littérature Europe du Nord·policier

Arnaldur Indridason, La muraille de lave

murailledelave« C’était un à-pic vertigineux, l’océan se déchaînait sur la paroi de basalte et le vent soufflait avec une telle violence qu’on peinait à se tenir debout. […] Entaillés de profondes crevasses, les bords dangereusement découpés du plateau de lave s’effondraient constamment sous les assauts de l’océan. »
Quatre hommes d’une même banque se promènent dans ce paysage aussi dangereux que magnifique, mais l’un d’eux fait une chute mortelle alors qu’il s’était éloigné du groupe. Cela pourrait être un simple accident si ce n’était lié à l’agression d’une femme dans sa maison, qui la laisse grièvement blessé. Il semblerait qu’elle ait essayé de faire chanter quelqu’un avec des photos compromettantes, et Sigurdur Oli, qui enquête, est mêlé par un de ses amis à cette histoire. Il faut ajouter un homme surveillé par un autre, qui paraît lui en vouloir pour des faits très anciens…

« De manière générale, il pensait que les gens portaient la responsabilité de leur malheur. Une fois qu’il avait achevé sa journée de travail et fait ce qu’il avait à faire, c’était terminé jusqu’au lendemain. »
C’est l’adjoint d’Erlendur qui se retrouve au centre du roman, puisque le héros récurrent d’Arnaldur Indridason ne donne aucune nouvelle à son équipe depuis les fjords de l’est où il est parti. C’est étonnant comme l’atmosphère du roman est différente lorsque c’est Sigurdur Oli qui en est le personnage principal. Il faut admettre qu’il n’est pas aussi attachant que son chef, même s’il semble s’humaniser parfois au fil des événements. On apprend aussi à mieux le connaître.
Sur fond de magouilles bancaires un peu complexes, la muraille de lave bien réelle est aussi la métaphore de la Banque Centrale. Comme d’habitude, la construction du roman est particulièrement soignée, elle permet de se creuser la tête, avec les renseignements collectés par les enquêteurs, voire un peu plus, pour tenter de comprendre où emmène l’auteur. C’est toujours un plaisir à lire, une traduction soignée rendant bien la poésie des journées sombres et des paysages somptueux, sans oublier les méandres psychologiques des personnages.
Un excellent auteur, qui ne me déçoit jamais, j’ai d’ailleurs déjà un de ses romans suivants en attente.


La muraille de lave d’Arnaldur Indridason (Svörtuloft, 2009) éditions Points (2013) traduit de l’islandais par Eric Boury, 402 pages.

Le challenge littérature nordique est chez Margotte.
LitNord

littérature Amérique du Nord·mes préférés·rentrée automne 2017

Ron Rash, Par le vent pleuré


parleventpleuréRentrée littéraire 2017 (5)
« J’attends un homme qui m’a menti pendant quarante-six ans. »
C’est l’été 1969, deux frères profitent de quelques moments de liberté accordés par leur grand-père, l’homme sévère qui les élève à sa manière, sans que leur mère ait grand-chose à dire, pour aller à la pêche au bord de la rivière. Ils y rencontrent Ligeia, jeune fille venue de Floride, libérée et insouciante. Pensez, la jeune fille a vécu dans une communauté ! Pour les deux frères, c’est un monde nouveau qui s’ouvre, surtout pour Eugene, le plus jeune. Bill, son aîné de deux ans, est fiancé, et se voit réaliser le projet grand-paternel, devenir chirurgien.
Quarante-six ans plus tard, des ossements sont retrouvés dans la Tuckaseegee, et Eugene repense au départ précipité de Ligeia, comment son frère avait dit l’avoir raccompagné à l’arrêt de bus…

« À San Francisco, le Summer of love, l’été de l’amour, a eu lieu en 1967, mais il a fallu deux ans pour qu’il atteigne le petit monde provincial des Appalaches. Sur l’autoroute, en février, on a aperçu un hippie au volant d’un minibus bariolé, un événement dûment signal par le Sylva Herald. Sinon, la contre-culture était quelque chose qu’on ne voyait qu’à la télévision, tout aussi exotique qu’un pingouin ou un palmier nain. »

Depuis 2010, et la première participation de Ron Rash aux Quais du Polar, j’ai lu tous ses romans traduits en français, et j’ai même en cours un recueil de nouvelles en anglais, superbe, mais que (dira-t-on) je savoure… Je n’ai donc pas raté ce dernier roman, prudemment emprunté en médiathèque, parce qu’il m’avait semblé que quelques avis manquaient d’enthousiasme.
Un été de l’adolescence, deux frères que tout oppose, une naïade disparue, une enquête très tardive, les ingrédients sont bons, mais il faut y ajouter le style de Ron Rash pour en faire un très bon roman. Pas un polar, non, même si une révélation finale apportera des réponses attendues, mais surtout le roman d’une relation fraternelle biaisée dès l’enfance par un grand-père qui place ses attentes dans un seul de ses petits-fils : il deviendra chirurgien. L’autre est gaucher, il le laisse magnanimement choisir une autre voie, mais la vie d’Eugene ne sera qu’une suite d’échecs, là où son frère réussit en tout. Et entre eux, il existe toujours cette ombre jetée par l’été 1969. Il va falloir pourtant que plusieurs décennies plus tard, ils réussissent à en parler.
Formidable Ron Rash, qui parvient à passionner avec une histoire assez classique, et des jeunes filles disparues au bord de l’eau, qui, de Bondrée à Summer, ne manquent pas dans la littérature ces derniers temps… La relation entre les deux frères, notamment à la période contemporaine, mais aussi les premiers émois adolescents, la vie dans une petite ville des Appalaches, tout est passionnant à lire sous sa plume, et avec une très belle traduction également. Je le conseille sans restriction, alors que j’étais restée un peu sur ma faim avec Le chant de la Tamassee.

Par le vent pleuré, de Ron Rash (The risen, 2016) éditions du Seuil (août 2017) traduit par Isabelle Reinharez, 200 pages.

Les avis de Daphné, Eimelle, Eva et Krol.

littérature Amérique du Nord·policier·rentrée automne 2016

Andrée A. Michaud, Bondrée

bondree« Il lui faudrait classer cette affaire parmi celles qui vous hantent longtemps après que la poussière est retombée, les cas boomerangs, ainsi qu’il les nommait, qui vous reviennent en plein visage un soir d’été, alors que vous buvez tranquillement une bière dans le jardin, et vous pourchassent jusqu’aux premières neiges, sinon jusqu’à Noël. »
Cela faisait un moment que j’avais repéré ce roman et bien envie de le lire, tous les avis étant assez unanimes à son sujet. Le roman démarre assez lentement, en annonçant de manière voilée ce qui va ce passer, à savoir qu’une jeune fille va disparaître. J’ai bien aimé ce début subtil et installant l’ambiance petit à petit. A l’été 1967, les alentours d’un paisible lac de vacances dans une région frontalière, entre Québec et état américain du Maine, sont un lieu où plane une légende, celle Landry, le trappeur amoureux malheureux d’une femme à la robe rouge flamboyante. Les jeunes filles qui fréquentent le lac sont tout aussi brillantes, surtout Zaza Mulligan et Sissy Morgan, « les princesses de Boundary, les lolitas rousse et blonde qui faisaient baver les hommes depuis qu’elles avaient appris à se servir de leurs jambes bronzées pour appâter les regards. »

« Il était revenu à son idée de départ, la mort n’avait de sens que si le cœur s’arrêtait de fatigue, que si elle était le résultat d’un geste conscient, d’une trop grande inadaptation à la vie. »
Le thème de la mort omniprésente et l’atmosphère délétère qui envahit petit à petit ce lac, pourtant évocateur de loisirs en famille, sont bien rendus par l’auteure, mais au bout d’un moment, mon intérêt a faibli parce que je n’ai pas réussi à m’accoutumer au style à la fois lyrique et basé sur un certain nombre de répétitions, et ponctué de phrases dites en anglais, ou répétées en anglais puis en français. Le lieu induit ce mélange de langues puisque les vacanciers autour du lac de Bondrée sont tant québécois qu’américains du Maine, comme le policier en charge de l’enquête, mais cela m’a semblé assez fabriqué. Le mélange de roman noir et de poésie n’a pas fonctionné pour moi. Dans un roman, je suis sensible à la musique des phrases et cette composition n’a pas résonné agréablement à mes oreilles. Je précise que ce n’est nullement une question de lenteur du roman, je ne suis pas fan des thrillers où l’action est privilégiée à la psychologie, non, j’aurais pu m’accommoder de cette relative lenteur, mais j’ai eu vraiment du mal avec le style.

« Michaud aurait voulu imprimer ce tableau dans un album parlant d’immortalité, deux fillettes et un chien dans la lumière de l’été, le photographier en vue de le garder à portée de la main, pour les moments durs, pour pouvoir l’opposer aux tableaux rongés de grisaille qui encombraient son esprit, mais il savait la chose inutile. »
Certes, l’auteur réussit parfaitement à créer une ambiance inquiétante à souhait, à faire intervenir différents narrateurs avec fluidité, à installer des points de vue originaux, notamment celui de la petite Andrée qui observe tout, rêve de faire comme les jeunes filles qu’elle regarde, et qui comprend bien plus que les adultes ne l’imaginent. Je me rends bien compte que je suis relativement seule à ne pas être emballée par l’écriture de ce roman, mais cela permettra de relativiser un peu les attentes des futurs lecteurs, sans les décourager pour autant.

Bondrée d’Andrée A. Michaud, éditions Rivages (2016) prix des lecteurs Quais du Polar 2016, 363 pages

Les avis sont élogieux, d’Aifelle et Cathulu à Eva, parmi beaucoup d’autres…

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littérature France·policier·rentrée hiver 2017

Colin Niel, Seules les bêtes

seuleslesbêtesIl y a un engouement certain pour le roman noir rural en ce moment, avec notamment les romans de Franck Bouysse, dont j’ai déjà parlé, sans être totalement convaincue. Colin Niel avait, lui, situé ses premiers romans en Guyane où il travaillait, il vient ici établir son roman dans une campagne isolée, sur un causse qui se désertifie…

« J’avais l’impression de faire un truc un peu fou. Je sais, il y a pire comme folie mais pour moi c’était déjà beaucoup. Il avait fallu quarante-deux ans pour ça, pour que je me comporte comme l’adolescente que je n’avais pas été quand j’en avais l’âge. »

Une femme, Evelyne Ducat, disparaît au cours d’une randonnée solitaire, seule sa voiture est retrouvée, mais pas de traces ou d’indices. Alice, l’assistante sociale dont le rôle est de venir en aide aux agriculteurs que leur isolement fragilise, prend d’abord la parole au sujet de l’enquête menée par la gendarmerie locale, et de Joseph, l’agriculteur dont elle est devenue proche, et qui pourrait bien avoir des raisons d’en vouloir au mari d’Evelyne Ducat. Quatre autres personnages vont intervenir à la suite d’Alice, chacun apportant son passé, son point de vue sur le mystère qui entoure cette disparition, suivie d’une autre, et levant le voile petit à petit…

« Je ne sais pas comment c’est pour les autres, mais moi la solitude, je dirais pas que je l’ai voulue. Et elle m’est pas tombée dessus du jour au lendemain. Non, c’est venu lentement, j’ai eu le temps de la voir arriver avec les années, de la sentir m’entourer comme une mauvaise maladie. »

L’organisation du texte, qui laisse la parole à plusieurs personnages dans cinq grandes parties, convient parfaitement au déroulement de l’histoire. J’ai trouvé aussi que chaque voix était bien différenciée, bien représentative de l’individu qu’elle incarnait. Le thème de la solitude est central, des amours se nouent pour tenter d’y remédier, mais au final, le constat est loin d’être tout rose… ni tout noir, d’ailleurs. Ce roman m’a tenu en haleine, au-delà de la simple distraction, en posant des questions intéressantes sur le monde rural. Un roman sombre mais touchant !
Et si vous vous demandez ce que la couverture a à voir avec l’histoire que je résume ici, il vous faudra lire le livre, il ne sera pas dit que je vais divulguer des points cruciaux.

 


Seul les bêtes de Colin Niel, édité par le Rouergue (collection Rouergue Noir, janvier 2017) 213 pages, Prix polar en séries Quais du Polar 2017, prix Landerneau polar 2017.

Les avis de Baz-art, Itzamna et Jean-Marc.

littérature Europe de l'Est et Russie·policier

Zygmunt Miloszewski, Un fond de vérité

unfonddeverite« Il lut le registre posé devant lui et la phrase joliment calligraphiée en avril 1834 par le curé de la paroisse du village de Dwikozy : « Les parents et les témoins ne savent ni lire ni écrire. » Voilà qui scellait le sort des origines prétendument aristocratiques de son client. »
Le deuxième roman de Zygmunt Miloszewski commence par une scène où un jeune généalogiste, travaillant à son compte, fait des recherches à minuit aux Archives Nationales de Sandomierz. Il va sans dire que ses horaires de travail sont assez peu vraisemblables, mais l’auteur en profite pour glisser quelques paragraphes fort bien documentés sur les rapports pour le moins agités entre catholiques et juifs en Pologne en général, et en Galicie en particulier. Ce qui s’avèrera important pour la suite de l’histoire…

« Le procureur Teodore Szacki n’avait pas de chance avec ses patronnes. La précédente avait été une peste technocrate, froide et aussi appétissante qu’un cadavre extrait d’une congère. »
On retrouve dans le deuxième roman le procureur Szacki, qui, pour des raisons assez compliquées, au milieu desquelles un divorce, se retrouve en poste loin de Varsovie, à Sandomierz nommée plus haut, ville tranquille où il commence à regretter la capitale. Le meurtre d’une femme très impliquée dans la vie locale, et à qui personne n’a jamais rien eu à reprocher, quasiment une sainte, vient briser la routine.

« Teodore Szacki n’avait en général que peu de confiance en son prochain. Et, en ceux qui consacraient leur vie à un hobby quelconque, absolument aucune. »
Le plaisir de lire cette série reconnaissable aux couvertures insolites des éditions Mirobole, tient plus au caractère du procureur, à ses conquêtes féminines, à sa perception de son prochain, toujours assorties de métaphores spirituelles, qu’à l’enquête elle-même. Je voulais retrouver ce que j’avais écrit à propos du premier tome, mais voilà, il fait partie des livres, assez nombreux ma foi, dont je n’ai pas parlé ces derniers mois.
Je pense que mon avis était sensiblement le même, le roman est distrayant à lire, à la fois bien documenté et fourni en personnages crédibles, dans une intrigue qu’il l’est un peu moins. La résolution et des péripéties finales me semblent un peu tirées par les cheveux, mais j’en retiendrai l’humour quelque peu « à froid » du procureur, une vision intéressante de la Pologne, loin des grandes villes, et l’aspect captivant de l’histoire des religions dans ce pays.

Un fond de vérité de Zygmunt Miloszewski (Ziarno prawdy, 2014) éditions Mirobole (2014) traduit du polonais par Kamil Barbarski

Les avis d’Aifelle, Dominique, Edyta, Sandrine et Yv.


Un mois un éditeur plonge pour juin dans le catalogue de Mirobole, et sur ce blog, vous pourrez retrouver aussi Vongozero de Yana Vagner.

littérature Europe du Sud·policier

Maurizio di Giovanni, La méthode du crocodile

methodeducrocodileC’est la fin du mois de mars et je me prépare au meilleur des événements littéraires lyonnais, à savoir les Quais du Polar. Cette année, c’est la 13ème édition, et cela doit faire 9 ou 10 ans que j’y assiste régulièrement. Je me souviens encore de la première fois, ce devait être en 2008, et du premier auteur avec qui j’ai échangé quelques mots, Marcus Malte…
Cette année, j’ai à peine un peu anticipé en lisant un roman de Maurizio de Giovanni qui va être de la fête ce week-end. J’ai déjà lu des polars d’autres auteurs qui se passaient en Sicile, à Rome ou à Venise, ici c’est Naples que décrit Maurizio de Giovanni. Si j’ai bien compris, il a écrit une série de romans avec le commissaire Ricciardi, et d’autres avec un flic nommé Locajono. C’est cette série que j’ai commencée.

 Une ville qui vous glissait entre les doigts, se liquéfiait et s’évaporait soudain. Locajono, originaire d’un lieu dont la lecture était tout sauf facile, se demandait où se situait le fragile équilibre entre la ville et ceux qui étaient censés veiller sur elle.
Le policier au centre de ce roman est originaire de la région d’Agrigente, en Sicile, il a été muté à Naples suite à la dénonciation calomnieuse d’un mafieux, et il se retrouve cantonné à des tâches subalternes. Sa vie privée n’est guère plus reluisante, puisqu’il a perdu la confiance de sa femme et sa fille.

Le tableau qui s’offrit à leurs yeux dans la cour intérieure était éclairé par la faible lueur d’une lanterne oscillant sous l’effet de la brise, suspendue à deux fils au centre de l’espace.
Deux crimes, le corps d’un jeune homme retrouvé près de son scooter dans une cour d’immeuble puis une jeune fille assassinée selon le même mode opératoire, mettent la presse en émoi. D’autant que le meurtrier tapi dans l’ombre laisse des mouchoirs humides comme seules traces, d’où le surnom de crocodile qui lui est vite attribué. Locajono a le sentiment que ses collègues se trompent en suivant la piste de la mafia ou du trafic de drogue…

Elle non plus ne l’a pas vu, comme les autres. Une ville pleine de fantômes.
Sans renouveler totalement le genre, je peux dire qu’en ce qui me concerne, c’est un sans-faute pour ce polar : des meurtres certes, mais pas trop sanglants, une histoire réaliste, des personnages crédibles, une construction qui donne quelques éléments de plus au lecteur qu’à l’enquêteur, et le cadre de la ville de Naples. On sent que l’auteur aime sa ville, ses habitants, et qu’il a plaisir à rendre les rues, les places et les immeubles vivants et comme incarnés. Je suis prête donc à écouter ce que l’auteur aura à dire lors des rencontres !

Maurizio de Giovanni, La méthode du crocodile (Il metodo del coccodrillo, 2012) éditions 10/18 (2014) Traduction : Jean-Luc Defromont, 309 pages.

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littérature Amérique du Nord·nouvelles·policier

Craig Johnson, Incendiaire

incendiaireSympathique initiative !
Laquelle ? Celle de Martine qui propose La bonne nouvelle du lundi, pour mettre en lumière le genre des textes courts. Je souscris volontiers à cette idée et je me donne pour objectif de proposer un auteur à découvrir ou à redécouvrir, et une nouvelle qui permet d’entrer dans son univers… Mais ce ne sera pas chaque lundi, (non, je me connais !) mais un lundi de temps à autre, selon mes lectures.

Craig Johnson
Je commence avec Craig Johnson, qui publie des romans policiers chez Gallmeister depuis maintenant un certain nombre d’années, depuis 2009 précisément, et qui ne manque jamais de venir à différentes rencontres et fêtes du livre françaises pour les présenter. Ce qui fait que bon nombre d’entre vous connaissent son légendaire chapeau, et son sourire communicatif ! craigJ.jpg

« –J’ai pas flanqué le feu à ma foutue chambre. (Il prit une nouvelle gorgée pour étouffer l’esprit de fête ambiant.) Putain de bon Dieu. Ce foutu truc était même pas branché. »
Les personnages des nouvelles de Craig Johnson sont les mêmes que ceux de ses romans, le shérif du comté d’Absaroka, Walt Longmire, son ami indien Henry Standing Bear, ses adjoints du bureau du shérif, et différentes autres figures de la petite ville où tout le monde se connaît.
Dans la nouvelle que je viens de lire, Walt passe le réveillon avec Lucian, l’ancien shérif qui vit, à son grand désarroi, en maison de retraite. Le pauvre Lucian se retrouve de gré ou de force obligé de rester dans la salle commune car sa chambre a subi un début d’incendie. Incident qui le perturbe, bien évidemment, dans la mesure où il a du mal à admettre qu’il aurait été imprudent, et aurait déclenché lui-même cet incendie. D’anciennes photos affichées au mur de la maison de retraite vont alors donner à Walt l’occasion de faire preuve de son intuition légendaire… et peut-être ainsi de réconforter son ancien collègue.

« La quasi-totalité des discours de Bud avait un rapport avec l’alcool ou avec les femmes. »
Pas si facile d’écrire une nouvelle policière, en installant une situation critique, des personnages suffisamment nombreux, et de résoudre une enquête en une douzaine de pages… pourtant Craig Johnson y réussit fort bien, laissant parler aussi bien son humour que son sens du portrait incisif et parlant. Il ne faut pas s’attendre à une action trépidante, mais c’est sympathique et bien mené.
C’est le deuxième nouvelle que je lis, sans parler des romans. D’ailleurs toutes les nouvelles sont accessibles facilement sur le site de l’éditeur Gallmeister, et vous pouvez donc aller faire à volonté un petit tour dans le Wyoming grâce à ses nouvelles, avant ou après avoir lu un de ses romans !
Et ça, c’est vraiment une bonne nouvelle, non ?

 

Retrouvez la bonne nouvelle du lundi chez Martine ici ou .
bonnenouvelle

 

littérature îles britanniques·policier

M.C. Beaton, Agatha Raisin enquête, La quiche fatale

agatharaisin_quiche« La retraite pourrait s’avérer extrêmement agréable, pour peu qu’elle oublie tout de Reg Cummings-Browne et de cette fichue quiche. »
Attention, lecture légère aujourd’hui ! Légère, mais savoureuse et très plaisante… Les deux premiers tomes de cette série qui n’en compte pas moins de 27 outre-Manche sont sortis en juin, tout juste pour le mois anglais, et j’avais repéré leurs jolies couvertures et surtout des avis plutôt favorables sur plusieurs blogs. Comme précipitation n’est pas (pas toujours, du moins) mon second prénom, j’ai pris note et attendu un peu… et ai trouvé les deux romans quelque mois plus tard dans une boîte à livres bien garnie ce jour-là !

« Agatha n’était habituée qu’à trois registres : autoritaire avec ses employés, insistant avec les médias, onctueux avec ses clients. »
Voici donc Agatha Raisin, qui, fraîchement retraitée (d’une agence de publicité), décide de réaliser un rêve de toujours, acheter un cottage dans un pittoresque village des Cotswolds. Mais Agatha, pure londonienne, peu habituée aux relations de voisinage, qui ne sait ni jardiner, ni cuisiner, trouve vite ce cottage savamment restauré et les habitants de Carsely plutôt mornes et ennuyeux. Cherchant toutefois à s’intégrer, elle décide de participer à un concours de quiches. Il faut savoir qu’Agatha ne connaît que les plats de traiteur ou les surgelés…


« Un lieu charmant n’attirait pas nécessairement les gens charmants. »
Agatha est peu sympathique, mais c’est ce qui fait la saveur de l’histoire, de se régaler de ses relations compliquées par son caractère, ainsi que de l’espoir de lui voir apparaître quelques soupçons d’humanité. D’ailleurs les autres personnages lui disputent le titre d’enquiquineurs et enquiquineuses publics du petit village de Carsely. Au mieux, ils sont relativement indifférents et ne parlent que du temps qu’il fait, au pire, ils voient mal l’arrivée de cette nouvelle voisine. Surtout quand sa quiche « de compétition » empoisonne un retraité chargé de juger les plats du concours. L’enquête menée par Agatha, qui trouve là un dérivatif à sa mesure, est un prétexte à décortiquer les relations et les conventions du petit bourg anglais, le genre d’endroit où l’on est toujours un nouvel arrivant vingt ans après s’être installé.


« Une brusque averse venait de tomber. Comme Londres sentait bon le béton mouillé, les vapeurs d’essence et de gasoil, les détritus, le café chaud, les fruits et le poisson, toutes ces odeurs si chères et familières à Agatha ! »
J’ai tout de suite adopté cette quinquagénaire si peu accoutumée à la vie campagnarde. Le style est enlevé et dynamique, et malgré quelques tournures maladroites, dues peut-être à la traduction, je me suis délectée de l’histoire. Ce n’est pas l’enquête en elle-même qui fait la saveur du livre, c’est l’humour typiquement anglais, alliage de descriptions efficaces et d’observations bien senties, qui fait qu’on se régale sans chipoter ! J’ai déjà le deuxième sous le coude pour le cas où… et je note que l’auteur sera aux Quais du Polar fin mars !

Agatha Raisin enquête : la quiche fatale (The quiche of death, 1992) éditions Albin Michel (2016) traduit par Esther Ménévis, 320 pages

Les avis de Anne, de George ou de Keisha, parmi d’autres !
Un billet sur les romans et l’humour ici et la catégorie correspondante avec pas mal de lectures !

littérature îles britanniques·policier·sortie en poche

John Lawton, Retour de flammes

retourdeflammesLe mois anglais commence ! Joie, ardeur et belles lectures en perspective ! Sauf pour moi qui me sens complètement décalée. J’avais attaqué cette jolie petite pile de livres raisonnablement en avance, à savoir vers le 15 mai, et je suis allée de mal en pis. Mais autant en parler un peu tout de même, pour vous donner une idée de l’étendue du désastre !
Commençons par Retour de flammes, de John Lawton. Je m’étais régalée l’année dernière avec Black out du même auteur. Pratiquement pas de fausses notes avec ce polar sur fond de Blitz, vous pourrez en juger avec ce billet… C’est donc en toute confiance que j’ai ouvert la suite, qui se déroule dans les années 50. On y retrouve l’inspecteur Troy chargé d’être l’un des gardes du corps de Kroutchev lors de sa visite en Angleterre, et tout à la fois de l’espionner. Tous les gardes du corps anglais ont été choisis parce qu’ils parlent russes, et sont donc censés rapporter tout propos intéressant que pourrait tenir la délégation russe, ce qui semble bien naïf. Malheureusement, c’est tout l’intérêt du roman… pendant au moins 200 pages ! Il ne se passe pratiquement rien, si ce n’est cette fameuse garde rapprochée et attentive, que Troy mène de façon très personnelle. Un crime et une enquête surviennent au bout de 250 pages, mais à ce moment-là, j’avais déjà décroché ! Le retour de flammes annoncé dans le titre, à savoir les retrouvailles du personnage principal avec une de ses anciennes maîtresses, m’a laissée de glace.
Il y a aussi sans doute le fait que la géopolitique des années 50 et la guerre froide me passionnent moins que les années du Blitz à Londres, mais cela ne suffit pas à expliquer mon total désintérêt. Les personnages et leurs dialogues qui m’avaient semblé haut en couleurs, et qui apportaient leur dose d’humour à Black out, ont perdu toute vivacité dans ce second tome, à mes yeux du moins. De plus les personnages sont très nombreux, il semble qu’on soit censé s’en souvenir depuis le premier roman, ou se référer à une liste au début du livre.
Ah, et j’oubliais ! Le roman est parsemé de très nombreuses notes, non de bas de pages, ce serait trop facile, mais ces notes sont regroupées à la fin du livre, par chapitre : si un passage paraît vraiment trop abscons, et qu’il faille se référer aux-dites notes, il ne faut pas oublier de retourner au début du chapitre noter son numéro, ainsi que le numéro de la note, avant de pouvoir la lire, puis ensuite retourner à sa lecture. Je n’ose même pas imaginer ce que ça donne en version numérique !
Vous aurez compris que si je continue de recommander le premier volume de la série, je déconseille celui-ci, sauf si vous êtes vraiment passionnés par les romans d’espionnage lents et compliqués à la fois, ce qui est en soi tout un concept, des plus originaux.

L’auteur : John Lawton est l’auteur de sept polars mettant en scène l’inspecteur Troy, de deux romans indépendants et un ouvrage d’histoire. Il a été éditeur, a collaboré avec Harold Pinter et Gore Vidal, et a supervisé les publications de Wells, Conrad et D.H Lawrence. Il passe maintenant la plupart de son temps à écrire dans les collines du Derbyshire.
480 pages.
Éditions 10/18 (2016)
Traduction : Colette Carrière
Titre original : Old flames

Sachez toutefois que sur Babelio, les avis sont très positifs !

Le mois anglais commence donc, et vous pouvez le retrouver chez Cryssilda et Lou, ou sur la page Facebook du groupe. J’espère que tous les participants auront de belles lectures à nous proposer. Quant au blogoclub du mois de juin, chez Sylire, il colle aussi avec « un roman qui se passe à Londres ».
logo_mois_anglais2 blogoclub

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littérature Amérique du Nord·policier·projet 50 états

Craig Johnson, Molosses

molossesJe ne sais pas si cela se remarque, mais je traînaille un peu pour écrire mes chroniques de livres en ce moment… Je lis, en quantité raisonnable, mais les avis ne suivent pas. Ça ne se fait donc pas tout seul ? Comme c’est bizarre !
Après Vongozero, restons dans le froid glacial et la neige, avant que cela ne soit plus du tout de saison. Retrouver l’hiver dans le Wyoming, -15° au meilleur de la journée, est toujours un plaisir, bien au chaud sous la couette ou sous un plaid ! Retrouver « my pal » Craig (c’est ainsi qu’il signe ses dédicaces : « your pal Craig ») avec son tranquille shérif Walt Longmire, et tous les habitants du comté d’Absaroka, c’est aussi une petite douceur à ne pas refuser. Sauf avec le roman The dark horse, pour lequel cela n’avait pas trop fonctionné, soit dit en passant.
Bref, notre brave Walt se fait du souci pour son adjoint basque Saizabitoria qui ne va pas très bien. Une affaire de pouce trouvé dans une casse de voitures, dont les propriétaires sont de drôles de phénomènes, devrait permettre de donner un peu de cœur à l’ouvrage au jeune homme. D’autres problèmes s’y ajoutent, d’autres événements à l’échelle locale se déroulent, dont d’ailleurs une scène assez désopilante au tout début du roman, que je ne vous raconterai pas ! Comme toujours avec notre enquêteur du Wyoming, les répliques qui font mouche fusent et mettent le sourire aux lèvres. L’art, tout à fait propre à Craig Johnson, du petit détail insignifiant qui va faire avancer l’enquête, fait toujours plaisir à lire, ainsi que sa manière de brosser des portraits tendres et éloquents.
Bref, ça a parfaitement fonctionné cette fois, et j’ai de nouveau adoré son talent pour complexifier des situations de prime abord très simples, et pour rendre palpable l’ambiance des lieux emblématiques de la ville, de la prison au restaurant du coin, en passant par la casse de voitures, faisant partie intégrante du paysage enneigé de ce roman.

Extraits : Je sortis de ma poche poitrine mes Ray-Ban de dix ans d’âge et les mis sur mon nez pour soulager un peu mes pupilles dilatées. Alors même que les cieux étaient couverts, humides et gris comme un cadavre, la luminosité était suffisante pour affecter ma vue. On arrivait à cette partie de l’hiver qui n’en finissait pas, comme un roman russe. Un long, très long roman russe.

On était lundi, la deuxième semaine de février, et les gens parlaient moins, parce que le vent leur arrachait les paroles de la bouche et les expédiait directement jusqu’au Nebraska. J’avais l’image de toutes les conversations inachevées du Wyoming, empilées le long des talus jusqu’à ce que la neige les étouffe et qu’elles s’enfoncent dans la terre noire. Peut-être renaissaient-elles au printemps comme les fleurs des champs, mais j’en doutais.


L’auteur :
Craig Johnson a grandi dans une petite ville du Midwest, et s’en est vite échappé pour bourlinguer ici et là. Il a été officier de police, professeur d’Université, cow-boy, charpentier et pêcheur professionnel. Il est l’auteur de la série Walt Longmire, qui compte sept titres traduits à ce jour (bientôt huit), et possède un ranch sur les contreforts des Bighorn Mountains, dans le Wyoming, où il vit avec son épouse Judy.
336 pages
Éditeur : Gallmeister (2014)
Traduction : Sophie Aslanides
Titre original : Junkyard dogs

D’autres avis ? Chez Ariane, Sharon et Tasha… Projet 50 romans, 50 états : le Wyoming.
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