, ce roman très réussi accompagne jusqu’en Finlande un personnage attachant avec ses blessures et son mal-être permanent. Les personnages secondaires ne manquent pas de chair, la quête du jeune homme ne laisse à aucun moment le lecteur sur le côté, l’auteur n’en fait pas trop pour susciter l’émotion, il décortique avec pudeur des relations amicales compliquées.
Un grand sourire pour avoir renoué avec Haruki Murakami, que je peux continuer à suivre.

Extraits : Il y avait là une sensation d’harmonie : chacun avait besoin du groupe – et le groupe avait besoin de chacun de ses membres.C’était comme une sorte de fusion chimique heureuse, obtenue par hasard. On aurait eu beau aligner les mêmes ingrédients et procéder à une préparation des plus méticuleuse, on ne serait jamais parvenu à reproduire les mêmes effets.

La souffrance d’avoir été rejeté brutalement par ses quatre amis les plus proches était toujours là, inchangée, en lui. Simplement, à présent, elle était semblable à un lac dont la marée monte et reflue. A certains moments, elle déferlait jusqu’à ses pieds, à d’autres, elle se retirait très loin. Au point de devenir invisible.

L’auteur : Né à Kyoto en 1949, Haruki Murakami a étudié la tragédie grecque, puis dirigé un club de jazz, avant d’enseigner dans diverses universités aux États-Unis. De retour au Japon, il écrit Écoute le chant du vent qui lui vaut un important prix japonais. De nombreux succès suivront dont Kafka sur le rivage, La Ballade de l’impossible, Saules aveugles, femme endormie et bien d’autres. Les trois tomes de 1Q84 se sont vendus au Japon à plus de trois millions d’exemplaires.
384 pages
Éditions Belfond (septembre 2014)
Traduction :
Hélène Morita
Paru en poche

Les anciens sont de sortie chez Stephie.
ancienssortis

littérature Amérique du Nord·premier roman·projet 50 états

Bonnie Jo Campbell, Il était une rivière

iletaituneriviereL’auteur : Bonnie Jo Campbell est l’auteur de deux recueils de nouvelles, et d’un premier roman. Elle est diplômée en philosophie, mathématiques et création littéraire. Elle vit avec son mari à Kalamazoo, dans le Michigan.
396 pages
Éditeur : JC Lattès (janvier 2013) sorti en poche
Traduction : Elisabeth Peelaert
Titre original : Once upon a river

J’avais entendu, ou plutôt lu, beaucoup de bien à propos de ce roman. Quelques semaines après lecture, même si je reste un peu plus mitigée que je ne m’y attendais, je reconnais que c’est un de ces livres auquel on trouve plus de qualités après un certain temps que dès la dernière page tournée, quand la frustration pointe le bout de son nez…
L’histoire est celle de Margo, une toute jeune fille de quinze ans, qui après des dissensions familiales allant jusqu’à sortir des armes à feu, va se retrouver seule au monde ou presque. En effet, son père est mort de manière tragique, et sa mère a quitté le domicile familial depuis des années, sans donner de nouvelles ni laisser d’adresse.
Margo, qui ne se passionne que pour la chasse, la nature et la rivière près de laquelle elle vit, à savoir la Stark River, va se laisser aller au fil de la rivière, sans but, ou du moins dans le but, vaguement énoncé, mais pas vraiment décidé, de retrouver sa mère. Au fil des jours, elle va faire des rencontres. Malgré son allure débraillée, sa violence, sa méfiance, et son arme en bandoulière, ce sont presque toujours des hommes qu’elle rencontre, auxquels elle ne résiste guère, même s’ils ne sont pas très intéressants. C’est là un des points négatifs de ce roman, le manque d’initiative et de libre arbitre de la jeune fille, qui confie son destin au hasard, ou à des personnes plus ou moins recommandables. C’est pesant, on a envie qu’elle réagisse davantage, ou autrement.
Comme bien des romans d’initiation au fil de la route, même si c’est ici au bord et au fil d’une rivière que Margo voyage, le personnage se construit par des rencontres successives, et le procédé peut sembler répétitif. Au moins, contrairement à des romans comme Sukkwan Island ou Les jours infinis, on évite la présence d’un parent pernicieux.
Ce qui m’a gênée aussi est la culture des armes, et de la chasse, chère à Margo, qui semble aimer la nature, et pourtant tue parfois sans raison. Les paragraphes sur la chasse et le dépeçage des animaux n’étaient pas des plus à mon goût… Par contre l’évolution de la jeune fille est réelle, et intéressante, mais cette transformation prend du temps, ce qui est normal par rapport au milieu d’où elle vient. C’est ce qui me restera de ce roman.

Les avis d’Electra, Maeve et La tête dans les livres.
USA Map OnlyProjet 50 romans, 50 états : le Michigan.
Pour cet état, j’ai aussi en réserve Nageur de rivière de Jim Harrison, et les choix de mes collègues ès défi se sont portés sur Virgin suicides de Jeffrey Eugenides ou A moi pour toujours de Laura Kasischke : rien que des auteurs selon mon cœur ! 

littérature Amérique du Nord·non fiction·projet 50 états

Jon Krakauer, Into the wild

intothewildL’auteur : Jon Krakauer est né en 1954 dans le Massachusetts, il est journaliste mais aussi alpiniste. Il a publié en 1997 Voyage au bout de la solitude qui deviendra Into the wild, et sera porté à l’écran par Sean Penn, et aussi en 1998 un récit intitulé Tragédie à l’Everest.
285 pages
Éditeur : 10/18 (2008)
Paru en France en 1997.
Traduction : Christian Molinier

Il y a des vies si fortes et si tragiques qu’un roman ne saura jamais être tout à fait au même niveau, ainsi la vie de Christopher McCandless qui abandonna tout, études, famille, amis pour une vie idéale, un retour solitaire à la nature. En avril 1992, il fit du stop pour rejoindre une région peu fréquentée au nord du mont McKinley, où on le retrouva mort trois mois plus tard, dans un vieux bus abandonné qui lui avait servi d’abri. Jon Krakauer dessine la vie de ce jeune homme brillant et idéaliste, et pas seulement les cent et quelques jours qu’il passa en autarcie complète dans cet endroit isolé d’Alaska, avec un sac de riz, une arme et des cartouches, avant de mourir d’épuisement, d’intoxication ou de faim, on ne sait trop.
Jon Krakauer fait partie de ces journalistes qui savent rendre passionnantes leurs recherches, et les mettre en forme pour ne produire aucune sensation d’ennui. Je pense en particulier dans le même genre, à Justin St Germain, un autre américain, qui a écrit Son of a gun, dont la maîtrise m’avait fait forte impression.
Pour revenir à Into the wild, Jon Krakauer s’est lancé dans l’enquête sur Chris McCandless dans le mois qui a suivi la découverte du corps et l’annonce de la mort du jeune homme, il a donc pu rassembler des témoignages tout frais, des souvenirs vivaces. Il n’hésite pas aussi à revenir sur l’enfance et la jeunesse de Christopher, pour expliquer son cheminement psychologique, et argumenter sur le fait qu’il n’était pas suicidaire. Il en vient aussi à évoquer sa propre jeunesse, où il faillit perdre la vie en voulant escalader un mont inaccessible en Alaska. C’est aussi leurs points communs qui lui ont donné envie d’écrire sur le jeune disparu de la piste Stampede.
Jon Krakauer a également mené l’enquête sur d’autres affaires similaires à celle de Chris, où des jeunes gens ont voulu retourner seuls à la nature, et vivre de ce qu’elle pouvait leur offrir, au risque de leur vie. Sa recherche n’oublie pas non plus la littérature et notamment tous les livres que Chris avait emporté avec lui, et qu’il cite abondamment, où il cherche des explications… Mais peut-on tout expliquer ?

Citations (parmi un bon nombre de pages marquées !)
Chris était de ces gens qui pensent qu’il ne faut rien posséder hormis ce que l’on peut porter sur soi.

Il était tellement captivé par ces récits qu’il semblait oublier que c’étaient des œuvres de fiction, des produits de l’imagination qui relevaient plus de la sensibilité romantique de London que d’une expérience réelle dans le monde sauvage subarctique. Il négligeait le fait que London lui-même n’avait passé qu’un seul hiver dans le Grand Nord et qu’il s’était donné la mort dans son domaine de Californie à l’âge de quarante ans, abruti d’alcool, obèse, pathétique, menant une existence sédentaire qui avait peu de rapport avec les idéaux qu’il prônait dans ses écrits.

USA Map Only

50 romans, 50 états : pour l’Alaska, le choix est large, mes favoris restent sans doute La fille de l’hiver d’Eowyn Ivey, et Aucun homme, ni dieu de William Giraldi !

littérature îles britanniques·premier roman

Claire Fuller, Les jours infinis

joursinfinisL’auteur : Claire Fuller travaillait dans une agence de marketing lorsqu’elle a commencé à écrire à 40 ans. Les jours infinis, dont les droits sont vendus dans dix pays, est son premier roman. Elle vit à Winchester. Elle est aussi artiste-sculpteur.
325 pages
Éditeur : Stock (mai 2015)
Traduction : Mathilde Bach
Titre original : Our endless numbered days

Une des publications récentes qui me tentaient le plus était ce premier roman d’une auteure anglaise, aussi l’ai-je sélectionné lors de la dernière opération Masse critique avec un certain enthousiasme ! Il est vendu comme une histoire à la croisée de Sukkwan Island de David Vann et de Room d’Emma Donoghue. Et c’est exactement de qu’il est. Sachant que j’ai beaucoup aimé Room et détesté Sukkwan Island, qu’allait-il en être de celui-ci ?
L’histoire est racontée par Peggy, une toute jeune fille de dix-sept ans, dont l’enfance est bercée par les fantasmes de son père, qui imagine la fin du monde proche, et veut s’y préparer. Tant qu’il ne s’agit que de faire des provisions à la cave et camper dans le jardin, la fillette prend cela pour un jeu, et sa mère regarde ces fantaisies avec détachement. Mais, alors que cette dernière est en tournée de concerts en Allemagne, le père décide de partir avec sa fille pour s’installer dans « Die Hütte », une cabane perdue en montagne. Ils y passeront près de neuf ans, que Peggy, revenue seule, raconte plus tard. Au début, j’ai trouvé le style trop lisse, parfois même un peu convenu. Le personnage du père ne manque pas de relief, mais n’est pas de ceux auxquels on peut s’attacher, et ses motivations pour le moins floues s’apparentent assez vite à de la folie. Ensuite, je me suis prise au jeu, il y a l’alternance des périodes, Peggy ayant huit ans ou dix-sept, qui crée une attente et soulève bien des questions. Pourtant, je n’ai pas aimé la fin et trouvé l’ensemble parfois long, un peu « glauque », et pas foncièrement original.
« Les dates ne sont là que pour nous rappeler que nos jours sont comptés, que chaque jour qui passe nous rapproche de la mort. À partir de maintenant, Punzel, nous vivrons au rythme du soleil et des saisons. » Il me souleva et me fit voler dans les airs en riant : « Nos jours seront infinis. » Un père qui tient ce discours à sa fillette de huit ans laisse forcément planer des doutes sur son intégrité psychologique.
J’ai eu l’impression d’un bon travail d’écriture, mais il manque quelque chose pour que ce roman me plaise vraiment. C’est dans l’air du temps, ces histoires où un parent entraîne un enfant dans un lieu désert, voire hostile, loin de l’autre parent… je pense à David Vann, bien sûr, mais si vous ne devez en lire qu’une je vous conseillerais En mer de Toine Hejmans… Je serai toutefois curieuse de lire un futur roman de Claire Fuller, son talent est prometteur, même s’il m’a laissée un peu sur ma faim.

Les avis de Clara mitigée aussi, et Clarabel plus enthousiaste.
Sur le thème de la solitude recherchée et volontaire, toute une sélection de romans recommandés par les blogueurs !

tous les livres sur Babelio.com
conseils de lecture

Conseils de lecture (13) Ma petite cabane au fond des bois

C’est bientôt le printemps, les p’tites fleurs, le grand air, la forêt, les petits oiseaux, tout ça, tout ça… Connaissez-vous des livres, des romans de préférence à des témoignages, où les protagonistes s’exilent, volontairement ou non, au fond des bois ?
Je pense tout d’abord à Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier et L’abandon de Peter Rock.
ilpleuvait  abandon_poche 
Avez-vous d’autres suggestions ?
Une proposition de Valentyne pour commencer, et plusieurs d’Aifelle :
Le mur invisible de Marlen Haushofer,
La langue des oiseaux et Bambois, la vie verte de Claudie Hunzinger,
La route de Beit Zera de Hunbert Mingarelli et La petite lumière d’Antonio Moresco.
murinvisible langue_des_oiseaux bambois routedebeitzera petitelumiere

Papillon propose Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson,
et Une comète ajoute Into the wild de Jon Krakauer.
Hélène préfère Solitudes australes de David Lefèvre.
Mior suggère un classique, Walden d’Henry Thoreau.
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Ariane aime Promenons-nous dans les bois de Bill Bryson et Le journal intime d’un arbre de Didier Van Cauwelaert.
Delphine-Olympe pense à La délégation norvégienne d’Hugo Boris.
Dominique recommande Ma vie dans les Appalaches de Thomas Rain Crowe et Etrangers sur l’Aubrac de Nicole Lombard.
promenonsnous journalintimedunarbre delegationnorvegienne maviedanslesapp etrangerssurlaubrac

Jérôme propose Indian Creek de Pete Fromm. J’ajoute La fille de l’hiver d’Eowyn Ivey, un joli coup de cœur !
Marilyne aime La vie en cabane de David Lefèvre.
Aifelle ajoute Tsili, d’Aharaon Appelfeld.
Céline recommande Il était une rivière de Bonnie Jo Campbell.
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littérature Moyen-Orient·nouvelles

Amos Oz, Entre amis

entreamisL’auteur : Amos Oz, né à Jérusalem en 1939, est un romancier et journaliste israélien. Il est également professeur de littérature. Après son service militaire, Amos Oz étudie la philosophie et la littérature, et écrit dans le journal des journaux. Il publie ses premiers récits en 1965, et son premier roman date de 1966. Depuis, il écrit sans discontinuer, publiant environ un livre par an. Ses œuvres sont traduites dans plus de trente langues dans le monde. Son autobiographie, Une histoire d’amour et de ténèbres, a été saluée unanimement par la critique.
160 pages
Editeur :
Gallimard (janvier 2013)
Traduction : Sylvie Cohen

J’avais bien envie de lire ce recueil paru l’année dernière pour découvrir Amos Oz, auteur dont plusieurs romans sont aussi traduits en français. De temps à autre, c’est une bonne idée de découvrir un auteur par des nouvelles, et dans ce cas cela s’est vérifié.
Comme elles sont assez peu nombreuses, huit en tout, je vais les détailler une à une, sans révélation primordiale, toutefois ! Les faits prennent place dans les années 50, mais semblent un peu intemporels.
La première nouvelle est sur le thème de la solitude, et on remarque tout de suite le paradoxe avec la vie dans un kibboutz où collectivité était la norme.
La deuxième nouvelle une histoire d’amour ou de désamour surveillée par tout le kibboutz.
Dans « Entre amis », un homme se demande comment aller parler à sa fille de dix-sept ans qui vient de s’installer avec David, la cinquantaine, professeur et ami de son père depuis très longtemps.
« Papa » relate le voyage et les sentiments d’un jeune homme de dix-sept ans travaillant au kibboutz qui demande à faire un court voyage pour aller voir son père malade.
La nouvelle « Le petit garçon » montre un père qui se rebelle contre la vie en collectivité imposée à son garçonnet de cinq ans.
Dans « La nuit », Yoav, le secrétaire du kibboutz, se trouve confronté à un grave cas de conscience.
Dans la nouvelle suivante, un jeune homme veut quitter le village pour aller étudier en Italie, sur l’invitation de son oncle… Mais l’assemblée doit d’abord valider cette proposition.
Et à vous de découvrir le sujet de la dernière nouvelle, « L’espéranto », où se retrouvent des habitants du village déjà croisés auparavant.
Car il s’agit ici de textes courts où les mêmes personnages peuvent réapparaître, comme voisins ou amis. La taille du kibboutz rend cela inévitable et pour tout dire, plutôt agréable. Les thèmes sont intéressants et les questions posées sur le mode de vie bien particulier à ces villages, où tout était mis en commun sont nombreuses. La question de place des femmes, de l’éducation des enfants, du célibat, du divorce sont centrales et surtout, encore et toujours, il s’agit de la solitude de l’être humain.
N’ayez pas peur des nouvelles et laissez-vous conduire par le style sans heurts d’Amos Oz, et par son regard amusé et finement observateur !


Extrait :
Cinq ou six étoiles brillaient dans le ciel sombre teinté de pourpre où le vent emportait des nuages bas et obscurs. Le kibboutz dormait à poings fermés. Les projecteurs de la clôture formaient des flaques de lumière jaune sur le sol. L’un d’eux, sur le point d’expirer, vacillait comme en proie à l’incertitude. Yoav dépassa à pas lents les massifs ténébreux et contourna la grange, les souliers pleins de boue. Tu es complètement aveugle, obtus et sourd, songea-t-il accablé. Nina s’était penchée pour lui prendre la main et la presser contre son cœur lorsqu’il lui avait promis de lui trouver un endroit où dormir, se rappela-t-il. Il aurait dû saisir le message et la prendre dans ses bras. Elle lui avait donné un signal auquel il n’avait pas répondu. Et un second en lui frôlant le bras – il l’avait ignoré une fois de plus.


Seules
Aifelle
et Cuné l’ont lu et commenté ? C’est dommage, mais vous pourrez vous rattraper bientôt, il va sortir en poche en janvier !

Le mois de la nouvelle, c’est en ce moment chez Flo.

littérature France·non fiction

David Lefèvre, Solitudes australes

solitudes-australesL’auteur : Né en 1973, David Lefèvre interrompt ses études à 20 ans après une licence d’histoire-géographie pour s’en aller chercher ses humanités sur les routes : Amérique du Nord, Proche-Orient, Asie centrale, Asie du Sud-Est… Il alterne voyages au long cours et boulots alimentaires dans divers pays d’Europe pour se frotter à la réalité du travail précaire. Il effectue en 2003 un premier séjour en Amérique du Sud. Entre 2005 et 2010, son exploration se prolonge vers les forêts et les steppes de la Patagonie et de la Terre de Feu. Entre 2010 et 2012, il réside au Chili où il exerce une activité de photographe avant de s’installer au bord d’un lac de l’île de Chiloé. David Lefèvre est l’auteur de Solitudes australes, Chronique de la cabane retrouvée et Aux quatre vents de la Patagonie, En route pour la Terre de Feu.
177 pages
Editeur : Transboréal (2012)

David Lefèvre, en parallèle avec divers emplois alimentaires, est parti à travers le monde. Parmi ses nombreuses rencontres, un ami qui propose de lui prêter un terrain avec une cabane au bord du lac Huillinco, sur l’île chilienne de Chiloé, pour y passer plusieurs mois. Il y restera et tiendra un journal de bord de septembre à avril, du printemps à l’automne. La cabane nécessite une remise en état, et l’auteur se donne à fond dans les travaux manuels, menant aussi à bien la création d’un potager dans la forêt avoisinante. J’ai aimé sentir la nature qui entoure la cabane, les averses, voire les tempêtes qui la frappent, et les petites bêtes diverses et aussi plus grosses, qui signalent à l’auteur que c’est leur territoire.
J’ai un peu moins apprécié les réflexions philosophiques, enfin certaines d’entre elles me parlaient, mais pas toutes, ce qui est bien normal, et chacun devrait y trouver phrases à relever et matière à réfléchir sur son propre rapport à la nature.
La solitude, la proximité immédiate de l’environnement poussent évidemment à se poser des questions sur la vie, sur l’homme et la nature, sur la société de consommation, mais, et l’auteur note bien qu’il faut revenir à la réalité, comment croire que ce mode de vie puisse convenir à tout le monde et être extensible à l’infini ? Si j’imagine les forêts envahies de cabanes, et d’individus attirés par cette forme de pauvreté volontaire, je ne suis pas certaine que l’environnement et la nature s’en porteraient mieux. Cela fonctionne si ça reste assez marginal. Vu la population terrestre, éviter de construire et d’habiter les villes paraît une douce utopie.
Davantage que les considérations philosophiques, j’avoue avoir préféré les portraits des voisins du narrateur, à quatre pattes ou à deux, ces derniers n’étant pas forcément les plus civilisés, et aussi les évocations du climat et des paysages, côté lac, comme côté océan, et le cahier de photos à l’intérieur qui permet de se représenter les lieux. Pour moi l’aspect voyage immobile et le cadre unique de l’île de Chiloé sont un peu frustrants, mais j’en retiendrai de très beaux passages où l’auteur réussit vraiment à faire partager son expérience et sa réflexion.

Extrait : Remonter un chemin d’eau vers sa source ou l’accompagner vers l’océan est une des choses les plus enivrantes qui soient. Vous longez une rive, vous suivez une berge, et le trouble délicieux du plongeon dans l’inconnu s’installe en vous. À mesure que vous progressez vers l’amont ou vers l’estuaire, la vie a soudain de grands territoires devant elle. C’est ce que j’ai ressenti en progressant vers le Pacifique.
À l’embranchement des rivières, j’entendais l’eau gicler au pied des versants. Au débouché du Rio Notué, des poissons et leurs dos étincelants frôlaient la surface à hauteur des berges. C’était des saumons gros comme ma cuisse pressés d’avaler la rivière nageoires repliées.

Les lectures de Chinouk, Dominique, Hélène, Keisha et Marilyne qui m’ont donné envie de me retirer dans une cabane au Chili ! Ceci est ma (première) participation au projet non-fiction de Marilyne.

bande dessinée·littérature France

Chabouté, Tout seul

toutseulcouvL’auteur : Né en 1967, d’origine alsacienne, Christophe Chabouté publie en 1993 ses premières planches chez Vents d’Ouest dans les Récits, un album collectif sur Arthur Rimbaud. En 1998, il réalise Sorcières au Téméraire et Quelques jours d’été chez Paquet. Avec Zoé paru en 1999, et Pleine Lune en 2000, Chabouté montre son plein talent. En 2001, il réédite Sorcières chez Vents d’Ouest et Un Îlot de Bonheur chez Paquet. En 2002 toujours, il publie La Bête et Purgatoire, pour Vents d’Ouest. En 2006, paraît Landru, suivi par Construire un Feu en 2007, adapté d’une nouvelle de Jack London, puis en 2008 Tout Seul. En 2009, les éditions Vents d’Ouest publient une nouveauté de Chabouté, Terre Neuvas. En 2010 paraît Fables Amères et en 2012, Un peu de bois et d’acier.
380 pages
Editeur : Vent d’ouest (2008)

Je ne lis pas souvent de BD, aussi n’est-ce pas ici qu’il faut venir pour trouver des bandes dessinées nouvelles ou peu connues. Je n’emprunte généralement que des valeurs sûres pour lesquelles je m’emballe après tout le monde !
C’est le cas encore avec cette très belle histoire, pleine de tendresse, d’embruns et de cris de mouettes. Un phare perdu sur un îlot n’est ravitaillé de temps à autre que par un petit bateau de pêche. Le nouveau matelot s’étonne, puisque le phare est automatisé, et apprend qu’un homme y vit seul depuis que ses parents sont morts, et qu’il s’agit d’une sorte de monstre, que la solitude protège du regard des autres. Dans le phare, une silhouette se déplace, un homme ouvre un dictionnaire, y pioche au hasard des mots qu’il imagine à sa manière, d’après les quelques images qu’il possède du monde…
Je n’ai que du bien à dire de ce livre, tant l’idée que la réalisation sont très réussies, et je referai sans doute d’autres incursion dans l’univers de ce dessinateur, si tout est de la même qualité !
toutseul1toutseul2

Les avis de Claudialucia, d’Hélène, de Krol, le plus récent de Leiloona, et aussi Mango, Midola, Noukette, Sandrine et Val