littérature Amérique du Nord·premier roman·projet 50 états·rentrée automne 2016

Virginia Reeves, Un travail comme un autre

untravailcommeunautre« On perd déjà tant de courant en l’acheminant : ce qu’on prendra n’est rien en comparaison. C’est une goutte d’eau dans un lac, ça ne manquera à personne. »
La force du roman de Virginia Reeves tient tout d’abord à la singularité du sujet : Roscoe T. Martin, un homme passionné par la force nouvelle de l’électricité, vient s’installer dans les années 20 dans une région rurale de l’Alabama où les fermes sont encore éclairées au pétrole, et où tout le travail se fait à la main. Pour réduire le travail de son ouvrier agricole et de son épouse, il imagine détourner quelques kilowatts des lignes d’Alabama Power, opération aussi risquée qu’illégale. Ses connaissances en électricité lui permettent de réussir, mais un ouvrier de la compagnie meurt quelques temps plus tard au pied de son transformateur.

Il avait ses propres souvenirs, sa compréhension des événements, puis il y avait le récit hostile et biaisé du procureur, et ensuite la version des journaux, limitée aux minutes les plus sensationnelles.
La suite du roman alterne entre la prison où Roscoe purge une longue peine et le retour sur les événements qui l’y ont mené, sur le procès, sur sa vie de couple compliquée, sur sa relation avec Wilson, l’ouvrier agricole de couleur. Les tensions raciales ne sont pas absentes du roman, mais sont traitées d’un point de vue pas exactement habituel.

Si les trois hommes assis derrière la grande table de chêne m’accordent une remise de peine, j’irai voir l’océan. J’en suis sûr. Je me trouverai un phare comme celui-là et j’en deviendrai le gardien, alors j’allumerai ma lanterne dans l’obscurité pour tenir les navires loin du péril.
Je ne m’attendais pas en ouvrant le roman à voir une grand partie des pages se passer entre les murs d’une prison, mais cet aspect ne m’a pas rebutée. La langue utilisée par l’auteure, et très bien rendue par la traduction, est sobre et précise, avec de belles échappées lyriques, et s’accorde bien avec l’époque qu’elle décrit. Les trois parties, la troisième venant renouer les deux premières qui alternaient, abordent avec précision et empathie à la fois, des aspects de l’affaire qui a bouleversé la vie de Roscoe.
Encore un roman découvert grâce au festival America qui était décidément très riche cette année.

 

Virginia Reeves, Un travail comme un autre (Work like any other) éditions Stock (2016) traduit par Carine Chichereau, 326 pages

Lu aussi par Ariane, Cathulu, Sandrine.
50 états, 50 romans, en Alabama
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littérature Amérique du Nord·mes préférés

Meg Wolitzer, La doublure

doublureMa matière principale restait l’anglais, avec un intérêt tout à fait secondaire pour le socialisme.
Joan se trouve avec son mari dans un avion pour Helsinki où il va recevoir un fameux prix littéraire, concurrent du Nobel. Le moment lui semble adéquat pour le quitter après quarante ans de vie commune.
Elle se souvient de la jeune fille qu’elle était, tombée sous le charme de son prof de littérature. C’était en 1953 et, si ses camarades étaient plutôt à la recherche d’un mari, contrairement à elles, Joan se sentait une vocation d’écrivain. Mais c’est son mari John qui deviendra auteur à succès, pendant qu’elle travaillera chez un éditeur ou élèvera leurs enfants. Elle ne semble pas en concevoir de rancœur toutefois, tout au plus une certaine fatigue…

En effet, les femmes, en 1956, étaient toujours confrontées à des limites, à des négociations : où avaient-elles le droit de sortir marcher la nuit ? Jusqu’où pouvaient-elles laisser s’aventurer un homme, en tête-à-tête ?
Je ne sais pas pourquoi on n’a pas vu davantage ce roman sur les blogs.
Parce qu’avec une telle plume acérée, un poil de cynisme, et une excellente traduction, j’ai passé mon temps à noter des citations. Comment ne pas tomber sous le charme d’un roman où la narratrice déclare tout simplement… « Des filles en groupe, c’était aussi rassurant qu’un hachis parmentier », ou ose une telle phrase en racontant sa première relation amoureuse : « C’était mon premier pénis, et il me parut en un sens si pétri d’optimisme, bien plus que son possesseur. » Moi, j’ai craqué pour cet humour à froid, ces images qui prêtent à sourire, sans oublier les descriptions piquantes !

Moi, je ne tenais pas le monde dans ma main. Personne ne me l’avait proposé. Je ne voulais pas devenir « femme écrivain », peintre du monde dans des couleurs d’aquarelle, ou, à l’inverse, une dingue, une casse-couilles, une raseuse épuisante.
Joan dans ses jeunes années se pose déjà des questions sur les femmes qui écrivent, et souscrit à la vision d’une auteure qu’elle a rencontrée. Mais les revendications féminines sont niées dans les années 50, et Joan se retrouve dans une situation qui n’est pas celle qu’elle avait rêvée. Le thème des femmes et de la création court à travers le roman, sans que jamais on n’ait l’impression que l’auteure assène des théories. Elle constate, tout simplement, avec un brin de cynisme qui arrache plus d’un sourire.

Ces hommes, qui possèdent déjà tant, ont besoin d’autant pour se donner des forces. Ils n’ont que des appétits, ils ne sont que bouches béantes, estomacs grondants.
Joan est une femme admirable en apparence, qui comprend et accompagne son mari partout, mais qui craque au bout du compte, à force d’avoir joué les doublures depuis des années. Outre son écriture, la construction du roman est astucieuse, ne provoque jamais un brin d’ennui tant les comparaisons entre les personnages jeunes et les mêmes à la maturité est édifiante ! Une jolie réussite que ce roman (qui conviendra sans nul doute à ceux qui ont aimé De la beauté de Zadie Smith) et je suis ravie d’avoir commencé à lire Meg Wolitzer, car je pressens que ses autres romans pourraient me plaire tout autant !

Meg Wolitzer, La doublure (The wife, 2003) éditions rue Fromentin (2016) traduit par Johan-Frederik Hel Guedj 250 pages

Repéré grâce à Cathulu, Cuné et Nadège.

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littérature Amérique du Nord

Megan Abbott, Avant que tout se brise

avantquetoutsebrise« Le vacarme, le bourdonnement, le silence pesant, l’odeur des justaucorps mouillés et de la fosse de réception, la crème hydratante goudronneuse, tout cela était intrinsèquement lié à Devon. »
Je voulais lire ce roman depuis le Festival America où Sandrine avait mené un entretien avec Megan Abbot. C’est le premier roman de l’auteur que je lis, mais il ne semble pas représentatif de son genre habituel, qui est le roman noir situé dans les années 50 ou 60. Avant que tout se brise, roman sur une famille fortement soudée autour de la fille aînée, gymnaste très prometteuse, a pour titre américain You will know me. On pourrait parler longtemps des traductions des titres ! Toutefois, le titre français, tiré d’une phrase du roman, ne va pas si mal au texte qui parle de « l’avant », avant l’événement perturbateur.

Un roman psychologique
Malgré des couches de temps imbriquées, le récit se déroule de manière claire et suit un fil directeur évident autour de la psychologie approfondie, disséquée, des personnages. Cet examen minutieux des faits et gestes évoque les romans de Joyce Carol Oates. L’auteure a adopté, et c’est une très bonne idée, le point de vue de la mère, écartelée entre son amour pour sa fille, son envie de la voir réussir, sa loyauté envers son mari, son sens moral, ses envies personnelles. Jusqu’où peut aller le profond désir de voir son enfant réussir ses rêves ?

« Tout, dans la vie de Devon, finirait par prendre un aspect mythique au sein de la famille. »
On assiste aux ravages qu’un accident, survenu dans l’entourage proche, peut créer dans une famille. Ce roman est tendu, précis et affuté comme les gymnastes dont il évoque la jeune carrière. Il est aussi très prenant, car l’auteure lâche des informations comme autant de petites bombes, et excelle à les replacer dans le contexte passé. La réussite de Devon, c’est d’abord la rencontre de ses parents, la naissance d’une famille, des aléas et des accidents, la rencontre d’un entraîneur, et ainsi de suite…


Quoi d’autre ?
Le sport de haut niveau, thème porteur de tensions et de défis, est souvent traité dans les romans. Je pense à La petite communiste qui ne souriait jamais de Lola Lafon, Le cœur du pélican de Cécile Coulon, Courir de Jean Echenoz ou Némésis de Philip Roth, mais vous en connaissez sans doute d’autres ? J’ai adoré Courir et Némésis

Avant que tout se brise (You will know me, 2016) aux éditions du Masque (2016) traduit de l’anglais par Jean Esch, 334 pages
L’avis de Sandrine.

 

littérature Amérique du Nord·premier roman·rentrée automne 2016

Molly Prentiss, New York, esquisses nocturnes

newyorkesquissesIci, la crasse était glamour, Engales l’avait compris. La destruction et la décomposition allaient de pair avec l’essor et le succès, la façon qu’avaient les artistes de converger vers les lieux les plus pouilleux et les uns vers les autres – de telle sorte qu’ils se sentaient tous riches. Alors qu’en réalité, la plupart étaient encore inconnus et très pauvres.
New York au début des années 80 est une pépinière d’artistes, l’art urbain s’y développe, les expérimentations en tous genres aussi, des artistes se regroupent dans des squats pour pratiquer leur art. C’est le moment où le jeune artiste Raul Engales, fuyant son Argentine natale, arrive parmi eux, avec un style de peinture bien personnel qui tarde à trouver une reconnaissance. Les critiques font un peu la pluie et le beau temps de ces jeunes artistes. L’un d’entre eux, James Bennett, a la particularité d’être atteint de synesthésie, pour lui chaque personne, chaque mot, chaque odeur a une couleur, et les sensations qu’il a à la vue d’un tableau sortent du commun, et lui inspirent des critiques flamboyantes et très personnelles. Le troisième personnage est Lucy, une toute jeune fille, assez naïve, qui a quitté l’Idaho pour la grande ville qui la fait rêver, et qui peine à survivre de petits boulots. Des rencontres vont bien évidemment avoir lieu entre les trois, mais l’auteure élargit le champ autour de ce triangle amoureux, fourmille de portraits d’aspirants artistes, de collectionneurs, de galeristes…
L’auteure réussit à rendre romanesque le milieu artistique new-yorkais du début des années 80, et quel plaisir de croiser des noms connus comme Jean-Michel Basquiat ou Keith Haring, ou d’autres un peu moins (notés aussitôt dans mes tablettes !). S’il est des romans où on a du mal à entrer, dans le cas de celui de Molly Prentiss, je me suis sentie bien entre les pages dès le début. Il n’y a rien qui sente le préfabriqué ou l’artificiel dans la construction, on s’attache vite aux personnages et surtout on a des attentes par rapport à eux, leur avenir, leurs perspectives. Attentes qui ne sont pas déçues, même si l’auteure prend des chemins qui ne sont pas ceux que l’on imagine. Pour un premier roman, c’est une belle réussite, et même si ce n’était pas le premier, il m’aurait plu tout autant !

Extrait : Au cours des quatre minutes et trente-trois secondes de silence de John Cage, présentées par un professeur enthousiaste à la tignasse einsteinienne, James vit exactement la même lumière mouchetée que lorsqu’il écoutait de la musique classique et il sentit dans sa bouche, assez distinctement, le goût du poivre noir, qui lui causa même des éternuements.

Rentrée littéraire 2016
L’auteure : Molly Prentiss a grandi à Santa Cruz, en Californie et s’est installée à Brooklyn. Diplômée d’une maîtrise de
creative writing, elle a publié de nombreuses nouvelles avant d’écrire un premier roman, paru en avril 2016 aux États-Unis et encensé par la critique.
416 pages.
Éditeur : Calmann-Lévy (août 2016)
Traduction : Nathalie Bru
Titre original : Tuesday nights in 1980

C’est un coup de cœur pour Antigone, Cathulu, Eva. Sylire a passé un très bon moment. Ariane a aimé l’écriture, mais n’a pas été sensible à l’aspect artistique. Goran n’a pas aimé !

Le thème « Art et roman » m’intéresse toujours autant et vous pourrez trouver d’autres idées dans la liste du même nom ! (et même en proposer d’autres pour la compléter, si vous voulez)

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littérature Amérique du Nord·sortie en poche

James McBride, Miracle à Santa Anna

miracleasantaanna

Le roman commence dans les années 80 à New York, avec une petite incursion à Rome, dans l’extrait ci-dessous, début où des évènements s’enchaînent sans qu’on comprenne trop où cela va mener, puis le roman dépose le lecteur en Italie, au cœur d’un bataillon de soldats noirs, en 1944. Ceux à qui les positions les plus intenables, les actions les plus suicidaires sont demandées. L’un d’entre eux, nommé Train, va se trouver séparé de ses camarades, et au cœur d’une bataille, être amené à sauver un petit garçon italien dans une grange effondrée. Train et cinq autres soldats américains qui l’ont rejoint se trouvent coupés du reste de l’armée par les lignes allemandes et trouvent refuge dans un hameau proche de Santa Anna. Santa Anna est un village martyre, où la population a été massacrée en représailles, comme à Oradour-sur-Glanne. Ce fond historique est tout à fait réel, malheureusement, et seuls les personnages principaux sont inventés.
La construction du roman est originale, et l’intrigue bien menée, ce qui fait que ce roman de guerre, d’amitié et d’entraide, se lit comme un polar. D’une personne, voire d’un objet, l’histoire, tel un récit raconté au coin du feu, remonte à une autre personne, à une action qui aura son importance. C’est vraiment bien fait, et c’est le premier
atout du roman. Le deuxième est l’humanité qui fait ici bon ménage avec l’imagination, la chaleur qui émane de Train, un bon géant placide prêt à adopter un petit garçon esseulé, mais aussi d’autres personnages, ses coéquipiers aux profils atypiques, les italiens rescapés, les militaires restés en arrière, qui forment une galerie originale et donnent à ce roman de guerre une couleur inattendue dans ce genre de récit, d’où l’humour n’est pas absent.
Je voulais découvrir cet auteur avec son dernier roman, L’oiseau du bon dieu, dont on a pas mal parlé ces derniers mois, mais finalement, l’occasion de lire celui-ci m’a été accordée d’abord. Il m’a accompagné dans un aller et retour à Paris pour le festival America (what else ?) et je ne m’y suis pas ennuyée un seul instant !

Extraits : Cette même page de canard s’était retrouvée à planer jusqu’à terre depuis la fenêtre du neuvième étage de l’immeuble Aldo Manuzio à Rome, jetée par le concierge Franco Curzi, qui en avait sa claque et voulait rentrer chez lui de bonne heure parce que c’était bientôt Noël. Après quantité de virevoltes dans les airs, la page en question avait terminé sa course à la terrasse du café Terra, sur une table située en dessous de la fenêtre, comme si Dieu l’avait placée là exprès, et c’était bien, en vérité, un fait exprès de sa part.
Car elle avait atterri juste au moment où un italien, de haute taille, élégant et à la barbe bien taillée, était en train de prendre son café du matin à la table voisine. En voyant le gros titre, il s’empara du journal et lut l’article sans lâcher la tasse qu’il avait à la main.


Le petit garçon ne put résister. Du chocolat. Un visage géant en chocolat. Il tendit la main pour toucher son visage, puis lécha. Le goût était infect. Alors l’inconscience l’emporta, une inconscience plus douce que tout ce qu’il pouvait imaginer.

 

L’auteur : James McBride est écrivain et journaliste. Il est né en 1957 à New York d’un père afro-américain et d’une mère juive d’origine polonaise. Après ses études de musique dans l’Ohio et de journalisme à Columbia, il a travaillé pour différents journaux comme The Boston Globe, People, The Washington Post. Il est aussi saxophoniste et compositeur professionnel. Il vit aujourd’hui en Pennsylvanie. Son dernier roman est L’oiseau du Bon Dieu.
336 pages.
Éditeur :
Gallmeister (2015) Paru en poche
Traduction :
Viviane Mykhalkov
Titre original : Miracle at Santa Anna (2003)
Un film a été réalisé par Spike Lee d’après ce roman en 2012.

Billet pour le mois américain dont voici la page.
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littérature Amérique du Nord·non fiction·projet 50 états

Alysia Abbott, Fairyland

fairylandQuand je repense à papa aujourd’hui, c’est avant tout son innocence qui me revient à l’esprit. Sa gentillesse. La douceur de ses manières. Ce n’était pas un dur…
Entre enquête et souvenirs, Fairyland est un document émouvant qu’Alysia Abbott écrit sur son père. À l’âge de deux ans, Alysia perd sa mère dans un accident de voiture, et son père, Steve Abbott, veut en assumer seul la garde. Il rejoint rapidement San Francisco et la communauté homosexuelle où il se sent mieux accepté.
En août 1974, un an après la mort de ma mère, mon père et moi franchissions en voiture le Golden Gate Bridge et pénétrions dans la ville qui allait devenir la nôtre. Les mains de mon père étaient agrippées au volant de notre Coccinelle Volkswagen, une cigarette aux lèvres. Sur la banquette arrière, il avait empilé des cartons et des valises, notre tapis oriental, ma petite chaise bleue préférée, et le moins grand de nos aquariums. […] Installée à l’avant, j’ai admiré l’immensité de l’océan qui s’étalait en contrebas. C’était la première fois que je voyais l’océan.
Alysia grandit au milieu des amis de son père, et elle décrit autant ses relations avec son père que les années 70 et 80 à San Francisco. Celui-ci écrit, de la poésie, des articles de journaux, des manifestes activistes concernant les droits des homosexuels. Mais survient le sida qui fait des ravages parmi son entourage, Steve tombe malade à son tour lorsque sa fille est ado.
Le point fort du livre est de donner la parole à Steve Abbott grâce à des passages de son journal que sa fille a retrouvé. Les souvenirs d’Alysia sont parfois en concordance, et parfois en opposition avec les paroles intimes de Steve.
L’auteure relate les faits, ne cherche pas à obtenir l’émotion par des effets d’écriture, et pourtant réussit à toucher le lecteur. Si je n’ai pas eu le coup de cœur que j’imaginais (voilà ce que c’est d’être trop imaginative !), j’ai toutefois aimé cette immersion dans un milieu et une époque que je connaissais peu, sauf par le film Harvey Milk, sur le conseiller municipal et activiste homosexuel de San Francisco. On remarque le travail d’Alysia pour faire remonter ses souvenirs, et rendre au mieux ses sentiments de petite fille, d’adolescente, puis de jeune femme. On partage les inquiétudes de son père concernant l’éducation d’un jeune enfant, ses choix qui ne sont pas toujours faciles, son angoisse par rapport à l’avenir. Ce très beau document mérite d’être connu.

Citation : Il n’était pas facile d’être un père célibataire homosexuel dans les années 1970 […], parce qu’il ne s’était pas senti libre d’être véritablement lui-même durant son enfance et son adolescence à Lincoln, dans notre Fairyland, notre féerie, il m’a élevée au moyen de frontières mouvantes


L’auteure :
Alysia Abbott est la fille unique du poète Steve Abbott. Journaliste et critique, elle vit actuellement à Cambridge, dans le Massachusetts, avec son mari et leurs deux enfants. Son livre sera adapté au cinéma par Sofia Coppola. Alysia Abbott sera présente au Festival America 2016.Logo-America
425 pages.
Éditeur : 10/18 (2016)
Paru aux Etats-Unis en 2013
Traduction : Nicolas Richard

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Repéré chez Céline, Clara et Jostein.

Projet 50 romans, 50 états : la Californie.
Et j’oubliais, c’est le mois américain !


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littérature Amérique du Nord·projet 50 états

Glenn Taylor, Un homme loyal

unhommeloyalIls suivirent les sentiers tracés par les pieds de ceux qui, avant eux, avaient emprunté les mêmes itinéraires. De la maison à l’église, puis à la salle de réunions, puis à l’orée des bois, et retour à la maison. Ces gens accomplirent de bonnes choses, de vraies choses. Ils bâtirent avec leurs mains. Ils prirent racine.

Au début du roman, j’ai noté de nombreux passages comme celui-ci, qui correspondaient tout à fait au genre de concision, de netteté dans l’écriture que j’adore chez certains auteurs, américains ou non. Qui plus est, l’histoire est belle, et exemplaire…
Lassé de travailler pour les autres, tourmenté par les discriminations qu’il voit autour de lui, Loyal Ledford, ancien marine, décide de monter sa propre entreprise de fabrication de billes (d’où la couverture du roman, et le titre d’origine) dans une vallée reculée, où sa famille possédait des terres. Il propose à un de ses camarades de travail de le rejoindre avec femme et enfants. Ce sera le début d’une communauté, qui va s’étoffer, créer ses structures autour de l’usine et d’une église, s’adjoindre de nouveaux individus, lutter contre le racisme ambiant, se serrer tant et plus les coudes.
Il y a dans ce roman de beaux passages, des scènes qui restent en mémoire, mais l’impression très favorable générée par le style s’estompe un peu au fur et à mesure de la lecture. Un certain manque de rythme à partir de la moitié du roman m’a gênée, et je me suis demandé si c’était pour mieux renouer avec une certaine tension vers la fin. Oui, dans une certaine mesure, mais un peu tard, à mon avis.
La fidélité aux idéaux, la transmission entre générations, l’utopie sont des thèmes intéressants. L’idée de la création notamment d’une communauté mixte aux États-Unis en 1948 est formidable en elle-même, et est à l’origine de belles scènes d’amitié et de fraternité, sans que l’auteur n’en fasse trop, restant toujours sur une sobriété qui finalement, combinée au grand nombre de personnages, dessert peut-être un peu son propos.
J’aurais aimé adorer ce roman, je l’ai aimé, en me focalisant malheureusement plus sur ses défauts que ses qualités. Mais il n’est pas exclus que cela soit seulement un sentiment personnel, et que d’autres ne le partageront absolument pas !

Citations : Ledford voulait féliciter Mack pour la grossesse de son épouse, mais il n’en fit rien. Après un bref silence gêné, ils échangèrent un signe de tête, puis chacun reprit son travail.

En descendant les marches du parvis, il s’arrêta. Il se retourna pour regarder le clocher. Il était grand et mince, il crevait le ciel comme un couteau, en attendant que quelque chose en tombe.

L’auteur : Glenn Taylor est né en 1975 en Virginie Occidentale. Il enseigne dans une Université proche de Chicago. Son premier roman paru en 2009, La ballade de Gueule-Tranchée, a été finaliste du National Book Critics Circle Award 2009. Son troisième roman Pendaison à Cinder Bottom est paru chez Grasset en mai 2016. Glenn Taylor sera présent au Festival America du 9 au 11 septembre.
Logo-America454 pages.
Éditions Points (2014)
Paru aux Etats-Unis en 2010
Traduction : Brice Matthieussent
Titre original : The Marrowbone Marble Company

Les avis de Clara et Sharon, plus positifs que le mien.

 

Projet 50 romans 50 états : la Virginie Occidentale (la page du projet…)

Première lecture pour le Mois américain, dont voici la page

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littérature Amérique du Nord·nouvelles

David James Poissant, Le paradis des animaux

paradisdesanimauxLe recueil de nouvelles de ce jeune auteur est encore un exemple de ce que les universités américaines et les ateliers d’écriture peuvent produire de meilleur. La première nouvelle, L’homme-lézard, est à ce titre exemplaire, puisque réussissent à y cohabiter une situation familiale dégradée entre un père et son fils homosexuel, une virée en pick-up, un inventaire après décès, un alligator géant, un parcours de golf, une tempête, de la violence, des remords, une tentative de rédemption… le tout avec une tonalité de comédie dramatique, le penchant dramatique étant le plus exploité, sans en rajouter dans la morosité.
Les autres nouvelles, comme la première, possèdent la même force teintée d’humour, s’attachent autant à révéler le petit détail pitoyable qui change tout, que les sentiments universels.
Les personnages terriblement humains, faillibles,  représentatifs des petits blancs pauvres du sud des États-Unis, sont capables de moments fulgurants de grandeur. La dernière nouvelle, Le paradis des animaux, fait revenir quelques années plus tard le père et le fils du premier texte, pour mettre un point final à leur histoire. Et à notre lecture qui nous laisse un vide…
Je serai curieuse de lire de nouveau ce jeune auteur lorsqu’il fera paraître, un jour, un roman. Et en attendant, peut-être de l’écouter parler de son travail au Festival America où il est invité en septembre…
Logo-America

Citations : Il y a un an, j’ai balancé mon fils par la fenêtre de la salle de séjour. Je ne me rappelle pas comment cela s’est produit, en tout cas, pas exactement.

La seule chose qui soit pire que d’être pris en pitié, c’est de se prendre soi-même en pitié.

L’auteur : Originaire du sud des États-Unis, David James Poissant, 33 ans, est maintenant l’une des sensations de la scène littéraire américaine. Ses nouvelles, publiées dans les revues et magazines littéraires les plus prestigieux ont été distinguées par de nombreuses récompenses. Il vit en Floride, où il enseigne la littérature.
337 pages.
Éditeur : Albin Michel (2015)
Traduction : Michel Lederer
Titre original : The heaven of animals

 

Repéré grâce à Hélène, Léa et Valérie.

littérature Amérique du Nord·rentrée automne 2014·vie de lectrice

Festival America (deuxième jour)

 

Suite de mon week-end littéraire et américain, avec la journée de samedi !


Etape 1 : Assister à une rencontre sur le thèmes des mondes indiens, vaste thème puisque les invités étaient deux poétesses canadiennes, Joséphine Bacon et Rita Mestoshoko, un guyanais, Aïkumalé Alemin, qui est indien wayana et qui œuvre pour la défense de l’environnement, un conteur canadien, David Bouchard et… et… Joseph Boyden ! Depuis que j’ai lu Le chemin des âmes, Joseph Boyden fait partie des auteurs pour lesquels je n’ai aucune hésitation lorsque sort un nouveau roman ou recueil de nouvelles. J’ai lu tout ce qu’il a écrit et cela a été très plaisant de le voir (et son sourire craquant aussi !) et de l’entendre. Bref, ce débat sur Les mondes indiens m’a permis surtout de découvrir l’existence du peuple innu venant du nord du Canada, et de sa poésie. Ce peuple a une tradition orale, et masculine, mais de plus en plus, les femmes transmettent la culture en la mettant par écrit, sous forme de poésie principalement. Rita Mestoshoko et Joséphine Bacon étaient très touchantes, surtout cette dernière, petite dame toute ridée et souriante, qui remerciait d’avoir été invitée, dans sa langue et en français, et expliquait que ses textes poétiques rendent hommage à la nature et aux ancêtres. Chacun des participants à ce débat a raconté ses racines mêlées qui les mettent entre deux mondes. Joseph Boyden est par exemple d’origine ojibwa par sa mère, écossaise et irlandaise par son père, mais il n’a vraiment renoué avec ses racines indiennes qu’à l’âge adulte. Bref, un débat passionnant qui a aussi beaucoup plu à Anne que j’ai rencontrée quelques temps après. Je pense que vous entendrez reparler de poésie innue !

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Etape 2 : Se dépêcher vers une autre rencontre avec un auteur que je connais depuis un bon moment : Ron Rash, venu parler de son dernier roman, Une terre d’ombre, et de jeunes auteurs prometteurs : je vous ai déjà parlé de Nickolas Butler, j’évoquerai bientôt Jami Attenberg avec La famille Middlestein, et je pense essayer de trouver aussi les romans de Jesmyn Ward. Le thème était « L’endroit d’où je viens », à savoir respectivement la Caroline du Sud, le Wisconsin, Chicago et le Mississippi, et l’importance des lieux, des paysages et des saisons dans leurs romans. Malheureusement, si le débat avait bien commencé, j’ai été déçue par la journaliste qui entrait trop dans les détails en questionnant les auteurs et qui a tout de même réussi à raconter la fin du roman de Jami Attenberg, et celle du roman de Jesmyn Ward ! Curieuse façon de donner envie de lire que de dévoiler les derniers rebondissements d’un livre !

Etape 3 : Faire une pause de midi bien venue, et surtout, avoir le plaisir de rencontrer Anne pour la première, de revoir Marilyne et Sandrine, de faire la connaissance de Jérôme et Noukette, puis de Mior, Séverine et Malice ! C’est toujours plaisant dans les salons et festivals, de mettre un visage, une voix, sur la connaissance que nous avons les uns des autres par nos blogs !


Etape 4 : Assister au débat sur « Les choses de la vie » animé avec compétence par Sandrine, oui, notre Sandrine ! J’y ai retrouvé Nickolas Butler, et pu écouter aussi Jocelyne Saucier et Mélanie Vincelette. J’ai déjà lu Il pleuvait des oiseaux de Jocelyne Saucier, qui a été très apprécié, et avec raison, sur les blogs. Cette histoire de vieillards « frondeurs » qui se réfugient au fond d’une forêt est très touchante, et va chercher ses racines dans un vieux drame où justement, il pleuvait des oiseaux… Quant à Mélanie Vincelette, qui semble toute jeunette, son roman au titre mystérieux, Polynie, qui se déroule en Arctique, me tente bien et risque de rejoindre ma pile à lire d’ici peu !

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D’autres billets sur ce festival : ceux de Anne, Marilyne, Mior, Papillon et A propos de livres.

 

littérature Amérique du Nord·littérature France·rentrée automne 2014·vie de lectrice

Festival America (premier jour)

C’était la première fois que je venais au Festival America de Vincennes, et comme bien souvent maintenant dans les manifestations, je n’ai rien noté, j’ai souvent oublié de prendre des photos, et ce sera donc quelques évocations rapides sur ce Festival qui m’a vraiment beaucoup plu ! Commençons par vendredi.

 

Etape 1 : Rejoindre Marilyne au Salon du livre, à savoir le chapiteau des éditeurs et libraires pour y faire des repérages tout en bavardant comme deux pies !

Etape 2 :  Aller écouter avec Marilyne (qui trépignait par moments) une conférence où plusieurs auteurs français et Richard Ford parlaient de leurs sentiments à propos de l’œuvre de Raymond Carver et de l’homme lui-même. Richard Ford qui l’a connu personnellement était bien sûr le mieux placé pour parler de ce grand « nounours » qui a enthousiasmé le monde littéraire américain (mais pas seulement) avec ses nouvelles. Son éditeur français Olivier Cohen, et Stéphane Michaka qui a écrit Ciseaux sur Raymond Carver étaient aussi très intéressants, mais Marilyne pourra vous en parler * bien mieux que moi. En attendant, j’ai ressorti quelques vieux livres qui rejoignent ceux que je dois lire incessamment !
* c’est fait, suivez le lien !

 

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Etape 3 : Assister à un débat intitulé Vivre pour l’art m’a permis de voir Jim Fergus dont j’avais beaucoup aimé Mille femmes blanches, et qui venait parler de Chrysis, un roman consacré à une femme peintre française du début du XXème siècle. Il était accompagné de son chien qui semble apprécier ce genre de débats ! Il y avait aussi le très émouvant Anthony Phelps poète venu de Haïti, et Jake Lamar, romancier américain qui vit à Paris, et dont le roman Postérité, sur une femme peintre du style de Pollock ou Rothko, me semble tout à fait digne d’intérêt. Ces débats situés à l’Hôtel de Ville bénéficiaient de lectures offertes par des bénévoles qui lisaient de belle manière un passage de chaque livre présenté : un plus incontestable !
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Etape 4 : S’asseoir devant un débat à propos de J.D. Salinger avec Joyce Maynard et Frédéric Beigbeder sur lequel je n’ai pas grand chose à dire : Beigbeder ne m’est pas antipathique habituellement, mais il a réussi à le devenir en moins d’une heure, ce qui est sa seule performance de la soirée, à part faire attendre toute une salle et arriver avec vingt minutes de retard. Quant à Joyce Maynard, elle est parfaite pour se faire photographier et signer des livres avec le sourire, elle sait aussi fort bien parler français, et botter en touche quand une question ne lui convient pas. Mais elle ne m’a rien appris que je n’ai déjà su en lisant ses livres. Pas de tentation livresque à cet étape donc, si ce n’est de lire ce qui était prévu, Et devant moi, le monde, titre très bien choisi pour évoquer la relation de Joyce Maynard avec Jerome Salinger.


Etape 5 : Se diriger vers les grandes plaines avec Il était une fois dans l’Ouest, non pas le film, mais l’Ouest mythique, la représentation que les auteurs s’en font, qu’ils soient américains comme Jim Fergus et Philipp Meyer, ou français. Où l’on apprend qu’on peut être américain et ne mettre les pieds dans l’Ouest qu’à vingt ans et des poussières, que Céline Minard n’est jamais allée là-bas alors qu’elle y a situé Faillir être flingué, où l’on écoute avec grand intérêt Eric Vuillard parler de William Cody dit Buffalo Bill et de la légende qui est née autour de son nom, et du show où l’on présentait l’Ouest sauvage aux habitants de l’est. Je suis tentée par le roman de Philipp Meyer, Le fils, mais il n’a pas eu assez de temps pour en parler dans ce débat pour que je m’en fasse une idée précise. Affaire à suivre donc, le Vuillard, Tristesse de la terre, me parlerait plus dans l’immédiat.
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