Publié dans littérature Amérique du Nord, projet 50 états, sorti en poche

Julia Glass, La nuit des lucioles

nuitdeslucioles« Jasper ne s’était intéressé aux balades en traîneau que deux ou trois ans après son mariage avec Daphne. La première fois qu’il l’avait emmenée, elle lui avait dit que ça lui rappelait Le Docteur Jivago : elle était Julie Christie et lui Omar Sharif. Étrangement, c’est ce qu’il regrette : une femme qui exagère l’aspect romantique de tout ce qui l’entoure, met l’accent sur la beauté. »
Kit traîne sa déprime chez lui depuis la naissance de ses jumeaux et sa recherche infructueuse d’un poste d’enseignant, jusqu’à ce que sa femme lui propose d’enfin partir se mettre en quête du père qu’il n’a jamais connu. Comme sa mère refuse de répondre à ses questions, il va interroger son beau-père Jasper, avec lequel il est resté en bons termes. Son père ou un membre de sa famille pourra-t-il enfin répondre aux questions que Kit se pose ?
Sous cette jolie couverture de chez Gallmeister (qui représente la maison de Jasper, telle que décrite dans le roman), se cache un roman qui sonne juste et qui amène à rencontrer des personnages gagnant à être connus.

« Vous connaissez cette chanson : What a wonderful world ? Nous l’entendons si souvent qu’elle nous émeut autant qu’une publicité pour de la bière. Mais c’est une belle chanson. L’avez-vous jamais écouté attentivement ? La liste des choses qui prouvent que ce monde est merveilleux ? Je suis toujours ému par cette phrase : « Le radieux jour béni et la nuit noire sacrée. »
Lire un roman de Julia Glass constitue la parfaite lecture d’été, pas mièvre, ni trop optimiste, on y déprime, on s’y dispute, on s’y sépare et on y meurt comme dans la vie, pourtant c’est pour moi ce qui s’approche le plus d’une lecture qui fait du bien, un moment passé avec des gens intéressants, capables de tirer des leçons de leurs erreurs et de se lancer dans des projets captivants.
J’ai beaucoup apprécié la véracité des personnages et les dialogues bien tournés. La proximité immédiate entre le lecteur et Kit et les nombreux membres de sa famille recomposée, ainsi que la construction faite d’ellipses et de retours sur le passé, cet ensemble est séduisant et m’a plu autant que Jours de juin il y a quelques années. Comme dans le précédent, dont il reprend quelques personnages, sans être vraiment une suite, les thèmes de la mémoire familiale, de la paternité et de la maternité, de la maladie également, sont très présents, et intelligemment approfondis.

La nuit des lucioles de Julia Glass (And the dark sacred night, 2014) éditions Gallmeister poche (2019), traduction de Anne Damour, 489 pages.

Aimé aussi par Aifelle, Cathulu, Keisha et Nadège.

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Polars en vrac (6)

Voici mon retour après un dernier mois bien occupé par le remplissage de cartons, puis l’installation, notamment une bonne quantité de livres à placer sur les étagères. Au rayon policier, j’ai fait de belles découvertes parmi mes dernières lectures, meilleures que celles de littérature « blanche ». Des livres issus d’une série, des ouvrages isolés, du roman noir, de l’enquête classique et du thriller, chacun peut y trouver une de ses lectures d’été (quatre sur cinq sont en poche).


octobreSøren Sveistrup, Octobre (Kastanjemanden, 2018), traduction de Caroline Berg,
éditions Livre de poche, 732 pages
« L
es feuilles mortes tombent doucement dans la lumière du soleil, sur la route humide qui coule au milieu de la foret comme un fleuve à la surface noire et lisse. »
Une jeune mère de famille est retrouvée morte dans la banlieue de Copenhague, amputée d’une main. Le duo d’inspecteurs en charge de l’enquête est (bien sûr) assez atypique et les meurtres inexpliqués retiennent l’attention. Mais c’est surtout la construction qui est impressionnante de précision, on y voit tout de suite la science du scénariste de série policière. Ce roman sait déjouer les pièges des pistes trop bien tracées, autant que des dénouements qu’on devine de loin. Pour moi, il joue un peu trop sur les peurs en passant par le truchement d’un esprit pervers particulièrement imaginatif, ce qui me dérange un peu, et paraît une facilité, ou un « truc » destiné à retenir le lecteur.
Un très bon thriller, toutefois, pour qui aime ce genre.

defenseettrahisonAnne Perry, Défense et trahison (Defend and betray, 1992), traduction de Roxane Azimi, éditions 10/18, 416 pages
« Bien des femmes, ayant surpris leur mari avec une servante, étaient obligées de continuer à faire bonne figure. Car c’était à elles qu’on eût reproché de s’être mises dans cette situation délicate, facilement évitable… avec un peu de discrétion. »
Pour ma troisième lecture d’Anne Perry, je retrouve les personnages de William Monk, le policier amnésique et Hester Latterly, l’infirmière, comme dans Un deuil dangereux. C’est vraiment un plaisir, je trouve cette série de plus en plus attachante, et le portrait qui se dessine du Londres victorien ne manque pas de détails et de véracité. Mais qu’en est-il de l’enquête ? Cette fois encore, une maison bourgeoise est le cadre d’un accident qui s’avère un meurtre, commis de plus forcément par un membre de la maisonnée, voire de la famille, celle du général Thaddeus Carlyon, la victime. Même si les tenants et aboutissants se devinent assez facilement, la partie qui se règle au tribunal fait monter la tension et termine le roman de manière redoutable. Efficace !

selfiesJussi Adler Olsen, Selfies (2017), traduction de Caroline Berg, éditions Livre de Poche, 768 pages
« La dernière chose qu’elle vit avant de mourir fut le visage d’une femme qu’elle connaissait bien et qui n’avait aucune raison d’être là. »
Retrouvailles avec le groupe du Département V, ce qui est toujours un plaisir. Cette fois, le focus est mis sur Rose, la jeune femme ayant de plus en plus de problèmes psychiques qui nuisent à son efficacité habituelle, l’empêchent même de venir travailler, mais des coïncidences (un peu grosses ?) vont la placer au cœur de l’enquête. Des jeunes femmes pauvres, mais soucieuses de leur apparence, meurent dans les rues de Copenhague, renversées par un mystérieux chauffard. La construction du roman fait vite comprendre ce qu’il en est, sans pour autant nuire à l’efficacité de la tension narrative, bien au contraire. Le tueur de ce roman se trouve totalement à l’opposé des images habituelles, et c’est un bon point, mais pour moi, ce n’est pas le meilleur roman de la série.

unedeuxtroisDror Mishani, Une deux et trois, (Shosh, 2019), traduction de Laurence Sendrowicz, Gallimard, 2020, 336 pages
« Ils firent connaissance sur un site de rencontre pour divorcés. Il y affichait un profil plutôt banal – quarante-deux ans, divorcé, deux enfants, habite à Guivataïm –, et c’est ce qui la poussa à lui envoyer un message. »
Encore un auteur que je suis depuis ses deux premiers romans. Ici, pas de policier récurrent comme dans le 1 et le 2, mais trois femmes, très différentes, plus ou moins à la recherche d’une rencontre masculine, qui se trouvent successivement face au même homme. Guil a tout du type banal et sans histoire, si ce n’est une légère propension au mensonge, et pourtant, elles s’engagent chacune sur une pente bien dangereuse.
L’auteur fait merveille pour examiner la psychologie des personnages et pour surprendre le lecteur. Les rues de Tel-Aviv constituent un décor inhabituel. Ce roman m’a tenu en haleine pendant les deux petites journées où je l’ai dévoré !

hiverducommissaireMaurizio de Giovanni, L’hiver du commissaire Ricciardi, (Il senso del dolore. L’inverno del commissario Ricciardi, 2007), traduction d’Odile Rousseau, éditions Rivages poche, 267 pages
« En aval, la ville riche de la noblesse et de la bourgeoisie, de la culture et du droit. En amont, les quartiers populaires dans lesquels un autre système de lois et de normes était en vigueur, également ou peut-être encore plus rigide. La ville rassasiée et la ville affamée, la ville des fêtes et celle du désespoir. »
Après une série avec un autre enquêteur, je découvre enfin le commissaire Ricciardi. Naples dans les années 30, voilà qui a tout pour me plaire. L’Italie en cette année 1931 est plongée depuis neuf années (déjà) dans la période fasciste, mais ce n’est pas ce dont il s’agit ici, tout en faisant peser une ambiance sombre sur l’hiver napolitain. Soirée de première au théâtre San Carlo, pendant laquelle le célèbre ténor Arnaldo Vezzi est retrouvé mort dans sa loge. Le commissaire Ricciardi ne connaît pas l’opéra, il devra se faire aider par un fan de grands airs pour se faire une idée de ce qui s’est passé dans les murs du théâtre.
Les deux gros atouts de ce roman sont la personnalité du policier, et l’atmosphère napolitaine, les deux sont une parfaite réussite, et leur combinaison crée une addiction immédiate à la série. Sans oublier une superbe écriture. J’ai hâte de retrouver le Commissaire Ricciardi au printemps !

Deux pavés pour un billet, ce n’est pas mal, non ?
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Publié dans littérature Europe de l'Ouest, sorti en poche

Anna Enquist, Quatuor

quatuor« Dans le mouvement lent, Hugo et Caroline modulent en alternance les soupirs mélancoliques, ils font la course au vague à l’âme, puis échangent un sourire à la fin du passage. Le trio du menuet est un vrai plaisir, avec ses enchaînements de sauts fiévreux à trois temps ; le finale, exécuté à vive allure, les laisse tous hors d’haleine, comme s’ils venaient de franchir la ligne d’arrivée d’une course d’obstacle. »
Voilà un livre enfin sorti de la pile où il m’attendait. Il m’a permis de retrouver une auteure découverte avec Les porteurs de glace, et de lire dans l’ordre logique puisque Quatuor a été suivi il y a quelques mois par un autre roman reprenant les mêmes personnages, intitulé Quand la nuit s’approche, que je pourrai donc lire par la suite. Le roman que j’avais lu était très sombre, pas dans le sens pessimiste ou mélancolique, non, plutôt explorant les conséquences d’une épreuve, et les nuances de la tristesse. Vous penserez que ce n’est pas très gai, et pourtant, j’avais beaucoup aimé sa plume précise et efficace pour cerner les sentiments.
Venons-en au quatuor du titre. L’une est infirmière, l’autre médecin, l’un dirige un centre culturel, et le quatrième est luthier. Chacun dans son domaine soigne et répare, que ce soit les autres, la culture ou les instruments, chacun traînant plus ou moins vaillamment ses propres chagrins ou ses doutes. Seule la musique les transporte ailleurs, autre part que dans cette ville d’Amsterdam où plus rien ne semble aller. Sans qu’aucune date ne le précise, l’intrigue se déroule dans un futur proche, où la culture n’intéresse plus grand monde, et surtout pas le gouvernement, où les personnes âgées finissent dans des centres fermés où tout le monde ignore ce qui se passe.

« Mon Dieu, pense Reinier, qu’est-ce qui m’arrive ? Je le laisse entrer chez moi sans rien dire. Il va raconter à ses délinquants de frères tout ce qu’il y a ici, les archets qui valent plusieurs milliers d’euros, le violoncelle qui pourrait se vendre pour cinq cent milles aux enchères… Je pourrais aussi bien attendre qu’ils viennent dévaliser la maison, triple imbécile que je suis. C’est de ma faute. Je n’ai pas toute ma tête. »
Le cinquième personnage est Reinier, un vieil homme qui était un violoncelliste réputé, et le professeur de Caroline, la femme médecin du quatuor. Dans un pays où le gouvernement ne leur est plus d’aucun soutien, Caroline de même que Reinier ont du mal à laisser les autres les aider. Il en va de même, dans une moindre mesure pour les autres personnages, qui ont chacun des tourments dont ils évitent de parler.
Je me suis sentie en phase avec l’écriture précise d’Anna Enquist, faite de phrases courtes et très bien traduite. J’ai trouvé le dosage bien fait entre les moments plus légers et les réminiscences tragiques. Les personnages ont pris rapidement une épaisseur intéressante et la tournure prise par les faits à la fin du roman, quoiqu’un peu surprenante, ne m’a pas gênée. Pour faire court, parce que ma lecture date d’une quinzaine, je peux affirmer que ce roman a rempli parfaitement son rôle, de dépaysement autant que de mise en résonance. Presque un coup de cœur !

Quatuor d’Anna Enquist, (Kwartet, 2014) éditions Actes Sud, 2016, traduction de Emmanuelle Tardif, 303 pages en collection Babel.

Les avis d’Ariane et de Keisha.
Objectif PAL d’avril (à retrouver chez Antigone)
objectifpal2016

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Polars en vrac (5)

Je réserve souvent le mois de mars à la lecture de romans policiers, en préparation des Quais du Polar. L’édition 2020 a été virtuelle, et donc pour les rencontres d’auteurs en chair et en os, il faudra attendre ! J’ai quand même sorti de ma pile à lire quelques livres, avec des fortunes diverses, vous allez le voir.
Peut-être en connaissez-vous déjà certains ?

etrangesrivagesArnaldur Indridason, Etranges rivages, éditions Points, 2013, traduit par Eric Boury, 354 pages.
« 
Il aimait s’allonger sur le dos, la tête posée sur son sac, les yeux levés vers les étoiles en méditant sur ces théories qui affirmaient que le monde et l’univers étaient encore en expansion. Il appréciait de regarder le ciel nocturne et son océan d’étoiles en pensant à ces échelles de grandeur qui dépassaient l’entendement. »
Tout d’abord, un refuge pour temps difficiles, un doudou islandais aussi confortable qu’un bon gros pull en laine de mouton (mais qui gratte moins). Dans Étranges rivages, on retrouve Erlendur qui avait disparu de Reykjavik dans le précédent roman, si je me souviens bien. Il a retrouvé la maison de son enfance, en ruines, et il y campe en réfléchissant au sens de la vie. La rencontre avec un chasseur lui fait reconsidérer une histoire dont il avait entendu parler, la disparition d’une jeune femme lors d’une tempête presque soixante ans auparavant. Il enquête auprès des rares personnes qui ont connu cette femme et cet événement, et se remémore aussi la nuit où son jeune frère a disparu.
Aussi solide et attachant que d’habitude, ce roman s’apprécie beaucoup plus toutefois si on connaît déjà le personnage, sinon, mieux vaut commencer par La cité des jarres ou La femme en vert.


undeuildangereuxAnne Perry, Un deuil dangereux, éditions 10/18, 1999, traduit par Elisabeth Kern, 477 pages.
« Elle s’apprêtait à occuper dans la maisonnée une position qui ne ressemblait à aucune autre, légèrement au-dessus des domestiques, mais bien inférieure à une invitée de la famille. »
Encore une série et une valeur sûre avec ce roman à l’ambiance victorienne parfaitement reconstituée. Je n’avais lu que L’étrangleur de Cater Street, et j’ignorais que dans celui-ci l’enquêteur était différent. Il s’agit de William Monk, un policier souffrant d’amnésie, ce que ses supérieurs ignorent. Drôle de situation !
Monk doit enquêter sur la mort violente d’une jeune veuve au domicile de ses parents, frères et sœurs. Il semble que nul n’ait pu pénétrer dans la maison, et que le coupable soit à chercher parmi la famille ou les domestiques. Monk requiert l’aide d’Hester Latterly, une infirmière engagée et n’ayant peur de rien.
Ce roman bien construit emmène dans un XIXe siècle londonien où l’on se coule confortablement. Ce qui n’empêche pas de s’indigner du rôle dévolu aux femmes, de l’indigence de la médecine, et du décalage immense entre les différentes couches de la société !

passagedelaligne

Georges Simenon, Le passage de la ligne, paru aux Presses de la cité en 1958, 186 pages
« J’étais au bord de la vie comme au bord de l’eau, la vraie vie, la vie anonyme, celle dont on ne sait encore rien et où on va essayer ses forces. »
En prévision du mois belge, j’ai aussi sorti de ma pile ce Simenon, mélange habile, comme savait le faire l’auteur, de roman d’apprentissage et de roman noir. C’est un livre qui prend son temps, pas un roman policier à proprement parler, mais une analyse fine des prédispositions qui amènent une personne à « franchir la ligne », concept qui s’éclaire au fur et à mesure la lecture. Le narrateur revient sur son enfance, sa jeunesse pauvre avec une mère célibataire et un père anglais qu’il voit rarement. Comment accède-t-il ensuite à la vie à laquelle il rêve, sans états d’âme, voilà le sujet de ce roman avec lequel j’ai pris parfois quelque distance. C’est cohérent avec la froideur du personnage toutefois. Un roman intéressant, avec une belle écriture dont je ne me lasse pas.

derrierelahaineBarbara Abel, Derrière la haine, éditions Pocket, 2012, 344 pages.
« Rien n’est droit dans l’existence. La vie ressemble à un immense terrain accidenté, parsemé d’obstacles, de virages et de détours, une sorte de labyrinthe bourré de pièges dans lequel la ligne droite n’existe pas. »
Barbara Abel est une auteure belge que je me réjouissais de découvrir, et cette histoire de voisinage jouant sur le titre qui pourrait être Derrière la haie me semblait parfait pour commencer. D’un côté de la haie, donc Tiphaine et Sylvain, de l’autre Laetitia et David. Ils deviennent vite amis, leurs garçons qui ont le même âge sont inséparables. Jusqu’à ce qu’un drame fasse tout dégringoler dans le délire paranoïaque, la jalousie, la construction monstrueuse de la vengeance… Sans en dire plus sur l’intrigue, ce que j’ai surtout remarqué ce sont des personnages proches du cliché, et des phrases un peu toutes faites qui gâchent la bonne idée de départ du livre, déroulé jusqu’à un final qui se dessine assez vite et qui tourne à la semi-déception. Je ne le qualifierais pas de mauvais, mais je l’ai lu rapidement, et il ne me laissera pas un souvenir durable.

Retrouvez le mois belge chez Anne et Mina.
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Publié dans classique, littérature Amérique du Nord, sorti en poche

Jack London, La peste écarlate

pesteecarlate« – Imaginez-vous, mes enfants, des troupes d’hommes plus nombreuses que des bandes de saumons que vous avez vues souvent remonter le fleuve Sacramento, des troupes d’hommes que dégorgeaient les villes, qui, comme des bandes de fous, se déversaient sur les campagnes, dans un inutile effort pour fuir la mort qui s’attachait à leurs pas. »
Aujourd’hui, nous nous sommes donné rendez-vous à plusieurs blogueuses pour une lecture commune de La peste écarlate de Jack London. C’est un court roman, 142 pages dans mon édition numérique, suivie de deux nouvelles dont je ne parlerai pas aujourd’hui, Construire un feu et Comment disparut Marc O’Brien.
Voici le sujet de La peste écarlate : en 2073, cela fait soixante ans que l’humanité a sombré à la suite d’un fléau survenu en 2013, une maladie d’une virulence rare qui tue les humains en quelques heures. Un vieillard survit difficilement avec ses petits-enfants « vêtus de peaux de bêtes » et se remémore sa jeunesse. Il répond aux questions des jeunes garçons sur la vie d’avant, et l’épidémie dévastatrice. Cela résonne fort avec l’actualité, bien sûr, et pas de manière rassurante. Par exemple, le rôle de l’état se trouve expédié en quelques lignes dans le récit du vieillard, et les communications disparaissent tout aussi rapidement, « dix mille années de culture et de civilisation s’évaporèrent comme l’écume, en un clin d’oeil. ». Le vieil homme, alors jeune professeur d’université à San Francisco, confronté à la Peste rouge lors de sa fuite hors de la ville, ne développe pas la maladie, et comme lui, quelques dizaines d’humains. Il en rencontre certains au bout de longues années solitaires. Quelques tribus se reforment…

« La même histoire, dit-il en se parlant à lui-même, recommencera. Les hommes se multiplieront, puis ils se battront entre eux. Rien ne pourra l’empêcher. Quand ils auront retrouvé la poudre, c’est par milliers, puis par millions qu’ils s’entretueront. Et c’est ainsi, par le feu et par le sang, qu’une nouvelle civilisation se formera. »
Le roman est prétexte pour Jack London à aborder ses sujets de prédilection, le monde du travail, et la répartition des richesses, richesses bien peu utiles dans le monde tel qu’il le décrit. Le rôle de la culture reste important pour le grand-père, plus qu’un souvenir, puisqu’il a gardé des livres alors qu’aucun de ses petits-enfants n’imagine même à quoi ils servent. Ils ont du mal à comprendre le langage du vieil homme, tout occupés qu’ils sont à chasser ou à pêcher, leur vocabulaire est essentiellement pratique et ignore l’abstraction.
Je ne connaissais pas ce roman, écrit en 1912, qui mérite pourtant de figurer parmi les meilleurs romans d’anticipation. Pas aussi pessimiste qu’il peut le sembler au départ, il se termine sur une note d’espoir. Si l’histoire est un perpétuel recommencement, la civilisation finira forcément par reparaître, avec ses éternels dominants et ses habituels dominés, mais une forme de civilisation tout de même…
C’est étonnant de voir l’auteur décrire en 1912 le monde perdu de 2013, et ses ressemblances avec celui que nous connaissons. L’imagination des écrivains me remplit toujours d’admiration ! Quant à l’écriture, sa force emporte et immerge complètement dans une Californie retournée à l’état sauvage, auprès de ces personnages désemparés, dans des paysages qu’on s’imagine aussitôt. Plus je découvre Jack London, notamment par les nouvelles, (Les temps maudits) plus je suis étonnée par la multiplicité des univers qu’il a décrit !

La peste écarlate (The scarlett plague, 1912) de Jack London, traduction de Paul Gruyer et Louis Postif, Bibliothèque électronique du Québec, 142 pages.

Lecture commune avec ClaudiaLucia, Lilly, Miriam, …
Challenge Jack London
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Publié dans littérature Europe de l'Est et Russie, sorti en poche

Olga Tokarczuk Dieu, le temps, les hommes et les anges

dieuletemps« La condition d’enfant, de même que celle d’adulte, n’était qu’un état transitoire. Misia en eut l’intuition, et, dès lors, observa attentivement les modifications qui se produisaient en elle ainsi que chez les êtres de son entourage. »
Le petit village d’Antan est un village polonais comme les autres, jusqu’à ce qu’on observe de plus près ses habitants, le Mauvais Bougre, la Glaneuse, le châtelain, la femme du meunier, le Noyeur… Le temps qui rythme la vie du village ressemble au nôtre, les jours, les saisons, les naissances et les décès, les événement du XXe siècle y passent comme partout ailleurs. Les guerres en particulier. Mais la sensation du temps y est aussi fort différente d’un personnage à l’autre, d’une vie qui se termine avant d’avoir été vécue à une autre qui n’en finit pas. Tous les chapitres évoquent le temps, par leur titre, et par leur point de vue sur l’histoire du village. Ceux qui m’ont le plus parlé au début du roman, et m’ont immergée complètement dans la lecture du texte, sont « Le temps des enfants » qui montre comment une sorte de vision du monde vient progressivement aux enfants, et « Le temps du moulin à café » qui s’intéresse au temps des objets, pas aussi opposé qu’on l’imagine au temps des êtres vivants.
Ces chroniques villageoises peuvent sembler décousues et un peu déroutantes au début, mais deviennent de plus en plus captivantes au fur et à mesure des chapitres.

« Car Isidor se contrefoutait du parti aussi bien que de la fréquentation de l’église. À présent, il lui fallait beaucoup de temps pour réfléchir, se remémorer Ruth, lire, apprendre l’allemand, écrire des lettres, collectionner des timbres, contempler sa lucarne et pressentir, tout doucement, paresseusement, l’ordre de l’univers. »
Dans un chapitre du roman, le châtelain Popielski se pose des questions qui, d’une manière générale sont celles posées par le temps qui défile dans les pages du roman : « D’où venons-nous ? », puis « Peut-on tout savoir ? », « Comment vivre ? », et « Où allons-nous ? » questions par lesquelles le châtelain s’approprie les origines de la philosophie et de la religion.
Grâce à une belle traduction, de celles où on sent les phrases couler, les paragraphes se saisissent de leur rythme propre, et s’enchaînent parfaitement. On ressent la tendresse de l’auteure, mêlée d’une certaine dose de malice, pour ses personnages, mais aussi envers les animaux, les plantes, la nature. Quant à la force des personnages féminins, elle participe à la fascination exercée par le texte. Je pense en particulier à Misia et Ruth.
Olga Tokarczuk a réussi à trouver une très belle alliance entre le décor et la galerie de personnages, l’arrière-plan historique, les éléments du conte, les réflexions philosophiques, sans oublier le découpage original qui aide appréhender l’histoire d’Antan dans sa continuité. J’ai préféré déguster ce roman à petites doses que le dévorer, j’ai eu l’impression que cela lui convenait mieux, et je serais curieuse de savoir si c’est le cas pour d’autres lecteurs aussi.

Dieu, le temps, les hommes et les anges, d’Olga Tokarczuk, (Prawiek i inne czasy, 1996) éditions Robert Laffont (1998, 2019) traduction de Christophe Glogowski, 391 pages.

Ingannmic et Marilyne en ont fait une lecture commune et en parlent très bien ! Lecture pour le Mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran.
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Thomas Snégaroff, Little Rock, 1957

littlerock1957« Dans les couloirs, des élèves blancs les pointaient du doigt et chuchotaient des insultes sur leur passage. Des insultes dirigées à leur encontre, mais aussi destinées aux soldats qui restaient totalement impassibles. »
C’est en septembre 1957, la première rentrée des classes pour neuf lycéens noirs, les seuls acceptés parmi de nombreux dossiers déposés, pour entrer enfin à Central High School, un lycée jusqu’alors réservé aux blancs. La ségrégation est illégale depuis un arrêté de la Cour Suprême de 1954, mais pas encore appliquée en Arkansas.
Elizabeth Eckford, la seule à ne pas avoir le téléphone, n’est pas prévenue du report de cette rentrée très médiatisée au jour suivant, elle se retrouve seule sous les huées, et au milieu de visages remplis de haine. Ceci sous les flashes des photographes. Les jours suivants verront enfin les neuf pénétrer sous escorte militaire dans les salles de classe. Pendant ce temps la bataille juridique se poursuit entre le gouverneur de l’Arkansas hostile à la déségrégation, et la Cour Suprême qui veut faire appliquer la loi dans tous les états.

« S’appuyant sur l’arrêt Brown, le Conseil scolaire d’Hoxie décida de procéder à l’intégration. Un officiel justifia ainsi cette décision : « C’est la loi, c’est inévitable, c’est la volonté de Dieu et c’est moins cher. » Des quatre arguments, c’est indéniablement le dernier qui avait fait pencher la balance. »
L’auteur a travaillé à fond sur le sujet, allant chercher les racines dans l’esclavagisme, bien sûr, et aussi dans l’humiliation que constitua pour les états sudistes, la fin de la Guerre de Sécession et de l’esclavage. Il est allé interroger les témoins de 1957, et a rassemblé quantité de documents d’archives judiciaires, car c’est aussi devant les tribunaux que tout s’est joué.
Les passages les plus émouvants sont ceux qui suivent les premières semaines des neuf jeunes dans le lycée où ils rêvaient d’entrer. S’ils sont accompagnés au début par des soldats, certains endroits comme la cantine et les toilettes deviennent des lieux propices aux agressions, et la plupart d’entre eux réussissent à ne pas riposter, pour ne pas donner raison à leurs détracteurs. Ce courage force l’admiration.

Si le sujet m’a bien évidemment passionnée, et révoltée, l’abondance de documentation donne un ensemble parfois un peu froid. Cependant, la construction rehausse l’ensemble en présentant tour à tour les protagonistes, en leur donnant chair, et ça, ce n’est pas mal réussi du tout. Au final, un document tout à fait utile et édifiant, à lire et à faire lire !

Little Rock, 1957 de Thomas Snégaroff, éditions 10/18, 2019, 310 pages

Repéré chez Dominique.
L’African American History Month, c’est sur le blog d’Enna et sur Facebook.

black history month logo

Publié dans littérature Amérique du Nord, sorti en poche

Chris Offutt, Le bon frère

bonfrere.png« Lentement, avec un effort considérable, il pénétra dans les bois et gravit la colline. Sa voiture était là où il l’avait garée. Les arbres étaient toujours les mêmes. Rien n’avait changé. »
La vie de Virgil, dans ses collines du Kentucky, pourrait sembler étriquée, il n’a jamais quitté sa vallée, mais cela lui va très bien. Son travail lui offre des possibilités de promotion, il a une amie qui n’attend qu’un signe de lui pour commencer une vie à deux. Quatre mois après la mort de son frère Boyd, il ne peut toutefois plus ignorer les remarques, qui sont presque des injonctions à venger la mort de celui-ci. Virgil, tout à l’opposé de son frère, n’est pas quelqu’un d’impulsif, il prend le temps de peser toutes les options, sachant que même s’il choisit de laisser le meurtrier en vie, il ne pourra de toute façon plus rester au milieu des siens.

« Ils buvaient, ils aimaient, ils se battaient, et Joe aurait aimé être l’un des leurs, mais il savait qu’il ne le serait jamais. Il était fatigué d’essayer d’être comme tous les autres. »
Chris Offutt est un auteur que j’ai remarqué il y a quelques temps, et d’autant plus au printemps, lors de la sortie de son roman Nuits appalaches. J’ai donc enfin sorti ce roman de ma pile à lire. Les premières pages, mettant en place le personnage ont éveillé mon intérêt sans m’emballer plus que ça, si ce n’est le style assez remarquable. Mais au bout de quatre-vingt pages environ, un tournant dans l’histoire la rend tout à fait passionnante et difficile à lâcher. On se trouve dans la tradition du roman noir américain, mais avec un petit quelque chose en plus, un supplément d’âme. La nature, plus qu’une toile de fond, fait partie du personnage, mais ce sont surtout les choix qu’il doit faire, et l’évolution de son caractère qui sont intéressants. L’aspect presque documentaire sur certaines communautés américaines bien particulières, dont je parle sans trop en dire, puisque même la quatrième de couverture ne les mentionne pas, ajoute une dimension sociale à cette histoire. L’Amérique profonde ne manque jamais de nous étonner, et pas toujours dans le bon sens. Le thème initial, qui ferait déjà un bon roman, est largement dépassé, élargi, amplifié… Qu’est-ce que la liberté, jusqu’où peut-on aller en restant libre ? Un roman riche et remarquable. Je ne manquerai pas de me pencher sur les autres romans de Chris Offutt.

Le bon frère, de Chris Offutt (The good brother, 1997), éditions Gallmeister (2018), traduction de Freddy Michalski, 375 pages.

Objectif PAL d’octobre (les livres lus sont à retrouver ici)

Publié dans littérature Asie, sorti en poche

Shilpi Somaya Gowda, Un fils en or

unfilsenor« Anil savait qu’il devait travailler dur pendant cette année de stage, et il l’acceptait, mais il aurait aimé recevoir de temps en temps une parole d’encouragement de la part d’un chef, ou éprouver la satisfaction d’avoir bien fait quelque chose. Tout comme il aurait aimé que ses patients l’apprécient, ou simplement le respectent. »
Le roman commence dans l’ouest de l’Inde, dans la région du Gujarat. Anil est le premier de sa famille à faire des études supérieures, il va devenir médecin, et poursuit son cursus aux États-Unis, malgré les réticences de sa mère. Toutefois, une raison qui fait céder sa mère c’est qu’elle ne voit pas d’un très bon œil son attirance pour son amie d’enfance Leena, qui vient d’une famille moins aisée. La famille d’Anil est, elle, très bien considérée, et son père, reconnu pour sa sagesse, fait office de conciliateur. Ce qui donne lieu à des paragraphes très intéressants sur cette coutume. À Dallas, Anil a bien du mal à trouver sa place, que ce soit avec ses colocataires et amis, ou dans ses différents stages à l’hôpital.

« Il sembla à Leena que tout se passa très vite après cette journée à la Grande Maison. En l’espace d’une semaine, les préparatifs du mariage avaient commencé.
Il y a eu des rendez-vous avec l’astrologue et le pandit, Leena et sa mère sélectionnèrent des saris de mariage, des bijoux et des motifs de Mehdi pour les pieds et les mains. »

Lorsque Anil est parti, Leena doit accepter un mariage arrangé, elle pense pouvoir faire cela pour plaire à ses parents qui se sont endettés pour elle. Mais certaines familles ne voient dans les mariages qu’un moyen de trouver de l’argent facile, ainsi qu’une servante qu’on n’a pas besoin de payer.
J’ai beau avoir déjà lu des romans indiens, j’ai trouvé celui-ci fort bien fait, riche de nombreux thèmes, et je me suis attachée aux parcours d’Anil et de Leena. J’ai compati aux questionnements du jeune homme, et été submergée de colère à la lecture de ce que vit Leena. Ce sont de beaux portraits que dresse là l’auteure, notamment ceux des femmes sont particulièrement touchants et inoubliables. J’ai beaucoup apprécié que les personnages secondaires aient de la présence et des caractères tout sauf caricaturaux. Je trouve que pour un roman un peu long, les personnages moins importants ne doivent pas faire que de la figuration, sous peine d’ennuyer sérieusement les lecteurs. Pas un brin d’ennui ici, mais la rencontre de belles personnes, qui luttent pour construire leur vie, entre tradition et modernité.

Un fils en or de Shilpi Somaya Gowda, (The golden son, 2016) éditions Mercure de France, 2016, traduction de Josette Chicheportiche, 480 pages, existe en Folio.

Les avis de Daphné, Hélène

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Lire le monde: l’Inde

Publié dans littérature Amérique du Nord, non fiction, projet 50 états, sorti en poche

Edward Abbey, Désert solitaire

desertsolitaire.png« Ensuite, la plupart des choses dont je parle ici ont déjà disparu ou sont en train de disparaître rapidement. Ce livre n’est pas un guide de voyage ; c’est une élégie. Un tombeau. Ce que vous tenez entre vos mains est une stèle. Une foutue dalle de roc. Ne vous la faites pas tomber sur les pieds ; lancez-la contre quelque chose de grand, fait de verre et d’acier. Qu’avez-vous à perdre ? »
Edward Abbey a publié ce livre en 1968, mais il y relate son expérience de ranger dans le Parc National des Arches, dans l’Utah, à la fin des années 50. Il a repris son journal de bord pour écrire le livre, d’où de somptueuses pages sur la faune et la flore du désert, dont il remarque que, comme l’une et l’autre sont rares et clairsemées, chaque spécimen n’en est que plus original, plus fort et plus intéressant, donc. Il n’hésite donc pas à détailler sur de longs paragraphes le mode de vie du lézard tigré ou du serpent indigo, la floraison du yucca ou de la sauge des sables, le parfum du genévrier. Il évoque aussi son installation dans sa cabane éloignée de tout, ses marches dans le désert à la rencontre des fameuses arches, ses activités de ranger, les innombrables dangers du désert Mais surtout il prêche pour que les parcs soient interdits aux touristes motorisés : « Un homme à pied, à cheval ou à vélo voit plus, sent plus et savoure plus de choses en un seul mile qu’un touriste à moteur en cent. »

« De l’eau, de l’eau, de l’eau…. Il n’y a pas de pénurie d’eau dans le désert, l’eau y est présente exactement dans la quantité qu’il faut, […]. Ici l’eau ne manque pas, sauf si vous essayez de bâtir une ville là où nulle ville ne devrait se trouver. »
Et là, ce réquisitoire contre les touristes américains très dépendants de leurs voitures, ne daignant pas mettre un pied à terre sauf pour aller manger un burger, m’a un peu lassée. Au bout d’un moment, j’avais envie de dire que oui, j’avais compris le message. Je ne sais pas ce qu’il en est actuellement dans ces parcs, je suis bien sûr totalement d’avis que ne laisser que des marcheurs, cavaliers ou cyclistes y pénétrer est le meilleur moyen de les protéger.
J’ai trouvé que Edward Abbey, lui, en tant que ranger, utilisait tout de même pas mal son pick-up, et ai été surtout choquée par un passage et cette citation passionnante où Edward Abbey évoque un souvenir de ses années d’étudiant : « En chemin, nous nous arrêtâmes brièvement pour faire rouler un vieux pneu par-dessus la falaise du Grand Canyon. » Vraiment ? À noter qu’il cite ce haut fait non pour montrer comme il était jeune et bête, mais pour évoquer quelque chose qu’il a entendu dire par un ranger à cette occasion : ah bon, le ranger regardait ces jeunes jeter des pneus dans le Grand Canyon ? Ce devait être la fin des années 40, mais tout de même… De plus, j’ai été souvent agacée par le côté « vieux donneur de leçons » d’Edward Abbey, avant de me rendre compte que lors de son activité de garde saisonnier, il avait à peine une trentaine d’années et quarante ans lorsqu’il a écrit ce livre.
Bref, je crois que je préfère les romans d’Edward Abbey, j’avais trouvé Le feu sur la montagne « émouvant et contestataire à la fois, une très belle découverte » et pour finir, je vous laisse encore une belle image sur la nature et les grands espaces, dont le livre ne manque pas. Et je dois reconnaître que j’ai beaucoup aimé ces descriptions.

« L’odeur du genévrier qui brûle est la plus belle odeur au monde, à mon humble avis (…). Comme la fragrance de la sauge après la pluie, une simple bouffée de fumée de genévrier suffit à évoquer, par une sorte de catalyse magique comme en produit parfois la musique, l’espace, la lumière, la clarté et l’étrangeté poignante de l’Ouest américain. »

Désert solitaire d’Edward Abbey, (Desert solitaire, 1968), éditions Gallmeister (Totem, 2018), traduction de Jacques Mailhos, 347 pages.

Mois américain 2019, Objectif PAL et projet « 50 états, 50 romans ».

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