Lectures du mois (25) avril 2021

Voici des lectures regroupées faute d’avoir envie d’écrire des billets plus longs, et, une fois n’est pas coutume, ce sont exclusivement des romans français, et plutôt rapides à lire. Pas tout à fait des nouveautés, vous pourrez donc les trouver dans vos bibliothèques préférées s’ils vous intéressent.

Jean-Philippe Blondel, La grande escapade, éditions Buchet-Chastel, 2019, 266 pages, existe en Folio.
« Sept ans auparavant, Lorrain avait rejoint (avec retard et après beaucoup de tergiversations, soit) le camp des soixante-huitards – mais il en était revenu. Certes, il était fondamentalement attaché à la liberté de mouvement, mais lorsqu’on voyait toutes les dérives, la place de plus en plus grande que réclamaient les femmes, les droits qu’on voulait octroyer aux enfants, on ne pouvait que craindre les dérives et, disons-le, oui, le chaos. »

Au milieu des années soixante-dix, un léger vent de liberté souffle sur le groupe scolaire Denis-Diderot. Sur le temps d’une année scolaire, des amitiés enfantines se défont, des relations entre adultes se forment, des inimitiés deviennent plus marquantes. Il faut dire qu’il y a là quelques caractères bien trempés ! Le microcosme du groupe scolaire et des logements de fonction est habilement décrit par l’auteur, avec des personnages qui échappent à la caricature et des situations qui ne manquent pas d’ironie. La tribu des enfants d’enseignants est aussi bien portraiturée que celle des parents. J’ai été un peu étonnée que le focus passe du groupe des enfants au groupe des adultes de façon assez définitive, mais ce choix n’est pas inintéressant. Philippe Blondel demeure comme toujours agréable à lire, avec dans ce roman beaucoup plus d’ironie que dans les précédents qui étaient passés entre mes mains. Je serai curieuse de la suite, à l’occasion.

Maylis Adhémar, Bénie soit Sixtine, éditions Juilliard, 2020, 297 pages.
« Elles repartent le cœur empli de joie, les filles de la Milice de la Croix. Missionnaires, leurs pas glissent sur la chaussée du monde pécheur. Les dix commandements dans leur sac à main. Elles les feront leurs, elles les partageront. Ce soir, douze femmes résisteront au vice pour l’amour de Dieu. »

Élevée dans une famille catholique intégriste, Sixtine rencontre Pierre-Louis et cède à l’attrait du jeune homme, s’ensuit le beau mariage dont elle a rêvé, ou surtout que sa mère imaginait pour elle. Sixtine, qui a toujours été éloignée à force de prières et de pénitences, des réalités de la vie, et la nuit de noces et les suivantes ne sont guère des parties de plaisir. Quand elle attend un futur héritier, elle n’est pas à la fête non plus. Jusqu’à un événement qui va bousculer sa vie, ses croyances et lui faire découvrir d’autres milieux.
Beaucoup de lecteurs ou lectrices ont trouvée plus vraisemblable la première partie du roman, et été un peu désarçonnés par le cheminement de Sixtine dans la deuxième partie, j’ai eu le parcours inverse. Le début m’a semblé un peu caricatural, avec des personnages sans trop de nuances, alors que j’ai trouvé plus de finesse dans l’émancipation de Sixtine. L’idée d’intercaler des lettres de sa grand-mère adressées à la mère de Sixtine a apporté un contrepoint intéressant. Ne serait-ce que pour le parallèle avec Division avenue, par exemple, ce roman mérite d’être lu.

Olivier Hodasava, Une ville de papier, éditions Inculte, 2019, 136 pages.
« Tu vois, quand on fabrique une carte, quelle que soit la carte, on ajoute un élément fictif, une ville par exemple, une ville qui n’existe pas. On appelle ça une ville de papier – c’est joli, non, comme terme ? […] Comme ça, si quelqu’un vient à nous copier sans autorisation, il copie aussi notre ville imaginaire et alors on peut le prouver et, si nécessaire, attaquer en justice. »

L’extrait donne le sujet du roman : une ville est imaginée par un jeune cartographe dans les années 30, dans l’état du Maine. Oui, mais cette ville devient réelle grâce à quelques circonstances peu ordinaires. À notre époque, un journaliste, intrigué par ce fait inhabituel, enquête pour en retrouver des traces.
C’est un bon roman, car bien écrit et très malin, sans être inoubliable toutefois. Ce qui me reste, c’est l’habile manière de rester dans le flou : s’agit-il d’une enquête journalistique ou de faits totalement imaginés ? Ce n’est pas moi qui vous le dirai, bien sûr !

Jean-Paul Dubois, La succession, éditions Points, 2016, 234 pages.
« Que ce fût en famille ou dans l’exercice de son métier, j’ai toujours eu le sentiment qu’il y avait chez mon père cette appétence à palper l’âme humaine et à la tripoter comme on joue avec de la pâte à modeler. »

Il se prénomme Paul, comme tous les héros de Jean-Paul Dubois. Paul Katrakilis a fui sa famille toulousaine, enfin, ce qu’il en restait, pour vivre à Miami de sa passion de la pelote basque. Pourtant titulaire d’un diplôme de médecine, il préfère la petite vie qu’il s’est composée en Floride. Mais peut-on vraiment fuir un destin aussi bien tracé que le sien ? Ou plutôt mal tracé… Il doit en tout cas rentrer en France pour régler la succession de son père.
Sans tergiverser, c’est du Dubois pur jus, dans sa veine la plus sombre, et ça se lit fort bien, même si ce n’est pas le meilleur roman qui soit pour se remonter le moral !

Pascal Dessaint, L’horizon qui nous manque, éditions Rivages, 2019, 220 pages.
« Quand un gars récidive, c’est pas qu’il est plus con qu’un autre. C’est seulement qu’il est con plus souvent. Nuance. »

Des paumés se sont trouvés pour partager un terrain, deux caravanes et une baraque sommaire, non loin de la jungle démantelée de Calais. Lucile a quitté son métier de professeur des écoles pour aider les migrants. Anatole chasse et bricole des leurres pour attraper les oiseaux. Loïk travaille sur un chantier, mais son passé de taulard et son caractère imprévisible ne l’aident pas à se réinsérer dans la société. Leur colocation improvisée ne va pas aller de soi.
Je ne sais pas trop pourquoi je n’ai pas complètement adhéré à ce roman. Je l’ai lu en restant extérieure. Sans doute le dosage ne m’a-t-il pas convaincue, entre les situations pas très réjouissantes, et une certaine empathie de l’auteur pour les personnages, empathie que je n’ai pas réussi à ressentir.

Avez-vous lu certains de ces romans ? Ou peut-être pensez-vous à les lire ?

Patrice Gain, Denali

« C’était le premier matin du mois d’août. Une chaude journée d’été s’annonçait. Une de ces journées où la chaleur évapore votre énergie et vous laisse apathique. J’étais assis contre les planches disjointes du poulailler, près du potager. Les poules grattaient la terre et picoraient en caquetant. Une coccinelle jaune, avec sept points noirs, s’était posée sur les pages du livre Into the Wild que je n’arrivais pas à lâcher, puis elle était remontée le long de mon avant-bras. »
Le jeune Matt, quatorze ans, passe l’été chez sa grand-mère dans le Montana, après le décès de son père et l’internement de sa mère. Il se pose des questions sur ce qui a poussé son père à tenter une ascension risquée, celle du mont Denali, en Alaska, alors qu’il n’avait jamais manifesté d’intérêt pour l’escalade. Tout va aller de mal en pis pour Matt lorsque sa grand-mère décède brusquement. La seule famille qui lui reste, son frère aîné Jack, devient totalement incontrôlable, sous l’emprise de mauvaises fréquentations et de drogues diverses.
Malgré tout, le jeune garçon continue de chercher à en savoir plus sur son père, sur le couple qu’il formait avec sa mère, et sur sa disparition. Sa relation avec Jack est aussi centrale dans le roman, deux frères aussi différents l’un de l’autre, quoiqu’encore fort jeunes, des frères ennemis, l’un aussi mauvais que l’autre a un bon fond… On croirait, dans une certaine mesure, Caïn et Abel, mais l’explication qui en est donnée rend la chose tout à fait vraisemblable. Les épreuves que Matt traverse, compensées heureusement par la rencontre de quelques personnes bienveillantes, et surtout par le pouvoir de la nature à guérir les plaies, vont le faire mûrir, inévitablement, bien plus vite qu’il n’aurait fallu.

« Cette nuit-là, j’avais entendu une chouette. Il n’y avait plus d’électricité. Je ne m’étais pas encore habitué à ma solitude. Je l’apprivoisais la journée, elle me mordait à la nuit tombée. »
Sous la plume de Patrice Gain, auteur français que je découvre, tous les bons ingrédients d’un roman noir à l’américaine sont réunis, parfois un peu poussés à l’extrême dans le sombre et le sinistre, c’est-à-dire, à mon goût, du moins. D’autres adoreront cette avalanche de malheurs !
Si le comportement et le discours de Matt ne correspondent sans doute pas toujours à celui d’un jeune de quatorze ans, ce n’est pas gênant, et on ressent aisément à la lecture qu’un narrateur et personnage principal plus âgé aurait fait au bout du compte un tout autre roman.
Le texte, bien écrit, est superbe dans les évocations de la nature, des méandres de la rivière Bitterroot vers lesquels Matt revient souvent jusqu’au camp indien et aux falaises vertigineuses. L’histoire est particulièrement prenante et les interrogations assez nombreuses pour donner envie de tourner rapidement les pages. Impossible de ne pas compatir et se poser des questions en même temps que le jeune homme.
J’ai beau avoir déjà lu bien des romans d’apprentissages, celui-ci fera date par sa noirceur qui peut s’éclairer tout à coup, et par la tension qui y règne.

Denali, de Patrice Gain, éditions Le mot et le reste, 2017 et Livre de Poche, 2021, 284 pages.

Lu aussi récemment par Antigone.

Mo Malø, Qaanaaq

« Les meurtres ritualisés, je ne t’apprends rien, ça pue forcément. C’est soit le fait de givrés, soit un écran de fumée pour te balader. Dans les deux cas, tu ne dois pas te fier à tes impressions premières. Ne pense pas routine policière. Ne pense pas preuves matérielles. Pense folie. Ne te demande pas qui aurait intérêt à faire de telles atrocités… Demande-toi plutôt qui ne voit pas d’autre issue que cette mise en scène pour exister. »
À la famille déjà bien étendue des polars du froid, qui font voyager en Scandinavie ou en Islande, il faut maintenant ajouter le Groenland, sous la plume non d’un auteur local, mais d’un français, sous le pseudonyme de Mo Malø. Ce roman est le premier, qui permet de faire connaissance d’un policier danois, originaire du Groenland et adopté tout petit par un couple de Danois. Son nom est Qaanaaq, qui est aussi le nom d’une bourgade du nord de l’immense île couverte de glaces. Envoyé dans son pays d’origine, il va devoir enquêter sur des meurtres qui ont tout l’apparence de morts dues à des attaques d’ours, mais dans des lieux fermés à clefs. Étonnante contradiction ! Qaanaaq va surtout devoir décrypter la manière de raisonner des habitants, aidé en cela par l’inénarrable Apputiku, policier local. 

« Au Groenland, aucun prévenu ne restait plus de douze heures consécutives en cellule. Pour ce peuple de chasseurs nomades, la privation de liberté s’apparente à la mort. Par le passé, un nombre important de détenus s’étaient suicidés, d’autres s’étaient simplement laissés mourir de faim ou avaient dépéri de tristesse. C’est pourquoi on n’astreignait désormais les gardés à vue, comme les condamnés, à ne passer que leurs nuits en prison. »
Connaissiez-vous ce fait concernant la justice groenlandaise ? Saviez-vous qu’une base militaire américaine avait été creusée sous la banquise à la fin des années 50 ? Saviez-vous que le sol groenlandais contenait d’immenses gisements de pétrole ? Saviez-vous que les Inuits aiment à répondre à toute question « imaqa » qui signifie en gros « peut-être », coupant souvent court aux interrogations ?
Qaanaaq apprend tout cela et bien plus encore, car le roman regorge de détails sur la vie des Inuits, et joue bien son rôle de dépaysement. L’action n’est pas négligée, les quelques 550 pages foisonnent de rebondissements et de fausses pistes. Sans oublier des éléments qui éclaircissent la dramatique recherche des origines de Qaanaaq.
Malgré quelques longueurs, je retiens surtout une présentation originale, des personnages hors du commun, des doses bienvenues d’humour, et une solide recherche documentaire, éléments qui donnent tout à fait envie de lire les romans suivants.

Qaanaaq de Mo Malø, éditions Points, mars 2019, 549 pages.

une idée piochée chez Marilyne.

Paul Lynch, La neige noire

« Il se dirige vers la partie en pente où l’eau s’est accumulée, inspecte le système d’écoulement. La surface argentée de la flaque réfléchit si fidèlement le monde qu’on dirait un lambeau de ciel arraché. S’y reflètent le satin blanc du ciel et les branches des arbres, stérile beauté qui évoque un appel des morts déployant leurs ossements. »
Barnabas Kane est un émigrant de retour dans son Irlande natale après avoir bâti des gratte-ciels aux Etats-Unis. Avec son épouse et son fils, il s’est installé dans une ferme qu’il a fait prospérer, sans pourtant s’intégrer vraiment à la population locale. Un incendie dans son étable marque la fin de cette période d’aisance. Ce drame cause la mort de son employé et il perd toutes ses bêtes en une soirée cauchemardesque. Barnabas sombre alors dans des phases de colère et de dépression, se coupant autant de sa famille que de ses quelques voisins serviables.

« Le problème avec vous tous, c’est que vous accordez trop de place aux souvenirs. Vous vivez uniquement dans le passé. C’est la règle, par ici. Vous vivez en compagnie de fantômes, en vous apitoyant sur votre sort. Le regard constamment tourné en arrière. Incapables d’envisager l’avenir, de faire progresser le pays. »
Voici un roman noir d’encre comme j’en lis rarement, vraiment très sombre, qu’aucune lueur ne vient éclaircir. L’amertume de Barnabas, les réactions plutôt saines de sa femme Eskra, les errements de son fils Billy tout comme les ressentiments des habitants du village, tout est plombé par les cieux irlandais hostiles et les paysages aussi superbes que maussades, sous la plume de l’auteur. Il excelle autant à peindre les collines et les prairies qu’à faire sentir le poids des traditions et des superstitions. J’ai parfois trouvé l’abondance d’images et de métaphores un peu pénible, mais dans l’ensemble, l’écriture m’a plu et permis de supporter la noirceur du propos.
Ce roman était dans ma pile à lire depuis une éternité, depuis sa sortie en grand format, probablement. Une tentative pour commencer Un ciel rouge, le matin, tout aussi dramatiquement sombre, m’avait découragée de le lire. Je ne regrette pas la découverte, toutefois, et le recommande aux amateurs de romans noirs et de campagne irlandaise.

Avez-vous lu ce roman ou un autre de l’auteur ?

La neige noire de Paul Lynch (The black snow, 2014), éditions Albin Miche, 2015, traduction de Marina Boraso, 304 pages, existe en poche.

Livre lu pour l’Objectif PAL (chez Antigone) et le mois irlandais (chez Maeve)

Jake Hinkson, Au nom du bien

« Comme c’est étrange que nous soyons des corps et des personnes en même temps. Je me regarde à nouveau dans le miroir. On dirait que l’essentiel de la vie consiste à trouver comment être à la fois un corps et une personne. »
Pas facile d’être un pasteur estimé par sa communauté, père de cinq enfants et marié à un modèle de vertu, et d’avoir cédé à la tentation avec un jeune homme, surtout dans une petite ville de l’Arkansas, où l’activité préférée est d’observer et de commenter ce que font les voisins et concitoyens. Richard Weatherford se retrouve ainsi face à un jeune maître-chanteur qui n’aura aucun mal à ternir sa réputation, s’il ne lui donne pas immédiatement 30 000 dollars… Le pasteur désargenté doit alors imaginer un moyen de s’en sortir.

« Si tu ne viens pas aujourd’hui, nous entrerons dans la phase conséquences. »
Il faut dire que Richard Weatherford est très en vue, s’occupant de politique, il fait notamment campagne pour une ville sans alcool, ce qui déplaît à certains, tout en lui assurant la dévotion d’autres paroissiens. J’ai retrouvé des points communs avec mes précédentes lectures. Comme dans Des vies à découvert, le récit se déroule juste avant l’élection de Trump en 2016, et comme dans Des amis imaginaires, on a affaire à des personnages (certains d’entre eux) à fond dans le dogme religieux, pas loin de la dérive sectaire. La campagne présidentielle en arrière-plan enfonce bien le clou du cynisme et de l’absence de morale, quant à la religion, elle ne vient au secours du pasteur que lorsque ça l’arrange.

« Jusqu’à ce moment, j’ai vécu ma vie dans l’avenir, dans des rêves, des peurs, des espoirs et des angoisses. J’ai vécu dans la perspective de demain, de l’année prochaine, de l’éternité elle-même. »
Je retrouve un regain d’intérêt pour les romans noirs américains, à la condition que leur cruauté ne verse pas dans la provocation et l’overdose… Et dans ce roman, je me suis délectée : Jake Hinkson a imaginé un imbroglio où l’ironie le dispute à la noirceur, où la frontière entre le bien et le mal n’est pas là où on l’imagine, et il réussit à surprendre et à passionner avec des personnages bien ignobles, pour lesquels pourtant j’ai éprouvé de l’intérêt, dans l’attente de ce que l’avenir leur réservait, en terme de honte ou de malchance. La construction passant d’un protagoniste à un autre fonctionne très bien ici, révélant les turpitudes de chacun.
Je découvre cet auteur, mais je pense que je n’en ai pas fini avec lui. Religion et crime sont les deux leitmotivs de Jake Hinkson et, si je peux dire, ça fonctionne du feu de Dieu !

Au nom du bien de Jake Hinkson, (Dry county, 2019), éditions Gallmeister, 2020, traduction de Sophie Aslanides, 328 pages.

Repéré chez Luocine, Lewerentz vient de le commenter aussi tout récemment.

Alison Lurie, Des amis imaginaires

« McMann décida de m’envoyer à Sophis un week-end, pour explorer les lieux et prendre un premier contact. Si les choses paraissaient prometteuses, il viendrait lui-même sur place plus tard avec un ou deux étudiants de maîtrise qui avaient l’intention de participer à ce travail. Si ça tournait mal, ou si je me ridiculisais, ils pourraient modifier leur approche en conséquence. Autrement dit, j’étais plus ou moins remplaçable. »
Voici une lecture plus distrayante et légère que les précédentes, sans toutefois manquer de profondeur. Deux professeurs d’université, l’un, Tom McMann, assez établi quoique controversé, l’autre, Roger Zimmern, plus jeune, décident de se lancer ensemble dans une étude d’un groupe limité de personnes. L’idée est de voir comment ils réagissent à une situation de différend au sein du groupe. Vont-ils se scinder, ou rester soudés ? Le groupe choisi, les Chercheurs de Vérité, se réunit autour d’une jeune fille aux talents de médium, qui prétend communiquer avec des entités extra-terrestres. Ils se font admettre dans le groupe, sans tout révéler de leurs intentions, et commencent leurs observations, rapportée par le très sérieux Roger. Celui-ci met du temps à voir, lorsqu’il prend un peu de recul, sa recherche comme « une étude sociologique à court terme offrant des aspects comiques distrayants. » Cela, le lecteur l’a déjà vu depuis longtemps, et c’est tout le sel du roman.
Mais ça n’est qu’un court moment qu’il voit les choses comme finalement le lecteur les voit, le reste du temps il prend cette recherche avec sérieux, voire gravité. Jusqu’au moment où il commence à douter du comportement du professeur McMann…

« Par certains côtés, c’était sans doute plus drôle d’être chercheur de Vérité que professeur de fac. »
Mon choix pour ces retrouvailles avec Alison Lurie, auteure que j’ai beaucoup aimée et lue il y a une vingtaine d’années, s’est porté sur Des amis imaginaires que je n’avais pas lu. Je n’avais pas remarqué qu’il traitait de sociologie, et d’un phénomène de type sectaire, et j’espérais qu’il était aussi vif et subtil que les autres romans lus, et que j’aimerais toujours ce genre de lecture.
Je peux affirmer n’avoir pas été du tout déçue de me replonger dans l’univers d’Alison Lurie. L’étude très fine d’un groupe et de ses croyances se mêle avec habileté au thème de la vérité, ici particulièrement fluctuante, avec beaucoup de finesse et d’humour. Les personnages des exaltés que les sociologues observent sont assez ordinaires pour que le comique fonctionne bien, et les deux professeurs ayant du mal à garder leur neutralité, s’ensuivent des situations tout à fait cocasses. Faire sourire sur des sujets de réflexion portant sur la nature humaine, et ses travers, c’est ce que réussit très bien Alison Lurie, dans ce troisième roman.

Des amis imaginaires, d’Alison Lurie (Imaginary friends, 1967), éditions Rivages, 2006, traduction de Marie-Claude Peugeot, 384 pages

Lu par Keisha il y a quelque temps.
C’est lecture commune autour d’Alison Lurie aujourd’hui, allons voir chez Aifelle ce qu’en disent les autres lecteurs ou lectrices !

Joe Meno, Prodiges et miracles

« Ce dernier dit une prière puis recouvrit l’oisillon de deux pelletées de terre. Vraiment pathétique, songea Jim, détournant le regard du visage de son petit-fils. Il percuta soudain que c’était cela, c’était cela qui n’allait pas avec le pays, le monde, aujourd’hui : voilà ce qui arrivait quand on cessait de voir les choses naître, vivre et mourir. »
C’est un plaisir de commencer l’année avec un roman qui opère la synthèse admirable de tout ce que j’aime en littérature : une histoire forte et prenante, des personnages auxquels je m’attache tout de suite, une écriture qui sort du commun sans pour autant me plonger dans la perplexité. Au bout de dix pages, déjà charmée par le style, je me demandais ce qu’il pourrait bien advenir de prodigieux ou de miraculeux à la famille composée de Jim, Deirdre et Quentin, respectivement grand-père, fille et petit-fils. Manifestement, cette famille vivant dans l’Indiana dans les années 90 tenait ensemble par habitude plus que par attachement réciproque : un grand-père, ancien du Vietnam, bougon et dépassé par l’attitude d’une fille à fleur de peau et constamment sous l’emprise de substances diverses, un petit-fils de seize ans renfermé et presque asocial. Ajoutons à cela des difficultés économiques croissantes que seul Jim semblait percevoir, et vous aurez le portrait complet de cette famille.
Heureusement les mots de Joe Meno ont réussi assez souvent à m’arracher un sourire alors même que la situation semblait éminemment triste, et à me faire réfléchir, grâce à l’ouverture des pensées des personnages sur un monde plus vaste que leur univers étriqué.

« Revenant à lui, le grand-père regarda la jument qui clignait des yeux, pensive. À la vue de ces paupières grises qui se soulevaient en frémissant, de ces longs cils de poupée, difficile de ne pas songer à ces choses que vous auriez pu accomplir, ces choses que la peur vous avait empêché de réaliser, ou celles perpétrées à votre grand regret. C’était une sorte de seconde chance, cet animal. Flattant l’encolure du cheval, il tâcha de rêver une vie meilleure pour lui-même, pour le garçon, pour les deux. »
Deux événements viennent bouleverser la relation du grand-père, Jim, et de Quentin son petit-fils : le brusque départ de Deirdre et l’arrivée encore plus inattendue d’un cheval, une magnifique jument blanche.
D’autres personnages malveillants vont apparaître et semer le désordre à un moment où il ne fallait pas grand chose pour perturber le duo formé par le grand-père et le petit-fils. S’en suivra un parcours mouvementé… Je vous conseille au passage de ne pas lire la quatrième de couverture du poche qui en raconte beaucoup trop à mon goût. Ce livre est présenté souvent comme un roman policier, ce que je nuancerais : le roman d’initiation s’y mêle au suspense, l’introspection au roman noir, avec de petites touches d’humour et beaucoup d’humanité. J’avais commencé il y a quelques années Le blues de la harpie sans accrocher, je pense tout lire de l’auteur maintenant ! Et tant pis si je me répète, la langue, qui entrelace le terre-à-terre et la poésie, y est pour beaucoup, elle magnifie le récit, et, chose peu habituelle, je suis même allée lire les premières pages en anglais pour comparer à la traduction : verdict, j’ai adoré les deux !
J’ai été complètement sous le charme de cette histoire très forte, des personnalités de Jim Falls et de son petit-fils, ainsi que de la présence du magnifique cheval blanc qui va modifier le cours, pas très drôle, de leur vie, et donner un sens nouveau à leur relation.

Prodiges et miracles de Joe Meno (Marvel and a wonder, 2015) éditions Agullo, 2018, Livre de Poche, 2019, traduction de Morgane Saysana, 432 pages.

Merci à Krol pour m’avoir donné grande envie de (re)découvrir Joe Meno. Alex (Mots à mots) et Ingannmic sont séduites aussi.

Elizabeth Jane Howard, Une saison à Hydra

« L’angoisse du voyage de retour n’arrête pas de rebondir vers moi puis de s’éloigner de nouveau ; elle vient juste de me revenir, telle une balle agaçante, à la fois idiote et impossible à éviter. Il y a une énorme différence entre savoir ce qu’il faut faire et le faire, et je suppose que l’on passe la plus grande partie de sa vie dans cet entre-deux. »
Finissons l’année avec cette chronique d’un roman d’Elizabeth Jane Howard, qui m’a laissée un peu perplexe.
Quatre personnages y entrent en scène tout à tour à Londres dans les années cinquante : Emmanuel Joyce, un dramaturge en panne d’inspiration, son épouse Lilian jamais remise du décès de sa toute jeune enfant, et Jimmy le manager qui les accompagne partout, et résout pour eux tous les problèmes qui se présentent. Le
début entre dans le vif du sujet avec un événement qui fait qu’Emmanuel se montre sous un jour peu agréable, et se retrouve sans secrétaire. Cette entrée en matière qui agit sans présenter les personnages ne m’a pas séduite outre mesure. Ensuite passant du manager à l’épouse puis au dramaturge, cela prend une tournure plus intéressante, mais, baladée de Londres à New York, j’attendais déjà impatiemment de quitter ces endroits pour les îles grecques.
J’ai eu à ce moment-là l’impression d’être abonnée aux dramaturges et metteurs en scène de théâtre avec Le bal des ombres et Soleil de cendres, et ce n’était pas pour me déplaire. C’était avant que je me rende compte qu’il me faudrait arriver aux deux-tiers du roman pour atteindre enfin l’île grecque où je pensais paresser les pieds dans l’eau !

« Il la vit en entier – les promesses, les dangers, l’intensité de sa vie, ce qui bougeait ou restait assoupi en elle, sa forme, sa couleur, sa musique ; il vit tout ce qu’elle était, et plus qu’elle-même, ce fut la vérité de cette image qui lui fit voir en elle et en lui ce qui était éternel et ce qui pouvait changer. »
Et le quatrième personnage, me direz-vous ? Il s’agit d’une toute jeune fille, Alberta, aussi charmante que les pieds bien posés sur terre, qui va venir compléter le quatuor, en tant qu’apprentie secrétaire. Et là, on se demande qui va tomber dans les filets de qui, et on traque les moindres recoins de la conscience de chacun. Ce n’est pas du tout inintéressant, il y a même de très beaux passages, mais il faut bien le dire, pour moi, ça a été un peu long. Il m’a fallu presque les trois quarts du roman pour entrer dedans. En réalité, y entrer est facile, mais il ne se passe pas grand chose, et je m’ennuyais gentiment. C’était peut-être novateur en 1959, et le côté classique ne manque pas de charme, mais je pense être la preuve que ce roman ne sésduira pas tout le monde.
Maintenant, je ne sais plus trop si je vais lire Les Cazalet, dont on a tant parlé cet été. Je pensais que c’était une bonne idée de commencer par un autre roman, et en poche qui plus est, mais je serai prudente, dorénavant, d’autant que la saga compte cinq tomes.
La fin d’Une saison à Hydra rattrape tout, je l’ai trouvée heureusement beaucoup plus riche que le reste du roman, surtout en ce qui concerne l’évolution psychologique des personnages. La manière dont ils se révèlent capables d’évoluer, différents des personnes figées dans leurs comportements, et à vrai dire peu sympathiques, du début du roman, ne manque pas d’intérêt, et l’opposition entre ce qui relève, dans la vie, du destin ou du choix de chacun, parlera à beaucoup de lecteurs.
Voilà, à vous de voir s’il pourrait vous plaire.

Comme beaucoup, LadyDoubleH et Nicole se sont régalées.

Une saison à Hydra d’Elizabeth Jane Howard (The sea change, 1959) éditions La Table Ronde (poche), traduction de Sybille Bedford, 535 pages.

Serge Joncour, Chien-loup

« Ici, au tréfonds des collines, on n’imaginait pas que dans quelques heures, le tocsin vitrifierait les campagnes et qu’un vent soufflé des clochers abolirait l’été. Après-demain la guerre aspirerait les hommes du causses par trains entiers, avec au bout quatre années de feux, la disparition de quatre empires et plus de quinze millions de morts. »
Le premier chapitre, saisissant, se déroule en juillet 1914, à la veille de la première Guerre Mondiale, dans un petit village isolé sur le Causse.
Ensuite, en 2017, un couple vient prendre trois semaines de vacances dans une maison loin de tout, sans même de réseau ni de wifi. Pour Franck, producteur de cinéma, c’est inimaginable de passer tout ce temps sans téléphone, loin de ses associés qu’il soupçonne de vouloir le mettre sur la touche, mais pour sa femme Lise, actrice sans travail, c’est l’endroit parfait pour se ressourcer. Et quel endroit ! Une maison complètement isolée, en haut d’un chemin à la pente impressionnante, entourée de bois, de combes et de collines à perte de vue, une maison qui semble avoir une histoire tragique…
Puis on revient au village en 1914, lorsque les femmes se retrouvent presque seules à abattre le travail agricole et qu’un dompteur demande à se réfugier dans une maison isolée, avec ses tigres et ses lions, dont il craint qu’ils soient réquisitionnés ou abattus. Un dompteur allemand, qui plus est. Joséphine, la presque veuve du médecin du village parti combattre, est intriguée par cet homme…

« Le chien se posta en dehors de la cage, haletant et tendu, il jeta un œil à Franck qui finissait de descendre, attendant un ordre. Mais lequel devait le donner à l’autre, Franck ou le chien ? Lequel des deux devait prendre le dessus, la part du loup en l’homme, ou la part de l’homme en ce chien ? »
D’emblée, l’écriture m’a frappée. Je ne me souvenais pas avoir été aussi intriguée et emportée par le style de l’auteur dans L’écrivain national ou Repose-toi sur moi. J’ai aimé donc la manière de raconter et aussi le regard posé sur le couple formé par Frank et Lise, j’ai apprécié aussi cette manière de faire monter la tension à de nombreuses reprises pour la faire retomber deux chapitres plus loin, tout tranquillement. Ça marche particulièrement bien avec Franck, doué comme il est d’une capacité à se faire des films… Le suspense a son importance, mais plus passionnantes sont toutes les réflexions qui émaillent le roman.
De nombreux thèmes prennent place, et le roman me semble du coup beaucoup plus profond que les précédents que j’avais lus, qui m’avaient laissés un peu sur ma faim. En fait de faim, il est beaucoup question du végétarisme (avec Franck et Lise mais aussi Joséphine au début du siècle) du rapport entre les animaux et les hommes, mais aussi des humains entre eux qui ont des comportements proches du monde sauvage : de nombreuses images comparent ainsi les associés de Franck à des jeunes loups, et le monde du travail à la nature avec les faibles qui subissent, et les forts qui les dévorent. Bref, un roman riche, passionnant, pour lequel j’attendais peut-être une fin un peu différente, mais en tout cas, le plaisir de lecture était bien là !

Chien-loup de Serge Joncour, éditions Flammarion, août 2018, 476 pages, existe en poche.

D’autres avis : Antigone et Nicole plus emballées que Eva ou Une Comète.

Lectures du mois (23) novembre 2020

Comme bien souvent quand je peine à écrire des billets d’une certaine longueur, je regroupe quelques courts avis sur des livres lus fin octobre et en novembre, ou disons, commencés avec plus ou moins de succès…

Valérie Manteau, Le sillon, éditions Le Tripode, 2018, 272 pages, existe en poche.
« Alors, quelles sont les nouvelles du pays des droits de l’homme ? Je me demande si c’est ironique, mais non. J’essaie de continuer à lire un peu la presse française, qui paraît outrageusement futile et autocentrée quand on ne vit pas dans Paris intra-muros, quand on est par exemple sur un balcon surplombant Istanbul. »
Il y a quelque chose d’immédiatement attachant dans ce roman, peut-être le genre hybride, mi-souvenirs, mi-roman, et un certain humour, et aussi la manière très chaleureuse de présenter les rues et les habitants d’Istanbul, loin des clichés. Pourtant, après une soixantaine de pages passionnantes sur le pays, sur la langue, et à propos de Hrant Dink, journaliste arménien turc assassiné en 2007, un chapitre sur la Turquie face à l’Europe s’avère plus indigeste. Ensuite, je n’aime pas quand il y a trop de citations et d’insertions provenant d’articles ou de livres divers. L’histoire personnelle de la narratrice avec son ami turc ne me parle pas trop non plus. J’ai donc laissé le roman de côté pour peut-être le reprendre plus tard.

Je suis d’accord avec Saphoo sur Babelio

Delphine de Vigan, Les loyautés, éditions JC Lattès, 2018, 208 pages, sorti en poche.
« Un jour, il aimerait perdre conscience, totalement.
S’enfoncer dans le tissu épais de l’ivresse, se laisser recouvrir, ensevelir, pour quelques heures ou pour toujours, il sait que cela arrive. »
J’ai retrouvé Delphine de Vigan dont je n’ai lu que Les heures souterraines et D’après une histoire vraie, avec ce roman qui est plutôt dans la veine du premier. Hélène, qui enseigne les sciences en collège, remarque le comportement étrange de Théo, l’un de ses élèves. Persuadée qu’il est maltraité, elle va remuer sa hiérarchie, rencontrer la famille, dans une sorte de loyauté avec elle-même qui apparaît au cours du récit. C’est un roman très abordable, qui expose sans fard le mal-être et l’alcoolisme adolescents, qui explore aussi d’autres facettes du monde contemporain, avec des personnages pas si secondaires que ça, la vie de couple et les proches qu’on ne connait pas vraiment, Internet, l’amitié… Les personnages manquent parfois de nuances et trop de thèmes sont abordés, pour un roman court, ce qui donne une légère frustration en tournant la dernière page.

L’avis d’Anne

Rana Ahmad, Ici les femmes ne rêvent pas, éditions Globe, 2018, traduit de l’allemand par Olivier Manonni, 304 pages.
« En Arabie saoudite, se détourner de l’islam est puni de mort. Je sais bien qu’il existe d’autres religions, celles des chrétiens, des juifs, des bouddhistes. Mais l’idée qu’il puisse exister des gens qui ne croient pas du tout m’est incompréhensible. »
Il s’agit ici de vécu, et non d’un roman. Rana Ahmad revient sur son enfance en Arabie Saoudite, avec les étés en Syrie, sur sa jeunesse et son mariage raté, elle raconte aussi le quotidien des femmes saoudiennes, privées de tout et cachées des convoitises masculines par des épaisseurs de tissu noir, dénuées de tous droits et même de toute identité (elles sont fille de… ou femme de…). Dans ce carcan, échapper à des agressions sexuelles de proches, fuir un mariage arrangé ou devenir athée, tout cela peut sembler inimaginable, et pourtant Rana l’a fait, soutenue uniquement par l’amour inconditionnel mais discret de son père. C’est d’Allemagne où elle est réfugiée qu’elle a écrit ce témoignage fascinant et bouleversant. Dommage que le récit, si dramatique soit-il, soit desservi par un style sans relief, que l’on remarque davantage lorsque la tension se relâche.

Le billet de Keisha


Nathacha Appanah, Le ciel par-dessus le toit, Gallimard, 2019, 128 pages.
« Bon sang, comment faut-il la mener cette putain de vie pour qu’elle ne vous morde pas au quotidien ? Phénix avait pourtant fait tout le contraire de ses parents, […] elle leur avait donné des prénoms de fauve et d’oiseau, elle leur avait donné des griffes et des ailes, mais ça n’avait servi à rien. »
Superbe roman sur l’amour maternel et la transmission des failles héritées de l’enfance, le roman débute au moment où Phénix apprend que son fils Loup, dix-sept ans, est placé en détention pour avoir pris et conduit la voiture de sa mère, provoquant un accident. J’avais cru que le roman allait se dérouler dans l’Océan Indien comme Tropique de la violence, il n’en est rien, mais l’écriture sensible est encore plus marquante que dans ce roman précédent.
Le texte est court, poétique et ciselé, et il propose une très belle réflexion. Que demander de plus ?

Luocine convaincue aussi.

Dan Chaon, Une douce lueur de malveillance, éditions Points, 2020, traduit par Hélène Fournier, 528 pages.
« Les souvenirs n’étaient pas plus fiables que les rêves. »
Dustin est un psychologue qui a un lourd passé, ses parents ont été assassinés alors qu’il avait treize ans. Son frère adoptif accusé des meurtres vient tout juste de quitter la prison après une trentaine d’années d’incarcération. Dustin reçoit un patient qui l’intrigue avec ses recherches sur des disparitions d’étudiants.
Ce roman est très particulier dans sa forme, avec par moments une présentation par colonnes, ou par tableau. C’est un aspect intéressant, de même que l’exploration sur le thème de la mémoire et de la vérité. J’ai trouvé malgré tout l’histoire assez prévisible, tout en étant compliquée à lire, et dérangeante dans sa manière de mêler quotidien fade et événements morbides. De Dan Chaon, j’avais beaucoup aimé Cette vie ou une autre, cette fois, j’ai abandonné à la moitié, sans grand regret…

Eva, elle, est enthousiaste.