Publié dans littérature îles britanniques, littérature France, policier

Polars en vrac

Aujourd’hui commencent les Quais du Polar, et mes lectures de ces derniers temps m’y préparent, avec une jolie brochette de policiers historiques ou contemporains, romans noirs ou suspenses psychologiques… pour tous les goûts (ou presque, car si c’est vraiment trop dur ou violent, je les évite soigneusement). Voici les premiers lus :

auxanimauxlaguerreNicolas Mathieu, Aux animaux la guerre, éditions Actes Sud, 2014, existe en poche.
« Qu’elle le veuille ou non, Rita appartient à ce monde où les gens meurent au travail. »
Un premier roman pour commencer, celui de Nicolas Mathieu, dont le nom vous sera sans doute connu par son prix Goncourt 2018 pour Leurs enfants après eux. Comme pour son deuxième ouvrage, l’auteur a voulu créer un roman social, qui donne toute la place aux gens qui triment toute leur vie, exploités sans pouvoir lever le nez des tracas quotidiens. Ou alors qui tentent de s’en sortir comme Bruce à coup de plans soit-disant géniaux qui tournent court, ou comme Martel, devenu par la force des choses un délégué syndical qui a encore quelque poids, pour combien de temps ? Ou encore comme Rita, la touchante inspectrice du travail. Au cœur du roman, un plan de licenciement, un enlèvement, la Lorraine et la neige…
Beaucoup de personnages, sans doute, (je ne les ai pas cités tous) mais on s’y retrouve facilement, et une fin un peu déconcertante, c’est ce que je retiens, pourtant j’ai aimé découvrir à la fois une facette différente de l’auteur, un peu plus noire, et un style, qui se cherche et se trouve, déjà remarquable dans ce premier livre.

cabanedespendusGordon Ferris, La cabane des pendus, éditions Points (2016) traduction de Jacques Martinache, 384 pages.
« Il n’y a pas de fenêtres à la cabane des pendus. Seul un architecte sadique aurait eu l’idée d’offrir au condamné un dernier regard sur les jolies collines verdoyantes. »
Cette cabane, c’est le lieu où finissent les condamnés à mort à Glasgow dans les années d’après-guerre. Là que va se terminer la vie de Hugh Donovan, un héros de guerre pourtant accusé d’un crime affreux. Et c’est vrai que tout est contre lui. Son ami d’enfance Douglas Brodie, journaliste après avoir été policier, va tenter de le disculper, au risque de sa propre vie.
Quand on me parle de polar et d’Écosse, j’ai du mal à résister. Ce roman très prenant permet de découvrir un héros récurrent qui m’a plu, avec ses doutes, et en même temps des lieux et une époque… Les descriptions ne manquent de rien, on imagine fort bien les lieux. La psychologie des personnages est tout aussi précise et séduisante. Après un très léger coup de mou au milieu, le roman repart sur les chapeaux de roue vers une fin beaucoup plus animée, et même stressante.
Un polar de bonne facture et une série que je poursuivrai, c’est sûr ! (je conseille à ceux qui aiment l’Islande d’Indridason)

praguefatalePhilip Kerr, Prague fatale, le Livre de Poche, 2014, traduction de Philippe Bonnet, 576 pages.
« Que Heydrich puisse être généreux n’était pas une idée à laquelle j’avais envie de penser. C’était comme entendre dire que Hitler aimait les enfants ou qu’Ivan le Terrible avait possédé un chiot. »
Lorsqu’un livre m’évoque Berlin, je peux difficilement y résister, oui mais, me direz-vous, il s’agit de Prague, non ? Certes, avec une bonne partie de l’intrigue qui se déroule à Berlin, en 1941.
Je l’ai trouvé plus intéressant que la trilogie berlinoise sans qu’il m’ait pourtant passionné. Heureusement la dure vie quotidienne à Berlin en 1941, les terribles aspects historiques, et un peu d’humour, sauvent le livre. Le suspense réside dans l’enquête sur la mort d’un ouvrier du chemin de fer, mais aussi dans le questionnement sur la position scabreuse du capitaine Bernie Gunther, en opposition, mais pourtant agissant au cœur du système nazi. La vie amoureuse de Gunther avec une inconnue et ses rapports avec le dirigeant nazi Heydrich compliquent terriblement son enquête. Le roman comporte quelques scènes trop dures à mon goût, mais je m’y attendais. Si je ne suis pas enthousiaste, je suis tout de même tentée soit de reprendre la dernière partie de la trilogie qui se passe en 1947, soit de lire un autre volume qui succède de quelques années à celui que je viens de lire.

dernierinviteAnne Bourrel, Le dernier invité, éditions la Manufacture de Livres, 2018, 220 pages.
« Elle se promet de dire oui, oui à la mairie, elle martèle le oui dans sa tête par-dessus le bruit du papier qui se déchire. Oui, oui, oui. Elle s’encourage à dire oui. Pour une fois ce sera oui et leur journée sera parfaite. »
Je termine avec un roman noir qui n’a pas beaucoup fait parler de lui, et c’est bien dommage. Le jour de son mariage, la Petite, ainsi nommée par toute sa famille, part faire un jogging, et ne rentre pas. Tout le monde se prépare en l’attendant, et cette attente va mettre au jour des failles familiales, des jalousies et des ressentiments, qui risquent venir ternir la journée dans ce petit village provençal.
Le roman met un peu de temps à installer son statut de roman noir, mais au bout d’une soixantaine de pages, c’est fait, et même très bien fait ! L’histoire est bien menée avec des personnages et des situations qui ne manquent pas d’intérêt, parfois traversée de nostalgie, mais ne jouant pas uniquement sur cette corde. Le style, agréable à lire, pose avec aisance une atmosphère vénéneuse et menaçante, et laisse aussi la place à des mots rares, oubliés ou même inventés.
C’est l’écriture qui constitue le point fort de ce roman ! Ajoutons une excellente idée que la liste de lecture à la fin du livre où se côtoient Sophie Divry (j’avais pensé à elle en cours de lecture !) et Milena Agus, Marcus Malte et Stephen King. Sans que l’on puisse savoir lesquels ont eu une influence ou non. Une auteure à suivre, si vous voulez mon avis !

Publié dans littérature France, premier roman, rentrée hiver 2019

David Zukerman, San Perdido

sanperdidoUne fois n’est pas coutume, voici la quatrième de couverture, bien faite, et qui donne envie sans en révéler trop : « Qu’est-ce qu’un héros, sinon un homme qui réalise un jour les rêves secrets de tout un peuple ?
Un matin de printemps, dans la décharge à ciel ouvert de San Perdido, petite ville côtière du Panama aussi impitoyable que colorée, apparaît un enfant noir aux yeux bleus. Un orphelin muet qui n’a pour seul talent apparent qu’une force singulière dans les mains.
Il va pourtant survivre et devenir une légende. Venu de nulle part, cet enfant mystérieux au regard magnétique endossera le rôle de justicier silencieux au service des femmes et des opprimés et deviendra le héros d’une population jusque-là oubliée de Dieu. »
J’aurais envie de vous conseiller ce livre sans rien raconter de l’histoire, de vous laisser rêver à regarder la couverture, puis tourner la page et plonger dans une histoire aussi colorée que passionnante.
Tout à la fois roman d’aventures et roman choral, le livre tourne autour du personnage du jeune garçon, devenu jeune homme, tout en présentant et en donnant à connaître une foule d’autres habitants de cette petite ville du Panama. Aucun personnage n’est négligé et la manière de les décrire leur donne énormément de présence, mettant en avant tour à tour toutes sortes de personnalités, des plus humbles aux plus riches, des plus viles aux plus lumineuses. Coupée en deux par le pouvoir de l’argent, San Perdido recèle deux mondes, et c’est lorsque ces deux mondes se frôlent, se croisent, s’opposent, que la violence peut surgir.

« Felicia regarde la petite silhouette grandir peu à peu. Lorsqu’il est à une quinzaine de mètres, elle constate qu’il est très jeune, à peine une dizaine d’années. L’enfant contourne la carcasse calcinée d’un lit de fer sur laquelle on a jeté une gazinière et une pile de vieux cartons. Il enjambe un gros tuyau éventré, et Felicia s’aperçoit qu’il est pieds nus. »
Le début du roman, sous des allures tranquilles, campe bien la force du personnage, puis l’histoire monte vite en puissance et en tension, avec des rebondissements et des surprises, en faisant un vrai roman d’aventures, teinté d’une once de réalisme magique, juste ce qu’il faut pour se régaler sans restriction.
L’ensemble possède un bel équilibre, une réelle force à décrire les lieux et les protagonistes, à créer des beaux personnages, notamment féminins, et à entremêler différentes actions. L’écriture fluide et descriptive se coule bien dans le genre, sans trop en faire.
J’espère donc surtout que vous aurez envie de découvrir le Panama des années cinquante, les habitants de la décharge à ciel ouvert comme ceux des villas de luxe, les habitués des maisons closes comme ceux des bars mal famés… et de savoir quel but poursuit ce jeune homme muet aux yeux si bleus.

San Perdido de David Zukerman, éditions Calmann-Lévy (janvier 2019), 411 pages.

D’autres lectrices sous le charme : Albertine, Clara, Mimi, Nicole, et un entretien très intéressant chez Gruznamur.

tous les livres sur Babelio.com

 

Publié dans bande dessinée, littérature France

Quelques BD en vrac

img_2812Des bandes dessinées au féminin pour commencer l’année, deux auteures retrouvées et une autre découverte, et la preuve que le dessin peut permettre de raconter des histoires ou apporter des témoignages d’une manière différente de la langue écrite, moins frontale, mais tout aussi intense. Je n’aurais peut-être pas lu un roman ou un récit sur les mêmes thèmes que les BD présentées ici, mais le dessin me les a fait apprécier, et je m’y suis immergée bien volontiers.

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Catherine Bertrand Les chroniques d’une survivante, éditions La Martinière, 2018
Commençons tout d’abord par cette découverte faite grâce à Sylire qui m’a permis de gagner cette bande dessinée autobiographique. Catherine Bertrand était au Bataclan le 13 novembre 2015, et si elle s’en est sortie sans dommage physique, elle a très rapidement eu à affronter un sévère syndrome post-traumatique.
Ce fardeau qu’elle ressent comme un boulet à traîner partout, elle a l’idée de l’exprimer sous forme de journal dessiné. Elle dessine sa soirée dans la salle de concert, ses premières réactions comme celles de son entourage, ses entretiens avec une psy, ses galères administratives… Elle raconte aussi des épisodes au bureau, où il lui est difficile, voire impossible, de se concentrer, ou de trouver un intérêt aux petites histoires des collègues, elle retranscrit les petites phrases qui l’enfoncent un peu plus… Le trait rond, le noir et blanc, l’utilisation de l’écriture comme partie intégrante du dessin, la manière très imagée de retranscrire les hauts et les bas par lesquels elle passe, tout cela concourt à en faire un récit sincère et touchant.
A voir : le blog de l’auteure.


croisade_plancheChloé Cruchaudet La croisade des innocents, éditions Soleil, 2018
De Chloé Cruchaudet, j’ai lu Groenland-Manhattan et vu le film réalisé à partir de sa bande dessinée Mauvais genre (Nos années folles par André Téchiné). Je connaissais donc son goût pour les faits historiques peu connus, et susceptibles de donner lieu à un roman graphique. Imaginée d’après un fait réel, La croisade des innocents plonge le lecteur dans un Moyen-Âge sombre et crasseux, où des enfants se mettent à suivre le jeune Colas. Rejeté par sa famille, il est recueilli par des religieux qui exploitent ses maigres forces. Suite à une « rencontre » qui passe pour un miracle, lui que rien ne prédestinait à ce rôle, mais qui n’a rien à perdre à partir sur les routes, prend la tête d’une cohorte de jeunes et d’enfants qui partent dans le but de délivrer Jérusalem.
Des aquarelles dans des tons sombres, un trait fin pour caractériser les personnages, des lieux qui font travailler l’imagination, quelques dessins en pleine page plus poétiques… J’ai apprécié le dessin qui m’a rappelé par moments les trognes des chapiteaux romans, ou des gargouilles d’églises. Le graphisme rend particulièrement bien compte de cette époque, et donne envie de savoir ce qui va arriver à Colas et ses suiveurs. L’intérêt ne se dément pas tout au long de la lecture, et la conclusion, bien trouvée, ne manque pas de finesse. J’ai passé un très bon moment.

commissairek_plancheMarguerite Abouet, Donatien Mary, Commissaire Kouamé : Un si joli jardin, Gallimard, 2017
Encore un genre différent ! Marguerite Abouet est la scénariste de l’excellente série Aya de Yopougon et elle met de nouveau à l’honneur les habitants de son pays, la Côte d’Ivoire, dans le premier volume (je crois) d’une série policière. Le dessinateur n’est pas le même que pour Aya de Yopougon, et c’est bien dommage parce que j’aimais beaucoup son trait et la vision colorée d’Abidjan dans cette série. Là, c’est beaucoup plus « crayonné », bien adapté pour dessiner des scènes de bagarres ou de poursuites. Car il s’agit d’une aventure policière plutôt animée : un magistrat très connu a été assassiné dans un hôtel de passe, et le commissaire Marius Kouamé et son adjoint Arsène doivent mener une enquête rapide et discrète. Mais ils gênent pas mal de monde, et les morts tombent comme des mouches sur leur chemin. L’histoire est distrayante, mais pas très originale, et je ne suis pas plus enthousiaste que ça !

Publié dans littérature France, premier roman, rentrée littéraire 2018

Abnousse Shalmani, Les exilés meurent aussi d’amour

exilesmeurentaussiRentrée littéraire 2018 (17)
« C’est quelque chose, l’exil : une claque qui vous déstabilise à jamais. C’est l’impossibilité de tenir sur ses deux pieds, il y en a toujours un qui se dérobe comme s’il continuait à vivre au rythme du pays perdu. »
S’il est clair qu’il est question d’exil dans ce livre d’Abnousse Shalmani, ici, contrairement à son précédent livre (Khomeiny, Sade et moi) relatant son arrivée à Paris à l’âge de neuf ou dix ans, il s’agit d’un roman, et d’une famille imaginaire.
La famille de Shirin, des bourgeois intellectuels de gauche, quitte Téhéran dans les années 80, son père tout d’abord, puis elle-même et sa mère. À Paris, ils retrouvent les trois sœurs de sa mère, et son grand-père, personnages autour desquels tout le roman est construit. Il faut dire qu’entre Mitra la tyrannique, Zizi, l’artiste, et la jeune révolutionnaire Tala, les trois sœurs sont des femmes envahissantes, écrasantes, surtout pour la mère de Shirin, qu’elles traitent quasiment comme une domestique. La précarité économique les contraint de plus à cohabiter dans un petit appartement.

« Je pris l’habitude de la regarder dans son laboratoire, admirant sa patience, sa concentration, ses choix, ses mains qui n’hésitaient jamais, sa volonté qui ne connaissait pas l’impossible. D’une table basse boiteuse, elle faisait deux tables qui se superposaient, l’une rouge, l’autre noire agrémentée de roses. »
L’extrait montre le regard d’enfant que Shirin pose sur sa mère et ses doigts de fée, regard qui en fait une magicienne, une alchimiste, comme l’enfant s’exclame, ravie de trouver ce nouveau mot français dans le dictionnaire. J’ai commencé à vraiment apprécier ce roman au bout d’une cinquantaine de pages, avec le portrait de la mère, l’apprentissage acharné par la petite fille de la langue française et l’apparition d’Omid. Shirin tombe sous le charme de cet ami juif de sa tante Tala, et lui aussi se prend d’affection pour la petite fille, lui ouvrant les portes des musées pour parfaire sa culture.

« Le cinéma fut prohibé pour cause d’attentat, les restaurants pour cause d’hygiène, le théâtre et l’opéra pour une cause oubliée, ou plutôt : parce que ma famille n’osait pas y aller. Elle sentait le déclassement à plein nez et se révélait incapable de l’assumer. »
L’immense atout de ce roman d’apprentissage et d’exil, un sujet somme toute assez présent dans la littérature, c’est la langue très chatoyante, très personnelle, de l’auteure, parfois un peu péremptoire dans les affirmations qui viennent clore certains paragraphes, mais cela fait partie de son charme aussi « Les Iraniennes n’ont jamais rien compris à l’amour. » « Téhéran achetait l’idéal et dédaignait l’amour. » « Ils étaient des survivants. La seule chose qui me rassure, c’est qu’ainsi programmés pour la survie, ce sont ces tempéraments-là qui repeuplent la terre après les catastrophes. »
Le thème de la politique en exil, la vision qu’en a Shirin du haut de ses neuf ou dix ans, puis de ses vingt ans, est particulièrement intéressant, mais ce n’est pas le seul. Les thèmes sont nombreux, s’entrelacent, se répondent, se trouvent mis en parallèle avec des légendes persanes ou des histoires constitutives de la légende familiale. Le tout de manière subtile et avec toujours ce style qui sublime tout. C’est souvent assez drôle, par les mots choisis, et par le surgissement de scènes tragi-comiques. L’apparition du personnage du « tout petit frère », né après treize mois de grossesse, apporte une once de réalisme magique à l’iranienne qui s’intègre fort bien à l’ensemble.
Après un démarrage un peu hésitant, je me suis laissé emporter par le foisonnement de ce roman, son écriture pleine d’esprit, et sa galerie de personnages fascinants.

Les exilés meurent aussi d’amour d’Abnousse Shalmani, éditions Grasset (août 2018), 400 pages.

 Repéré grâce à Clara, Delphine qui s’est aussi entretenue avec l’auteure, Lili et Sylire.

Publié dans littérature France, rentrée littéraire 2018

Tiffany Tavernier, Roissy

roissyRentrée littéraire 2018 (16)
« Marcher. Toujours marcher. Quarante-huit heures sur place ont suffi pour que j’intègre l’information. Marcher, oui. Sans cesse. Seul moyen de ne pas se faire repérer par l’un des mille sept cents policiers affectés à la sécurité ou par l’une des sept cents caméras qui, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, filment les allées et venues de tous. Marcher, aller d’un bout à l’autre des aérogares, revenir sur ses pas. »
Une femme tire sa valise d’un terminal à l’autre de Roissy, s’arrête parfois, commence des conversations avec des passagers en partance, s’invente des destinations, des attentes, des vies… Elle ne part jamais, change d’apparence pour déjouer la vigilance des agents de sécurité et des caméras. Elle fait partie des SDF de l’aéroport, des invisibles qui parcourent tous les endroits, ouverts au public ou non, de l’immense bâtiment.
La narratrice est là depuis huit mois, depuis qu’elle a oublié son identité, et elle n’envisage pas de quitter ces parois vitrées et ces couloirs interminables qui constituent son univers. Ce monde à part, clos, en marge, parfois souterrain, recèle de la folie, à certains moments de la violence, mais aussi des touches d’humanité. Connaissance est faite avec les nombreux personnages qui composent cette foule en déshérence.

« Ici, je suis en sécurité. Personne ne peut me trouver, pas même ce type croisé devant les portes du Rio. Qui, à la surface, pourrait imaginer que des hommes ont choisi de vivre à plus de huit mètres sous terre dans ces galeries souterraines ? Boyaux qui se déploient sur des dizaines et des dizaines de kilomètres sous l’aéroport. »
La narratrice pourrait continuer à errer ainsi pendant des mois encore, elle se débrouille pour subsister, jusqu’à ce qu’elle remarque un homme qui revient chaque jour à l’accueil du vol Rio-Paris, et que lui aussi la repère…
Que dire de mon ressenti ? J’ai admiré l’écriture pleine de sensibilité, et j’ai été plus qu’étonnée par le sujet intéressant et très bien documenté des sans-domicile qui peuplent l’aéroport, partiellement pris en charge par des associations, mais qui reviennent toujours hanter couloirs et galeries souterraines.
Et malgré tout, je n’ai été qu’à moitié convaincue, le mélange n’a pas bien pris ; peut-être le thème de l’amnésie, et du retour progressif de la mémoire, était-il de trop. Je n’ai lu que des avis positifs, je comprends que d’autres puissent adorer ce roman, mais j’ai eu quelques petits passages à vide vers le milieu, rattrapés par un début et une fin où j’étais beaucoup plus présente à ma lecture, heureusement, et que j’ai pleinement appréciés.

Roissy de Tiffany Tavernier, éditions Sabine Wespieser, août 2018, 280 pages.

Des avis plus enthousiastes chez Joëlle, Mimi ou Zazy.

Publié dans lectures du mois, littérature Amérique du Nord, littérature îles britanniques, littérature France

Lectures du mois (18) novembre 2018

Ma liste de livres non chroniqués s’allongeant à vue d’oeil, je vais donc avoir recours au bon vieux billet collectif pour vous donner au moins un avis rapide sur des lectures, qui, à la suite de Nos enfants après eux, ont été loin d’être aussi enthousiasmantes.

33toursDavid Chariandy, 33 tours, éditions Zoé, 2018, traduit par Christine Raguet
« Nous étions des ratés et des petits magouilleurs de quartier. Nous étions les enfants du personnel de service, sans avenir. Aucun de nous n’était ce que nos parents voulaient que nous soyons. »
Je suis bien ennuyée, car j’ai écouté l’auteur au Festival America, l’ai trouvé intéressant, et j’étais sûre d’aimer ce roman. Pourtant l’histoire de deux frères élevés par une mère immigrée aimante, jeunes gens passionnés de musique, mais englués dans leur banlieue tristounette et leurs fréquentations peu recommandables, malgré les qualités d’écriture du texte, ne m’a pas emportée. Le drame s’annonce dès le début du roman, tout cela est très triste mais je suis restée extérieure à ce qui se jouait. Peut-être, comme je l’ai lu juste après Nos enfants après eux, ai-je fait une légère overdose de jeunesse défavorisée. D’autres ont beaucoup aimé.


affairederoadhillKate Summerscale, L’affaire de Road Hill House, éditions 10/18, 2009, traduction d’Eric Chédaille
« L’énigme de l’affaire tenait à la combinaison particulière de frénésie et de froideur, de préméditation et de passion, dont avait fait preuve le meurtrier. »
J’avais trouvé passionnant Un singulier garçon, où l’auteure reconstituait, à l’aide de nombreux documents d’archives, une affaire criminelle des plus obscures, qui avait eu lieu au XIXè siècle. Il s’agit ici de l’assassinat d’un garçonnet de quatre ans, dans une demeure bourgeoise à la campagne. Les suspects sont peu nombreux, puisque le meurtrier n’est pas venu de l’extérieur, mais ses motivations demeurent mystérieuses. Je n’ai pas adhéré au parti-pris de Kate Summerscale, qui s’intéresse principalement à l’enquêteur chargé de lever le voile sur ce crime odieux, et aux prémices du roman policier, et j’ai peiné dans ma lecture…


idaho.pngEmily Ruskovich, Idaho, éditions Gallmeister, 2018, traduction de Simon Baril
« Quand on aime quelqu’un qui est mort, et que sa mort disparaît parce qu’on ne peut plus s’en souvenir, il ne vous reste que la douleur d’un amour non partagé. »
Ce roman semble avoir rencontré un beau succès auprès des lecteurs. L’histoire d’une jeune femme qui vit avec un homme dont la précédente épouse est l’auteure d’un infanticide affreux, et dont l’autre enfant a disparu, contient pas mal d’ingrédients qui sont censés effectivement ferrer les lecteurs, mais sa construction éclatée, sa manière de cultiver le flou, le douteux, l’incertain, ont eu raison de ma patience (qui semble très limitée en ce moment…). Si vous n’aimez pas rester dans l’incertitude à la fin d’un roman, ne vous risquez pas dans celui-ci.

eleanoroliphantGail Honeyman, Eleanor Oliphant va très bien, éditions 10/18, 2017, traduit par Aline Azoulay-Pacvon
« J’ai parfois le sentiment que je ne suis pas là, que je suis le fruit de mon imagination. Il y a des jours où je me sens si peu attachée à la Terre que les fils qui me relient à la planète sont fins comme ceux d’une toile d’araignée, comme du sucre filé. »
J’avais commencé ce roman il y a plusieurs mois, et laissé de côté. Au vu de nombreux avis élogieux, je l’ai repris au début pour lui laisser sa chance. J’ai bien mieux apprécié cette fois-ci, à la fois le personnage d’Eleanor, et le style de l’auteure. On comprend progressivement pourquoi la vie de cette jeune femme est si affligeante, pourquoi elle obéit à des routines immuables et vides de sens. L’évolution d’Eleanor, des autres personnages qui deviennent attachants également, et la conclusion du roman, m’ont passionnée davantage que les préliminaires. C’est ma lecture préférée parmi celles que je présente ici, et le livre que je recommande !

desorientaleNégar Djavadi, Désorientale, éditions Liana Lévi, 2016
« Pour s’intégrer à une culture, il faut se désintégrer d’abord, du moins partiellement de la sienne. Se désunir, se désagréger, se dissocier. »
J’attendais beaucoup, trop sans doute, de ce roman de l’exil, un thème que j’affectionne, mais qui forcément peut amener nombre d’attentes, et donc de déceptions. La narration du roman, sous forme de poupées russes, et qui demande une attention assez soutenue, est plutôt sympathique, mais trop de jeu sur l’anticipation, une manière de faire annoncer de nombreuses fois par la narratrice qu’elle ne peut pas parler tout de suite de tel ou tel péripétie de son enfance, qu’elle parlera bientôt de l’EVENEMENT, oui, écrit de cet manière, j’avoue que ça m’a essentiellement agacée. J’ai traîné dix jours sur moins de 350 pages, ce qui n’est tout de même pas très bon signe.

Et vous, qu’avez-vous pensé de ces romans ?

Publié dans littérature France, mes préférés, rentrée littéraire 2018

Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux

leursenfantsapreseuxRentrée littéraire 2018 (13)
« Anthony vivait l’été de ses quatorze ans. Il faut bien que tout commence. »

Des jeunes nés dans la petite ville, anciennement industrielle d’Heillange, vivent quatre étés de 1992 à 1998… Anthony, Stéphanie, Hacine, Clem, entourés de leurs familles, leurs amis, ont d’abord quatorze ans, puis seize, dix-huit, vingt. Ils se rencontrent, s’approchent, s’accrochent, vivent leurs premières amours, tentent de se trouver une place, de s’inventer un avenir, se cherchent à l’opposé de leurs parents, dont ils dépendent encore. Ils rêvent de quitter leur petite ville, mais les moyens pour y parvenir ne leur sont pas donnés, à eux de les imaginer.

« À force de marcher, Anthony avait naturellement dérivé vers les marges de la ville. Jusque loin, on voyait maintenant un panorama navrant de buttes épaisses, d’herbes jaunes. Là-bas, une carcasse de caddy abandonné. Pour ceux qui avaient de l’imagination, ça pouvait sembler romantique. »
Tout d’abord, ce billet n’est pas un « effet-Goncourt ». Il m’arrive de lire des livres primés, bien entendu, et d’en aimer, mais ce n’est pas en général ce qui guide mon choix. Non, je l’avais réservé à la bibliothèque parce qu’il m’intriguait et l’ai lu une dizaine de jours avant que le fameux prix ne lui tombe dessus ! Mes impressions de lecture ne sont donc pas influencées, ni en bien, ni en mal.
Ce qui m’a beaucoup plu dans ce roman, c’est tout d’abord la mise en place en quatre étés non consécutifs, avec donc des ellipses qu’il convient au lecteur de combler. À aucun moment, je ne me suis ennuyée, ou lassée, comme cela aurait pu être le cas si l’auteur avait concentré tout sur un seul été, ou au contraire, étalé l’action de manière lisse sur plusieurs années.
J’ai beaucoup aimé aussi que les situations dramatiques ou conflictuelles ne soient pas toujours résolues de la manière la plus attendue, ou en cherchant au maximum à susciter l’émotion. L
e style parfaitement fluide et lisible, n’est jamais fade, même pour décrire un quotidien terne, ou des situations triviales. Les questionnements propres à l’adolescence donnent de toute façon du relief à tous les moments vécus.

« Ici la vie était une affaire de trajets. On allait au bahut, chez ses potes, en ville, à la plage, fumer un joint derrière la piscine, retrouver quelqu’un dans le petit parc. »
Le sujet,
comme le dit l’auteur, ce sont « des vies qui commencent dans un monde qui s’achève ». Ce thème de la disparition des classes ouvrières, et de la fracture sociale qui en a découlé, m’a rappelé le roman italien de Silvia Avallone, D’acier, ou les films de Ken Loach. Il a été à l’origine d’essais, je pense notamment à ceux de Christophe Guilluy sur la France périphérique, mais le présent roman, s’il est porteur de cette idée, est surtout formidable pour les portraits d’adolescents et de jeunes gens qu’il propose, pour l’immersion particulièrement réussie dans les années 90, pour l’évocation sensible et véridique du Nord-Est de la France, et pour son style percutant.
Je n’irai pas jusqu’à parler de chef-d’œuvre, mais c’est une lecture intense, prenante, d’un réalisme parfois cru et toujours plein de justesse. Je l’ai terminé il y a presque un mois, et aucun autre roman ne m’a autant accrochée depuis.


Leurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu, éditions Actes Sud (août 2018), 432 pages.

Excellent pour Cuné et Leiloona, alors que Delphine-Olympe est restée un peu à l’extérieur, c’est un coup de cœur pour Val.

Publié dans lectures du mois, littérature Asie, littérature France, nouvelles, rentrée littéraire 2018

Lectures du mois (17) octobre 2018

Voici quelques lectures regroupées, que je n’aurai pas le temps, le courage (rayer la mention inutile) d’évoquer plus en détails…

arabedufuturRiad Sattouf, L’arabe du futur, tome 1, éditions Allary, 2014
« Je ne comprenais pas ce mot. Mais depuis ce jour, quand j’entends « Dieu », je vois la tête de Georges Brassens. »
Cet arabe du futur, c’est Riad, un garçonnet tout blond et tout mignon, né d’un père syrien et d’une mère bretonne, trimballé de France en Libye, puis en Syrie, découvrant deux grands-mères si différentes, deux cultures, plusieurs langues. Dans ce premier tome, il a entre deux et six ans, et Riad Sattouf s’est placé à hauteur de ses souvenirs d’enfants, avec sans doute quelques reconstructions de la mémoire, ce qui n’empêche pas le tout de sonner très juste. Je connaissais l’auteur-dessinateur par Les cahiers d’Esther, je découvre avec plaisir cette série dont j’aime le graphisme et l’humour, et que je poursuivrai certainement.

Jérôme a aimé cet hommage au père.

deshommessansfemmes.jpgHaruki Murakami, Des hommes sans femmes, 10/18, 2017, traduction d’Hélène Morita

« Le barman était un homme d’une quarantaine d’années, plutôt taciturne, et un chat gris, maigre, dormait roulé en boule au coin d’une étagère ornementale. […] Des disques de vieux jazz tournaient sur la platine. »
Voilà bien qui plante une atmosphère à la Murakami ! Ce recueil composé de sept nouvelles explore l’âme masculine, et surtout leur rapport aux femmes, quand elles viennent à leur manquer. Le style de l’auteur, sa manière de construire chaque histoire sur des choses tues, tout fonctionne bien dans ces textes. Parfois, la nouvelle semble prendre un moment un chemin différent, mais revient finalement boucler son errance… Qu’ils soient hantés par une épouse disparue, rappelés au souvenir d’une ancienne amie, ou amoureux sans espoir, les personnages sont tous intéressants, et les légères touches de fantastique m’ont enchantée !

L’avis d’Eimelle qui découvrait l’auteur.

unmondeaporteeMaylis de Kerangal, Un monde à portée de main, Verticales, août 2018

Rentrée littéraire 2018 (12)
« Peindre les marbres, c’est se donner une géographie. »

Alors, pour moi avec Maylis de Kerangal, c’est « deux partout » : j’ai adoré Réparer les vivants et Corniche Kennedy et me suis ennuyée avec Naissance d’un pont et Un monde à portée de main… C’est sûr, son style est remarquable, et ce n’est d’ailleurs pas ce qui m’a gênée. Les belles phrases m’ont plu pendant une centaine de pages, mais je n’ai pas réussi à m’intéresser à Paula, et pas trop non plus au trompe-l’œil. Le sujet ne manque pas d’intérêt, mais des trois jeunes gens qui découvrent cet art si particulier, l’auteure se focalise surtout sur Paula, dont on ne comprend pas trop le cheminement personnel. J’ai parcouru la fin, mais je connaissais déjà pas mal de choses sur Lascaux, cela ne m’a pas accrochée davantage.

Un très bon roman pour Sylire.

apreslaguerreHervé le Corre, Après la guerre, Rivages, 2014

« Il y a des gens qui aiment leur malheur et le cultivent, quand d’autres sont jetés en enfer qui ne demandaient qu’à vivre heureux et tranquilles, dans la paix ordinaire des gens de peu. »
Bordeaux dans les années 50, sur fond de guerre d’Algérie… Heureusement que j’avais lu de bons avis sur ce roman noir, très noir, car j’aurais pu l’abandonner dès la première scène, très dure. Le style aussi m’a maintenue à flot, un joli contraste entre les dialogues truffés, sans que cela fasse cliché, d’expressions des années 50, et les évocations descriptives, celles de la ville grise et enfumée, ou les intérieurs, cafés, garages, très visuelles, parfois poétiques.
On comprend vite qu’il s’agit d’une histoire de vengeance et que le commissaire Darlac, une belle ordure, que même ses sbires regardent avec autant de méfiance que de dégoût, est menacé de représailles, reste à savoir par qui, et à se débrouiller pour trouver des suspects potentiels parmi l’écheveau de personnages, tous bien caractérisés et rendus vivants par la magie de l’écriture.

Un roman riche pour Alex, mais Eve-Yeshé ne l’a pas aimé.


reposetoiSerge Joncour, Repose-toi sur moi, Flammarion, 2016

« Il y a comme ça des projets qu’on garde en soi et qui aident à vivre. »
Quand des corbeaux importuns dans une cour d’immeuble amènent deux voisins à se rencontrer… ils n’ont rien en commun, elle est parisienne jusqu’au bout des ongles, mère de famille et travaille dans la mode, il vit quasiment en ermite, et travaille dans le recouvrement tout en regrettant sa ferme familiale et son épouse disparue. De Serge Joncour, j’ai lu L’écrivain national et Repose-toi sur moi, et je suis encore mitigée cette fois : j’ai aimé le style, vraiment enlevé et agréable à lire, mais trouvé la psychologie des personnages, et les histoires en elle-mêmes, un peu sommaires. Une comédie romantique, pour moi, rien de plus.

Delphine-Olympe beaucoup plus emballée que moi.

Publié dans littérature France, rentrée littéraire 2018

Agnès Desarthe, La chance de leur vie

chancedeleurvieRentrée littéraire 2018 (8)
« L’Amérique est aveugle, placide, telle une créature sous-marine que sa taille bien supérieure à celle de tous ses congénères porte à une indifférence proche de la léthargie. On se tient sur son dos comme sur une île, inconscient des soubresauts qui l’agitent. »
Ce roman aperç
u sur l’étagère des nouveautés à la bibliothèque m’a donné l’occasion de retrouver les écrits d’Agnès Desarthe, dont j’avais aimé Dans la nuit brune, une lecture plutôt enthousiasmante par son style, et sa manière d’appréhender les personnages et leurs interactions.
Un peu à la manière de David Lodge, la famille au centre de l’histoire se retrouve, par le biais d’un échange entre universités, sur un campus américain, en Caroline du Nord, logée dans la maison d’un professeur parti lui-même à l’étranger. Hector se sent vite très à l’aise dans cet univers, trop à l’aise même, tandis que son épouse Sylvie peine à trouver sa place, et observe avec un certain détachement l’attrait qu’Hector exerce sur ses collègues femmes. Quant à Lester, leur fils adolescent, né tardivement, il a décidé de se faire appeler Absalom Absalom, et il réunit rapidement autour de lui une drôle de clique dont il devient une sorte de gourou…

« A peine la question l’avait-elle effleurée qu’elle repartit là où elles se trouvaient toutes, serrées les uns contre les autres, à l’abri des réponses. »
C’est avec un sens de l’humour très particulier qu’Agnès Desarthe observe ses personnages jetés dans le microcosme unique d’une petite université américaine, et un sens de la formule qui fait mouche bien souvent. Bien qu’éloignés de France, la famille et leurs amis n’en sont pas moins touchés à distance par les attentats de novembre 2015, et réagissent chacun à leur façon.
Je suis un peu partagée à la suite de cette lecture, j’ai aimé le choix des caractères, la manière qu’a Agnès Desarthe de les mettre sous le microscope pour disséquer leurs moindres réactions. J’ai aimé notamment les passages qui concernent Sylvie, et la distance avec laquelle elle appréhende le monde qui l’entoure, tout en affrontant des bouleversements intimes.

« Mais elle n’avait pas d’amies, elle n’était pas douée pour l’amitié, se disait-elle. Elle s’était toujours imaginé que c’était à cause d’un genre de lenteur. Une lenteur à discerner qui était pour elle et qui était contre elle dans un groupe. »
J’ai complètement adhéré au style, jamais plat, et évitant toujours les banalités, beaucoup de phrases m’ont touchée et semblé particulièrement justes. Les conclusions des américains aux attentats, dans leur diversité, forment un ensemble de réactions cohérent qui préfigurent l’arrivée de Trump, alors qu’ils semblent certains que leur prochain président sera une femme. Les remarques très pertinentes de Lester/Absalom tombent bien souvent à point nommé, et les introspections de Sylvie semblent à la fois originales et universelles. Hector reste un peu plus plat et conventionnel, se conformant à merveille au rôle qui lui est dévolu !
La fin du roman m’a semblé légèrement frustrante, et l’ensemble ne me laissera pas un souvenir impérissable, mais j’ai passé un bon moment de lecture, et c’est déjà ça.

La chance de leur vie d’Agnès Desarthe, éditions de l’Olivier (août 2018), 304 pages.

Cuné l’a trouvé très intéressant,
Nicole est enthousiaste, Philisine a beaucoup aimé.

Publié dans albums, bande dessinée, littérature France

Sibylline, Capucine et Jérôme d’Aviau, Rat et les animaux moches

ratetlesanimauxmochesRat en a assez de se faire chasser à coups de balais, de s’entendre répéter qu’il est une affreuse bête, lui qui n’aime rien tant que rendre service ! Il décide de quitter la ville pour la campagne, et un petit village reculé semble lui convenir tout à fait : le village des Animaux moches qui font (un petit peu) peur. Réfugiés là également, Pieuvre, Araignée, Lamproie ou même Requin lui font bon accueil. Rat, qui fait preuve de beaucoup d’imagination, réussit même à trouver une utilité à certains de ces animaux qui, grâce à lui, quittent le village pour une vie meilleure. Mais l’arrivée d’un animal plus affreux, intérieurement, c’est à dire plus méchant et odieux que les autres, replonge tout le monde dans des abîmes de tristesse.

« Rat s’acclimate vite ; ils sont tous très gentils, malgré leurs drôles de têtes. »baudroie
Cet album est assez inclassable, ce qui n’est pas une critique, bien au contraire ! Le ton employé pour raconter l’histoire est assez enfantin, mais l’adulte trouve aussi du plaisir à la fois à la fable, et à sa morale, au dessin formidable, à l’écriture manuscrite élégante, à la mise en page originale.
Tout est soigné, rien n’est négligé, jusqu’aux bonus qui permettent d’écouter l’histoire en audio ou, par le biais d’une application, de découvrir des petits « plus » animés ou des fiches descriptives sur les animaux (comme ci-dessus). Je ne connaissais aucun des trois auteurs ou dessinateurs, j’ai été enchantée de la découverte, et pas tellement surprise de découvrir dans les remerciements le nom de Pierre Déom, le dessinateur de la Hulotte, le « journal le plus lu dans les terriers », qui a inspiré Jérôme d’Aviau par son trait et sa passion pour les animaux, fussent-ils moches !
Un album à lire et partager dans tous les terriers aussi !
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Rat et les animaux moches par Sibylline (scénario), Jérôme d’Aviau (dessin) et Capucine (lettrage), éditions Delcourt (2018), 206 pages.

Repérée chez Jérôme, piochée en bibliothèque. Et chroniquée aujourd’hui-même, chez Moka