littérature France·mes préférés·rentrée automne 2013

Thomas B. Reverdy, Les évaporés

evaporesL’auteur : Thomas B. Reverdy est un romancier français né en 1974, auteur de trois romans publiés aux éditions du Seuil. Il obtient l’agrégation de lettres modernes en 2000 et enseigne depuis en lycée. Ses trois premiers romans, La Montée des eaux, Le Ciel pour mémoire et Les Derniers Feux, constituent une sorte de cycle poétique. Ils abordent les thèmes du deuil, de l’amitié et de l’écriture. En 2010, il publie L’Envers du monde. Publié en août 2013, Les évaporés est retenu dans la sélection de plusieurs prix et reçoit le Grand Prix de la Société des gens de lettres.
314 pages
Éditeur : J’ai lu (avril 2015)


En sautillant d’un livre à l’autre, j’aime bien changer d’univers mais aussi trouver des points communs, des liens. C’est le cas entre Les collines d’eucalyptus et Les évaporés où l’on retrouve le thème de la disparition volontaire.
J’ai commencé ce livre tout lentement, tout tranquillement, pour la bonne raison que déjà, dès les premières pages, il me plaisait énormément, et j’ai eu bien du mal à le quitter une fois la dernière page tournée. L’histoire se déroule par petites avancées, c’est plus un roman d’atmosphère que d’action, qui repose sur des personnages touchés par la vie, devenus des ombres dans leur propre pays. En premier lieu, Kaze, un japonais d’une cinquantaine d’années, employé d’une grosse société d’investissement, devenu un Johatsu, un évaporé, un disparu volontaire, par la force des choses.
Il y a aussi un jeune garçon nommé Akainu qui a pris la tangente après le tsunami, parce qu’il ne voulait pas savoir si ses parents étaient morts. Après ce genre de drame, ils sont de plus en plus nombreux à s’évaporer, c’est ce que découvre Richard B., qui accompagne Yukiko, la fille de Kaze, jusqu’au Japon, pour une enquête qu’il peine à mener. Car Richard, qui n’est autre que Richard Brautigan que l’auteur a fait renaître, est à la fois détective privé, poète, rêveur et pourvoyeur d’images sur ce Japon d’après Fukushima qui le frappe en pleine face.
Je ne regrette pas d’avoir attendu la sortie en poche de ce roman qui me tentait déjà à la rentrée littéraire 2013, je pourrai ainsi le garder, relire des passages, et prolonger un joli moment de lecture.

Citations : On ne voit pas la lune, juste sa lumière qui pâlit les nuages et les toits d’ardoise, le sable du chemin qui part dans la forêt et route, luisante encore des averses du soir.

Quand on n’est pas doué pour le bonheur, quand on ne sait pas retenir les belles choses, il vaudrait mieux s’abstenir de les fréquenter, parce que ça se termine souvent mal.

Ce qu’il aimait, c’était rêver. Passer des journées à pêcher la truite en rivière, assister à des rodéos, partir dans le désert ou à la montagne, tout ce qu’on peut faire sans être vraiment là, tout ce qui se déroule, quand on le fait, un peu en dehors de nous, comme écrire un poème sans raison, juste par goût du miracle.

Les avis de Clara, Estelle Calim, Hélène, Jérôme, Marilyne, Mior et Séverine parmi beaucoup d’autres !
Les anciens (romans des rentrées littéraires passées) sont de sortie chez Stephie.
ancienssortis

bande dessinée

BD : Tourne disque et Tsunami

Aujourd’hui, (parce que décidément en ce moment, je ne déborde pas d’envie d’écrire) une petite chronique BD avec deux albums que j’ai eu plaisir à lire. tourne-disque

Raphaël Beuchot et Zidrou, Tourne disque Le Lombard (2014)

L’intérêt de cette BD réside tout d’abord dans son scénario. Elle fait voyager à la fois dans le temps et l’espace, pour suivre en 1930 le violoniste Eugène Ysaÿe jusqu’au Congo où il est invité à donner un concert. Rien ne se passe exactement comme prévu, l’exhibition est reportée pour cause de torticolis. Le maître va se reposer chez son neveu et y rencontre un africain qui connaît mieux la musique classique que beaucoup de ses élèves. Seuls les passages oniriques ne m’ont pas trop touchée, même s’ils permettent de montrer l’emprise de l’Afrique sur le vieux musicien. J’ai beaucoup aimé le graphisme, les avions, les guimbardes des années trente, la vision de l’Afrique (moins caricaturale, on s’en doute, que Tintin au Congo). L’intérêt pour l’histoire ne faiblit pas, l’émotion est présente, l’amour de la musique aussi… TourneDisque_pl1Repéré chez Jérôme et Noukette.

tsunamiJean-Denis Pendanx et Stéphane Piatszek, Tsunami Futuroplis (2013)

Un autre voyage, plus contemporain, dans Tsunami. Un jeune homme part à la recherche de sa sœur disparue depuis 9 ans près de Bandah Aceh, sur l’île de Sumatra. Elle y était partie pour venir en aide aux victimes du tsunami de 2004, et quelques mois après, a cessé de donner des nouvelles à sa famille. La naïveté, relative, du jeune Romain, les rencontres qui le mènent sur la piste de sa sœur, portent cette histoire. Le graphisme m’a beaucoup plu par moments, mais à d’autres un peu moins. Les paysages des îles indonésiennes sont particulièrement réussis, on sent vraiment la présence de la mer, sa force et sa beauté mêlées. J’ai cependant été moins touchée que par la bande dessinée précédente, je suis restée un peu à l’extérieur. Une légère touche fantastique plaira peut-être à certains, mais je m’en serais passée.

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Sandrine a aimé.

littérature Amérique du Nord·rentrée automne 2014

Tim Gautreaux, Nos disparus

nosdisparusRentrée littéraire 2014
L’auteur :
Né en
Louisiane , 1947 Timothy Martin Gautreaux est un romancier et nouvelliste. Il est issu d’une famille de pilotes et mécaniciens de bateaux à vapeur et de remorqueurs. Des gens qui descendaient eux-mêmes de shérifs ou assimilés. Professeur à l’Université de Louisiane du Sud, il commence à publier des nouvelles dans des magazines et, en 1996, sort son premier recueil, Same Place, Same Things. Écrivain tardif, Tim Gautreaux rattrape le temps perdu avec un roman, The Next Step in the Dance (1998), puis un nouveau recueil, Welding with Children (1999), et deux autres romans, The Clearing (Le dernier arbre) en 1999 et The Missing (Nos disparus) en 2009.
540 pages
Editeur : Seuil (août 2014)
Traduction : Marc Amfreville
Titre original : The missing


Le roman commence sur un bateau, avec un débarquement. Il s’agit de jeunes américains, malades d’une éprouvante traversée, qui arrivent à Saint-Nazaire le 11 novembre 1918. La guerre étant terminée, ils sont affectés au nettoyage des zones de combats. Parmi ces jeunes gens, Sam Simoneaux, dont la famille a été massacrée alors qu’il avait six mois. On retrouve Sam quelques années plus tard, à la Nouvelle-Orléans, responsable d’étage d’un grand magasin. Une petite fille est enlevée dans les rayons dont il a la charge, et Sam en gardera une culpabilité qui va influer sur la suite de sa vie, le lançant dans une quête dont il ne sortira pas indemne. Il commence par se faire engager sur le bateau, celui-là même où les parents de la petite Lily Weller travaillent.
Si l
e début manque un peu de rythme, passant rapidement sur une longue période, puis s’attardant, des personnages secondaires apparaissant dont on ne sait pas s’ils vont être importants ou pas, assez vite, tout se met en place, les personnages acquièrent une belle consistance et le roman devient passionnant. J’ai été épatée par la manière de recréer des lieux et des paysages, que ce soit la forêt d’Argonne après la guerre, les rues de La Nouvelle-Orléans dans les années 20, un bateau-dancing sur le Mississippi ou les usines qui crachent leur fumée sur les berges du fleuve, on s’y croirait ! Sans compter des coins complètement déshérités, au milieu de marais infestés de moustiques, zones où aucun shérif ne se risque jamais et où Sam Simoneaux devra aller poursuivre sa quête.
Le style, les événements dramatiques qui se succèdent, la noirceur de l’ensemble, contrebalancée par l’humanité de Sam, tout m’a séduit dans ce roman. C’est une découverte qui m’a fait forte impression que l’univers de cet auteur, et je ne manquerai pas de lire bientôt Le dernier arbre, qui m’attend dès maintenant dans ma pile à lire !

Extraits : Mais quelques jours plus tard, quand ils sautèrent à bas du camion débâché maculé de boue, ils découvrirent un paysage mort et recouvert d’une pellicule de glace, parsemé de cratères d’obus et piqué d’arbres détruits, un immense cimetière de chariots éventrés, de citernes renversées et de pièces d’artillerie de toutes sortes corrodées par le givre.

Il y avait dans sa vie des disparus qui découpaient d’énormes trous dans le ciel de la nuit, et Sam savait qu’il n’y pouvait rien.


Les billets de Joëlle et Papillon, ainsi qu’Alex.

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littérature France·livre audio·non fiction

Jean-Christophe Rufin, Immortelle randonnée

 

immortellerandonneeL’auteur : Jean-Christophe Rufin, né à Bourges en 1951, est un médecin, historien, globe-trotteur, écrivain et diplomate français. Elu en 2008 à l’Académie française, il en est le plus jeune membre. Ancien président d’Action contre la faim, il a été ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie.
Editeur : Audiolib (2013) publié d’abord par Guérin et en version illustrée par Gallimard
Lu par Vincent Schmitt
Durée d’écoute : 6 heures

Sous-titré Compostelle malgré moi, ce livre m’a procuré un grand plaisir d’écoute. J’ai beaucoup aimé le contraste entre l’ambassadeur académicien et le Jacquet solitaire, invisible, un peu déguenillé, avec sa barbe de deux jours et son matériel sur le dos. J’ai aimé aussi les rencontres insolites ou ordinaires, où jamais rien ne semble exagéré pour les besoins du livre. D’ailleurs JC Rufin n’a pas pris de notes en cours de marche, se fiant à sa mémoire lorsqu’il s’est mis à l’écriture. L’obtention de la fameuse credential, les premières journées, l’alternance entre nuits sous la tente et petites auberges, les traversées en bac en Cantabrie, les vêpres au couvent, les rencontres chemin faisant, tous ces moments sont rendus savoureux, grâce à l’élégance de la narration. Je ne m’étais pas ennuyée à la lecture de En avant, route ! d’Alix de Saint-André, je me suis encore davantage régalée avec ce récit de marche au ton très juste. L’auteur ne néglige pas les raisons du voyage, son ressenti personnel par rapport au Chemin, et son expérience intérieure alterne avec les problèmes de chaussures ou de ronflements dans les dortoirs ! Tout au long du Camino del Norte, à travers le Pays Basque, la Cantabrie, les Asturies et la Galice, chaque région révèle ses beautés,… ou pas (ah, les lotissements déserts !).
A défaut d’avoir envie de parcourir le chemin, on peut en savourer la lecture ou l’écoute. La version audio est excellente et plaisante à écouter, j’en ai bien aimé le lecteur, Vincent Schmitt, le rythme et le ton qu’il insuffle. Et, comme le fait remarquer Sylire, la forme audio convient bien à un récit de voyage comme celui-ci.

Extraits : Avec un entrainement physique minimum, il est assez facile d’affronter les journées du pèlerin. Les nuits, c’est autre chose. Tout dépend de l’aptitude que l’on a à dormir n’importe où et avec n’importe qui. Il y a beaucoup d’injustice, en cette matière : certaines personnes, à peine la tête sur l’oreiller, s’endorment profondément et un train qui passe à proximité ne les réveille pas. D’autres, dont je fais partie, sont habitués aux interminables heures passées à plat dos, les yeux grands ouverts, les jambes agitées d’impatiences. Et quand, au terme de ces longues attentes, ils finissent par s’assoupir, une porte qui grince, une conversation chuchotée, un simple frôlement suffisent à les réveiller.

Le pèlerin pèlerine comme le maçon maçonne, comme le marin part en mer, comme le boulanger cuit ses baguettes. Mais, à la différence de ces métiers que récompense un salaire, le pèlerin n’a aucune rétribution à espérer. Il est un forçat qui casse ses cailloux, une mule qui tourne en rond autour de son puits. Cependant l’être humain est décidément fait de paradoxes et la solitude permet de bien les observer : le Jacquet s’extasie de trouver au fond de cette servitude une liberté inédite.

caminodesantiago

Les avis qui m’ont donné envie ! Aifelle, Clara, Cuné, Dominique, Keisha, SylireJe participe à Ecoutons un livre avec Val, tous les 16 du mois (et j’aime ça !)

ecoutonsunlivre

 

littérature Asie·livre audio

Haruki Murakami, 1Q84, tome 3

25 0465 2-Boite13,5_2cd_1Q84-L3.inddL’auteur : Né à Kyoto en 1949, Haruki Murakami a étudié la tragédie grecque, puis dirigé un club de jazz, avant d’enseigner dans diverses universités aux États-Unis. De retour au Japon, il écrit Écoute le chant du vent qui lui vaut le prix Gunzo, importante récompense japonaise. De nombreux succès suivront dont, Kafka sur le rivage, La Ballade de l’impossible, Saules aveugles, femme endormie et bien d’autres. Livre phénomène au Japon, les deux premiers tomes de 1Q84 se sont vendus à plus de trois millions d’exemplaires.
Editions : Audiolib, paru en avril 2012
Durée d’écoute : 17h45
Lecteurs : Emmanuel Dekoninck, Maia Baran, Philippe Résimont

J’avais parlé sur mon blog, le précédent du moins, du tome 1 de 1Q84 avec enthousiasme. Voici ce que j’en disais : il possède un charme, une grâce, une poésie, que vous connaissez si vous avez lu Kafka sur le rivage ou La ballade de l’impossible. Dès les premières pages, sur une autoroute embouteillée des environs de Tokyo, un envoûtement étrange se dégage… Avouez qu’il y a des lieux plus poétiques que les abords d’une autoroute urbaine, et pourtant, avec Murakami, ça marche !
J’ai omis de faire un billet sur le tome 2, mais j’avais continué avec presque autant d’allant ma lecture. La bibliothèque possédait le tome 3, une version audio qui me faisait de l’oeil, plus quelques jours de congés, voilà d’excellents ingrédients pour continuer !
C’était sans compter sur l’auteur en baisse de régime, ou la lassitude, ou le livre lui-même, beaucoup moins bon que ses précurseurs ? (clin d’oeil à ceux qui ont lu !) Bref, cette fois, tout n’a été qu’ennui, soupirs et bâillements jusqu’à remiser la suite dans mon ordinateur pour plus tard, sait-on jamais ? Il me reste sept ou huit heures à écouter, je pense. Mais suis-je prête à entendre égrener des détails quotidiens, cette fois répartis entre 3 personnages, Tengo et Aomamé, les deux jeunes gens qui aimeraient tant se retrouver (j’imagine déjà la fin, arrivant à gros sabots) auxquels s’adjoint Ushikawa, qui est lancé à la recherche d’Aomamé… Si l’arrivée d’une troisième personne peut sembler apporter du neuf au début du troisième tome, il n’en est rien, puisque chaque action est vue par un protagoniste, puis revue par un autre, et le procédé passerait s’il apportait quelque chose, mais comme chacun ressasse hypothèses et conjectures, c’est d’un pénible ! Je tombe d’autant plus de haut que j’ai été jusqu’alors une inconditionnelle d’Haruki Murakami et de son univers…
Un mot sur la version audio qui heureusement est là pour donner un peu de peps à ce tome 3, et aux autres sans doute, les trois voix alternent agréablement, et poussent à continuer… encore un peu, une heure ou deux… peut-être…

Deux extraits, l’un qui pourrait me plaire si tout le roman était comme ça, l’autre qui illustre bien ce qui m’a agacé…

Son tailleur sans âge, certainement démodé dès sa confection, dégageait une légère odeur de naphtaline. Un tailleur d’un rose étrange, comme si une autre couleur avait été mélangée par erreur au cours de la fabriquation. On imaginait volontiers qu’à l’origine, on avait recherché une teinte douce et élégante, mais la recherche n’avait jamais abouti. Ce rose avait lourdement chuté dans le manque de confiance en soi, l’autoeffacement, la résignation. De ce fait, ce chemisier blanc tout neuf qui était visible au col ressemblait à un visiteur indiscret surgissant à une veillée funèbre.

Ici, un certain nombre de « si » nous traversent l’esprit. Si Tamaru avait terminé sa conversation un peu plus tôt, si Aomamé ne s’était pas préparé du chocolat en repensant à toute l’histoire, elle aurait certainement vu Tengo qui levait la tête vers le ciel, juché en haut du toboggan. Alors, sur le champ, elle serait sortie de chez elle en courant, et elle aurait réalisé la nouvelle rencontre qu’elle attendait depuis vingt ans.

Pour un autre avis, je vous renvoie à une seule critique, mais qui vaut son pesant de cacahuètes, celle de Laurence64 sur Babelio.

Je participe à la session de mai d’Ecoutons un livre chez Val, où vous trouverez pleins d’autres livres à vous mettre entre les oreilles ! 

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littérature France·rentrée hiver 2013

Caroline Vermalle, L’île des beaux lendemains

iledesbeauxlendemainsL’auteur : Caroline Vermalle est une voyageuse, férue de dépaysement, d’aventure et de cinéma. Cette fille de pilote de chasse déménage dix fois avant de quitter le cocon familial à 17 ans. Elle obtient ensuite le diplôme de l’Ecole Supérieure d’Etudes Cinématographiques. Elle s’exile à Londres à 21 ans. Elle est embauchée par la BBC où elle devient productrice associée. En 2006, elle épouse un architecte sud-africain, démissionne de la BBC, et déménage en France. En 2009, Caroline Vermalle publie son premier roman, L’avant-dernière chance, aux éditions Calmann-Lévy.
245 pages
Editeur : Belfond (mars 2013)

Le choix des narrateurs surprend au début du livre. Ce sont des papillons, éphémères et légères créatures, qui observent et commentent les agissements parfois étranges de quatre septuagénaires. Ceux-ci cherchent à donner du sens à leur vie en sortant d’un chemin tracé qu’ils n’avaient pas forcément choisi. Jacqueline, d’abord, part brusquement de chez elle pour aller revoir sa cousine Nane perdue de vue depuis cinquante-six ans. Son mari, Marcel, passés les premiers étonnements à se retrouver seul, se décide à accomplir un projet un peu fou, descendre la Loire à pied et en radeau, avec l’aide logistique de son ami Paul.
Des personnages qui seraient ceux, un peu
vieillis, d’une chanson de Souchon… « attirés par les étoiles, les voiles, que des choses pas commerciales ». Du sourire, de l’émotion, des bons sentiments mais pas seulement, un rien d’amertume à la place de la guimauve qu’on pourrait craindre, voici les ingrédients d’une jolie fable sur les occasions manquées, celles qu’il n’est jamais trop tard pour essayer de réparer.
J’aurais un petit reproche, le personnage de Jacqueline qui manque peut-être un peu de cohérence, quand elle pense s’éloigner de ses démons le temps de ce qu’elle considère comme des vacances, mais qu’elle choisit de se réfugier chez sa cousine Nane, une des rares personnes à connaître son secret le plus enfoui. Un autre endroit aurait mieux convenu pour s’échapper…
L’écriture de Caroline Vermalle a un rythme particulier, une petite musique que j’aime bien, comme dans ses nouvelles, et les thèmes qu’elle développe  m’ont charmée, avec leur absence de mièvrerie, et leur ton très juste. C’est une pause tout en douceur, parfaite entre des lectures plus sombres, un peu comme dans La lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry, mais d’une manière plus réussie à mon goût.

Extrait : C’était drôle d’entendre les histoires de ces vieux hommes. Il me semblait à moi qu’ils essayaient d’accomplir leur destinée, sans être sûrs de ce qu’elle était vraiment. N’avait-on pas inscrit, quelque part en eux, leur raison d’être ? Et pourquoi s’affairaient-ils à essayer de la trouver encore, si tard ?
Pour ma part, la contemplation de ce qui se passait à la villa m’avait quelque peu distrait de ma quête de papillon.

Ce livre a déjà fait un joli petit tour des blogs, par exemple chez AifelleAntigoneClaraKeishaLeiloona ou Lystig.

Merci à Babelio pour l’envoi.

littérature Amérique du Nord·livre audio·rentrée automne 2012

Toni Morrison, Home

home_audioL’auteur : Toni Morrison est née en 1931 à Lorain (Ohio) dans une famille ouvrière de quatre enfants. Après des études de lettres et une thèse sur le thème du suicide dans l’oeuvre de William Faulkner et de Virginia Woolf, elle fait une carrière de professeur aux universités de Texas Southern, Howard et Yale. Après avoir travaillé comme éditrice chez Random House, elle obtient en 1988 le prix Pulitzer avec Beloved.
 C’est en 1993 que le prix Nobel de littérature lui est décerné.
Editeur : Audiolib (mars 2013)
4 heures d’écoute 
Traduction : Christine Laferrière
Lu par Anna Mouglalis

Frank Money échappe à l’hôpital où il est soigné, à cause d’un appel à venir retrouver sa sœur gravement malade. Aller au chevet de la seul famille qui lui reste est une évidence pour Frank, mais traverser les Etats-unis pour un noir, même médaillé de guerre, dans les années cinquante, n’est pas une partie de plaisir. Le train avec ses wagons réservés reste un refuge, mais l’argent manque, et les bonnes âmes qui viennent à son aide sont rares. Le frère et la sœur se retrouveront-ils et parviendront-ils à revoir la ville de leur enfance, qui malgré les souvenirs tragiques, est peut-être le seul endroit où ils peuvent se retrouver, car, comme le dit un des personnages « Quelque part au fond de toi, il y a cette personne libre dont je parle… »
Intense est vraiment le mot qui me vient à l’esprit pour décrire ce roman concis et percutant qui ne cache rien des discriminations, abus et agressions dont les noirs étaient victimes dans les années suivant la guerre de Corée. L’auteur réussit à ne jamais ou presque, dire des mots faisant allusion à la couleur de la peau. Les comportements à eux seuls permettent de déterminer à quel groupe appartiennent tels ou tels protagonistes. Les scènes de voyage et les souvenirs de Frank et de sa jeune sœur Cee se succèdent, de l’enfance sans amour à la guerre de Corée, du rencontres dramatiques faites par Frank aux déboires de Cee devenue jeune femme.
Découvert en livre audio, porté par la belle voix grave d’Anna Mouglalis, j’ai vraiment été touchée par ce roman, qui, d’après ce que j’ai lu ici ou là, concentre en quelque sorte tous les thèmes de prédilection de Toni Morrison. Je l’avais découverte il y a fort longtemps avec Le chant de Salomon, et n’avait rien relu d’elle depuis. J’ai seulement regretté de ne pas pouvoir noter telle ou telle phrase qui résonnait de belle façon, ou simplement relire un paragraphe pour la musique des mots. C’est une autre expérience, le livre audio, qui rend le texte très vivant, mais impose son rythme.
Le livre est en tout cas à lire, un des sommets de la rentrée littéraire 2012, à mon avis !

Un extrait : Alors qu’on retraversait l’herbe en jouant des coudes pour regagner le passage et éviter la file de camions garés de l’autre côté, on s’est perdus. Bien qu’il nous ait fallu une éternité pour de nouveau apercevoir la clôture, aucun de nous deux n’a paniqué, jusqu’à ce qu’on entende des voix, pressantes, mais basses. Je l’ai attrapée par le bras et j’ai mis un doigt sur mes lèvres. Sans jamais lever la tête, juste en regardant à travers l’herbe, on les a vus tirer un corps d’une brouette et le balancer dans une fosse qui attendait déjà. Un pied dépassait du bord et tremblait, comme s’il pouvait sortir, comme si, en faisant un petit effort, il pouvait surgir de la terre qui se déversait. On ne voyait pas le visage des hommes qui procédaient à l’enterrement, seulement leur pantalon ; mais on a vu le tranchant d’une pelle enfoncer le pied qui tressautait pour lui faire rejoindre ce qui allait avec. Quand elle a vu ce pied noir, avec sa plante rose crème striée de boue, enfoui à grands coups de pelle dans la tombe, elle s’est mise à trembler de tout son corps. Je l’ai prise par les épaules en la serrant très fort et j’ai essayé d’attirer son tremblement dans mes os parce que, en tant que grand frère âgé de quatre ans de plus qu’elle, je pensais pouvoir y arriver. Les hommes étaient partis depuis longtemps et la lune était un cantaloup au moment où on s’est sentis suffisamment en sécurité pour déranger ne serait-ce qu’un brin d’herbe et repartir à plat ventre, en cherchant le passage creusé sous la clôture.

Les avis de Choco, DominiqueHélène, In cold blog qui regroupe de très nombreux avis, Jérôme, Sylire, Véronique… 

Lu grâce à Audiolib, ce roman participe au Challenge Ecoutons un livre de Val du mois de mars ! 

ecoutonsunlivre

littérature France·sortie en poche

Sortie poche (10) : Du domaine des murmures

dudomaine_pocheJe continue le recyclage de mes anciens billets…
L’auteur :
Née en 1966, 
ancienne comédienne, Carole Martinez se recycle dans l’enseignement et devient professeur de français dans un collège d’Issy-les-Moulineaux. Elle profite d’un congé parental en 2005 pour se lancer dans l’écriture. Elle désire écrire « quelque chose qui soit entre le conte et le roman. » Puisant dans les légendes de sa tradition familiale espagnole, elle brode à partir des histoires que sa grand-mère lui racontait. Ce premier roman est un succès et Carole Martinez reçoit le prix Renaudot des lycéens en 2007.
240 pages
Editeur :
Folio (28 février 2013)

L’histoire médiévale m’attire davantage quand elle s’écrit dans les vieilles pierres plutôt que dans les romans, et pourtant la voix d’Esclarmonde m’a touchée et m’a tenu rivée au livre jusqu’à la fin. C’est une toute jeune fille, à qui son père châtelain, qui lui est très attaché, refuse l’entrée au couvent. Il préfère qu’elle se marie avec Lothaire, jeune chevalier belliqueux et arrogant. Esclarmonde ne trouve d’autre solution que de refuser le mariage en demandant à être recluse dans un petit réduit surplombant la chapelle du château. Elle n’en sortira plus jamais, se fera apporter sa nourriture par une imposte à barreaux laissée dans la muraille. Cette expérience peut-être mystique n’augure pas un roman monotone et répétitif. Des évènements dans la nouvelle vie de la jeune fille amènent les serviteurs et villageois à la considérer presque comme une sainte. La recluse voit ainsi défiler de nombreuses personnes en quête de conseil ou d’absolution, sa famille, ses servantes, un archevêque, un marchand de reliques, son « presque mari » qui à son contact a troqué l’épée contre la vièle et le chant courtois… Esclarmonde a aussi des visions qui lui permettent, et le lecteur à sa suite, de partir sur les traces de ses proches partis en croisade, vers Saint-Jean d’Acre.
Et puis le plus inattendu des évènements, miracle pour les uns, fatalité pour les autres, vient bouleverser sa vie incluse entre quatre murs, et déplacer sa quête spirituelle. Pourtant, si des doutes l’assaillent alors, elle ne faillira jamais, ne proférera pas le moindre mensonge pour justifier l’inimaginable. D’autres le feront pour elle.
L’écriture sensible et poétique, la force des personnages, l’atmosphère rude et sombre du Moyen-Âge, la vraisemblance de la peinture historique, la recherche documentaire délicatement fondue dans le conte, la fin superbe, tout ceci concourt à en faire un très beau roman. Pas tout à fait l’émerveillement ressenti pour
Le cœur cousu, mais une belle réussite tout de même.



Extrait à savourer :Jehanne est partie pour Paris à pied avec son maigre baluchon et un ventre déjà rond qu’elle m’avait fait palper depuis la fenestrelle en riant.
Nous étions séparées pour de bon. Elle, en branle de par le monde, ferait des routes sa demeure, elle traverserait le pays, mesurerait la création à l’aune de sa foulée, elle vivrait sous le ciel tel un aubain, travaillerait en chemin, s’arrêtant où Pierre et son père trouveraient de l’ouvrage, elle irait au-delà du grand calvaire qui marquait la fin de cette terre et barrait l’horizon. Sa marche n’aurait plus d’autres bornes que sa fatigue et que celle de ses compagnons et de leurs mules. elle enflerait la vague des marcheurs, ce peuple nomade, composé d’errants, de fugitifs, de jongleurs, de compagnons et de pèlerins. Ceux qui traînaient leur croix, ceux qui coupaient leurs liens, ceux qui marchaient leur rédemption. Et moi, je resterai en ma cellule, contemplant les univers que le Christ me donnerait à voir, immobile, toute à mon voyage vertical, à mon ascension par la prière et chacun saurait où me trouver, comme on sait où trouver un moulin ou une tombe. Elle serait une parole vivante livrée au vent et déjà envolée, et moi un mot lourd gravé dans la pierre.

percevallarecluserieEnluminure : Percival et la recluserie

D’autres avis : Aifelle,Antigone, ClaraEmeraude, Leiloona, Sylire,

littérature France

Frédérique Deghelt, La vie d’une autre

vieduneautreL’auteur : Journaliste et réalisatrice de télévision, voyageuse infatigable, avec Paris pour port d’attache, Frédérique Deghelt a publié en 1995, aux éditions Sauret, un premier roman, Mistinguett, La valse renversante. S’en suivent : Je porte un enfant et dans mes yeux l’étreinte sublime qui l’a conçu, La vie d’une autre, La grand-mère de Jade, Le cordon de soie et La nonne et le brigand.
252 pages
Editeur 
: Le livre de Poche (2010)

On a déjà beaucoup parlé de ce roman ici et là, surtout depuis qu’il a été adapté au cinéma par Sylvie Testud, et l’enthousiasme des avis et le sujet assez original m’ont fait aller vers lui. Marie se réveille un lendemain de soirée. Elle avait vingt-cinq ans, elle venait de rencontrer le beau Pablo. Elle a maintenant trois enfants, aucun souvenir des douze années qui ont passé, mais Pablo est toujours à ses côtés.
La première partie m’a tenue en haleine, dès lors que Marie décide de se taire et de tenter de reconstituer petit à petit ce qu’était cette vie dont elle n’a plus aucun souvenir, de refaire connaissance avec ses enfants, de retrouver ses amis, sa famille, son quotidien. Au fur et à mesure des retrouvailles, qui bien souvent ne sont des retrouvailles que pour elle, qui semble amnésique, elle se rend compte que sa vie n’est peut-être pas aussi parfaite que ce qu’elle avait imaginé. Elle se pose énormément de questions, on l’imagine, sur ses sentiments envers Pablo, et réciproquement.
Trop de questions sans doute, car cela a commencé à me lasser, surtout le discours sous-tendu par le texte, à savoir qu’au bout de douze ans de vie commune, on finit forcément par ne plus s’aimer comme avant, traduit plutôt ici par « ne plus s’aimer du tout », passant inéluctablement des jours de miel et de roses à l’enfer conjugal. Ce qui m’a désagréablement grattouillée aussi, c’est le milieu très parisien, très chic, très branché, avec vêtements de couturiers et bel appartement, dans lequel Marie « renaît »… Un peu plus de simplicité ne m’aurait pas dérangée. Bref, après un début très bien mené, j’ai trouvé que ça tournait un peu en rond, et ne me suis pas du tout identifiée à qui que ce soit. Je pense que ce roman, malgré ses qualités d’écriture, aura été aussi vite lu qu’oublié.

Citations : « Et alors, qu’est-ce que tu deviens ? » Une question qui m’a toujours donné envie de répondre : « Rien. » Est-ce qu’il faut vraiment devenir quelque chose ou quelqu’un aux yeux de celui qui vous signifie ouvertement une sorte de mépris anticipé ? Ou simplement la question exprime-t-elle qu’il n’y a pas d’écoulement du temps sans devenir, pas de possibles retrouvailles sans évolution ?

Mais qu’est-ce que je cherche ? Rien de difficile ou de spécial : passer la soirée à écouter de la musique, à partager vraiment le phrasé d’un violon, l’envolée d’une harpe, ou vibrer au son d’une contrebasse. Et puis le reste : la simplicité d’une lecture, une phrase dite les yeux dans les yeux, un silence même… Se jeter dans les bras l’un de l’autre dans un couloir… Marcher toute la nuit dans une ville ensemble… Regarder l’autre avec indulgence, lui accorder du mystère, de la surprise. L’attendre ou le précéder, mais savoir ce qu’on fait de sa vie auprès de lui, pourquoi on est là, ou pourquoi on n’y est pas. L’absence aussi dit des choses que les êtres se cachent. J’attends les choses simples du bonheur qui ne sont pas racontables dès qu’elles se conjuguent à deux.

D’autres avis : Anis, AnneAntigone, ChocoInganmicLeiloonaLilibaMangoManuVal, Zarline.

littérature Europe de l'Ouest·premier roman·rentrée hiver 2013

Carole Allamand, La plume de l’ours

plumedeloursRentrée hiver 2013
L’auteur :
Née à Genève en 1967, Carole Allamand réside depuis 1993 aux États-Unis. Elle est spécialiste de Marguerite Yourcenar. La plume de l’ours est son premier roman.
420 pages
Editeur : Stock (janvier 2013)


Le plus connu des écrivains suisses du XXème siècle, Camille Duval, est mort alors qu’il vivait solitaire et mystérieusement reclus en Alaska. Carole Courvoisier fait partie des chercheurs qui s’étonnent d’un silence d’une douzaine d’années dans l’oeuvre de l’auteur, suivi du changement abrupt de style entre sa première période européenne et sa deuxième manière. Elle part sur ses traces aux Etats-Unis, d’abord à New York où elle organise un colloque, puis vers l’Ouest en tant qu’enseignante, avant d’arriver enfin sur la petite île de Sitka où elle retrouve la cabane de l’auteur tant admiré.
Après des premiers chapitres suffisamment alléchants, qui mettent en place l’entourage de cet écrivain méconnu, son épouse morte en Suisse, sa fille unique, une éventuelle dame de compagnie ou infirmière, le roman explore de façon très intéressante le thème du changement de personnalité. Quelles peuvent en être les causes, accident, maladie, usage de substances permettant d’accéder à la transe ?
Le roman débute en novembre 2000 à New York, où Carole entame des recherches qui ne portent plus uniquement sur les écrits de son auteur favori, mais nécessitent des rencontres avec ceux qui ont connu Camille Duval. Le personnage de Jasper, un jeune vétéran d’Irak, rencontré par accident, apporte un regard neuf sur les recherches de Carole et l’embarque souvent dans des directions qu’elle aurait jugées incongrues auparavant. Bien des situations dans cette épopée prêtent à sourire et les passages décrivant les relations de Carole et sa mère venue lui rendre visite, ainsi que les anecdotes sur les rivalités entre chercheurs et sur l’enseignement du français dans les universités américaines, sont particulièrement réussis, et m’ont bien divertie.
L’Alaska réserve bien sûr son lot de surprises, et l’ours du titre, une femelle grizzli, sera l’une d’entre elles. Ce roman au croisement du polar, du road-movie et de l’enquête littéraire, approfondit suffisamment la psychologie des personnages pour que j’aie marché à fond, et eu du mal à décoller le nez de mon livre. Je sais que certains vont dire qu’ils préfèrent les enquêtes biographiques sur des écrivains réels, moi, je suis plus à mon aise avec la pure fiction qu’avec une recherche sur un auteur que je connais peu, où j’ai du mal à saisir quelle est la part de fantaisie et celle de vérité.
Je suis contente d’avoir 
repéré sur le site de l’éditeur ce premier roman, attirée par le titre et la quatrième de couverture, ça a été une très bonne lecture, divertissante tout en ne lâchant rien sur le style, amusante sans être excessivement loufoque… Et même si on devine à un certain moment le « pourquoi du comment », cela reste très agréable de poursuivre pour vérifier sa propre théorie, en s’attendant à devoir la remettre en cause à tout moment. 

 

Extrait : Comme les deux autres biographes qui l’avaient précédée dans cette quête américaine, Carole Courvoisier escomptait secrètement mettre la main sur des manuscrits, ou mieux encore, les journaux du second Duval, mystérieusement absents des archives conservées à la bibliothèque publique de New York. Bien qu’elle ne l’eût pas mentionné dans le dossier soumis à la fondation qui finançait ce voyage, elle essaierait aussi du côté des institutions psychiatriques et juridiques qui avaient eu à traiter des crises du personnage. Alors que Perrin et DeFazio avaient dîné avec des professeurs, des doyens d’université, des ambassadeurs et tout ce beau monde dont Duval avait longtemps recherché la compagnie, Carole irait à la rencontre d’étudiants, de serveurs de restaurants, d’aide-soignantes. Elle voulait interroger les gens qui l’avaient vu en pyjama, mal rasé, qui avaient blanchi son linge, lui avaient servi des soupes au lit.

La critique de Bernard Quiriny. Un très grand merci à l’auteur et à l’éditeur pour cette découverte !