Publié dans littérature Asie, premier roman, rentrée littéraire 2018

Shih-Li Kow, La somme de nos folies

sommedenosfoliesRentrée littéraire 2018 (10)

« Gare au choléra. Gare aux tourbillons et aux courants. Ils publiaient des consignes de survie dans des journaux qui n’étaient pas distribués ici et qu’on lisait dans la capitale en sirotant un café latte frappé, bien installé au sec chez Starbuck. Gare à la vie. »
Une inondation est le point de départ du roman, et permet de faire connaissance avec la petite communauté villageoise de Lubok Sayong, et en particulier avec Beevi, qui sans être un membre influent de la communauté, en constitue l’épicentre, le tourbillon fantasque. Beevi, et aussi le poisson qu’elle décide de relâcher à l’occasion de la crue, et qui interviendra plus tard dans un événement dramatique. La famille d’où est issue Beevi est compliquée, bien loin de la famille nucléaire occidentale. Bienvenue en Malaisie !

« Je m’interroge souvent à propos de cet endroit, l’ai-je vraiment rêvé, ou seulement imaginé à partir d’une photo dans un magazine, ou, pire encore, peut-être en ai-je effacé le souvenir après l’avoir vu réellement. »
Dès les premières lignes, le mélange entre souvenirs, légendes plaisamment racontées, faits réels contemporains, et histoire de famille, ce mélange donc est dosé avec une assurance qui surprend, venant d’une primo-romancière. Les deux narrateurs sont un vieil homme et une jeune fille… Auyong dirige une conserverie de lichees, son amitié avec Beevi lui permet de l’observer avec empathie et une bonne dose d’humour, et son expérience de relater de nombreuses anecdotes concernant la ville de Lubok Sayong. Quant à Mary Anne, adolescente moderne élevée dans un pensionnat où toutes les fillettes sont nommées Mary Quelque Chose, elle va découvrir la ville, et ses habitants hauts en couleurs, après des péripéties que je ne dévoilerai pas ici.

« En même temps, j’avais peur de grandir parce qu’il me faudrait prendre part à ces mystères qui m’échappaient encore. Je collectionnais les coquillages, mais sans comprendre ce qui donne sa forme à un coquillage. »
La famille, les liens de parenté, la transmission, mais aussi l’invasion de la modernité jusque dans les petits villages, la permanence des contes et légendes, la mémoire et les souvenirs, la question du genre avec le personnage de Miss Boonsidik, les rapports entre les différentes communautés religieuses, un kaléidoscope de thèmes harmonieusement tissés entre eux, sans que l’un surpasse ou éclipse l’autre, voilà ce qui compose ce roman parfois émouvant, souvent très drôle. Et si le réalisme magique n’est pas l’apanage de la littérature hispano-américaine, il fait aussi merveille en Malaisie où chaque histoire composant ce roman en est fortement teintée. Mais quand je parle d’histoires, il ne s’agit pas de nouvelles, je pense que le terme le plus adéquat est « chroniques », des chroniques liées par une trame romanesque légère formant un ensemble des plus attachants… et pour laisser parler le roman une dernière fois : « Je voudrais dire à ceux qui passent, à qui voudra bien m’écouter, que les leçons viennent de la vie et non des histoires. »


La somme de nos folies de Shih-Li Kow, (The sum of our follies, 2014) éditions Zulma (août 2018), traduit de l’anglais par Frédéric Grellier, 367 pages.

#lasommedenosfolies #shilikow #MRL18 #Rakuten

Lu pour les Matchs de la Rentrée Littéraire 2018. Les lectures d’Hélène, Leiloona (marraine des MRL), Nicole et Yv.
Lire le monde : la Malaisie.
Lire-le-monde

 

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Publié dans littérature France, premier roman, sortie en poche

Gaëlle Nohant, L’ancre des rêves

IMG_2007« Comme tous les soirs, Benoît Guérindel avait reculé par mille stratagèmes l’heure de monter se coucher. Qui, à sa place, eût été pressé de retrouver les images violentes qui ébranlaient sa caboche? Mais l’heure redoutée du sommeil venait toujours, comme la mort, que rarement on invite. »
Les quatre garçons de la famille Guérindel redoutent tous les soirs l’heure du coucher. Chacun d’entre eux est tourmenté par d’horribles cauchemars récurrents. Pourtant, ils n’en parlent pas à leurs parents, surtout pas à leur mère, Enogat, qui leur a toujours interdit de s’approcher de la mer, qui n’a pas voulu qu’ils apprennent à nager. De quel secret veut-elle les protéger ?
Lorsque Lunaire, le cadet découvre une sorte de « perméabilité » entre le réel et le rêve, il décide d’essayer d’intervenir sur son rêve, de ne plus se laisser terroriser par les images qui reviennent immuablement, chaque nuit.
Avec l’audace de l’adolescence, Lunaire se lance dans une enquête des plus singulières. Il va trouver l’aide de personnes âgées qui pourraient l’épauler dans sa recherche sur le navire qui hante ses rêves et le capitaine Morvan qui le terrifie.

« Les hommes allaient sur la Lune ou sur Mars, mais le monde des rêves était encore plus dangereux et plus stimulant à explorer. »
Le choix de ce livre repose sur des billets lointains qui m’avaient fait noter ce roman, depuis perdu de vue, sur sa superbe couverture sortie à la rentrée 2017, et aussi sur l’intérêt porté au dernier roman de Gaëlle Nohant, Légende d’un dormeur éveillé. J’ai donc choisi de lire d’abord celui-ci avant de, peut-être, découvrir plus avant l’auteure. 
Et pourtant… je ne suis pas du tout fan des romans où les personnages racontent leurs rêves, je trouve le procédé des plus ennuyeux, pour tout dire. Je n’adhère pas toujours non plus aux légendes et autres histoires de fantômes. Pour preuve, je suis restée quelque peu hermétique à Ar-Men, la bande dessinée d’Emmanuel Lepage, qui évoquait les légendes bretonnes.
Mais j’ai senti dès les premières pages que, cette fois, les rêves s’inséreraient parfaitement dans le roman, s’ancreraient dans la réalité, d’où le titre qui a pris immédiatement sa signification… et la lectrice a été ferrée ! Je n’ai déjà lors presque pas lâché le livre. Il fallait parfois respirer un peu, car les visions de Benoît ou de Lunaire dans leurs cauchemars sont assez épouvantables. De quoi être en empathie avec les adolescents qui doivent les retrouver toutes les nuits.
La réussite de ce premier roman est d’avoir construit le livre comme une enquête, qui devient petit à petit une enquête généalogique. A ce sujet, l’arbre généalogique judicieusement placé à la fin du livre n’est à consulter qu’à la fin de la lecture, pour garder le frisson de la découverte ! J’ai vraiment aimé l’écriture, parfaitement en adéquation avec le réalisme magique à la bretonne qui imprègne ce roman d’initiation original.

L’ancre des rêves de Gaëlle Nohant, éditions Robert Laffont (2007) paru en Livre de Poche (2017), 331 pages.

Lecture commune avec Miss Sunalee dont je vais aller lire l’avis, et en voici d’autres : Antigone, Inganmic et Sylire.

Objectif PAL d’avril, deuxième lecture !
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Publié dans photographes du samedi

Photographe du samedi (46) Graciela Iturbide

Nous avons la chance d’avoir en ce moment aux Musée des Beaux-Arts de Lyon une très belle exposition intitulée Los Modernos, et qui présente côte à côte des œuvres d’artistes mexicains et français. Des peintres tout d’abord, mais aussi de l’art populaire, des marionnettes, et beaucoup de photographies, parmi lesquelles celles de Graciela Iturbide dont j’avais déjà vu des travaux à Arles en 2011.
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Cette photographe mexicaine travaille presque uniquement en noir et blanc, et ses photos évoquent les légendes mexicaines, une sorte de « réalisme magique » comme on peut en trouver dans les romans sud-américains. Elle est aussi fascinée par les oiseaux et a réalisé toute une série de photos à ce sujet.

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Née en 1942, elle est connue pour ses clichés des indiens Seri qui vivent dans le désert de Sonora, et aussi pour ses portraits de femmes pris dans la région de Oaxaca.
L’exposition Los Modernos se tient jusqu’au 5 mars 2018 au musée des Beaux-Arts de Lyon. Renseignements ici

Publié dans littérature France, nouvelles

Nathacha Appanah, Petit éloge des fantômes

petitelogedesfantomesLa collection
Je crois que c’est le premier livre de cette collection « petit éloge » de Folio que je lis. Les thèmes nombreux et les auteurs variés permettent toutes sortes de découvertes, pour tous les goûts. Je note, au fil du catalogue, un petit éloge de la mémoire, de la colère, des grandes villes, de la bicyclette, de l’ironie, des brunes… Je remarque aussi des auteurs qu’il me plairait de lire ou de relire comme Eric Fottorino, Valentine Goby, Nathalie Kuperman, Martin Winkler ou Brina Svit, dont je parlais la semaine dernière…

L’auteure

Là, c’est Nathacha Appanah qui s’y colle avec des histoires de famille, de fantômes perturbants ou plus familiers, dans le cadre de l’île Maurice principalement. Sept textes variés, qui peuvent sembler autobiographiques ou un peu moins, parfois teintés d’un zeste de fantastique, sur le thème du deuil, mais aussi de la mémoire, de l’absence, ou des souvenirs d’enfance toujours tendres et pleins d’admiration pour ceux qui l’ont précédée, leurs croyances et leur sens généreux de la famille…

« Comment savoir quel est son devoir ? Est-il de se battre ? Est-il de se soumettre ? Est-il de lâcher prise ? »
Dans « Mes fantômes bien-aimés », Nathacha évoque la figure de sa grand-mère, la nouvelle « Hollanda » parle d’un cyclone que l’île Maurice a subi en 1994, mais quel était ce fantôme qui suivait le passage de l’ouragan ? Dans « La traversée » on en apprend plus sur les rites bouddhistes liés au deuil, « Le sommeil » parle d’une patiente souffrant d’insomnie et de son médecin… les sept textes donnent la mesure du talent de l’auteure et invitent à poursuivre la découverte de ses écrits. Pour moi, ce sont des retrouvailles puisque j’ai déjà lu La noce d’Anna et En attendant demain, et je pense ouvrir un de ces jours son dernier ouvrage Tropique de la violence

« J’avais vingt et un an à peine, je vivais sous l’emprise d’un homme au génie sombre et violent, et je n’en menais pas large. Mais je me tenais droite, pas besoin de parents, pas besoin de frère, pas besoin d’amis, pas besoin de finir mes études, pas besoin de vivre sa jeunesse. »
J’admire comment en peu de mots, mais qui en disent tant, est fait ce portrait d’une jeune femme qui va rendre visite à sa grand-mère… Et tout le reste du recueil est de la même veine, un petit livre, mais un condensé de force et de sincérité.

 

Nathacha Appanah, Petit éloge des fantômes, Folio (2016) 98 pages
La bonne nouvelle du lundi c’est ici.

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Publié dans littérature Amérique Latine, premier roman, rentrée hiver 2015

Miguel Bonnefoy, Le voyage d’Octavio

voyagedoctavioJe souhaite à tout un chacun de commencer un roman comme j’ai commencé celui-ci, à savoir en écoutant la lecture des premiers chapitres par des comédiens, en présence de l’auteur, dans une salle accueillante et au milieu d’autres spectateurs. C’est ce qu’il m’a été permis de faire grâce au festival Belles Latinas qui se déroulait à Lyon ces dernières semaines. Après, je n’avais plus qu’à ouvrir le roman, que j’avais déjà depuis quelques mois, pour réentendre chanter les mots et continuer.
L’auteur est vénézuélien, mais écrit en français, car c’est la langue dans laquelle il a étudié, notamment la littérature, et il lui a donc semblé évident d’écrire dans cette langue non maternelle pour parler de son pays. Et je trouve que ça sonne bien. Mais parlons plutôt d’Octavio…
Octavio vit dans un bidonville à flanc de colline, dans une banlieue de Caracas, et gagne sa vie en tant qu’homme à tout faire d’un curieux personnage. Du moins c’est ce qu’on devine de la vie d’Octavio, homme de peu de mots. Un jour où, à la pharmacie, embarrassé de devoir cacher une fois de plus, comme depuis des dizaines d’années, qu’il ne sait ni lire, ni écrire, Octavio rencontre une femme qui ne lui ressemble en rien, et pourtant des liens se tissent entre eux. Comment se poursuivra cette relation, et le pourquoi et le comment du voyage, il faut lire le livre pour le savoir.
J’ai apprécié l’imaginaire du jeune écrivain, l’écriture qui se déroule en méandres tissant, plus que l’histoire d’un homme, celle de la région où il habite, des coutumes qu’il respecte, des parfums qu’il respire, des paysages qu’il arpente… un zeste de réalisme magique, beaucoup de sympathie pour des personnages étonnants, tout cela fait de ce premier roman une lecture agréable et recommandable.

Extrait : A cette heure déjà, le soleil faiblissait sur Saint-Paul-du-Limon. L’ombre s’épaississait. Des milliers de petites maisons en brique s’étendaient sur la colline, entassées les unes sur les autres, dans un ordre sans discipline. Des cuisines à ciel ouvert, des terrasses vides, des hamacs tirés entre deux palmiers. Le soleil chauffait les murs. Sur les tôles, on distinguait encore les reflets tremblants d’un mirage. Un homme se tenait au loin à sa fenêtre, torse nu. Des femmes finissaient une cigarette, à la hâte, sous un porche. Des enfants lançaient des pierres sur un arbre, pour faire tomber une mangue. C’était peut-être là le premier paysage du monde.

L’auteur : Né à Paris en 1988, Miguel Bonnefoy est le fils d’un romancier chilien et d’une diplomate vénézuélienne. Il a remporté le prix du Jeune Écrivain, en 2013, grâce à une nouvelle intitulée Icare. Il s’occupe de la production d’événements culturels pour la mairie de Caracas, et est également professeur de français.
124 pages
Éditions Rivages (janvier 2015)

Des avis très très variés, tout un éventail, du coup de cœur à la déception : Ariane, Jostein, Mélo, Sandrine.

Publié dans littérature France, rentrée littéraire 2015

Carole Martinez, La terre qui penche

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Pour qui a déjà lu Du domaine des murmures, le cadre de La terre qui penche ne surprendra pas. Les courbes de la Loue, les châteaux perchés, la forêt franc-comtoise, mais deux siècles plus tard, une dizaine d’années après la Grande Peste, maladie dévastatrice qu’une période de sécheresse et de disettes a rendu plus terrible encore. La moitié de la population a péri, les rescapés ont bien du mal à revivre. Blanche a perdu sa mère peu après sa naissance, et son père ne lui témoigne aucun intérêt, sauf pour lui infliger des interdits qu’elle ne comprend pas. Pourtant, du haut de ses onze ans, elle persiste à vouloir apprendre à lire et à écrire. Mais des préparatifs au domaine paternel l’inquiètent :
Je suis l’unique sujet de leurs murmures, je suis le seul objet de leurs regards, je suis au cœur du secret qui me résiste.
Oui, depuis quelques semaines, me voilà devenue le centre du monde.
Cet habit est funeste, je le sais, et l’on me plaint d’avoir à le porter bientôt.
Il m’a fallu arriver à la page 115 pour commencer à prendre mes aises dans l’histoire, pour ne pas rester sur la rive. Je me suis finalement attachée au personnage, Blanche est une rebelle qui s’ignore, une petite fille qui a peur de tout, qui aimerait se faire encore plus petite qu’elle n’est, pour ne rien affronter de ce qui l’attend. Sa voix alterne avec celle de « la vieille âme » qui n’est autre que l’âme de Blanche, qui lui a survécu depuis six siècles et qui connaît donc notre époque, apportant quelques réflexions plus contemporaines, comme celle sur le rire et la religion.
J’ai aimé la manière d’aborder le thème de la paternité, par deux conceptions du rôle de père, celle du père de Blanche étant radicalement différente de celle du seigneur de Haute-Pierre. Ce roman, à l’encontre du mariage imposé qui était de rigueur à l’époque, est aussi un roman d’amour, de l’amour maternel à l’amour extraconjugal. Quant à la Dame Verte qui hante depuis des siècles les bords de la Loue, au pied du château des Murmures, elle m’a permis de ressentir encore le charme du réalisme magique à la mode Martinez, jusqu’à la fin si émouvante.
Si ce roman n’est pas mon préféré de l’auteure, j’attendrai le temps qu’il faudra la parution de son prochain opus, pour retrouver ses paysages sombres mais enchanteurs, ses beaux personnages féminins et sa liberté d’écriture.

Rentrée littéraire 2015
L’auteure :
Carole Martinez est née en 1966, elle a vécu la majeure partie de sa vie en Moselle. Son premier roman, Le cœur cousu, lui a valu à Saint-Malo en 2007 le prix Ouest-France Étonnants Voyageurs. En 2011, elle a publié Du domaine des murmures qui remporte le Goncourt des lycéens.
368 pages
Éditeur : Gallimard (août 2015)

Les avis d’Athalie, un peu désappointée, de Leiloona, Framboise et Val enthousiastes.
Trouvé en bibliothèque !

Publié dans conseils de lecture

Conseils de lecture (15) Réalisme magique

Avec ce billet de conseils de lecture du jour, je jette un pont entre deux lectures récentes : celle du Vicomte Pourfendu d’Italo Calvino et ma lecture actuelle, celle de La terre qui penche de Carole Martinez.
Je préviens les curieuses, je resterai muette comme la tombe concernant mon ressenti à ces pages qui tournent, mais en attendant que je sois plus loquace, consentiriez-vous à me donner les titres de vos coups de cœur ou plaisirs de lecture se rattachant au réalisme magique ?
Ce que je définirais comme un roman où sur une trame assez réaliste se greffent quelques éléments fantastiques ou magiques. Cette étiquette littéraire est souvent rattachée à la littérature sud-américaine, mais on peut, nous allons le prouver, en trouver des exemples ailleurs.
Je commence cette liste avec un gros coup de cœur, Le cœur cousu de Carole Martinez, puis le susnommé Vicomte pourfendu, et Les bois de Sawgamet d’Alexi Zentner, sans oublier le classique du genre, Cent ans de solitude.
coeurcousu  vicomtepourfendu  boisdesawgamet_poche  centansdesolitude

Vos suggestions :
Un classique et une nouveauté : Valentyne propose La jument verte de Marcel Aymé et Noukette, Délivrances de Toni Morisson. Mior regarde du côté de la littérature japonaise avec Haruki Murakami (par exemple Les amants du spoutnik) Yoko Ogawa et Cristallisation secrète ou Hideo Furukawa avec Alors, Belka, tu n’aboies plus ?
jumentverte  delivrances  amantsduspoutnik  cristallisation_poche  alorsbelka
Pour Aifelle et Dominique, il y a surtout La petite lumière d’Antonio Moresco. Le coup de coeur de Fransoaz (que je partage !) est Kafka sur le rivage d’Haruki Murakami.
Anne s’enthousiasme pour Xavier Hanotte (Manière noire et De secrètes injustices), le tout récent Neverhome de Laird Hunt, et aussi L’oratorio de Noël de Göran Tunström.
petitelumiere  kafkasurlerivage manièrenoire desecretesinjustices neverhome L'Oratorio de Noël

Ariane a aimé Le voyage d’Octavio de Miguel Bonnefoy, et Mior, Le centaure dans le jardin, de Moacyr Scliar. Asphodèle propose, de Sylvie Germain, Tobie des marais et Le livre des nuits.
Passion culture aime aussi Xavier Hanotte, par exemple Derrière la colline.
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Folavrilivre pense à Véronique Ovaldé : Le sommeil des poissons, Et mon cœur transparent
Hélène a adoré La fille du cannibale de Rosa Montero.
Quant à Violette, sa préférence va à Frédérique Deghelt et Les brumes de l’apparence.
Direction le Mexique ! Jérôme ajoute Pedro Paramo de Juan Rulfo et El ultimo lector de David Toscana.
sommeildespoissons etmoncoeurtransparent filleducannibale brumesdelapparence pedroparamo ultimolector
Laeti et Galéa ont aimé un roman qui a divisé les lecteurs, Lady Hunt, d’Hélène Frappat. Murakami revient aussi avec Galéa, qui suggère Danse, danse, danse ou 1Q84. Claudialucia propose La maison aux esprits de la chilienne Isabelle Allende.
ladyhunt dansedansedanse 1Q84 maisonauxesprits
Merci à toutes et tous, n’hésitez pas à ajouter de nouvelles idées !
Pour les autres conseils de lecture, suivez la rubrique

Publié dans littérature Europe du Sud, sortie en poche

Italo Calvino, Le vicomte pourfendu

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Je retrouve Italo Calvino que j’avais découvert dans les années 80. Je me souviens encore que des amis m’avaient offert Si par une nuit d’hiver un voyageur, roman étonnant ! J’ai lu ensuite Cosmicomics. Ce n’est que très récemment que j’ai eu envie de lire soit Les villes invisibles, soit l’un des romans de la Trilogie « Nos ancêtres », à savoir Le vicomte pourfendu (1952), Le baron perché (1957) ou Le chevalier inexistant (1959). J’ai donc choisi de faire connaissance avec ce vicomte.

On faisait la guerre aux Turcs. Le vicomte Médard de Terralba, mon oncle, chevauchait à travers les plaines de Bohème. Il se dirigeait vers le camp des chrétiens. Il était suivi d’un écuyer appelé Kurt. De blancs vols de cigognes traversaient, près de terre, l’air opaque et figé.
Ainsi commence l’histoire du vicomte Médard, qui va dès la page 22 se faire couper en deux par un boulet de canon. Son corps, ou ce qu’il en reste, un bras, une jambe, un demi-visage, une moitié d’homme, est soigné et rendu à la vie par des médecins enthousiasmés par un cas aussi rare. Mais lorsque le vicomte revient sur ses terres, en son château, plus que son apparence fragmentaire, c’est sa méchanceté sans fond qui frappe le plus son entourage. Ce qu’il inflige autour de lui est pire que ce qu’il a eu le temps de voir sur le champ de bataille, c’est peu dire.
Il peut arriver dans la vie de se sentir incomplet, notamment à l’adolescence, ou lorsque l’on se retrouve seul après un deuil ou une séparation, le vicomte Médard a, lui, vraiment perdu la moitié de lui-même au combat, et il ne reste que la mauvaise part. Ce qu’il va en faire, il vous faudra lire le livre pour le savoir !
L’histoire, narrée par le neveu tout jeune et innocent de Médard, est un tourbillon de péripéties menées de main de maître par Italo Calvino. La méchanceté immense incarnée par le vicomte, l’imagination et l’humour sans bornes de l’auteur, les nombreuses références à l’univers du conte, les surprises que révèle la fin du texte, tout m’a plu dans ce court roman, que je recommande à qui veut découvrir l’auteur italien.


Extrait : Si tout ce qui est entier pouvait ainsi être pourfendu ! dit mon oncle, couché à plat ventre sur le rocher et caressant les spasmodiques moitiés de poulpes. Si chacun pouvait sortir de son obtuse, de son ignare intégrité ! J’étais entier, et toutes les choses étaient pour moi, naturelles et confuses, stupides comme l’air ; je croyais tout voir, et je ne voyais que l’écorce.

L’auteur : Italo Calvino est né en 1923 à Cuba, il a passé son enfance et son adolescence en Italie, dans une famille antifasciste et laïque. Il combat au sein des brigades Garibaldi, ce qui le marquera durablement. Il commence à écrire dans une veine réaliste, puis s’oriente vers la littérature populaire et le conte. Il a écrit aussi pour le cinéma et la jeunesse. Il est mort en 1985.
138 pages
Éditeur : Folio (2012) Paru en 1952.
Traduction : Juliette Bertrand, revue par Mario Fusco
Titre original : Il visconte dimezzato

La lecture d’Hélène.
moisitalien
C’est le mois italien chez Eimelle ! Si vous souhaitez d’autres idées de lectures qui fleurent bon l’Italie, rendez-vous sur son blog ou sur la page Facebook dédiée. Vous pouvez aussi relire le billet de conseils de lecture « L’italie si j’y suis » où chacun y était allé de ses suggestions ! 

Publié dans littérature Europe du Sud, rentrée hiver 2015

Valentina d’Urbano, Acquanera

acquaneraL’auteure : Illustratrice pour la jeunesse, Valentina d’Urbano est née en 1985 dans une banlieue de Rome où se déroule son premier roman, Le bruit de tes pas (Philippe Rey, 2013). Acquanera est son deuxième roman.
352 pages
Éditeur : Philippe Rey (février 2015)

Traduction : Nathalie Bauer

Clara, Elsa, Onda et Fortuna, quatre générations de femmes se succèdent dans une petite maison, en Italie du Nord, dans le petit village de Roccachiara qui surplombe un lac. L’évocation de ces lieux, des autres habitants du village, plantent le décor, totalement différent de la banlieue romaine du premier roman de Valentina d’Urbano, et qu’on imagine pourtant tout aussi facilement.
Les retrouvailles sont très froides entre Onda et Fortuna, mère et fille, l’occasion pour elle de parler de la découverte d’un corps près du lac. Elles évoquent ensemble Luce, une jeune fille qui a été proche de Fortuna. Les souvenirs de Fortuna font remonter à quel point, malgré la protection de sa grand-mère, la petite fille a vécu une enfance difficile, dans l’ombre d’une mère incapable d’aimer, et a très vite pris conscience de leur marginalité. Car ces femmes, à la suite de la vieille Clara, première habitante de leur maisonnette, sont de celles qui savent tirer parti des plantes, et même sentir la présence des personnes disparues, ou leur parler. La mère, Onda, est tellement envahie par ses visions qu’elle pourrait ressembler à une droguée perdue pour son entourage…
Ce réalisme magique ne va pas convenir à tous les lecteurs, mais il ne m’a pas gênée, car l’histoire ne repose pas seulement dessus, loin de là, et pourrait parfaitement tenir sans cet aspect.
Le virage du deuxième roman est fort bien négocié par la jeune auteure italienne, qui réussit à donner vie à des personnages féminins forts et attachants, au sein d’histoires qui marquent d’une empreinte durable. Elle compose un très beau conte, sur les thèmes de l’exclusion, de l’amour maternel et filial, de la construction de soi, de l’amitié : une atmosphère un peu oppressante dont j’ai toutefois eu du mal à me séparer !

Extrait : Pendant quelques minutes, Onda contempla, incrédule, la porte close. Elle sentait que des yeux intrigués l’épiaient des fenêtres voisines et elle fut envahie par une rage sourde mêlée de honte. Mais aussi par une sensation plus enracinée et plus secrète, comme un fardeau amer pesant sur sa langue.
Elle aurait voulu insulter la femme qui l’avait traitée comme un chien errant, flanquer un coup de pied à la porte ou briser l’un des pots blancs qui décoraient l’entrée. Mais elle était incapable de faire le moindre mouvement.
Ces désirs lui enflammaient la tête, et son impuissance la blessait. Les gens qui croyaient en ses dons avaient peur d’elle. Ceux qui n’y croyaient pas la chassaient en l’accusant de mentir.
Ballottée de part et d’autre, elle ne savait à qui donner raison.

Les avis (divers et variés) de A propos de livres, Clara, Jérôme, Séverine, (un grand merci !), Sylire et Valérie (qui faisait étape chez Micmélo).

Publié dans littérature Amérique du Nord, rentrée littéraire 2014

Alexi Zentner, La légende de Loosewood Island

legendedeloosewoodRentrée littéraire 2014
L’auteur :
Alexi Zentner a obtenu en 2008 le Narrative Prize et le O.Henry Prize. Il a publié des nouvelles dans The Atlantic et Tin House. Il vit à Ithaca (New-York) avec sa famille. Ses nouvelles ont été publiées dans de nombreux magazines américains et anthologies. Les bois de Sawgamet (Touch en anglais) est son premier roman. The lobster Kings est son deuxième roman.
374 pages
Editeur :
Lattès (septembre 2014)
Traduction :
Marie-Hélène Dumas
Titre original :
The lobster Kings

La légende transmise dans la famille Kings, pêcheurs de homards sur Loosewood Island, a deux faces, un côté merveilleux avec une épouse venue de la mer, et un aspect sombre avec une terrible malédiction, car la contrepartie est qu’à chaque génération, l’océan reprendra un enfant à la famille. L’ancêtre Brumfitt Kings a légué, outre cette légende, une quantité de tableaux, de marines de son îles, d’allégories dont on dit qu’elles représentent la vie de toutes les générations de Kings, même futures. Dans la génération la plus jeune, c’est une femme, Cordelia, qui reprend la tradition de la pêche au homard. Sa passion pour la mer, toute la famille la reconnaît depuis son enfance, même si son père aurait préféré que son unique garçon, Scotty, la reprenne. Mais l’océan en a voulu autrement…
J’ai aimé la légende qui préside aux destinées de la famille, j’ai apprécié aussi l’aspect contemporain de l’histoire de famille, les démêlés des pêcheurs avec ceux de Long Bay, avec les trafiquants de drogues qui prendraient bien cette île tranquille entre Etats-Unis et Canada comme plaque tournante.
Toutefois, plusieurs aspects m’ont gênée outre que je ne me sens guère attirée par la pêche en mer, et que ça changeait beaucoup par rapport aux légendes des forêts profondes dans Les bois de Sawgamet. Le caractère de Cordelia, la narratrice, tout d’abord, ne m’a pas fait me sentir proche d’elle. Ses réactions m’ont paru souvent excessives, ou contraires au bon sens, elle me rappelait certains personnages de séries télévisées que j’aime par ailleurs… Comme Cassie dans la série Homeland, Cordelia fonce d’abord et songe à sa propre sécurité et pire, à celle des autres, ensuite… J’ai aussi trouvé quelques longueurs au milieu de passages plus passionnants et touchants à la fois. Non, Sandrine, je n’ai pas versé de larmes, mais je comprends que l’absence de sensiblerie, la façon de poser de manière un peu froide les faits les plus émouvants, ait fait son effet !
Je reste donc un peu mitigée, ce roman contient de très beaux passages, des thèmes sur la transmission familiale, l’héritage, les non-dits et conflits larvés entre membres d’une même famille, qui m’ont beaucoup plu, le côté western marin un peu moins. Mais que cela ne vous détourne pas de l’auteur, je conseille sans réserve Les bois de Sawgamet. Océan ou forêt, à chacun de choisir son décor !

Extrait : Et c’est pour cette raison que j’adore cette toile, elle me rappelle les histoires de Loosewood Island avec lesquelles j’ai grandi : lorsqu’on regarde brièvement La prise, on s’émerveille du reflet des doigts de l’enfant sur l’écume de l’océan.
Sauf que ce n’est pas un reflet.
Et ce ne sont pas les doigts du petit garçon, mais ceux de quelqu’un d’autre – d’une autre créature, qui cherchent à l’attraper et à l’attirer sous l’eau.

Les avis plus positifs de Micmelo et Sandrine.