Publié dans bande dessinée, littérature France

Quelques BD en vrac

img_2812Des bandes dessinées au féminin pour commencer l’année, deux auteures retrouvées et une autre découverte, et la preuve que le dessin peut permettre de raconter des histoires ou apporter des témoignages d’une manière différente de la langue écrite, moins frontale, mais tout aussi intense. Je n’aurais peut-être pas lu un roman ou un récit sur les mêmes thèmes que les BD présentées ici, mais le dessin me les a fait apprécier, et je m’y suis immergée bien volontiers.

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Catherine Bertrand Les chroniques d’une survivante, éditions La Martinière, 2018
Commençons tout d’abord par cette découverte faite grâce à Sylire qui m’a permis de gagner cette bande dessinée autobiographique. Catherine Bertrand était au Bataclan le 13 novembre 2015, et si elle s’en est sortie sans dommage physique, elle a très rapidement eu à affronter un sévère syndrome post-traumatique.
Ce fardeau qu’elle ressent comme un boulet à traîner partout, elle a l’idée de l’exprimer sous forme de journal dessiné. Elle dessine sa soirée dans la salle de concert, ses premières réactions comme celles de son entourage, ses entretiens avec une psy, ses galères administratives… Elle raconte aussi des épisodes au bureau, où il lui est difficile, voire impossible, de se concentrer, ou de trouver un intérêt aux petites histoires des collègues, elle retranscrit les petites phrases qui l’enfoncent un peu plus… Le trait rond, le noir et blanc, l’utilisation de l’écriture comme partie intégrante du dessin, la manière très imagée de retranscrire les hauts et les bas par lesquels elle passe, tout cela concourt à en faire un récit sincère et touchant.
A voir : le blog de l’auteure.


croisade_plancheChloé Cruchaudet La croisade des innocents, éditions Soleil, 2018
De Chloé Cruchaudet, j’ai lu Groenland-Manhattan et vu le film réalisé à partir de sa bande dessinée Mauvais genre (Nos années folles par André Téchiné). Je connaissais donc son goût pour les faits historiques peu connus, et susceptibles de donner lieu à un roman graphique. Imaginée d’après un fait réel, La croisade des innocents plonge le lecteur dans un Moyen-Âge sombre et crasseux, où des enfants se mettent à suivre le jeune Colas. Rejeté par sa famille, il est recueilli par des religieux qui exploitent ses maigres forces. Suite à une « rencontre » qui passe pour un miracle, lui que rien ne prédestinait à ce rôle, mais qui n’a rien à perdre à partir sur les routes, prend la tête d’une cohorte de jeunes et d’enfants qui partent dans le but de délivrer Jérusalem.
Des aquarelles dans des tons sombres, un trait fin pour caractériser les personnages, des lieux qui font travailler l’imagination, quelques dessins en pleine page plus poétiques… J’ai apprécié le dessin qui m’a rappelé par moments les trognes des chapiteaux romans, ou des gargouilles d’églises. Le graphisme rend particulièrement bien compte de cette époque, et donne envie de savoir ce qui va arriver à Colas et ses suiveurs. L’intérêt ne se dément pas tout au long de la lecture, et la conclusion, bien trouvée, ne manque pas de finesse. J’ai passé un très bon moment.

commissairek_plancheMarguerite Abouet, Donatien Mary, Commissaire Kouamé : Un si joli jardin, Gallimard, 2017
Encore un genre différent ! Marguerite Abouet est la scénariste de l’excellente série Aya de Yopougon et elle met de nouveau à l’honneur les habitants de son pays, la Côte d’Ivoire, dans le premier volume (je crois) d’une série policière. Le dessinateur n’est pas le même que pour Aya de Yopougon, et c’est bien dommage parce que j’aimais beaucoup son trait et la vision colorée d’Abidjan dans cette série. Là, c’est beaucoup plus « crayonné », bien adapté pour dessiner des scènes de bagarres ou de poursuites. Car il s’agit d’une aventure policière plutôt animée : un magistrat très connu a été assassiné dans un hôtel de passe, et le commissaire Marius Kouamé et son adjoint Arsène doivent mener une enquête rapide et discrète. Mais ils gênent pas mal de monde, et les morts tombent comme des mouches sur leur chemin. L’histoire est distrayante, mais pas très originale, et je ne suis pas plus enthousiaste que ça !

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Publié dans littérature Amérique du Nord, mes préférés, premier roman, rentrée littéraire 2018

Hernan Diaz, Au loin


auloin.jpgRentrée littéraire 2018 (4)
« L’aube n’était qu’une intuition, une certitude encore invisible, mais Håkan s’élança vers elle à toutes jambes, le regard rivé sur ce lointain qui ne tarderait pas à rougeoyer et lui montrer la direction menant à son frère. »

Le roman commence en Suède, au dix-neuvième siècle. Un jeune garçon et son frère guère plus âgé que lui sont les deux seuls de la famille à pouvoir embarquer pour l’Amérique. À un moment du voyage, ils se retrouvent séparés et le plus jeune, Håkan, débarque en Californie, avec pour seul objectif New York, et l’idée de traverser le pays de part en part pour retrouver son frère Linus. C’est l’époque de la Ruée vers l’or, avant la guerre de Sécession, et ce n’est évidemment pas une mince affaire d’entreprendre ce périple. D’autant qu’Håkan ne parle pas un mot d’anglais. Les rencontres qu’ils font l’emmènent dans la bonne direction, ou pas, ou le freinent dans son élan vers l’Est.

« L’homme posa une autre question, et ces mots-là ne semblaient pas être de l’anglais. Il refit une tentative dans une langue aux sonorités gutturales et rêches. Håkan le regarda tout en frottant la peau à vif de ses poignets. »
Le moins qu’on puisse dire est que la mise en situation et la construction du roman mettent en appétit. Et rien par la suite n’est venu me décevoir ou remettre en cause mon éblouissement pour cette histoire, et pour la manière dont elle est racontée !
Les personnages rencontrés par le jeune garçon, chercheurs d’or, tenancière de bar ou scientifique parcourant le désert, pourraient sembler des stéréotypes, mais vus par l’œil de Håkan, l’impression de déjà-lu s’estompe et ils acquièrent au contraire une fraîcheur et une nouveauté à laquelle je ne m’attendais pas. Comme Håkan ne parle que quelques mots d’anglais, au début du moins, le texte ne contient pas de dialogues et l’auteur se place totalement de son point de vue. Aucune compréhension n’est donc fournie au-delà de ce que le jeune homme comprend. J’ai trouvé cela particulièrement habile, et idéal pour donner un élan formidable au roman. La temporalité aussi reste assez vague, comme elle l’est pour Håkan qui ne connaît même pas son âge.

« Sa crainte de tomber sur quiconque ayant pu avoir vent de ses actes était si grande que, en plus de ces ombres imaginaires qui les jetaient au sol sans crier gare, il découvrait maintenant à tout bout de champ des signes de présence humaine. »
Après des péripéties qui font de Håkan un personnage quasiment légendaire dans l’Ouest, du fait de sa haute taille et d’actes qu’il aurait accomplis, (je reste volontairement vague), il doit poursuivre son voyage en évitant tout contact humain. C’est étonnant, parce que je sortais du roman de Sophie Divry, Trois fois la fin du monde, qui explorait aussi le thème et la description de la solitude, et cela a été extrêmement intéressant de mettre les deux en parallèle. La solitude subie est bien différente de celle qui est choisie, mais l’une et l’autre peuvent devenir insupportables.
J’ai vraiment savouré chaque mot de ce roman pas si typiquement américain qu’on pourrait le croire. On connaît les romans qui brossent l’envers du rêve américain, voici le roman qui décrit l’envers des mythes fondateurs… De la figure héroïque du pionnier qui protège sa famille, à la liberté que procurent les grands espaces, rien ne ressemble à ces mythes pour Håkan, et en cela, son histoire préfigure celles de nombreux immigrants qui trébucheront sur leur image rêvée de l’Amérique. Si on ajoute à ces qualités une écriture et une traduction remarquables, qui rendent aussi bien les descriptions de paysages que les affres du personnage, et voilà un premier roman d’une telle richesse que je le classe sans hésiter dans la catégorie des mes préférés !

Au loin de Hernan Diaz (In the distance, 2017), éditions Delcourt (septembre 2018) traduit par Christine Barbaste, 334 pages.

Lecture pour le Picabo River Book Club #PicaboRiverBookClub, et je participe aussi au Mois américain 2018. Ah, et n’oubliez pas, si vous allez au Festival America à Vincennes du 20 au 23 septembre, Hernan Diaz y sera également !
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Publié dans littérature France, premier roman

Jérôme Magnier-Moreno, Le saut oblique de la truite

sautoblique« Je m’attendais à des chiottes à la turque mais en fait pas du tout. »
Cela commence dans les toilettes du cimetière Montparnasse, puis avec des enveloppes contenant chacune un roman qui disparaissent dans une boîte aux lettres. Le roman lui-même est le récit d’un court voyage en Corse d’un architecte fraîchement diplômé qui ne sait pas encore trop quoi faire de sa vie. En attendant de savoir, il va passer quelques jours à pêcher en Corse avec son ami Olivier. Ils ont rendez-vous à la gare d’un petit village. Olivier n’arrive pas, notre architecte observe, écrit beaucoup et parfois dessine, les couleurs l’inspirent, la fraîcheur des rivières, les parfums de la myrte et du romarin.

« Je pars attendre le train sur le quai. Déposant mon gros sac à dos contre un muret, je m’assois sur le bitume poussiéreux, le dos calé contre mon paquetage. »
Je ne ressors pas plus emballée que ça par ce roman qui a des qualités qui sont à la fois des défauts : il est un peu foutraque, mélangeant les styles et sautant d’une tonalité à une autre et je trouve à cela un côté plutôt rafraîchissant, mais qui au bout d’un moment finit par dépasser ce qu’on en attend, et lasser… Le roman n’est pas très long et pourtant je me surprenais à avoir envie de supprimer quelques paragraphes : raconter ses rêves, quel intérêt ? Noter de longues citations d’Hemingway ou Thoreau a-t-il lieu d’être dans ce qui ressemble plus à un journal de bord de voyage ? Que dire de la longue digression où l’auteur fait parler la rivière ?

« Tout est simple près de la rivière : le cosmos se résume à cette splendide vallée entourée de versants boisés auxquels je tourne le dos. »
Au final, de même que le spectateur qui se met à regarder la mise en scène au cinéma montre qu’il n’est pas vraiment dans le film, le lecteur qui mentalement réarrange le texte n’est certes pas absorbé par l’histoire. C’est ce qui m’est arrivé. Et si de temps à autre la Corse de l’auteur devenait bien réelle (ce sont les passages sur la nature qui sont les plus réussis) à d’autres moments je me suis demandée ce que je faisais là.

Le saut oblique de la truite de Jérôme Magnier-Moreno, Phébus (mars 2017) 92 pages

Des avis aux couleurs différentes chez Aifelle Antigone Hélène ou Keisha.

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Publié dans littérature Europe de l'Ouest

Aurelia Jane Lee, Un endroit d’où partir t. 1

unendroitdoupartirC’est Anne et le mois belge qui m’ont donné envie de découvrir ce roman que je n’ai pas gagné lors du jeu final, mais qui m’a aussitôt attiré l’œil lors d’une opération Masse critique. Les premières lignes lues pour me faire une idée ont achevé de me convaincre, et d’avoir ainsi l’occasion de découvrir la maison d’édition Luce Wilquin.
Un personnage principal qui se nomme Juan Esperanza Mercedes de Santa Maria de los Siete Dolores pour un roman belge, avouez que ça titille vos appétits de lecture, non ? Juan, pour faire court, est un bébé recueilli par les sœurs d’un couvent, en particulier la jeune Mercedes qui s’occupe de lui comme une mère, jusqu’à ses neuf ans. Déjà prompt à s’approcher des limites, Juan se perd complètement en roulant à toute allure sur son vélo, et est recueilli dans un domaine éloigné, où il devient garçon à tout faire.
Dans cette Amérique latine imaginaire, l’histoire de Juan commence et se poursuit avec des rencontres, des déceptions et des amours, de la prime enfance à l’âge adulte. Il ne s’agit que de la première partie d’une trilogie dont je lirai avec plaisir la suite, car l’histoire est prenante et a trouvé un juste équilibre entre parcours personnel et situations insolites. Peut-être, malgré le côté addictif de l’histoire, Juan reste-t-il un peu insaisissable et  distant, pour le lecteur comme pour les personnes qui l’approchent, mais c’est sa nature…
Roman d’apprentissage et d’aventures, mêlant les thèmes de l’art et de la création, des liens et de la liberté, c’est tout à fait le genre de roman que j’aime, et si l’auteure cite Gabriel Garcia Marquez ou Véronique Ovaldé, j’ai pensé aussi à un pendant masculin et plus méridional de Karitas, lu récemment. A ajouter donc à la liste : Art et roman ! Sa particularité est aussi de n’être pas ancré précisément dans le temps, ni dans l’espace, ce qui en fait une sorte de conte pour adultes d’une harmonie intemporelle.
Voilà, j’espère vous avoir donné envie de faire connaissance avec Aurelia Jane Lee, qui a mis une écriture pleine de vivacité et d’intelligence au service d’une belle histoire, que demander de plus ?

Extraits : Il ne lisait pas trop vite, ne mangeait pas la fin des phrases et semblait, à chaque virgule, regarder à gauche puis à droite comme on le fait à un carrefour avant de traverser. À chaque point, il baissait les paupières un court instant, comme s’il était conscient qu’entre deux phrases, tout un éventail de variantes existait, alors qu’une seule se réaliserait ; et c’était comme s’il rendait par là un hommage silencieux à toutes les éventualités laissées de côté.

Peindre était une seconde nature pour Juan. La transposition de la réalité sur une toile tenait pour lui de l’évidence. Il pouvait manier le pinceau comme il parlait, avec la même facilité, comme s’il n’y avait pas de code entre les deux.

L’auteure : Née à Bruxelles en 1984, Aurelia Jane Lee a étudié la communication ainsi que la philosophie. Elle s’est fait connaître en 2006 avec un premier roman intitulé Dans ses petits papiers. Deux recueils de nouvelles et quatre romans suivent, avant la trilogie Un endroit d’où partir.
247 pages.
Éditions Luce Wilquin (avril 2016)

Publié dans littérature France, mes préférés, rentrée littéraire 2013

Thomas B. Reverdy, Les évaporés

evaporesL’auteur : Thomas B. Reverdy est un romancier français né en 1974, auteur de trois romans publiés aux éditions du Seuil. Il obtient l’agrégation de lettres modernes en 2000 et enseigne depuis en lycée. Ses trois premiers romans, La Montée des eaux, Le Ciel pour mémoire et Les Derniers Feux, constituent une sorte de cycle poétique. Ils abordent les thèmes du deuil, de l’amitié et de l’écriture. En 2010, il publie L’Envers du monde. Publié en août 2013, Les évaporés est retenu dans la sélection de plusieurs prix et reçoit le Grand Prix de la Société des gens de lettres.
314 pages
Éditeur : J’ai lu (avril 2015)


En sautillant d’un livre à l’autre, j’aime bien changer d’univers mais aussi trouver des points communs, des liens. C’est le cas entre Les collines d’eucalyptus et Les évaporés où l’on retrouve le thème de la disparition volontaire.
J’ai commencé ce livre tout lentement, tout tranquillement, pour la bonne raison que déjà, dès les premières pages, il me plaisait énormément, et j’ai eu bien du mal à le quitter une fois la dernière page tournée. L’histoire se déroule par petites avancées, c’est plus un roman d’atmosphère que d’action, qui repose sur des personnages touchés par la vie, devenus des ombres dans leur propre pays. En premier lieu, Kaze, un japonais d’une cinquantaine d’années, employé d’une grosse société d’investissement, devenu un Johatsu, un évaporé, un disparu volontaire, par la force des choses.
Il y a aussi un jeune garçon nommé Akainu qui a pris la tangente après le tsunami, parce qu’il ne voulait pas savoir si ses parents étaient morts. Après ce genre de drame, ils sont de plus en plus nombreux à s’évaporer, c’est ce que découvre Richard B., qui accompagne Yukiko, la fille de Kaze, jusqu’au Japon, pour une enquête qu’il peine à mener. Car Richard, qui n’est autre que Richard Brautigan que l’auteur a fait renaître, est à la fois détective privé, poète, rêveur et pourvoyeur d’images sur ce Japon d’après Fukushima qui le frappe en pleine face.
Je ne regrette pas d’avoir attendu la sortie en poche de ce roman qui me tentait déjà à la rentrée littéraire 2013, je pourrai ainsi le garder, relire des passages, et prolonger un joli moment de lecture.

Citations : On ne voit pas la lune, juste sa lumière qui pâlit les nuages et les toits d’ardoise, le sable du chemin qui part dans la forêt et route, luisante encore des averses du soir.

Quand on n’est pas doué pour le bonheur, quand on ne sait pas retenir les belles choses, il vaudrait mieux s’abstenir de les fréquenter, parce que ça se termine souvent mal.

Ce qu’il aimait, c’était rêver. Passer des journées à pêcher la truite en rivière, assister à des rodéos, partir dans le désert ou à la montagne, tout ce qu’on peut faire sans être vraiment là, tout ce qui se déroule, quand on le fait, un peu en dehors de nous, comme écrire un poème sans raison, juste par goût du miracle.

Les avis de Clara, Estelle Calim, Hélène, Jérôme, Marilyne, Mior et Séverine parmi beaucoup d’autres !
Les anciens (romans des rentrées littéraires passées) sont de sortie chez Stephie.
ancienssortis

Publié dans bande dessinée

BD : Tourne disque et Tsunami

Aujourd’hui, (parce que décidément en ce moment, je ne déborde pas d’envie d’écrire) une petite chronique BD avec deux albums que j’ai eu plaisir à lire. tourne-disque

Raphaël Beuchot et Zidrou, Tourne disque Le Lombard (2014)

L’intérêt de cette BD réside tout d’abord dans son scénario. Elle fait voyager à la fois dans le temps et l’espace, pour suivre en 1930 le violoniste Eugène Ysaÿe jusqu’au Congo où il est invité à donner un concert. Rien ne se passe exactement comme prévu, l’exhibition est reportée pour cause de torticolis. Le maître va se reposer chez son neveu et y rencontre un africain qui connaît mieux la musique classique que beaucoup de ses élèves. Seuls les passages oniriques ne m’ont pas trop touchée, même s’ils permettent de montrer l’emprise de l’Afrique sur le vieux musicien. J’ai beaucoup aimé le graphisme, les avions, les guimbardes des années trente, la vision de l’Afrique (moins caricaturale, on s’en doute, que Tintin au Congo). L’intérêt pour l’histoire ne faiblit pas, l’émotion est présente, l’amour de la musique aussi… TourneDisque_pl1Repéré chez Jérôme et Noukette.

tsunamiJean-Denis Pendanx et Stéphane Piatszek, Tsunami Futuroplis (2013)

Un autre voyage, plus contemporain, dans Tsunami. Un jeune homme part à la recherche de sa sœur disparue depuis 9 ans près de Bandah Aceh, sur l’île de Sumatra. Elle y était partie pour venir en aide aux victimes du tsunami de 2004, et quelques mois après, a cessé de donner des nouvelles à sa famille. La naïveté, relative, du jeune Romain, les rencontres qui le mènent sur la piste de sa sœur, portent cette histoire. Le graphisme m’a beaucoup plu par moments, mais à d’autres un peu moins. Les paysages des îles indonésiennes sont particulièrement réussis, on sent vraiment la présence de la mer, sa force et sa beauté mêlées. J’ai cependant été moins touchée que par la bande dessinée précédente, je suis restée un peu à l’extérieur. Une légère touche fantastique plaira peut-être à certains, mais je m’en serais passée.

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Sandrine a aimé.

Publié dans littérature Amérique du Nord, rentrée littéraire 2014

Tim Gautreaux, Nos disparus

nosdisparusRentrée littéraire 2014
L’auteur :
Né en
Louisiane , 1947 Timothy Martin Gautreaux est un romancier et nouvelliste. Il est issu d’une famille de pilotes et mécaniciens de bateaux à vapeur et de remorqueurs. Des gens qui descendaient eux-mêmes de shérifs ou assimilés. Professeur à l’Université de Louisiane du Sud, il commence à publier des nouvelles dans des magazines et, en 1996, sort son premier recueil, Same Place, Same Things. Écrivain tardif, Tim Gautreaux rattrape le temps perdu avec un roman, The Next Step in the Dance (1998), puis un nouveau recueil, Welding with Children (1999), et deux autres romans, The Clearing (Le dernier arbre) en 1999 et The Missing (Nos disparus) en 2009.
540 pages
Editeur : Seuil (août 2014)
Traduction : Marc Amfreville
Titre original : The missing


Le roman commence sur un bateau, avec un débarquement. Il s’agit de jeunes américains, malades d’une éprouvante traversée, qui arrivent à Saint-Nazaire le 11 novembre 1918. La guerre étant terminée, ils sont affectés au nettoyage des zones de combats. Parmi ces jeunes gens, Sam Simoneaux, dont la famille a été massacrée alors qu’il avait six mois. On retrouve Sam quelques années plus tard, à la Nouvelle-Orléans, responsable d’étage d’un grand magasin. Une petite fille est enlevée dans les rayons dont il a la charge, et Sam en gardera une culpabilité qui va influer sur la suite de sa vie, le lançant dans une quête dont il ne sortira pas indemne. Il commence par se faire engager sur le bateau, celui-là même où les parents de la petite Lily Weller travaillent.
Si l
e début manque un peu de rythme, passant rapidement sur une longue période, puis s’attardant, des personnages secondaires apparaissant dont on ne sait pas s’ils vont être importants ou pas, assez vite, tout se met en place, les personnages acquièrent une belle consistance et le roman devient passionnant. J’ai été épatée par la manière de recréer des lieux et des paysages, que ce soit la forêt d’Argonne après la guerre, les rues de La Nouvelle-Orléans dans les années 20, un bateau-dancing sur le Mississippi ou les usines qui crachent leur fumée sur les berges du fleuve, on s’y croirait ! Sans compter des coins complètement déshérités, au milieu de marais infestés de moustiques, zones où aucun shérif ne se risque jamais et où Sam Simoneaux devra aller poursuivre sa quête.
Le style, les événements dramatiques qui se succèdent, la noirceur de l’ensemble, contrebalancée par l’humanité de Sam, tout m’a séduit dans ce roman. C’est une découverte qui m’a fait forte impression que l’univers de cet auteur, et je ne manquerai pas de lire bientôt Le dernier arbre, qui m’attend dès maintenant dans ma pile à lire !

Extraits : Mais quelques jours plus tard, quand ils sautèrent à bas du camion débâché maculé de boue, ils découvrirent un paysage mort et recouvert d’une pellicule de glace, parsemé de cratères d’obus et piqué d’arbres détruits, un immense cimetière de chariots éventrés, de citernes renversées et de pièces d’artillerie de toutes sortes corrodées par le givre.

Il y avait dans sa vie des disparus qui découpaient d’énormes trous dans le ciel de la nuit, et Sam savait qu’il n’y pouvait rien.


Les billets de Joëlle et Papillon, ainsi qu’Alex.

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Publié dans littérature France, livre audio, non fiction

Jean-Christophe Rufin, Immortelle randonnée

 

immortellerandonneeL’auteur : Jean-Christophe Rufin, né à Bourges en 1951, est un médecin, historien, globe-trotteur, écrivain et diplomate français. Elu en 2008 à l’Académie française, il en est le plus jeune membre. Ancien président d’Action contre la faim, il a été ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie.
Editeur : Audiolib (2013) publié d’abord par Guérin et en version illustrée par Gallimard
Lu par Vincent Schmitt
Durée d’écoute : 6 heures

Sous-titré Compostelle malgré moi, ce livre m’a procuré un grand plaisir d’écoute. J’ai beaucoup aimé le contraste entre l’ambassadeur académicien et le Jacquet solitaire, invisible, un peu déguenillé, avec sa barbe de deux jours et son matériel sur le dos. J’ai aimé aussi les rencontres insolites ou ordinaires, où jamais rien ne semble exagéré pour les besoins du livre. D’ailleurs JC Rufin n’a pas pris de notes en cours de marche, se fiant à sa mémoire lorsqu’il s’est mis à l’écriture. L’obtention de la fameuse credential, les premières journées, l’alternance entre nuits sous la tente et petites auberges, les traversées en bac en Cantabrie, les vêpres au couvent, les rencontres chemin faisant, tous ces moments sont rendus savoureux, grâce à l’élégance de la narration. Je ne m’étais pas ennuyée à la lecture de En avant, route ! d’Alix de Saint-André, je me suis encore davantage régalée avec ce récit de marche au ton très juste. L’auteur ne néglige pas les raisons du voyage, son ressenti personnel par rapport au Chemin, et son expérience intérieure alterne avec les problèmes de chaussures ou de ronflements dans les dortoirs ! Tout au long du Camino del Norte, à travers le Pays Basque, la Cantabrie, les Asturies et la Galice, chaque région révèle ses beautés,… ou pas (ah, les lotissements déserts !).
A défaut d’avoir envie de parcourir le chemin, on peut en savourer la lecture ou l’écoute. La version audio est excellente et plaisante à écouter, j’en ai bien aimé le lecteur, Vincent Schmitt, le rythme et le ton qu’il insuffle. Et, comme le fait remarquer Sylire, la forme audio convient bien à un récit de voyage comme celui-ci.

Extraits : Avec un entrainement physique minimum, il est assez facile d’affronter les journées du pèlerin. Les nuits, c’est autre chose. Tout dépend de l’aptitude que l’on a à dormir n’importe où et avec n’importe qui. Il y a beaucoup d’injustice, en cette matière : certaines personnes, à peine la tête sur l’oreiller, s’endorment profondément et un train qui passe à proximité ne les réveille pas. D’autres, dont je fais partie, sont habitués aux interminables heures passées à plat dos, les yeux grands ouverts, les jambes agitées d’impatiences. Et quand, au terme de ces longues attentes, ils finissent par s’assoupir, une porte qui grince, une conversation chuchotée, un simple frôlement suffisent à les réveiller.

Le pèlerin pèlerine comme le maçon maçonne, comme le marin part en mer, comme le boulanger cuit ses baguettes. Mais, à la différence de ces métiers que récompense un salaire, le pèlerin n’a aucune rétribution à espérer. Il est un forçat qui casse ses cailloux, une mule qui tourne en rond autour de son puits. Cependant l’être humain est décidément fait de paradoxes et la solitude permet de bien les observer : le Jacquet s’extasie de trouver au fond de cette servitude une liberté inédite.

caminodesantiago

Les avis qui m’ont donné envie ! Aifelle, Clara, Cuné, Dominique, Keisha, SylireJe participe à Ecoutons un livre avec Val, tous les 16 du mois (et j’aime ça !)

ecoutonsunlivre

 

Publié dans littérature Asie, livre audio

Haruki Murakami, 1Q84, tome 3

25 0465 2-Boite13,5_2cd_1Q84-L3.inddL’auteur : Né à Kyoto en 1949, Haruki Murakami a étudié la tragédie grecque, puis dirigé un club de jazz, avant d’enseigner dans diverses universités aux États-Unis. De retour au Japon, il écrit Écoute le chant du vent qui lui vaut le prix Gunzo, importante récompense japonaise. De nombreux succès suivront dont, Kafka sur le rivage, La Ballade de l’impossible, Saules aveugles, femme endormie et bien d’autres. Livre phénomène au Japon, les deux premiers tomes de 1Q84 se sont vendus à plus de trois millions d’exemplaires.
Editions : Audiolib, paru en avril 2012
Durée d’écoute : 17h45
Lecteurs : Emmanuel Dekoninck, Maia Baran, Philippe Résimont

J’avais parlé sur mon blog, le précédent du moins, du tome 1 de 1Q84 avec enthousiasme. Voici ce que j’en disais : il possède un charme, une grâce, une poésie, que vous connaissez si vous avez lu Kafka sur le rivage ou La ballade de l’impossible. Dès les premières pages, sur une autoroute embouteillée des environs de Tokyo, un envoûtement étrange se dégage… Avouez qu’il y a des lieux plus poétiques que les abords d’une autoroute urbaine, et pourtant, avec Murakami, ça marche !
J’ai omis de faire un billet sur le tome 2, mais j’avais continué avec presque autant d’allant ma lecture. La bibliothèque possédait le tome 3, une version audio qui me faisait de l’oeil, plus quelques jours de congés, voilà d’excellents ingrédients pour continuer !
C’était sans compter sur l’auteur en baisse de régime, ou la lassitude, ou le livre lui-même, beaucoup moins bon que ses précurseurs ? (clin d’oeil à ceux qui ont lu !) Bref, cette fois, tout n’a été qu’ennui, soupirs et bâillements jusqu’à remiser la suite dans mon ordinateur pour plus tard, sait-on jamais ? Il me reste sept ou huit heures à écouter, je pense. Mais suis-je prête à entendre égrener des détails quotidiens, cette fois répartis entre 3 personnages, Tengo et Aomamé, les deux jeunes gens qui aimeraient tant se retrouver (j’imagine déjà la fin, arrivant à gros sabots) auxquels s’adjoint Ushikawa, qui est lancé à la recherche d’Aomamé… Si l’arrivée d’une troisième personne peut sembler apporter du neuf au début du troisième tome, il n’en est rien, puisque chaque action est vue par un protagoniste, puis revue par un autre, et le procédé passerait s’il apportait quelque chose, mais comme chacun ressasse hypothèses et conjectures, c’est d’un pénible ! Je tombe d’autant plus de haut que j’ai été jusqu’alors une inconditionnelle d’Haruki Murakami et de son univers…
Un mot sur la version audio qui heureusement est là pour donner un peu de peps à ce tome 3, et aux autres sans doute, les trois voix alternent agréablement, et poussent à continuer… encore un peu, une heure ou deux… peut-être…

Deux extraits, l’un qui pourrait me plaire si tout le roman était comme ça, l’autre qui illustre bien ce qui m’a agacé…

Son tailleur sans âge, certainement démodé dès sa confection, dégageait une légère odeur de naphtaline. Un tailleur d’un rose étrange, comme si une autre couleur avait été mélangée par erreur au cours de la fabriquation. On imaginait volontiers qu’à l’origine, on avait recherché une teinte douce et élégante, mais la recherche n’avait jamais abouti. Ce rose avait lourdement chuté dans le manque de confiance en soi, l’autoeffacement, la résignation. De ce fait, ce chemisier blanc tout neuf qui était visible au col ressemblait à un visiteur indiscret surgissant à une veillée funèbre.

Ici, un certain nombre de « si » nous traversent l’esprit. Si Tamaru avait terminé sa conversation un peu plus tôt, si Aomamé ne s’était pas préparé du chocolat en repensant à toute l’histoire, elle aurait certainement vu Tengo qui levait la tête vers le ciel, juché en haut du toboggan. Alors, sur le champ, elle serait sortie de chez elle en courant, et elle aurait réalisé la nouvelle rencontre qu’elle attendait depuis vingt ans.

Pour un autre avis, je vous renvoie à une seule critique, mais qui vaut son pesant de cacahuètes, celle de Laurence64 sur Babelio.

Je participe à la session de mai d’Ecoutons un livre chez Val, où vous trouverez pleins d’autres livres à vous mettre entre les oreilles ! 

ecoutonsunlivre

Publié dans littérature France, rentrée hiver 2013

Caroline Vermalle, L’île des beaux lendemains

iledesbeauxlendemainsL’auteur : Caroline Vermalle est une voyageuse, férue de dépaysement, d’aventure et de cinéma. Cette fille de pilote de chasse déménage dix fois avant de quitter le cocon familial à 17 ans. Elle obtient ensuite le diplôme de l’Ecole Supérieure d’Etudes Cinématographiques. Elle s’exile à Londres à 21 ans. Elle est embauchée par la BBC où elle devient productrice associée. En 2006, elle épouse un architecte sud-africain, démissionne de la BBC, et déménage en France. En 2009, Caroline Vermalle publie son premier roman, L’avant-dernière chance, aux éditions Calmann-Lévy.
245 pages
Editeur : Belfond (mars 2013)

Le choix des narrateurs surprend au début du livre. Ce sont des papillons, éphémères et légères créatures, qui observent et commentent les agissements parfois étranges de quatre septuagénaires. Ceux-ci cherchent à donner du sens à leur vie en sortant d’un chemin tracé qu’ils n’avaient pas forcément choisi. Jacqueline, d’abord, part brusquement de chez elle pour aller revoir sa cousine Nane perdue de vue depuis cinquante-six ans. Son mari, Marcel, passés les premiers étonnements à se retrouver seul, se décide à accomplir un projet un peu fou, descendre la Loire à pied et en radeau, avec l’aide logistique de son ami Paul.
Des personnages qui seraient ceux, un peu
vieillis, d’une chanson de Souchon… « attirés par les étoiles, les voiles, que des choses pas commerciales ». Du sourire, de l’émotion, des bons sentiments mais pas seulement, un rien d’amertume à la place de la guimauve qu’on pourrait craindre, voici les ingrédients d’une jolie fable sur les occasions manquées, celles qu’il n’est jamais trop tard pour essayer de réparer.
J’aurais un petit reproche, le personnage de Jacqueline qui manque peut-être un peu de cohérence, quand elle pense s’éloigner de ses démons le temps de ce qu’elle considère comme des vacances, mais qu’elle choisit de se réfugier chez sa cousine Nane, une des rares personnes à connaître son secret le plus enfoui. Un autre endroit aurait mieux convenu pour s’échapper…
L’écriture de Caroline Vermalle a un rythme particulier, une petite musique que j’aime bien, comme dans ses nouvelles, et les thèmes qu’elle développe  m’ont charmée, avec leur absence de mièvrerie, et leur ton très juste. C’est une pause tout en douceur, parfaite entre des lectures plus sombres, un peu comme dans La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry, mais d’une manière plus réussie à mon goût.

Extrait : C’était drôle d’entendre les histoires de ces vieux hommes. Il me semblait à moi qu’ils essayaient d’accomplir leur destinée, sans être sûrs de ce qu’elle était vraiment. N’avait-on pas inscrit, quelque part en eux, leur raison d’être ? Et pourquoi s’affairaient-ils à essayer de la trouver encore, si tard ?
Pour ma part, la contemplation de ce qui se passait à la villa m’avait quelque peu distrait de ma quête de papillon.

Ce livre a déjà fait un joli petit tour des blogs, par exemple chez AifelleAntigoneClaraKeishaLeiloona ou Lystig.

Merci à Babelio pour l’envoi.