littérature Europe du Nord·policier

Jo Nesbø, Soleil de nuit

soleildenuit« Mon plan jusqu’à présent avait été de ne pas en avoir, puisqu’il anticiperait toute stratégie logique que je pourrais élaborer. Ma seule chance était l’arbitraire. »
Avec Soleil de nuit, je retrouve Jo Nesbø, auteur déjà lu et aimé avec son héros récurrent Harry Hole. Ici, le roman est plus court et différent des autres, mais c’est toujours un plaisir de retrouver la Norvège, et l’écriture de l’auteur.
Jon Hansen est en fuite, on le comprend dès le début, lorsque, un peu au hasard, il descend d’un autocar dans une petite localité du Finnmark, à près de deux mille kilomètres d’Oslo, au nord du pays. Il y rencontre un jeune garçon et sa mère, leur dit se nommer Ulf et se réfugie dans une cabane de chasse, à l’écart du bourg. La communauté essentiellement composée de laestadiens, protestants particulièrement rigoristes, ne l’accueille pas forcément à bras ouverts, mais là n’est pas le problème.

 

« Vous disposez d’un temps donné, vous brûlez jusqu’au filtre, et puis, inexorablement, c’est la fin. Mais l’idée, c’est brûler jusqu’au filtre, ce n’est pas de s’éteindre avant. »
Jon fuit en effet des tueurs commandités par un gros mafieux de la capitale auquel il doit de l’argent, et il est persuadé qu’ils finiront par le trouver, quel que soit le soin qu’il mette à dissimuler ses traces. Au pays des Sames et du soleil de minuit, Jo Nesbø écrit une jolie variation sur un thème classique, celui de la fuite, sur un ton mêlant l’humour, les sentiments, et les situations noires. Le personnage se découvre lui-même petit à petit autant que le lecteur apprend à le connaître, il ne sait plus s’il doit fuir plus loin, se préparer à attendre avec philosophie ses tueurs ou garder une lueur d’espoir. J’en dis volontairement moins que la quatrième de couverture, car une partie de l’intérêt du livre vient de la divulgation progressive du passé de Jon. On en vient ainsi à se faire du souci pour un personnage qui au départ n’inspire pas forcément la bienveillance.
L’auteur fait monter l’angoisse habilement, mais ne néglige pas la découverte d’une région et d’une communauté, rencontrées lors d’un séjour dans les années 70 et 80. Une lecture prenante, rapide et des retrouvailles réussies avec l’auteur !

Soleil de nuit de Jo Nesbø (Mere blod, 2015) Gallimard (2016) traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier, 224 pages


Lu pour le Challenge littérature nordique
LitNord

littérature Amérique du Nord·premier roman·rentrée automne 2017

Lee Clay Johnson, Nitro mountain

nitromountainRentrée littéraire 2017 (8)
« La ville était dans l’ombre des collines. Une route dans un sens, une route dans l’autre, et le malheureux croisement était la place principale, avec un palais de justice en briques, qui avait connu des jours meilleurs. »
La petite ville de Bordon, vue par les plus paumés de ses paumés. Y rester est à tous les coups finir par sombrer dans l’alcool, la drogue ou la violence. Pourtant, le jeune Leon a des velléités de devenir musicien de country, il ne se débrouille pas mal à la basse, mais un accident de pick-up va mettre un frein à ce semblant de rêve. C’est surtout son engouement pour Jennifer, jeune femme compliquée, sous la coupe d’un cinglé nommé Arnett, qui va provoquer un enchaînement de situations dramatiques, faisant passer ce roman du gris foncé au noir d’encre.

« Elle a empli mes paumes de ses poings. Les défauts du monde entier étaient facilement réparés. »
Que dire sur la lecture de ce roman, deuxième choisi parmi les propositions des Matchs de la Rentrée Littéraire de cette année ? Disons tout de suite que je n’ai pas été très convaincue par les toutes premières pages, mais je me suis sagement proposé de voir ce que me disait la suite. Il m’a fallu un peu de temps ensuite pour repérer l’humour distillé par l’auteur (mais on me dit souvent que je suis un peu lente à déceler cette chose mystérieuse qu’est l’humour). Dans ce cas, il permet, si cela est possible, de mieux faire passer la noirceur des sentiments et la férocité des situations, par exemple au tribunal ou au centre d’accueil des sans-abris, où Leon travaille au début du roman. Il faut toutefois avoir conscience que le ton général n’est pas vraiment, et même pas du tout, à la gaudriole, c’est cru, sombre, dérangeant. Je ne sais si cela vous est déjà arrivé, mais c’est assez inhabituel un livre qui vous donne envie de vous laver les mains en le refermant, tellement on a envie d’échapper à son univers poisseux.
Malgré mes réticences et mon manque de sympathie pour des personnages qui ne cherchent pas du tout à s’attirer les faveurs du lecteur, il m’a été impossible de mettre de côté cette lecture à partir du moment, qui n’arrive pas très rapidement, où les personnages et la situation sont bien en place. Il se produit alors si ce n’est un retournement de situation, du moins de changement de point de vue, qui intrigue et rend fiévreux à l’idée de ce qui va advenir dans la deuxième partie. C’est de ce point de vue fort bien fait.

« Elle sait qu’il s’inquiète pour Jones, qui est comme un fils pour lui. Ces deux-là se sont tellement soutenus l’un l’autre, sauf que désormais Larry ne sait plus comment voler à son secours. De même qu’elle ne sait plus comment voler au secours de Larry. »
Un des personnages, un peu moins mal en point que les autres, sent monter en lui une envie de venir en aide à un de ses amis à la dérive, et même si on devine qu’il n’y parviendra pas, ou à moitié seulement, cela fait du bien de sentir un peu d’humanité couler entre les mots. Après des litres de bière et de whisky ingurgités tout au long du livre, (par les personnages, s’entend) sans parler d’autres drogues moins légales, j’ai tourné la dernière page, où peut-être subsiste une légère note d’espoir, avec un sentiment de soulagement.

 

Nitro mountain de Lee Clay Johnson, (Nitro mountain, 2016) publié chez Fayard (août 2017), traduit par Nicolas Richard, 293 pages.

Des avis variés chez Antigone, Folavril ou Sylire.

lu pour les Matchs de la Rentrée Littéraire #MRL17

littérature Europe du Sud·policier

Valerio Varesi, Le fleuve des brumes

fleuvedesbrumes« Il se sentait empêtré dans une double affaire dont il ne parvenait pas à extraire l’ombre d’un indice, une ébauche d’hypothèse sur laquelle travailler. »
C’est sur les bords du Pô que le commissaire Soneri décide d’enquêter sur une disparition, celle d’un marinier âgé dont la péniche a été retrouvée vide après avoir dérivé un moment sur le fleuve en crue. Etait-elle vide à ce moment-là déjà, Tonna le batelier l’a-t-il abandonnée, quelqu’un d’autre a-t-il piloté la péniche ? De nombreuses questions se posent, et davantage encore lorsque le frère du marinier est retrouvé mort, défenestré au pied d’un hôpital où il se rendait souvent. Si les affaires semblent forcément liées, les pistes sont plus que minces, et le commissaire devra jouer plus souvent de son intuition que de recherches purement scientifiques. Et son intuition le mène très loin… dans le passé.

« Ses recherches le conduisaient toutes vers le Pô, sur cette terre plate où l’on ne voyait jamais le ciel. Et lui ne croyait pas aux coïncidences. »
Le fleuve des brumes est vraiment l’essence même du polar d’ambiance, avec son fleuve omniprésent, ses brouillards, ses péniches qui glissent silencieusement, ses inondations, ses petits cafés où l’on se tait plus qu’on ne discute… Cette ambiance est particulièrement bien rendue par une écriture qui fait la part belle aux images poétiques, et, si on excepte deux ou trois maladresses de traduction, aux dialogues piquants et aux pensées chaotiques du commissaire.
En même temps qu’un auteur, j’ai découvert une jeune maison d’édition, fondée en 2015, et des livres d’une présentation soignée et très séduisante avec ses rabats à surprise : une citation en VO d’un côté, un lexique des vins de la vallée du Pô de l’autre, de quoi mettre encore un peu plus dans l’ambiance !
Un sans faute pour l’objet, une découverte agréable pour l’auteur italien et deux raisons de poursuivre l’aventure. Après ce livre emprunté en bibliothèque, j’ai fait l’acquisition d’un autre roman de cet éditeur et je vous en parlerai bientôt.

Le fleuve des brumes de Valerio Varesi, (Il fiume delle nebbie, 2003) éditions Agullo (2016) traduit de l’italien par Sarah Amrani, 316 pages.

D’autres avis : Black novel, Encore du noir, Jean-Marc Laherrère

 

littérature Amérique du Nord·premier roman

Abby Geni, Farallon Islands

farallonislands« J’ai regardé autour de moi à la recherche de mon assistant inconnu. Mais la silhouette derrière la vitre de la grue avait disparu elle aussi. Qui que soit la personne envoyée pour faire fonctionner la grue, elle n’avait pas cru bon de se présenter, de m’aider à porter les bagages et de m’accueillir sur les îles. »
J’ai de la chance en ce moment dans le choix de mes lectures, en voici encore une qui m’a enthousiasmée, un très beau roman paru avant l’été chez Actes Sud. Miranda, une jeune femme qui vient réaliser une série de photos pour un projet sur les îles Farallon se rend vite compte que ces îles de la côte californienne sont tout sauf hospitalières avec des courants marins et des vents pas vraiment pacifiques. Si en plus les rares êtres humains, des scientifiques qui restent à l’année dans les lieux, sont d’un commerce peu agréable… En dépit de hordes de souris, d’un poulpe nommé Oliver et même d’un fantôme, Miranda se prend rapidement à adorer les îles Farallon, leurs colonies de phoques, leur lumière et leur météo capricieuse. « A ma plus grande surprise, ça y est. En fait, c’est arrivé ce matin : je me suis réveillée à l’aube et les îles m’étaient familières. » Ce roman m’a rappelé un livre que je n’ai pas commenté, même si je l’ai beaucoup aimé, San Miguel de T.C. Boyle, qui a pour cadre une autre île au large de la Californie, mais qui l’aborde de manière plus ancrée dans l’histoire.

« Les gens imaginent souvent que prendre des photos les aidera à se souvenir précisément de ce qui est arrivé. En fait, c’est le contraire. J’ai appris à laisser mon appareil au placard pour les événements importants parce que les images ont le don de remplacer mes souvenirs. »
Je vous préviens tout de suite, ce roman est difficile à lâcher. On se prend à éprouver aussi une sorte d’exaltation devant ces îles, et à être plus qu’intrigué par les comportements des compagnons de la jeune femme. Bien plus qu’un roman d’atmosphère, ou un thriller maritime, ce livre est traversé par le thème de la perte, celui de la reconstruction de soi, de la solitude. Miranda n’est pas encore remise de la mort de sa mère lorsqu’elle était adolescente, faisant en cela penser à la jeune fille des Règles d’usage de Joyce Maynard. Bien qu’elle soit trentenaire, elle n’a jamais pu encore s’installer quelque part, parcourant le monde pour des reportages. Au fur et à mesure de la lecture, le lecteur comprend la direction prise par l’auteure. Est-ce que ce sera le fantastique, les rapports humains, le rapport à la nature, la résilience ou un autre sujet qui sera le thème central du roman ? Je ne vous le dirai pas pour préserver une future lecture, mais sachez que la richesse de ce roman vous surprendra.

Farallon islands d’Abby Geni (The lightkeepers, 2016) éditions Actes Sud (juin 2017) traduit par Céline Leroy, 384 pages

De grandes voyageuses se sont risquées avant moi sur les îles Farallon : Ariane, Cuné, Papillon et Sandrine.

Première lecture pour le mois américain.
america

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littérature Amérique du Nord·policier·rentrée automne 2016

Andrée A. Michaud, Bondrée

bondree« Il lui faudrait classer cette affaire parmi celles qui vous hantent longtemps après que la poussière est retombée, les cas boomerangs, ainsi qu’il les nommait, qui vous reviennent en plein visage un soir d’été, alors que vous buvez tranquillement une bière dans le jardin, et vous pourchassent jusqu’aux premières neiges, sinon jusqu’à Noël. »
Cela faisait un moment que j’avais repéré ce roman et bien envie de le lire, tous les avis étant assez unanimes à son sujet. Le roman démarre assez lentement, en annonçant de manière voilée ce qui va ce passer, à savoir qu’une jeune fille va disparaître. J’ai bien aimé ce début subtil et installant l’ambiance petit à petit. A l’été 1967, les alentours d’un paisible lac de vacances dans une région frontalière, entre Québec et état américain du Maine, sont un lieu où plane une légende, celle Landry, le trappeur amoureux malheureux d’une femme à la robe rouge flamboyante. Les jeunes filles qui fréquentent le lac sont tout aussi brillantes, surtout Zaza Mulligan et Sissy Morgan, « les princesses de Boundary, les lolitas rousse et blonde qui faisaient baver les hommes depuis qu’elles avaient appris à se servir de leurs jambes bronzées pour appâter les regards. »

« Il était revenu à son idée de départ, la mort n’avait de sens que si le cœur s’arrêtait de fatigue, que si elle était le résultat d’un geste conscient, d’une trop grande inadaptation à la vie. »
Le thème de la mort omniprésente et l’atmosphère délétère qui envahit petit à petit ce lac, pourtant évocateur de loisirs en famille, sont bien rendus par l’auteure, mais au bout d’un moment, mon intérêt a faibli parce que je n’ai pas réussi à m’accoutumer au style à la fois lyrique et basé sur un certain nombre de répétitions, et ponctué de phrases dites en anglais, ou répétées en anglais puis en français. Le lieu induit ce mélange de langues puisque les vacanciers autour du lac de Bondrée sont tant québécois qu’américains du Maine, comme le policier en charge de l’enquête, mais cela m’a semblé assez fabriqué. Le mélange de roman noir et de poésie n’a pas fonctionné pour moi. Dans un roman, je suis sensible à la musique des phrases et cette composition n’a pas résonné agréablement à mes oreilles. Je précise que ce n’est nullement une question de lenteur du roman, je ne suis pas fan des thrillers où l’action est privilégiée à la psychologie, non, j’aurais pu m’accommoder de cette relative lenteur, mais j’ai eu vraiment du mal avec le style.

« Michaud aurait voulu imprimer ce tableau dans un album parlant d’immortalité, deux fillettes et un chien dans la lumière de l’été, le photographier en vue de le garder à portée de la main, pour les moments durs, pour pouvoir l’opposer aux tableaux rongés de grisaille qui encombraient son esprit, mais il savait la chose inutile. »
Certes, l’auteur réussit parfaitement à créer une ambiance inquiétante à souhait, à faire intervenir différents narrateurs avec fluidité, à installer des points de vue originaux, notamment celui de la petite Andrée qui observe tout, rêve de faire comme les jeunes filles qu’elle regarde, et qui comprend bien plus que les adultes ne l’imaginent. Je me rends bien compte que je suis relativement seule à ne pas être emballée par l’écriture de ce roman, mais cela permettra de relativiser un peu les attentes des futurs lecteurs, sans les décourager pour autant.

Bondrée d’Andrée A. Michaud, éditions Rivages (2016) prix des lecteurs Quais du Polar 2016, 363 pages

Les avis sont élogieux, d’Aifelle et Cathulu à Eva, parmi beaucoup d’autres…

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lectures du mois·littérature Amérique du Nord·littérature Europe du Nord·littérature France

Lectures du mois (14) août 2017

Pour un mois d’été torride, et des neurones qui craignent la surchauffe, rien ne vaut un mélange de romans scandinaves et de polars !

demainsanstoiBaird Harper, Demain sans toi, Grasset, août 2017
La littérature américaine réserve souvent de bonnes surprises, ce roman ne me laissera aucun souvenir si ce n’est celui d’un malaise et d’une sensation générale de superflu. Des auteurs comme T.C. Boyle ou Russell Banks excellent à décrire la « white trash », la classe pauvre américaine des campagnes et des petites villes, tout en la rendant attachante. Dans ce roman, je n’ai eu l’impression que d’une succession de situations sordides alignées les unes derrière les autres. Je n’ai vu aucun bon côté aux personnages, ni à leurs actions. Certains aimeront sans doute cette noirceur poussée à l’extrême, je n’y ai pas vu d’intérêt, et l’écriture n’a pas réussi à me retenir non plus. Par contre, la construction, sous forme de nouvelles qui semblent indépendantes, est judicieuse, et aurait pu être le moteur central de ma lecture, si la médiocrité des personnages n’avait pas été aussi exagérée.

touslesdemonssonticiCraig Johnson, Tous les démons sont ici, Gallmeister, 2015.
Cela commence par un transfert pénitentiaire, qui pourrait être simple, mais que Walter Longmire ne sent pas trop bien, avec une tempête qui approche sur les Appalaches. Le détenu principal est un personnage des plus dangereux, ce qui donne une scène déjà digne d’un dénouement de thriller dès les premiers chapitres. Le roman va monter crescendo, transformant ce transport en véritable odyssée avec quelques scènes d’anthologie et toujours un mélange réjouissant de nature, d’humour et de vieux mythes indiens. Un plaisir à ne pas bouder !

La lecture d’Athalie

septiemerencontreHerbjorg Wassmo, La septième rencontre, éditions 10/18, 2009
Retour à une auteure déjà lue, et aimée, avec Cent ans ou Le livre de Dina. Ici, deux personnages principaux : Rut, une fillette sur son île du nord, puis une jeune étudiante, puis une femme artiste peintre et Gorm, fils de bourgeois et commerçant. Les deux se rencontrent plusieurs fois, d’où le titre, semblent avoir tout pour se plaire… mais à chaque fois, quelque chose les empêche d’aller plus loin. Le style très reconnaissable d’Herbjorg Wassmo m’a tenue en haleine, les personnages sont attachants, les faits souvent durs à encaisser. Rarement un chapitre de roman m’aura mise en colère comme celle que j’ai ressentie au moment où les habitants de l’île reprochent des faits imaginaires au malheureux frère de Rut.
Pourquoi pas le titre à conseiller pour découvrir cette grande dame norvégienne, surtout si le thème de l’art vous intéresse ?

Le billet de Cécile.

bottessuedoisesHenning Mankell, Les bottes suédoises, éditions du Seuil, août 2016
Frank Wellin vit une retraite solitaire sur une île de la Baltique, lorsqu’une nuit, il échappe de justesse à l’incendie de sa maison. Il a tout perdu, seules lui restent une unique botte et la caravane de sa fille, et de plus, il est soupçonné d’avoir lui-même incendié son domicile. Mais Frank n’est pas du genre à se laisser accuser sans réagir. J’ai retrouvé avec plaisir les personnages et les paysages des « Chaussures italiennes ». Une écriture fluide et de la sympathie pour personnage principal, malgré son côté « ours du nord », voilà une lecture des plus agréables, mais un peu trop rapide !

L’avis d’Antigone.

quandsortlarecluseFred Vargas, Quand sort la recluse, Flammarion, mai 2017
Encore une valeur sûre, et des retrouvailles, cette fois avec le commissaire Adamsberg. À peine revenu d’Islande, où l’avait conduit sa dernière enquête, il débrouille très rapidement l’affaire pour laquelle on l’avait rappelé grâce à son intuition phénoménale ! L’occasion pour l’auteur de refaire prendre connaissance de l’équipe au complet. Un des adjoints d’Adamsberg se passionne pour des morts accidentelles dans le sud de la France, où deux hommes âgés ont été piqués par des araignées recluses. De recherches tous azimuts en consultations de spécialistes ou en rencontre bien opportunes, l’enquête devient une enquête pour meurtre. On la croit débrouillée au milieu du roman, mais il n’est pas facile d’affirmer une quelconque culpabilité, de plus un membre de l’équipe se comporte bizarrement. Bref, impossible à résumer, reposant sur des ficelles un peu grosses et des invraisemblances qui le sont encore plus, et pourtant, c’est toujours une parfaite lecture d’été, et un régal !

Le billet de Papillon.

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littérature France·policier·rentrée hiver 2017

Colin Niel, Seules les bêtes

seuleslesbêtesIl y a un engouement certain pour le roman noir rural en ce moment, avec notamment les romans de Franck Bouysse, dont j’ai déjà parlé, sans être totalement convaincue. Colin Niel avait, lui, situé ses premiers romans en Guyane où il travaillait, il vient ici établir son roman dans une campagne isolée, sur un causse qui se désertifie…

« J’avais l’impression de faire un truc un peu fou. Je sais, il y a pire comme folie mais pour moi c’était déjà beaucoup. Il avait fallu quarante-deux ans pour ça, pour que je me comporte comme l’adolescente que je n’avais pas été quand j’en avais l’âge. »

Une femme, Evelyne Ducat, disparaît au cours d’une randonnée solitaire, seule sa voiture est retrouvée, mais pas de traces ou d’indices. Alice, l’assistante sociale dont le rôle est de venir en aide aux agriculteurs que leur isolement fragilise, prend d’abord la parole au sujet de l’enquête menée par la gendarmerie locale, et de Joseph, l’agriculteur dont elle est devenue proche, et qui pourrait bien avoir des raisons d’en vouloir au mari d’Evelyne Ducat. Quatre autres personnages vont intervenir à la suite d’Alice, chacun apportant son passé, son point de vue sur le mystère qui entoure cette disparition, suivie d’une autre, et levant le voile petit à petit…

« Je ne sais pas comment c’est pour les autres, mais moi la solitude, je dirais pas que je l’ai voulue. Et elle m’est pas tombée dessus du jour au lendemain. Non, c’est venu lentement, j’ai eu le temps de la voir arriver avec les années, de la sentir m’entourer comme une mauvaise maladie. »

L’organisation du texte, qui laisse la parole à plusieurs personnages dans cinq grandes parties, convient parfaitement au déroulement de l’histoire. J’ai trouvé aussi que chaque voix était bien différenciée, bien représentative de l’individu qu’elle incarnait. Le thème de la solitude est central, des amours se nouent pour tenter d’y remédier, mais au final, le constat est loin d’être tout rose… ni tout noir, d’ailleurs. Ce roman m’a tenu en haleine, au-delà de la simple distraction, en posant des questions intéressantes sur le monde rural. Un roman sombre mais touchant !
Et si vous vous demandez ce que la couverture a à voir avec l’histoire que je résume ici, il vous faudra lire le livre, il ne sera pas dit que je vais divulguer des points cruciaux.

 


Seul les bêtes de Colin Niel, édité par le Rouergue (collection Rouergue Noir, janvier 2017) 213 pages, Prix polar en séries Quais du Polar 2017, prix Landerneau polar 2017.

Les avis de Baz-art, Itzamna et Jean-Marc.

littérature Europe de l'Est et Russie·policier

Zygmunt Miloszewski, Un fond de vérité

unfonddeverite« Il lut le registre posé devant lui et la phrase joliment calligraphiée en avril 1834 par le curé de la paroisse du village de Dwikozy : « Les parents et les témoins ne savent ni lire ni écrire. » Voilà qui scellait le sort des origines prétendument aristocratiques de son client. »
Le deuxième roman de Zygmunt Miloszewski commence par une scène où un jeune généalogiste, travaillant à son compte, fait des recherches à minuit aux Archives Nationales de Sandomierz. Il va sans dire que ses horaires de travail sont assez peu vraisemblables, mais l’auteur en profite pour glisser quelques paragraphes fort bien documentés sur les rapports pour le moins agités entre catholiques et juifs en Pologne en général, et en Galicie en particulier. Ce qui s’avèrera important pour la suite de l’histoire…

« Le procureur Teodore Szacki n’avait pas de chance avec ses patronnes. La précédente avait été une peste technocrate, froide et aussi appétissante qu’un cadavre extrait d’une congère. »
On retrouve dans le deuxième roman le procureur Szacki, qui, pour des raisons assez compliquées, au milieu desquelles un divorce, se retrouve en poste loin de Varsovie, à Sandomierz nommée plus haut, ville tranquille où il commence à regretter la capitale. Le meurtre d’une femme très impliquée dans la vie locale, et à qui personne n’a jamais rien eu à reprocher, quasiment une sainte, vient briser la routine.

« Teodore Szacki n’avait en général que peu de confiance en son prochain. Et, en ceux qui consacraient leur vie à un hobby quelconque, absolument aucune. »
Le plaisir de lire cette série reconnaissable aux couvertures insolites des éditions Mirobole, tient plus au caractère du procureur, à ses conquêtes féminines, à sa perception de son prochain, toujours assorties de métaphores spirituelles, qu’à l’enquête elle-même. Je voulais retrouver ce que j’avais écrit à propos du premier tome, mais voilà, il fait partie des livres, assez nombreux ma foi, dont je n’ai pas parlé ces derniers mois.
Je pense que mon avis était sensiblement le même, le roman est distrayant à lire, à la fois bien documenté et fourni en personnages crédibles, dans une intrigue qu’il l’est un peu moins. La résolution et des péripéties finales me semblent un peu tirées par les cheveux, mais j’en retiendrai l’humour quelque peu « à froid » du procureur, une vision intéressante de la Pologne, loin des grandes villes, et l’aspect captivant de l’histoire des religions dans ce pays.

Un fond de vérité de Zygmunt Miloszewski (Ziarno prawdy, 2014) éditions Mirobole (2014) traduit du polonais par Kamil Barbarski

Les avis d’Aifelle, Dominique, Edyta, Sandrine et Yv.


Un mois un éditeur plonge pour juin dans le catalogue de Mirobole, et sur ce blog, vous pourrez retrouver aussi Vongozero de Yana Vagner.

littérature îles britanniques·premier roman

R.J. Ellory, Papillon de nuit

« J’avais l’impression que nous étions en train de rire du monde depuis l’entrée des Enfers, et c’était ça le plus drôle. »
Voilà la pensée, bien longtemps après, de Danny Ford, qui se remémore le début de son amitié avec Nathan, un jeune garçon noir, dans les années 50 en Caroline du Sud. La mention des Enfers fait allusion au fait que les relations d’amitié entre deux garçons de couleurs différentes, à cette époque et dans ce lieu, devaient forcément tourner mal. Ce qui est bien le cas puisque Danny, maintenant un homme, est dans le couloir de la mort depuis douze ans, accusé du meurtre de Nathan. Le voile est levé petit à petit sur les événements qui l’ont conduit là. (et c’est long…)

John Rousseau avait apporté sa propre bible, un volume en cuir complètement cabossé qu’il agrippait comme on agrippe la main d’un enfant parmi la foule d’une fête foraine.
Danny voit approcher la date de son exécution, on surveille son alimentation pour qu’il soit en bonne santé, et le cynisme du système ne peut que révolter. Un prêtre est envoyé lui parler, et tout jeune et inexpérimenté qu’il soit, il permet à Danny de livrer tous les détails sur les circonstances qui l’ont conduit dans le couloir de la mort.
Le roman est donc bâti sur des allers et retours entre passé et présent, il mélange roman sur l’amitié et roman carcéral, il brasse également le mouvement sur le droits civiques, la politique américaine de la fin des années 60, l’appel à aller combattre au Vietnam…
Bien que particulièrement riche de thématiques intéressantes, et bien de surcroît bien écrit, je n’ai pas vraiment été convaincue par ce roman. C’est long, relativement prévisible et en même temps pas toujours complètement crédible. Je l’ai lu il y a une quinzaine de jours, et le souvenir s’estompe déjà à grande vitesse. En relisant des passages, j’ai plutôt l’impression que l’auteur est un peu passé à côté du roman qu’il projetait. Mais peut-être est-ce moi qui n’ai pas eu la petite étincelle qui m’aurait fait m’attacher au sort des personnages. Après le formidable
Seul le silence, puis Mauvaise étoile et Les anonymes qui n’étaient pas du tout décevants, ni laborieux, je trouve ce roman un peu en deçà de ce que peut faire l’auteur anglais. Il semblerait que ce soit l’un de ses premiers romans, ce qui peut expliquer mon sentiment.

 

R.J. Ellory, Papillon de nuit (Candlemoth, 2003) éditions Sonatine (2015) traduction Fabrice Pointeau 518 pages

 

Le billet de Valérie. D’autres romans sur les droits civiques…

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littérature îles britanniques·policier·sortie en poche

Kate O’Riordan, La fin d’une imposture

finduneimposture« Rosalie voulut attraper la main de son mari. L’idée folle lui traversa l’esprit que si elle pouvait juste toucher sa peau, tout s’arrêterait. L’horloge reculerait de trois jours jusqu’à sa dernière conversation avec Rob. »
Une affreuse nouvelle frappe de plein fouet une famille londonienne. Leur fils Rob, qui était en vacances en Thaïlande, s’est noyé là-bas. Les six mois qui suivent sont terribles pour les parents, d’autant plus que leur fille cadette, Maddie, s’enfonce dans la drogue et la délinquance. Jusqu’au jour où mère et fille croisent le chemin de Jed, un jeune homme parfait qui semble avoir une bonne influence sur Maddie.

« C’était aussi loin que possible des aspirations de la petite Rosalie dans son HLM de Manchester. Pour elle, la maison et le quartier demeureraient à jamais chics. »
Le début fonctionne bien, le thème du deuil qui est, me semble-t-il, récurrent chez l’auteure, est l’objet d’une analyse sensible et pleine de vérité. Elle rend bien compte également des différences de milieu social et de la manière dont Rosalie se reconnaît dans Jed, elle qui, vingt ans auparavant, s’était sentie mal à l’aise en tant que petite provinciale arrivant à Londres.

« Le sentiment désagréable qui se développait en lui à chacune de ses visites à la cité faisait écho à celui qu’il éprouvait en présence de Jed Cousins. »
Je ne suis par contre qu’à moitié convaincue par la suite du roman. Le personnage de Jed, et ses relations avec Rosalie, notamment, me paraissent bien trop exagérés. Je sais bien que sans cela, il n’y aurait pas d’histoire, mais cela me gêne tout de même. Je pense qu’en fait ma perplexité vient sans doute de ce que les romans précédents de Kate O’Riordan que j’ai lus n’étaient pas des thrillers, alors que celui-ci en est un, clairement, indiscutablement. Du coup, il reprend les caractéristiques du thriller pour amener le lecteur à trembler pour les personnages, au dépend sans doute d’une parfaite finesse psychologique.
Mais je ne peux pas faire trop la fine bouche parce que j’ai, je l’avoue, dévoré ce livre en deux petites journées, preuve qu’il était tout de même prenant. Certains personnages m’ont remuée, et d’ailleurs la fin rattrape largement les quelques faiblesses du milieu du roman, en redonnant une nouvelle perspective pour comprendre le déroulement des événements.

La fin d’une imposture (Penance, 2016) éditions Folio policier (janvier 2017) 438 pages, traduit par Laetitia Devaux. Merci à Folio pour cette lecture.

De la même auteure, sur le blog, Le garçon dans la lune.
Les avis d’Aifelle
et Cathulu.