littérature Europe du Sud·policier

Maurizio di Giovanni, La méthode du crocodile

methodeducrocodileC’est la fin du mois de mars et je me prépare au meilleur des événements littéraires lyonnais, à savoir les Quais du Polar. Cette année, c’est la 13ème édition, et cela doit faire 9 ou 10 ans que j’y assiste régulièrement. Je me souviens encore de la première fois, ce devait être en 2008, et du premier auteur avec qui j’ai échangé quelques mots, Marcus Malte…
Cette année, j’ai à peine un peu anticipé en lisant un roman de Maurizio de Giovanni qui va être de la fête ce week-end. J’ai déjà lu des polars d’autres auteurs qui se passaient en Sicile, à Rome ou à Venise, ici c’est Naples que décrit Maurizio de Giovanni. Si j’ai bien compris, il a écrit une série de romans avec le commissaire Ricciardi, et d’autres avec un flic nommé Locajono. C’est cette série que j’ai commencée.

 Une ville qui vous glissait entre les doigts, se liquéfiait et s’évaporait soudain. Locajono, originaire d’un lieu dont la lecture était tout sauf facile, se demandait où se situait le fragile équilibre entre la ville et ceux qui étaient censés veiller sur elle.
Le policier au centre de ce roman est originaire de la région d’Agrigente, en Sicile, il a été muté à Naples suite à la dénonciation calomnieuse d’un mafieux, et il se retrouve cantonné à des tâches subalternes. Sa vie privée n’est guère plus reluisante, puisqu’il a perdu la confiance de sa femme et sa fille.

Le tableau qui s’offrit à leurs yeux dans la cour intérieure était éclairé par la faible lueur d’une lanterne oscillant sous l’effet de la brise, suspendue à deux fils au centre de l’espace.
Deux crimes, le corps d’un jeune homme retrouvé près de son scooter dans une cour d’immeuble puis une jeune fille assassinée selon le même mode opératoire, mettent la presse en émoi. D’autant que le meurtrier tapi dans l’ombre laisse des mouchoirs humides comme seules traces, d’où le surnom de crocodile qui lui est vite attribué. Locajono a le sentiment que ses collègues se trompent en suivant la piste de la mafia ou du trafic de drogue…

Elle non plus ne l’a pas vu, comme les autres. Une ville pleine de fantômes.
Sans renouveler totalement le genre, je peux dire qu’en ce qui me concerne, c’est un sans-faute pour ce polar : des meurtres certes, mais pas trop sanglants, une histoire réaliste, des personnages crédibles, une construction qui donne quelques éléments de plus au lecteur qu’à l’enquêteur, et le cadre de la ville de Naples. On sent que l’auteur aime sa ville, ses habitants, et qu’il a plaisir à rendre les rues, les places et les immeubles vivants et comme incarnés. Je suis prête donc à écouter ce que l’auteur aura à dire lors des rencontres !

Maurizio de Giovanni, La méthode du crocodile (Il metodo del coccodrillo, 2012) éditions 10/18 (2014) Traduction : Jean-Luc Defromont, 309 pages.

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littérature îles britanniques·policier

M.C. Beaton, Agatha Raisin enquête, La quiche fatale

agatharaisin_quiche« La retraite pourrait s’avérer extrêmement agréable, pour peu qu’elle oublie tout de Reg Cummings-Browne et de cette fichue quiche. »
Attention, lecture légère aujourd’hui ! Légère, mais savoureuse et très plaisante… Les deux premiers tomes de cette série qui n’en compte pas moins de 27 outre-Manche sont sortis en juin, tout juste pour le mois anglais, et j’avais repéré leurs jolies couvertures et surtout des avis plutôt favorables sur plusieurs blogs. Comme précipitation n’est pas (pas toujours, du moins) mon second prénom, j’ai pris note et attendu un peu… et ai trouvé les deux romans quelque mois plus tard dans une boîte à livres bien garnie ce jour-là !

« Agatha n’était habituée qu’à trois registres : autoritaire avec ses employés, insistant avec les médias, onctueux avec ses clients. »
Voici donc Agatha Raisin, qui, fraîchement retraitée (d’une agence de publicité), décide de réaliser un rêve de toujours, acheter un cottage dans un pittoresque village des Cotswolds. Mais Agatha, pure londonienne, peu habituée aux relations de voisinage, qui ne sait ni jardiner, ni cuisiner, trouve vite ce cottage savamment restauré et les habitants de Carsely plutôt mornes et ennuyeux. Cherchant toutefois à s’intégrer, elle décide de participer à un concours de quiches. Il faut savoir qu’Agatha ne connaît que les plats de traiteur ou les surgelés…


« Un lieu charmant n’attirait pas nécessairement les gens charmants. »
Agatha est peu sympathique, mais c’est ce qui fait la saveur de l’histoire, de se régaler de ses relations compliquées par son caractère, ainsi que de l’espoir de lui voir apparaître quelques soupçons d’humanité. D’ailleurs les autres personnages lui disputent le titre d’enquiquineurs et enquiquineuses publics du petit village de Carsely. Au mieux, ils sont relativement indifférents et ne parlent que du temps qu’il fait, au pire, ils voient mal l’arrivée de cette nouvelle voisine. Surtout quand sa quiche « de compétition » empoisonne un retraité chargé de juger les plats du concours. L’enquête menée par Agatha, qui trouve là un dérivatif à sa mesure, est un prétexte à décortiquer les relations et les conventions du petit bourg anglais, le genre d’endroit où l’on est toujours un nouvel arrivant vingt ans après s’être installé.


« Une brusque averse venait de tomber. Comme Londres sentait bon le béton mouillé, les vapeurs d’essence et de gasoil, les détritus, le café chaud, les fruits et le poisson, toutes ces odeurs si chères et familières à Agatha ! »
J’ai tout de suite adopté cette quinquagénaire si peu accoutumée à la vie campagnarde. Le style est enlevé et dynamique, et malgré quelques tournures maladroites, dues peut-être à la traduction, je me suis délectée de l’histoire. Ce n’est pas l’enquête en elle-même qui fait la saveur du livre, c’est l’humour typiquement anglais, alliage de descriptions efficaces et d’observations bien senties, qui fait qu’on se régale sans chipoter ! J’ai déjà le deuxième sous le coude pour le cas où… et je note que l’auteur sera aux Quais du Polar fin mars !

Agatha Raisin enquête : la quiche fatale (The quiche of death, 1992) éditions Albin Michel (2016) traduit par Esther Ménévis, 320 pages

Les avis de Anne, de George ou de Keisha, parmi d’autres !
Un billet sur les romans et l’humour ici et la catégorie correspondante avec pas mal de lectures !

littérature îles britanniques·policier·sortie en poche

John Lawton, Retour de flammes

retourdeflammesLe mois anglais commence ! Joie, ardeur et belles lectures en perspective ! Sauf pour moi qui me sens complètement décalée. J’avais attaqué cette jolie petite pile de livres raisonnablement en avance, à savoir vers le 15 mai, et je suis allée de mal en pis. Mais autant en parler un peu tout de même, pour vous donner une idée de l’étendue du désastre !
Commençons par Retour de flammes, de John Lawton. Je m’étais régalée l’année dernière avec Black out du même auteur. Pratiquement pas de fausses notes avec ce polar sur fond de Blitz, vous pourrez en juger avec ce billet… C’est donc en toute confiance que j’ai ouvert la suite, qui se déroule dans les années 50. On y retrouve l’inspecteur Troy chargé d’être l’un des gardes du corps de Kroutchev lors de sa visite en Angleterre, et tout à la fois de l’espionner. Tous les gardes du corps anglais ont été choisis parce qu’ils parlent russes, et sont donc censés rapporter tout propos intéressant que pourrait tenir la délégation russe, ce qui semble bien naïf. Malheureusement, c’est tout l’intérêt du roman… pendant au moins 200 pages ! Il ne se passe pratiquement rien, si ce n’est cette fameuse garde rapprochée et attentive, que Troy mène de façon très personnelle. Un crime et une enquête surviennent au bout de 250 pages, mais à ce moment-là, j’avais déjà décroché ! Le retour de flammes annoncé dans le titre, à savoir les retrouvailles du personnage principal avec une de ses anciennes maîtresses, m’a laissée de glace.
Il y a aussi sans doute le fait que la géopolitique des années 50 et la guerre froide me passionnent moins que les années du Blitz à Londres, mais cela ne suffit pas à expliquer mon total désintérêt. Les personnages et leurs dialogues qui m’avaient semblé haut en couleurs, et qui apportaient leur dose d’humour à Black out, ont perdu toute vivacité dans ce second tome, à mes yeux du moins. De plus les personnages sont très nombreux, il semble qu’on soit censé s’en souvenir depuis le premier roman, ou se référer à une liste au début du livre.
Ah, et j’oubliais ! Le roman est parsemé de très nombreuses notes, non de bas de pages, ce serait trop facile, mais ces notes sont regroupées à la fin du livre, par chapitre : si un passage paraît vraiment trop abscons, et qu’il faille se référer aux-dites notes, il ne faut pas oublier de retourner au début du chapitre noter son numéro, ainsi que le numéro de la note, avant de pouvoir la lire, puis ensuite retourner à sa lecture. Je n’ose même pas imaginer ce que ça donne en version numérique !
Vous aurez compris que si je continue de recommander le premier volume de la série, je déconseille celui-ci, sauf si vous êtes vraiment passionnés par les romans d’espionnage lents et compliqués à la fois, ce qui est en soi tout un concept, des plus originaux.

L’auteur : John Lawton est l’auteur de sept polars mettant en scène l’inspecteur Troy, de deux romans indépendants et un ouvrage d’histoire. Il a été éditeur, a collaboré avec Harold Pinter et Gore Vidal, et a supervisé les publications de Wells, Conrad et D.H Lawrence. Il passe maintenant la plupart de son temps à écrire dans les collines du Derbyshire.
480 pages.
Éditions 10/18 (2016)
Traduction : Colette Carrière
Titre original : Old flames

Sachez toutefois que sur Babelio, les avis sont très positifs !

Le mois anglais commence donc, et vous pouvez le retrouver chez Cryssilda et Lou, ou sur la page Facebook du groupe. J’espère que tous les participants auront de belles lectures à nous proposer. Quant au blogoclub du mois de juin, chez Sylire, il colle aussi avec « un roman qui se passe à Londres ».
logo_mois_anglais2 blogoclub

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littérature Amérique du Nord·policier·projet 50 états

Craig Johnson, Molosses

molossesJe ne sais pas si cela se remarque, mais je traînaille un peu pour écrire mes chroniques de livres en ce moment… Je lis, en quantité raisonnable, mais les avis ne suivent pas. Ça ne se fait donc pas tout seul ? Comme c’est bizarre !
Après Vongozero, restons dans le froid glacial et la neige, avant que cela ne soit plus du tout de saison. Retrouver l’hiver dans le Wyoming, -15° au meilleur de la journée, est toujours un plaisir, bien au chaud sous la couette ou sous un plaid ! Retrouver « my pal » Craig (c’est ainsi qu’il signe ses dédicaces : « your pal Craig ») avec son tranquille shérif Walt Longmire, et tous les habitants du comté d’Absaroka, c’est aussi une petite douceur à ne pas refuser. Sauf avec le roman The dark horse, pour lequel cela n’avait pas trop fonctionné, soit dit en passant.
Bref, notre brave Walt se fait du souci pour son adjoint basque Saizabitoria qui ne va pas très bien. Une affaire de pouce trouvé dans une casse de voitures, dont les propriétaires sont de drôles de phénomènes, devrait permettre de donner un peu de cœur à l’ouvrage au jeune homme. D’autres problèmes s’y ajoutent, d’autres événements à l’échelle locale se déroulent, dont d’ailleurs une scène assez désopilante au tout début du roman, que je ne vous raconterai pas ! Comme toujours avec notre enquêteur du Wyoming, les répliques qui font mouche fusent et mettent le sourire aux lèvres. L’art, tout à fait propre à Craig Johnson, du petit détail insignifiant qui va faire avancer l’enquête, fait toujours plaisir à lire, ainsi que sa manière de brosser des portraits tendres et éloquents.
Bref, ça a parfaitement fonctionné cette fois, et j’ai de nouveau adoré son talent pour complexifier des situations de prime abord très simples, et pour rendre palpable l’ambiance des lieux emblématiques de la ville, de la prison au restaurant du coin, en passant par la casse de voitures, faisant partie intégrante du paysage enneigé de ce roman.

Extraits : Je sortis de ma poche poitrine mes Ray-Ban de dix ans d’âge et les mis sur mon nez pour soulager un peu mes pupilles dilatées. Alors même que les cieux étaient couverts, humides et gris comme un cadavre, la luminosité était suffisante pour affecter ma vue. On arrivait à cette partie de l’hiver qui n’en finissait pas, comme un roman russe. Un long, très long roman russe.

On était lundi, la deuxième semaine de février, et les gens parlaient moins, parce que le vent leur arrachait les paroles de la bouche et les expédiait directement jusqu’au Nebraska. J’avais l’image de toutes les conversations inachevées du Wyoming, empilées le long des talus jusqu’à ce que la neige les étouffe et qu’elles s’enfoncent dans la terre noire. Peut-être renaissaient-elles au printemps comme les fleurs des champs, mais j’en doutais.


L’auteur :
Craig Johnson a grandi dans une petite ville du Midwest, et s’en est vite échappé pour bourlinguer ici et là. Il a été officier de police, professeur d’Université, cow-boy, charpentier et pêcheur professionnel. Il est l’auteur de la série Walt Longmire, qui compte sept titres traduits à ce jour (bientôt huit), et possède un ranch sur les contreforts des Bighorn Mountains, dans le Wyoming, où il vit avec son épouse Judy.
336 pages
Éditeur : Gallmeister (2014)
Traduction : Sophie Aslanides
Titre original : Junkyard dogs

D’autres avis ? Chez Ariane, Sharon et Tasha… Projet 50 romans, 50 états : le Wyoming.
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littérature France·policier·premier roman

Marc Fernandez, Mala vida

malavida« Une seule balle en plein front. Quasiment à bout portant. La tête du Vieux repose sur son siège, les yeux grands ouverts, comme s’il réfléchissait. Un mince filet rouge coule sur son visage. Elle se rechausse et regagne sa voiture d’un pas rapide, à peine une minute après avoir tiré une balle dans la tête d’un homme pour la seconde fois en six mois. »
Une série de meurtres se produit en Espagne juste au moment où le gouvernement vient de basculer vers une droite extrême renouant avec le franquisme. Cela commence par de nombreux limogeages à la radio et à la télévision. Diego, qui anime une émission de nuit pourtant critique, reste à son poste, il sera une sorte d’alibi. Il est également l’un des premiers intéressés par l’histoire des bébés volés du franquisme qui ressurgit, affaire qui trouve même des prolongements dans des périodes beaucoup plus récentes. Il est aidé par son ami procureur, celui-là même qui prépare anonymement des chroniques subversives pour l’émission nocturne. Une jeune avocate française d’origine espagnole devient la porte-parole de l’association qui monte des dossiers d’enfants enlevés à leur parents et confiés à des familles « bien pensantes ». Ajoutons à ces personnages une détective argentine transsexuelle, et le cadre est posé.
Sur le fond, ce roman est passionnant, émouvant et bien documenté. La construction ne maintient pas un suspense insoutenable, ce n’est pas le but, mais laisse au lecteur une avance sur le journaliste-enquêteur. Sur la forme, le récit est plus attendu, parfois un peu maladroit, dans les dialogues notamment, mais il faut se souvenir qu’il s’agit d’un premier roman. Les personnages attachants, le regard pertinent sur l’Europe contemporaine, m’ont fait passer un bon moment de lecture, en numérique, et regretter un peu le parfum du papier neuf et la jolie couverture qui m’auraient sans doute rendue encore un peu plus indulgente !

Citation : Il y en a bien qui s’en offusquent, mais la plupart sont tellement dans la merde, qu’ils ne pensent pas à trouver les coupables à leur malheur. Ils pensent juste à avoir de quoi bouffer à la fin, non pas du mois, ni de la semaine, mais de la journée. Retour vers le passé en somme. Retour à un état de pays sous-développé.

L’auteur : Marc Fernandez est journaliste Au Courrier International, il est spécialiste de l’Espagne et de l’Amérique latine, puis il fonde et dirige la revue Alibi, consacrée au polar. Il est coauteur de La ville qui tue les femmes, enquête à Ciudad Juárez, de Pinochet, un dictateur modèle. Mala vida est son premier roman.
288 pages
Éditeur : Préludes (2015)

Lu aussi par Delphine-Olympe, Séverine et Yvon.

 

littérature France·policier

Elsa Marpeau, Et ils oublieront la colère

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Au rayon polar, je préfère les auteurs étrangers, pour l’aspect presque documentaire de certains romans qui permet de se faire une idée des sujets de société actuels dans d’autres contrées, mais en ce qui concerne les auteurs français de polars, que je lis de temps à autres, j’éprouve un peu le même genre de curiosité pour les romans policiers en milieu rural, et j’ai fait ainsi de belles découvertes comme Une femme seule de Marie Vindy, ou Terminus Belz d’Emmanuel Grand.
Ce roman d’Elsa Marpeau emmène le lecteur en Bourgogne, dans la région de Sens, où un jeune professeur d’histoire est retrouvé mort près d’un étang. Garance est capitaine de gendarmerie et chargée de l’enquête. Elle soupçonne que ce meurtre est lié à une affaire remontant à 1944, lorsque des jeunes femmes avaient été tondues par une foule de partisans, dont certains de la dernière heure. Les suspects semblent se limiter à une famille dont les membres très soudés ne laissent rien échapper de leur emploi du temps des dernières heures, et sont encore moins bavards concernant les jours noirs de la Libération. Marianne, leur grand-tante, tante et sœur a en effet disparu à ce moment. Aurait-elle subi des représailles pour avoir approché un ennemi qui logeait dans la famille ?
Malgré un roman qui commençait très bien, avec un thème prenant et une écriture agréable, la lecture m’a laissée un peu perplexe. D’abord le procédé consistant à alterner des scènes de 1944 avec l’enquête en 2015 me semble un peu trop vu et revu, mais ce n’est que mon avis. Ensuite, les membres de la famille, outre que je mélangeais à la lecture les générations, se sont révélés un peu trop caricaturaux à mon goût. Pour ne pas parler du dénouement de l’intrigue qui m’a paru tarabiscoté, avec quelques légères incohérences. J’ai aussi trouvé que l’auteure avait un peu « chargé la barque » de la jeune gendarme qui semble cumuler les traumatismes passés. Et je vais paraître chipoter, mais un personnage qui travaille à Dijon et habite « un pavillon à Flée dans la Sarthe, à une heure de voiture » (page 134), ça m’a tout de même plus qu’étonnée. Il n’y a personne chez Gallimard pour rectifier ce genre de chose ? (il existe un Flée homonyme en Bourgogne, d’où l’erreur).
Bref, un roman policier plutôt bien écrit, bien noir comme je les aime et avec un thème qui ne laisse pas indifférent, mais qui ne m’enthousiasme pas.

L’auteure : Née en 1975, Elsa Marpeau a grandi à Nantes, avant de venir s’installer à Paris à dix-huit ans. Agrégée de lettres, elle est l’auteur d’une thèse sur les mondes imaginaires dans le théâtre du XVIIe siècle. Elle enseigne cinq ans, puis quitte Paris pour Singapour. Elle a écrit Les yeux des morts, prix Nouvel Obs du roman noir 2011, Black blocs et L’expatriée, prix Plume de cristal 2013.
240 pages
Éditeur : Gallimard (janvier 2015)

Encore du noir un peu dubitatif aussi, Action suspense plus emballé. Dominique l’a lu sans déplaisir mais aurait aimé une intrigue moins embrouillée.

littérature France·policier

Emmanuel Grand, Terminus Belz

terminusbelzL’auteur : Emmanuel Grand, né à Versailles en 1966, a passé son enfance en Vendée, à vingt kilomètres de l’Atlantique. Aujourd’hui, il vit en région parisienne. Il est responsable du design du site web d’un grand opérateur téléphonique. Terminus Belz est son premier roman. Il a été cédé à l’étranger avant même sa parution en France.
363 pages
Editeur : Liana Levi (janvier 2014)

Plusieurs jeunes ukrainiens font affaire avec des passeurs douteux pour traverser l’Europe, mais le voyage se passe mal, et, assurés de représailles sanglantes, ils préfèrent se séparer pour tenter d’échapper chacun de leur côté à une mafia ukrainienne des plus féroces. Marko se retrouve sur la côté Atlantique et répond à une annonce pour un travail sur la petite île de Belz, endroit qui lui semble idéal pour disparaître. Mais dans un village où tout le monde se connaît, et où de surcroît, il prend le travail d’un autre, il est difficile de se faire oublier. Pour ne rien arranger, une découverte macabre fait se tourner encore tous les regards vers lui. Si ce n’est lui le coupable, c’est qu’il aura fait appel à « l’Ankou ». Les légendes sont tenaces…

Même si un peu trop de place a été donnée, à mon goût, aux légendes bretonnes, l’équilibre entre les épisodes sur l’île de Belz et les passages avec les poursuivants est très bon et tient en haleine. Le personnage de Marko est attachant, les principaux habitants de l’île de Belz aussi, même si l’on se doute que l’un d’eux doit être un danger potentiel pour Marko. D’autres personnages secondaires ne sont pas tout à fait assez caractérisés pour qu’on les identifie correctement, du coup les suspects sont assez peu nombreux. Bien malin toutefois celui qui sentira venir les scènes finales !

J’ai aimé ce polar à la fois régional et européen, aux parfums de bord de mer, de landes brumeuses et aussi de soufre, ainsi que les détails réalistes sur le métier de marin-pêcheur et sur l’esprit « îlien ». Il me donne envie de continuer à explorer la collection de polars de Liana Levi, que j’ai déjà pu apprécier avec Il faut tuer Lewis Winter de Malcolm McKay et La plage des noyés de Domingo Vilar, ce dernier ayant une atmosphère un peu similaire à celle de Terminus Belz.

Extrait : Pendant cinq jours, la météo avait été exécrable. Un vent glacial de nord-ouest soufflait ses quarante noeuds en permanence, formant des creux de quatre mètres à quelques encablures de la bouée de Pil’hours. Chaque soir, alors que les chalutiers et les caseyeurs ronronnaient dans le port, des lames venaient se briser sur les digues dans un vacarme effrayant. L’avis de tempête n’avait cependant pas été diffusé, qui les aurait cloués à quai. Il fallait sortir et c’étaient les pires conditions qu’on puisse imaginer.
Marko souffrait de tout sur la
Pélagie. Du froid, du bruit, des brûlures du sel, du mal de mer. Caradec, au contraire, endurait ce régime avec une facilité déconcertante. Il avait raconté à son jeune matelot les campagnes de Terre-Neuve dans les années soixante-dix, quand il fallait trancher le poisson sur le pont par moins trente pendant douze heures d’affilée. Seuls les plus anciens avaient fait Terre-Neuve.

Un autre extrait :(cliquez)

Repéré chez Sandrine.

littérature Amérique Latine·policier

Alfredo Noriega, Mourir, la belle affaire

 

mourir-belle-affaireL’auteur : Alfredo Noriega est né en 1962. Il vit à Paris depuis 1985, où il donne des cours d’espagnol et de théâtre. En Espagne, il a publié plusieurs manuels de langue. Il a écrit de la poésie et plusieurs romans dont De que nada se sabe  adapté au cinéma en Équateur. Son premier roman traduit en français est Mourir, la belle affaire.
244 pages
Editeur : Ombres noires (octobre 2013)
Traduction : Nathalie Lalisse-Delcourt
Titre original : Tan solo morir

Comment ce livre a-t-il atterri dans ma PAL ? Bizarrement pas après les Quais du Polar (voir la fiche de l’auteur) où pourtant j’avais écouté Alfredo Noriega parler de ce roman, mais où j’étais restée somme toute assez raisonnable… Et puis le jour du match France-Equateur, les éditions Ombres Noires ont proposé un petit concours pour gagner deux romans, un français et un équatorien. Belle occasion, non ?
J’ai donc attaqué avec ce polar au style original, où le mélange de réflexions sur la vie et de faits bruts, compose une petite musique particulière. Il faut dire aussi que c’est un roman plutôt « mâle » et plein de testostérone, mais pourquoi pas une fois de temps en temps ? Raconter l’intrigue, surtout quinze jours après lecture est un sacré défi : disons que cela commence avec un accident en pleine ville de Quito, un délit de fuite, deux jeunes gens morts et une rescapée, laquelle est retrouvée morte deux ans plus tard. Un policier se met en quête de la voiture homicide, la traque dans les rues de la capitale équatorienne. La ville de Quito, au pied du volcan Pichincha, tient une place de reine dans ce roman, et les descriptions précises des lieux, ainsi que les actions rondement menées font qu’on pourrait aisément en faire un film, tant on imagine bien les quartiers, les rues et les places. On voit même presque la succession des plans, des séquences… Si vous cherchez un polar qui sorte des sentiers battus, sombre mais pas glauque, si vous aimez une petite touche originale et de préférence, les accents sud-américains, ce roman devait vous plaire.

Citations : Dans un roman, un jour, j’ai lu cette phrase sur les habitants de Quito: » Nous sommes moins histoire que géographie. » Sans cette nature et uniquement avec notre histoire, nous serions le peuple le plus niais du monde, forgé par des héros de pacotille, un peuple égaré, soit par Dieu et les préceptes de son Eglise, soit par ces mêmes héros précédemment évoqués.

Moi, par contre, ce que je préfère à l’heure du déjeuner, c’est d’aller marcher dans le Centro. J’aime chercher les coins où la montagne disparaît, où Quito se retrouve comme suspendue, comme abandonnée dans le cosmos, rejetée en dehors du mouvement perpétuel de l’univers, sans prise possible. Elle a l’air perdue et différente sans le Pichincha, sans ce morceau de montagne derrière elle. J’aime découvrir des endroits où la cordillère n’existe pas, où elle est cachée par les maisons ou les églises, perturbant les habitants de Quito. Sans les montagnes, ils ont l’air de ne pas marcher droit mais de travers, ils semblent plus petits et fuyants, un peu fantomatiques, le visage perdu, les mains dans les poches et les épaules relevées pour se protéger du froid, ce temps ancestral hors du temps.

Les avis de Cynthia, Eeguab et Sandrine.

littérature France·policier·rentrée hiver 2014

Françoise Guérin, Les enfants de la dernière pluie

enfants-de-la-dernière-pluieL’auteur : Lyonnaise, Françoise Guérin s’est d’abord initiée à l’écriture radiophonique, avant de publier trois recueils de nouvelles. À la vue, à la mort a reçu le Prix Cognac du Festival du Film Policier en 2007 et le prix Jean-Zay des lycéens.On lui doit aussi Un dimanche au bord de l’autre (2009), Quatre carnages et un enterrement (2012), Cherche jeunes filles à croquer (2012).
333 pages
Editions du Masque (mars 2014)

C’est toujours agréable de retrouver un auteur aux Quais du Polar pour une petite conversation et une sympathique dédicace, le tout suivi d’un fort bon moment de lecture ! Après les deux premiers volets, A la vue, à la mort et Cherche jeunes filles à croquer, voici donc les retrouvailles avec Eric Lanester et son équipe, pour une enquête dans le cadre bien particulier d’un hôpital psychiatrique, celui-là même où est soigné le frère de Lanester (et non pas où il est enfermé !). Un patient défenestré sous ses yeux, et ce par un infirmier qui se suicide ensuite, voilà une affaire pour lui… Quoique son rôle étant de dresser le profil des coupables, et l’auteur des faits étant connu, cela semblerait devoir s’arrêter là. Mais cet endroit recèle bien des parts d’ombre…
L’évocation du monde de l’hôpital psychiatrique m’a parue bien plus exacte et véridique que celle imaginée par Johan Theorin dans
Froid mortel, qui m’avait semblé moins réaliste, sans parler de Shutter island qui se passe dans les années 50 et donc en est bien éloigné aussi…
Toutefois l’aspect historique existe aussi dans Les enfants de la dernière pluie (bien joli titre !) avec une plongée dans la psychiatrie au temps de la grande guerre. Cette enquête de Lanester donne toujours une part importante à la psychologie des personnages et c’est ce qui fait sa force. La construction et les rebondissements laissent peu de temps au lecteur pour reposer le livre, la suite l’appelle toujours de façon urgente, et voici un livre qui se dévore en deux jours ! Des dialogues qui sonnent juste, la curiosité éveillée pour des domaines tels que les soins en psychiatrie, l’architecture des hôpitaux, tout fonctionne bien, mais c’est surtout Lanester qui rend cette série attachante, tant les bagages qu’il traîne avec lui, que son manque de certitudes assorti de fulgurances subites. Un enquêteur qui a une belle épaisseur !

Extrait : Depuis toujours, je me fie à ce qui me traverse, lorsque je suis sur une affaire. Même quand j’ai du mal à voir où ça ma mène, je suis attentif aux associations incongrues qui me viennent ou à ce qui m’obsède, en marge de l’enquête. Cela finit toujours par me conduire quelque part, vers un savoir jusque là inconscient mais qui, au final, s’avère décisif. Sauf que, depuis quelques mois, mon esprit est encombré de trop de choses pour que je puisse me fier vraiment à ce que, parfois, mes hommes qualifient d’élucubrations.

Lu aussi par Clara.

policier·vie de lectrice

Les Quais du Polar 2014

C’était toujours autant de plaisir :

– écouter des conférences et tables rondes passionnantes

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la première avec Craig Johnson, Gilda Piersanti, Camilla Läckberg et Deon Meyer sur le thème de « La loi des séries » (pas les tueurs en série, mais les séries télévisées, puisque chacun d’entre eux a vu ses personnages adaptés pour le petit écran), la deuxième avec Camilla Läckberg encore, Rafael Reig, Marcus Malte et Alfredo Noriega, sur le thème de « L’amour dans tout ça ? »
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– voir pour la première fois James Ellroy, le « chacal », le Beethoven du roman noir comme il se nomme lui-même ! C’est un personnage hors du commun qui a semblé être partout, tout au long des trois jours, toujours souriant et prêt à gratifier l’animateur de l’émission d’un « daddy-o » affectueux, ou à accompagner les musiques en rythme, toujours prêt à se laisser photographier !
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– revoir des auteurs connus et sympathiques : Marcus Malte, Deon Meyer, Françoise Guérin… (pas photographiée cette année !)
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– voir des nouveaux venus dans cette manifestation, mais pas nouveaux sur la scène littéraire : Ian Manook, George Pelecanos, J.M. Erre, Sandrine Collette, Cathy Unsworth… et bien d’autres, voir des dessinateurs de BD au travail…

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– savourer des étalages des plus alléchants (avez-vous repéré le Joseph Boyden tout nouveau ?) sans oublier la vue générale de la grande Librairie du Polar toujours impressionnante !
Vous pouvez bien sûr cliquer sur les photos pour les agrandir, et pour les Quais du Polar 2013, c’est par ici !