littérature Amérique du Nord·projet 50 états

Ron Carlson, Retour à Oakpine

retouraoakpine« Traversant les magnifiques mesas dans les étranges lueurs du jour naissant pour franchir la frontière du Wyoming, Mason sut que c’était précisément ce qu’il cherchait : un changement, une fin, un nouveau chapitre de sa vieille existence. Il commencerait par un mois de travail sur une vieille maison. Il n’était pas perdu. Ce n’était pas une quête ; c’était un voyage empreint de gravité. »
Deux romans que je viens de lire, celui que je vous présente aujourd’hui, et le prochain sur ma liste de livres à chroniquer, présentent un peu des similitudes : deux frères, un drame qui est au centre du roman, des relations familiales qui se délitent, un éloignement suivi d’un retour… Autant dire tout de suite que Retour à Oakpine m’a beaucoup plus touchée, qu’il possède quelque chose que son « concurrent » n’a pas, même s’il est difficile de définir exactement ce quelque chose. Essayons tout de même !

« Au moment de monter sur scène, ils n’étaient que quatre gars un peu bizarres au début de leur dernière année de lycée. Quand ils en descendirent, ils formaient un groupe. »
D’abord, on sent dès les premières pages qu’on tient une formidable histoire d’amitié, et cela ne se dément pas jusqu’aux dernières lignes. Ils sont quatre presque quinquagénaires. Deux sont restés à Oakpine, deux en sont partis et y reviennent pour des raisons différentes. C’est un peu timidement, tranquillement, qu’ils reprennent contact, trente ans se sont passés tout de même depuis le drame qui a fait disparaître leur groupe à peine formé. En même temps, on suit la jeune génération, des lycéens comme eux autrefois, Wade, Wendy et Larry, le fils de l’un d’entre eux, et le plus attachant.

« Elle s’était avancée sur sa chaise, son visage une incarnation de la gravité. Jimmy se sentit plus éveillé que jamais depuis son retour.
– Comment savez-vous ce que je ressens ? demanda-t-elle. Comment avez-vous fait pour l’écrire ? »
Le thème de l’écriture est bien présent dans le roman, puisque Jimmy, qui revient auprès de ses parents alors qu’il se sait condamné par la maladie, est auteur de plusieurs romans, dont deux inspirés de sa jeunesse à Oakpine. La jeune Wendy vient lui demander des conseils, elle sent qu’elle doit écrire, que l’écriture est en elle… L’autre point fort du roman est l’écriture justement, celle de Ron Carlson, qui m’a tenue en haleine de bout en bout, qui sait aussi bien rendre vivants les dialogues, que rendre palpable l’atmosphère de la petite ville ou explorer le monde intérieur des personnages. L’humour n’en est pas absent, et certains portraits ne manquent pas de sel, comme celui de Stewart, le conservateur du musée dont le « comportement favori était de marcher à reculons en hochant la tête comme un expert. » ou de Larry, adolescent à la fois typique et peu ordinaire : « Le monde exerçait sur lui une attraction qu’il adorait sans la comprendre. »
Pour moi, c’est un très beau roman, dans le genre du Chant des plaines de Kent Haruf ou de Retour à Little Wing de Nickolas Butler.

Retour à Oakpine de Ron Carlson (Return to Oakpine, 2013) éditions Gallmeister (2016) traduit par Sophie Aslanides, 282 pages

Repéré chez Aifelle, Claudialucia et Keisha.

Projet 50 romans, 50 états pour le Wyoming. (le lien mène à la liste des romans, lus ou non)
USA Map Only

photographes du samedi

Photographe du samedi (41) Dominique Issermann

La photographe du samedi sera aujourd’hui, sans qu’il soit besoin de vous expliquer pourquoi, la photographe française Dominique Issermann.
issermann_cohen4

issermann_cohen7


Née en 1947, elle fait ses premières photos à quatre ans, et n’arrête plus : elle photographie des acteurs et des actrices, devient photographe de mode pour Sonia Rykiel, mais pour moi son nom évoque aussitôt les portraits superbes de Leonard Cohen. Elle a aussi réalisé des clips pour Leonard et d’autres chanteurs. Elle a aussi été l’une de ses muses, il a composé pour elle « I’m your man »…
Je n’ai choisi que des photos en noir et blanc, tellement superbe pour les visages.

 

Enregistrer

littérature îles britanniques

Julian Barnes, Le fracas du temps

fracasdutempsAutrefois, un enfant pouvait payer pour les péchés de son père, ou de sa mère. A présent, dans la société la plus avancée sur terre, les parents pouvaient payer pour les péchés de l’enfant, avec les oncles, tantes, cousins, la belle-famille, les collègues, les amis, et même l’homme qui vous souriait distraitement en sortant de l’ascenseur à 3 heures du matin. Le système punitif était très amélioré, et tellement plus complet qu’il ne l’avait été.
Le roman débute par une construction en spirale qui tourne autour d’un moment-clé de la vie de Dmitri Chostakovitch, tout en revenant sur des ép
isodes plus anciens. Cette organisation rend bien compte de l’état d’égarement du compositeur à ce moment précis de sa vie où il s’attend à une arrestation imminente. Il attend devant l’ascenseur, sur le palier de son appartement, avec une valise. Ainsi pourra-t-il éviter d’être arrêté devant ses enfants, et leur épargner que son déshonneur ne retombe sur eux.
Tout a commencé avec la présentation de son opéra Lady Macbeth de Mzensk éreinté par un éditorial de la Pravda juste après que Staline ait assisté à sa représentation. Dmitri se sent soutenu et protégé par le maréchal Toukhatchevski, mais lorsque celui-ci est arrêté, ses certitudes s’effondrent. Que faire d’autre dès lors que de sembler faire son mea culpa et renier une partie de son œuvre, faire mine de suivre la ligne imposée par le dictateur ? Il faut choisir entre poursuivre son idée de la musique, ou accepter de voir sa famille en pâtir. L’état d’esprit du compositeur est particulièrement bien rendu dans cette première partie tourbillonnante, et aussi dans les suivantes plus rectilignes, telles la ligne imposée suivie par Chostakovitch.
J’ai eu du mal à quitter ce roman qui a quelque chose de fascinant, notamment en ce qu’il permet d’apercevoir du stalinisme du côté d’un artiste obligé de se tenir sur le fil très très mince qui consiste à ne pas choisir entre rester dans les bonnes grâces du dictateur et conserver ses propres convictions.
Le style de Julian Barnes et la traduction très efficace sont pour quelque chose sans doute dans cet attrait du roman. Ceux qui avaient aimé Une fille qui danse apprécieront sans doute ce roman biographique, ainsi que ceux qui aiment à retrouver les années du stalinisme… Je plaisante, je ne pense pas que quiconque souhaiterait y revivre, mais les comprendre de l’intérieur, par la grâce d’un roman, oui, sans doute. Quant à découvrir Julian Barnes, pourquoi pas avec ce roman ou avec celui cité plus haut. J’ai lu également Le perroquet de Flaubert, mais cette lecture date tellement que je ne saurais me risquer à la recommander, même s’il me semble avoir aimé !

Extrait : Mais il n’était pas facile d’être un lâche. Être un héros était bien plus facile qu’être un lâche. Pour être un héros, il suffisait d’être courageux un instant – quand vous dégainiez, lanciez la bombe, actionniez le détonateur, mettiez fin aux jours du tyran, et aux vôtres aussi. Mais être un lâche, c’était s’embarquer dans une carrière qui durait toute une vie. Vous ne pouviez jamais vous détendre. Vous deviez anticiper la prochaine fois qu’il vous faudrait vous trouver des excuses, tergiverser, courber l’échine, vous refamiliariser avec le goût des bottes et l’état de votre propre âme déchue et abjecte. Être un lâche demandait de l’obstination, de la persistance, un refus de changer – qui en faisaient, dans un sens, une sorte de courage. Il sourit intérieurement et alluma une autre cigarette.

L’auteur : Né à Leicester en 1946, Julian Barnes est l’auteur de plusieurs recueil de nouvelles, d’essais et de romans, parmi lesquels Le perroquet de Flaubert (1986), Love,etc (1992), England, England (2000), Arthur et George (2007). Plus récemment Une fille, qui danse a remporté le Man Booker Prize 2011. En France, il est le seul auteur à avoir remporté à la fois le Prix Médicis and le Prix Fémina. En Angleterre il a reçu également de nombreux prix. Il vit à Londres.
200 pages.
Éditeur : Mercure de France (mars 2016)
Traduction : Jean-Pierre Aoustin
Titre original : The noise of time

bande dessinée·mes préférés·rentrée automne 2015

Zeina Abirached, Le piano oriental

pianoorientalC’est une véritable découverte pour moi que le roman graphique de cette jeune dessinatrice libanaise, qui en a pourtant déjà fait paraître cinq ou six. Ce qui frappe tout d’abord, c’est le noir et blanc, qui ne s’accommode pas de demi-teintes, pas de gris donc, et qui déploie une inventivité extraordinaire : des bruits entourent parfois la page, des listes de mots encadrent un portrait, des vagues, des lignes de partitions ou d’autres motifs envahissent des pages… Ce graphisme très travaillé est un véritable plaisir, à la fois pour les yeux, et parce qu’on ne sait jamais à quelle surprise s’attendre en tournant la page.
Dans les années 50, Abadallah a imaginé un piano capable de jouer les quarts de ton des mélodies orientales, et il est invité à montrer son invention à un facteur de pianos à Vienne. Il part, accompagné de son ami Victor.
En parallèle, Zeina découvre dans son enfance les langues étrangères et notamment le français, en même temps que la lecture, et si cela lui ouvre des portes, le fait de parler deux langues, la fait aussi se sentir toujours un peu étrangère, un peu décalée : tricoter le français et l’arabe n’est pas une sinécure. Le regard porté par les français quand elle finit par aller à Paris ne manque pas de la perturber aussi.
L’autobiographie, l’expérience de la narratrice, alterne avec des éléments de la vie de son arrière-grand-père, qui joue le rôle de l’ami d’Abdallah. Beaucoup de thèmes abordés donc dans cette très belle et originale bande dessinée, qui mérite largement les prix qu’elle a remportés et la reconnaissance des lecteurs.
pianooriental_planche2
pianooriental_planche1L’auteure : Zeina Abirached est une dessinatrice de bande dessinée libanaise née à Beyrouth en 1981, en pleine guerre civile. Elle a étudié à l’Académie libanaise des Beaux-arts, puis à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris.
En 2006, elle sort ses deux premiers albums et participe au Festival d’Angoulême. Après Beyrouth catharsis et 38 rue Youssef Semaani, son roman graphique Mourir partir revenir, le jeu des hirondelles connaît un très large succès public et critique. Il est sélectionné à Angoulême en 2008.
En 2015, elle publie Le piano oriental qui obtient le Prix Phénix de littérature 2015 et qui fait partie de la Sélection officielle du Festival d’Angoulême 2016.
210 pages.
Éditeur : Casterman (2015)

Repéré chez Enna et Leiloona.
Lu pour l’opération La BD fait son festival avec PriceMinister #1Blog1BD
note attribuée : 17/20.

 

bande dessinée·littérature France

Quelques BD en vrac…

enrageducielJoseph Safieddine et Loïc Guyon, L’enragé du ciel
J’ai choisi cette bande dessinée pour son thème, j’avais surtout retenu qu’il s’agissait du premier pilote à avoir pris des photos de Paris vues du ciel. Le thème de la photographie est finalement un peu à l’arrière-plan par rapport au destin individuel, mais je ne m’en plains pas, car cela donne un ensemble intéressant et plutôt riche en anecdotes et péripéties. Roger Henrard était aussi fou d’aviation, au risque de sa vie, que séducteur impénitent, quoique dûment marié. Il participa, entre autre, à des missions de repérages périlleuses en 1939 pour l’armée française. Et ce n’est qu’une petite partie d’une vie bien remplie.
Le dessin et la mise en couleurs de cette bande dessiné m’ont plu, avec une mention particulière pour le découpage en cases qui évite toute monotonie. L’histoire est complétée par un cahier de photos d’époque.
Une BD de bonne qualité donc, qui se lit bien, à conseiller à ceux que le thème ou l’époque intéressent.
160 pages
Éditions Sarbacane (septembre 2015)
enrageduciel_planche

UnpetitgoutdenoisetteVanyda, Un petit goût de noisette
J’avais déjà vu cette BD sur bon nombre de blogs et admiré le joli cadrage de la couverture, ainsi que le titre qui intrigue et séduit… Le début est à l’image de la couverture, tout en subtilité, se passant souvent de paroles, dans une jolie gamme de couleurs estivales. Une toute jeune fille, presque une enfant, et un garçon de six ou sept ans son aîné se croisent, bavardent, se trouvent des affinités. C’est très délicatement fait, très tendre.
Et là, surprise, il s’agit d’une histoire courte et d’autres suivent, toujours sur le thème des amours avortées, empêchées, empêtrées, décousues… Les couleurs changent, les sentiments restent, certains personnages réapparaissent. Cette BD touche par sa justesse, sa manière de saisir les petits moments où le cœur est bousculé, où les regards sont au diapason ou non.
Le découpage suit les valses-hésitations, avec des petites cases, des grandes, des ciels aquarellés, des rues, des appartements, des chambres, des portes…
Pourquoi « le goût de la noisette » ? Hé, hé, ce serait dommage de ne pas le laisser découvrir à ceux qui n’ont pas lu cette BD entêtante et rafraîchissante. Un très joli moment de lecture !
208 pages
Éditions Dargaud (2014)

unpetitgoutdenoisette-planche.jpg

rebetiko.jpgDavid Prudhomme, Rébétiko
Cette BD est avant tout documentaire, elle représente la musique de rébétiko et explique les origines turques de cette musique jouée essentiellement dans les quartiers populaires d’Athènes, en se focalisant sur les années 40/50. Elle fait le portrait imaginaire de quelques musiciens et de leur vie. Le dessin et le découpage m’ont convenu, les couleurs aussi. Les cases que j’ai préférées sont celles des intérieurs de café, et aussi les quelques vues du Pirée ou d’Athènes, ainsi que la traversée nocturne en canot, où les couleurs sont superbes.
J’ai eu un peu du mal avec les noms et surnoms des personnages, mais comme je savais qu’Aifelle avait noté cet obstacle, je me suis appliquée à essayer de les différencier physiquement, au moins… Opération presque réussie. Quant au scénario, c’est une certaine violence, ainsi que la consommation très fréquente de drogues qui m’ont un tantinet gênée, pouvaient-ils être aussi bons musiciens sous l’emprise de substances toxiques ? Quant à la violence, c’est très certainement l’animosité entre grecs et turcs qui l’explique, sans toutefois l’excuser.
Bref, pour le dessin, pour l’aspect documentaire, mais il me manque un petit quelque chose pour être vraiment emballée.
104 pages
Éditions Futuropolis (2009)

40_Rebetiko.TIF

littérature Amérique du Nord·projet 50 états

Sherman Alexie, Indian blues

indianbluesL’auteur est indien Spokane né en 1966 dans la réserve de Wellpinit, état de Washington. Romancier, poète, il a publié des recueils de poésie, de nouvelles et plusieurs romans. Il vit aujourd’hui à Seattle.
304 pages
Éditeur : 10/18 (1999)
Traduction : Michel Lederer
Titre original : Reservation blues


Premier roman de l’auteur, Indian blues a su allier avec fantaisie une description réaliste de la condition de vie des indiens des réserves, avec un brin de réalisme magique et une bonne dose d’humour.
Tout commence avec l’histoire de Robert Johnson, ce bluesman qui aurait vendu, dit-on, son âme au diable pour jouer superbement de la guitare. Robert Johnson a réellement épaté par sa virtuosité à la guitare et est mort dans les années 30.
Plusieurs dizaines d’années plus tard, la guitare de Robert Johnson se retrouve en possession d’un trio d’indiens Spokanes, et ces trois jeunes désœuvrés montent un groupe de rock qui commence à se faire connaître à l’intérieur, et même en dehors de leur réserve. Thomas Builds-the-Fire, le compositeur et chanteur de ce groupe, un doux rêveur, tombe amoureux d’une jeune fille de la tribu Flatheads, alors que ses comparses rêvent de filles blanches, car quelle meilleure revanche sur la vie que d’épater et séduire les filles de ceux qui réduisent les premiers habitants à de simples attributs folkloriques des États-Unis ?
Le parcours de ce roman dans ma bibliothèque est original, puisque je l’ai retrouvé pratiquement par hasard alors que je voulais lire Indian Killer pour mon projet 50 romans, 50 états, et que Jérôme m’a recommandé Indian blues. Je me suis alors rendu compte que je ne l’avais jamais lu au-delà de quelques pages, probablement à cause des petits caractères. Je ne portais pas encore de lunettes pour lire lorsque je l’ai acheté ! De plus, j’ai été ravie d’y retrouver loveinvainRobert Johnson et sa fameuse guitare rencontrés dans Love in vain, la BD de Jean-Michel Dupont et Mezzo, lue récemment à la bibliothèque mais pas commentée. Je vous recommande si vous en avez l’occasion, cette très belle BD, tant pour le sujet, que pour le traitement des images, et l’objet-livre.
Pour revenir à nos indiens, les pages émaillées de dialogues donnent un ton très vivant à leur histoire qui se lit agréablement. Un petit bémol pour les rêves des protagonistes qui parsèment le roman, sans ajouter grand chose à mon goût, mais un gros plus pour les articles de presse très drôles qui alternent aussi.
Pour en savoir plus sur le quotidien des réserves indiennes, je recommanderais plutôt Joseph Boyden ou Louise Erdrich, mais le ton plus fantaisiste, quoique pas dépourvu d’émotion, de Indian Blues, peut vous le faire préférer, si l’aspect décousu de mon billet ne vous a pas fait fuir !

Un extrait pour en juger ? Une foule de petits indiens s’était rassemblée – en effet, une foule de petits indiens se rassemblait toujours quelque part – pour regarder Thomas Builds-the-Fire, le conteur marginal de la tribu des Spokanes, parler à un drôle d’homme noir et sa guitare. L’événement méritait l’édification d’un nouveau monument historique. La réserve avait fait le plein de monuments de ce genre depuis des années, mais le Conseil tribal cherchait encore à en construire d’autres, car il recevait des subventions gouvernementales rien que pour ça.

Un autre ? Les Coyote Springs la regardèrent. Ils se sentaient pareils à des bébés tortues qui doivent aller seuls du nid où ils sont nés jusqu’à l’océan, pendant que toutes sortes de prédateurs se bousculent pour profiter de l’abondant buffet de chair tendre dressé sur la plage. Ils se sentaient pareils à des enfants indiens nés de parents indiens.

mois-amc3a9ricainC’est le mois américain qui commence chez Titine de Plaisirs à cultiver.

J’en profite aussi pour cocher l’état de Washington, dans l’Ouest des États-Unis, pour mon USA Map Onlyprojet 50 romans, 50 états. (la carte peut s’agrandir d’un clic)

bande dessinée

BD : Tourne disque et Tsunami

Aujourd’hui, (parce que décidément en ce moment, je ne déborde pas d’envie d’écrire) une petite chronique BD avec deux albums que j’ai eu plaisir à lire. tourne-disque

Raphaël Beuchot et Zidrou, Tourne disque Le Lombard (2014)

L’intérêt de cette BD réside tout d’abord dans son scénario. Elle fait voyager à la fois dans le temps et l’espace, pour suivre en 1930 le violoniste Eugène Ysaÿe jusqu’au Congo où il est invité à donner un concert. Rien ne se passe exactement comme prévu, l’exhibition est reportée pour cause de torticolis. Le maître va se reposer chez son neveu et y rencontre un africain qui connaît mieux la musique classique que beaucoup de ses élèves. Seuls les passages oniriques ne m’ont pas trop touchée, même s’ils permettent de montrer l’emprise de l’Afrique sur le vieux musicien. J’ai beaucoup aimé le graphisme, les avions, les guimbardes des années trente, la vision de l’Afrique (moins caricaturale, on s’en doute, que Tintin au Congo). L’intérêt pour l’histoire ne faiblit pas, l’émotion est présente, l’amour de la musique aussi… TourneDisque_pl1Repéré chez Jérôme et Noukette.

tsunamiJean-Denis Pendanx et Stéphane Piatszek, Tsunami Futuroplis (2013)

Un autre voyage, plus contemporain, dans Tsunami. Un jeune homme part à la recherche de sa sœur disparue depuis 9 ans près de Bandah Aceh, sur l’île de Sumatra. Elle y était partie pour venir en aide aux victimes du tsunami de 2004, et quelques mois après, a cessé de donner des nouvelles à sa famille. La naïveté, relative, du jeune Romain, les rencontres qui le mènent sur la piste de sa sœur, portent cette histoire. Le graphisme m’a beaucoup plu par moments, mais à d’autres un peu moins. Les paysages des îles indonésiennes sont particulièrement réussis, on sent vraiment la présence de la mer, sa force et sa beauté mêlées. J’ai cependant été moins touchée que par la bande dessinée précédente, je suis restée un peu à l’extérieur. Une légère touche fantastique plaira peut-être à certains, mais je m’en serais passée.

planche-tsunami-01

Sandrine a aimé.

littérature France·rentrée automne 2013

Olivier Bleys, Concerto pour la main morte

concerto-main-morteL’auteur : Olivier Bleys est l’auteur de plusieurs essais, récits de voyages, bandes dessinées et romans comme Pastel (Prix François Mauriac de l’Académie française) ou Le Maitre de café (Grand prix SGDL du roman).
240 pages
Editeur : Albin Michel (août 2013)

Lu il y a déjà quelques semaines, j’ai tout de même envie de vous dire deux mots de cet auteur découvert avec ce roman. L’histoire, ce qui a tout pour me plaire, se passe au plus profond de la Sibérie, dans un petit village, à peine quelques bâtisses de bois au bord de l’Ienisseï… Rien que les noms des fleuves de là-bas, ça emporte déjà comme une musique, Ob, Léna, Ienisseï… Et justement, c’est un musicien qui débarque le jour du passage de l’avant-dernier bateau avant l’arrêt hivernal. Ce bateau que Vladimir Golovkine rêvait de prendre, mais d’où il s’est fait rejeter avec sa valise emplie de bric à brac. Ce sera l’occasion pour Vladimir d’essayer de récolter quelque argent. Car le nouvel arrivant, un français, cherche un endroit où loger avec son piano. Pour quelle raison a-t-il choisi ce village loin de tout pour répéter le concerto n°2 de Rachmaninov ?
Le point fort de ce roman est son écriture ! Parfaite autant pour évoquer la taïga que pour retranscrire des dialogues quelque peu inspirés par une grande consommation de vodka ! Un léger essoufflement apparaît lorsque le pianiste se trouve installé à Mourava et qu’il commence une période de travail sur son instrument. Mais apparaît alors un troisième personnage qui va relancer l’intérêt en tentant de venir à bout de la résistance de Colin à jouer Rachmaninov. La fin de ce conte, qui balance tout du long entre réalisme et fantaisie, est très réussie. Un joli moment de lecture !

Extrait : Ce piano droit avait l’ampleur d’un piano de concert ! Il considéra un instant cette singularité et présuma que la cabane, tout en bois, faisait office de caisse de résonance. Il s’interrogea même si a forêt alentour, qui serrait le village de très près, ces millions d’arbres dont les plus avancés se reliaient aux maisons par la pointe de leurs racines ou de leurs branches – si la forêt, donc, ne vibrait pas à l’unisson. Il aurai fallu s’en assurer en collant l’oreille au tronc des sapins, mais qui jouerait pour lui ?

Repéré chez Anne, Hélène, Jérôme, Noukette, Philisine et Yv.

ancienssortis

Les anciens sont de sortie chez Stephie.

littérature îles britanniques·premier roman·rentrée automne 2014

Benjamin Wood, Le complexe d’Eden Bellwether

complexededenbellwetherRentrée littéraire 2014
L’auteur : Benjamin Wood, né en 1981, grandit dans le nord-ouest de l’Angleterre, dans une maison transformée par ses parents en maison de retraite. Il quitte l’école à dix-sept ans, souhaitant se consacrer à la musique comme compositeur et chanteur. Puis, il retourne à l’université, étudie l’écriture et obtient un diplôme aux Etats-Unis. Le complexe d’Eden Bellwether, son premier roman, a reçu d’excellentes critiques en Angleterre, et le prix du premier roman Fnac.
494 pages
Editeur : Zulma (août 2014)
Traduction : Renaud Morin
Titre original : The Bellwether revival

Je reviens rarement de la bibliothèque avec les livres que j’étais venue chercher, d’autant quand une nouveauté à la couverture aussi remarquable semble m’attendre là tout exprès ! Et un achat de moins, un !
Tout commence par une rencontre, un soir d’octobre, à Cambridge. A cause d’un air d’orgue plus aérien que ce qu’il a jamais entendu, Oscar, jeune aide-soignant dans une maison de retraite entre dans une chapelle du campus et assiste à l’office. Une jeune fille attire son attention, et ils discutent à la sortie, Iris est la sœur du jeune organiste, Eden Bellwether. Rapidement, Oscar, qui vient d’un milieu modeste, fréquente la riche famille Bellwether et le cercle restreint des amis de Iris et Eden.
Le roman se focalise alors sur la personnalité hors normes d’Eden, manipulateur, égoïste, avec cependant un certain charme, et obsédé en particulier par la musique et ses effets sur les auditeurs.
On ne peut pas vraiment qualifier ce roman de « roman de campus », car les enfants Bellwether vivent à l’extérieur, et non en internat, et bénéficient d’une annexe à la maison de leurs parents, qui possède même un orgue où Eden peut répéter, et procéder à des expérimentations que je ne vous dévoilerai pas. Cette liberté de mouvement et cette très grande aisance financière permettent le développement de l’histoire. Heureusement, Oscar vient en contrepoint, même si on peut se demander ce que ce groupe d’amis et cette famille très favorisés ont pu lui trouver pour s’attacher à lui aussi vite. C’est une petite faiblesse du roman que d’être un peu vague sur les liens entre les personnages, et comment ces liens se sont établis.
Sinon, l’histoire est particulièrement bien construite, sans temps morts. Les personnages, dont je n’ai pas parlé jusqu’alors, du vieux monsieur dont Oscar s’occupe à la maison de retraite, et de l’ami de celui-ci, psychologue spécialiste des troubles de la personnalité narcissique, ajoutent une dimension passionnante et solide au texte. Les rebondissements se succèdent, et hormis la fin qui n’est pas celle que j’aurais imaginée, j’ai apprécié de bout en bout cette lecture. Pas un coup de cœur, mais pour un premier roman, c’est une belle découverte, et j’espère que l’auteur continuera à écrire.

Je chipote peut-être un peu, mais j’ai repéré une erreur scientifique qui aurait pu être corrigée (j’ai noté page 244, mais je n’ai plus le livre sous la main). Il s’agit d’un personnage qui avance, tournant le dos au soleil couchant, et son ombre diminue au fur et à mesure qu’il avance… ça ne vous étonne pas, vous ?

Extrait : Eh bien, poursuivons cette piste, dit Eden en buvant une petite gorgée de vin. Si je te disais qu’il y a des musiques qui rendent heureux, et d’autres qui rendent triste, tu ne serais pas en désaccord avec moi ?
Oscar haussa les épaules.
« Soit.
– Eh bien, Mattheson croyait, et je le crois aussi, que les compositeurs ont le pouvoir d’affecter et de manipuler tes émotions, tes passions, comme disait Descartes. Par leur musique, ils sont tout à fait capables de te faire ressentir tout ce qu’ils veulent que tu ressentes. Un peu comme une expérience chimique : si des éléments sont associés selon une certaine formule tu obtiens une certaine réaction. Tu trouves que je vais trop loin ?

Beaucoup d’autres avis, j’ai nommé Cachou, Cécile, Cuné, Lewerentz, Papillon, Sandrine, Séverine, Yv

littérature France·policier·sortie en poche

Sortie poche (7) : Les harmoniques

harmoniques_pocheJe les ai aimés, ils sortent en poche…
L’auteur : 
Marcus Malte est né en 1967 et vit depuis ce temps à La Seyne-sur-Mer. Il a fait des études de cinéma, a été musicien de rock, de jazz et de variétés. Puis il s’est lancé dans l’écriture pour les adultes, plus particulièrement des romans noirs, et pour la jeunesse…
416 pages
Editeur : Folio (17 janvier 2013)

Quinze ans après Le doigt d’Horace et Le lac des singes, Marcus Malte retrouve Mister, le pianiste de jazz sensible, qui refuse de laisser refermer le dossier de la mort de Vera Nad. Cette jeune fille venait chaque semaine l’écouter dans la boîte de nuit où il jouait, touchée par les harmonies que ce noir baraqué réussissait à tirer de son piano. Mais Vera Nad, qui avait connu le pire à Vukovar, devait encore affronter le mal pour finir dans un coin sordide de la capitale, brûlée vive. Cela Mister ne l’accepte pas, et surtout que le dossier soit si vite classé, deux petits dealers ayant avoué le meurtre. Le duo formé de Mister et de son ami Bob, chauffeur de taxi lettré, va tenter de comprendre, en commençant par le cours de théâtre que fréquentait Vera.
Quand un poète vous conte une histoire policière… le style a plus d’importance que l’histoire elle-même. Non que l’intrigue ait à rougir de quelque défaut que ce soit, mais pour ma part, je me suis davantage laissé emporter par la musique des mots. Le personnage de Mister aussi est pour beaucoup dans le charme qui se dégage de ce roman, et le charme est une qualité assez peu associée au genre policier pour que cela soit noté. Mister, grand sentimental, que les injustices rendent malade, part en quête de vérité pour la mémoire de Vera Nad. Les personnages qu’il rencontrera seront, au fond de leurs âmes, plus noirs et cyniques les uns que les autres, même et surtout dans les hautes sphères du pouvoir. Le monde de l’art, théâtre, musique, peinture, sert de décor à l’enquête, quant aux souvenirs de Vukovar, ils sont presque entièrement empreints de désespoir.
Bref, il ne faudrait pas que je vous en dévoile trop, lisez ce roman, laissez vous séduire par sa mélodie chaleureuse, ses touches d’humour, découvrez Marcus Malte si ce n’est pas déjà fait. Pour ceux qui connaissent déjà, je trouve ce dernier roman moins dérangeant que
Garden of love, plus classique peut-être de facture, mais tout aussi réussi.

Extrait : Elle aimait les ballades. Les airs nostalgiques. Ceux qu’on peut fredonner les lèvres closes et laisser dérouler, ceux qu’on peut étirer à sa guise, à sa propre mesure, le temps qu’il faut. Ceux qui réchauffent durablement.Il semblait qu’elle eût vécu plus d’automnes que d’étés. Ne parlons pas de rose poussant sur le fumier mais plutôt d’un pur rayon de soleil qui force l’opaque et âcre nuage d’après bombardement pour venir se poser sur l’arbre aux branches dénudées. 
Dans un silence de mort.


D’autres impressions de lecture chez 
Alain, Amanda,  Emeraude, Gwenaëlle, Jean-Marc Laherrère et l’excellent article d’Alexandra Schwartzbrod dans Libération.

La page de l’auteur sur le site de l’éditeur Zulma.