littérature Amérique du Nord·mes préférés·rentrée automne 2017

Ron Rash, Par le vent pleuré


parleventpleuréRentrée littéraire 2017 (5)
« J’attends un homme qui m’a menti pendant quarante-six ans. »
C’est l’été 1969, deux frères profitent de quelques moments de liberté accordés par leur grand-père, l’homme sévère qui les élève à sa manière, sans que leur mère ait grand-chose à dire, pour aller à la pêche au bord de la rivière. Ils y rencontrent Ligeia, jeune fille venue de Floride, libérée et insouciante. Pensez, la jeune fille a vécu dans une communauté ! Pour les deux frères, c’est un monde nouveau qui s’ouvre, surtout pour Eugene, le plus jeune. Bill, son aîné de deux ans, est fiancé, et se voit réaliser le projet grand-paternel, devenir chirurgien.
Quarante-six ans plus tard, des ossements sont retrouvés dans la Tuckaseegee, et Eugene repense au départ précipité de Ligeia, comment son frère avait dit l’avoir raccompagné à l’arrêt de bus…

« À San Francisco, le Summer of love, l’été de l’amour, a eu lieu en 1967, mais il a fallu deux ans pour qu’il atteigne le petit monde provincial des Appalaches. Sur l’autoroute, en février, on a aperçu un hippie au volant d’un minibus bariolé, un événement dûment signal par le Sylva Herald. Sinon, la contre-culture était quelque chose qu’on ne voyait qu’à la télévision, tout aussi exotique qu’un pingouin ou un palmier nain. »

Depuis 2010, et la première participation de Ron Rash aux Quais du Polar, j’ai lu tous ses romans traduits en français, et j’ai même en cours un recueil de nouvelles en anglais, superbe, mais que (dira-t-on) je savoure… Je n’ai donc pas raté ce dernier roman, prudemment emprunté en médiathèque, parce qu’il m’avait semblé que quelques avis manquaient d’enthousiasme.
Un été de l’adolescence, deux frères que tout oppose, une naïade disparue, une enquête très tardive, les ingrédients sont bons, mais il faut y ajouter le style de Ron Rash pour en faire un très bon roman. Pas un polar, non, même si une révélation finale apportera des réponses attendues, mais surtout le roman d’une relation fraternelle biaisée dès l’enfance par un grand-père qui place ses attentes dans un seul de ses petits-fils : il deviendra chirurgien. L’autre est gaucher, il le laisse magnanimement choisir une autre voie, mais la vie d’Eugene ne sera qu’une suite d’échecs, là où son frère réussit en tout. Et entre eux, il existe toujours cette ombre jetée par l’été 1969. Il va falloir pourtant que plusieurs décennies plus tard, ils réussissent à en parler.
Formidable Ron Rash, qui parvient à passionner avec une histoire assez classique, et des jeunes filles disparues au bord de l’eau, qui, de Bondrée à Summer, ne manquent pas dans la littérature ces derniers temps… La relation entre les deux frères, notamment à la période contemporaine, mais aussi les premiers émois adolescents, la vie dans une petite ville des Appalaches, tout est passionnant à lire sous sa plume, et avec une très belle traduction également. Je le conseille sans restriction, alors que j’étais restée un peu sur ma faim avec Le chant de la Tamassee.

Par le vent pleuré, de Ron Rash (The risen, 2016) éditions du Seuil (août 2017) traduit par Isabelle Reinharez, 200 pages.

Les avis de Daphné, Eimelle, Eva et Krol.

littérature Amérique du Nord·premier roman

Carol Rifka Brunt Dites aux loups que je suis chez moi

ditesauxloups« Ce dimanche-là, j’ai emporté la lettre de Toby dans les bois. De la vieille neige se cramponnait à chaque branche d’arbre, donnant aux bois dans leur ensemble une allure instable, comme si tout pouvait basculer d’une seconde à l’autre. J’ai suivi le mince ruisseau gelé en essayant d’entendre les loups. »
J’ai réussi, malgré les nombreuses tentations de rentrée littéraire à sortir un livre de ma pile à lire en cette fin de mois de septembre. J’avais acheté ce roman à sa sortie en poche, suite à quelques avis enthousiastes, notamment sur Babelio où la note générale du livre est vraiment excellente. Puisque je ne suis pas en phase avec cette extase quasi générale, je vais essayer de comprendre pourquoi !
June, ado de quatorze ans et narratrice, vit avec ses parents et sa sœur dans une petite ville de l’état de New York. En conflit permanent avec sa sœur aînée, June peine à se faire des camarades, et préfère cultiver son originalité, et s’inventer des histoires, se balader en forêt en s’imaginant au Moyen Âge ou rendre visite à son oncle Finn, artiste renommé. Mais Finn est très malade, ce sont les premières années du sida, et June doit se rendre à l’évidence que son oncle va la quitter.

 

« Ce sont les gens les plus malheureux qui veulent vivre éternellement parce qu’ils considèrent qu’ils n’ont pas fait tout ce qu’ils voulaient. Ils pensent qu’ils n’ont pas eu assez de temps. Ils ont l’impression d’avoir été arnaqués. »

Peu après la mort de son oncle, un certain Toby prend contact avec elle. C’est « l’ami particulier » de son oncle, et elle commence, quoiqu’un peu méfiante, à le fréquenter sans l’accord de ses parents. C’est à partir de là que j’ai commencé à trouver un manque de réalisme à cette situation et à d’autres épisodes du récit de June, et que j’ai commencé à m’ennuyer, rouvrant sans enthousiasme un livre que j’avais pourtant bien aimé jusqu’au 200 premières pages environ. Je me suis rendu compte que je n’étais sans doute absolument pas le public visé par ce roman, destiné à un lectorat jeune, voir adolescent. Si j’ai été touchée et agréablement surprise par la représentation de l’arrivée du sida dans les années 80, et des images erronées qu’elle véhiculaient, qui sont très justes, d’autres épisodes entre June et sa sœur, ou entre June et Toby, m’ont semblé répétitifs, et sans grand intérêt. Quant à la fin, elle ne m’a rien apporté de plus. C’est dommage, parce que, bien que transcrivant les pensées de l’adolescente, l’écriture n’est pas mièvre, et touche souvent son but. L’éditeur américain aurait pu suggérer sans dénaturer le texte quelques suppressions qui lui auraient donné plus de force.

 

Dites aux loups que je suis chez moi de Carol Rifka Brunt éditions 10/18 (2016) traduit par Marie-Axelle de la Rochefoucauld, 499 pages.


Des exemples d’avis enthousiastes chez Eva ou Folavril, plus mitigé chez Electra.

Objectif PAL de septembre et mois américain.
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littérature Amérique du Nord·premier roman

Abby Geni, Farallon Islands

farallonislands« J’ai regardé autour de moi à la recherche de mon assistant inconnu. Mais la silhouette derrière la vitre de la grue avait disparu elle aussi. Qui que soit la personne envoyée pour faire fonctionner la grue, elle n’avait pas cru bon de se présenter, de m’aider à porter les bagages et de m’accueillir sur les îles. »
J’ai de la chance en ce moment dans le choix de mes lectures, en voici encore une qui m’a enthousiasmée, un très beau roman paru avant l’été chez Actes Sud. Miranda, une jeune femme qui vient réaliser une série de photos pour un projet sur les îles Farallon se rend vite compte que ces îles de la côte californienne sont tout sauf hospitalières avec des courants marins et des vents pas vraiment pacifiques. Si en plus les rares êtres humains, des scientifiques qui restent à l’année dans les lieux, sont d’un commerce peu agréable… En dépit de hordes de souris, d’un poulpe nommé Oliver et même d’un fantôme, Miranda se prend rapidement à adorer les îles Farallon, leurs colonies de phoques, leur lumière et leur météo capricieuse. « A ma plus grande surprise, ça y est. En fait, c’est arrivé ce matin : je me suis réveillée à l’aube et les îles m’étaient familières. » Ce roman m’a rappelé un livre que je n’ai pas commenté, même si je l’ai beaucoup aimé, San Miguel de T.C. Boyle, qui a pour cadre une autre île au large de la Californie, mais qui l’aborde de manière plus ancrée dans l’histoire.

« Les gens imaginent souvent que prendre des photos les aidera à se souvenir précisément de ce qui est arrivé. En fait, c’est le contraire. J’ai appris à laisser mon appareil au placard pour les événements importants parce que les images ont le don de remplacer mes souvenirs. »
Je vous préviens tout de suite, ce roman est difficile à lâcher. On se prend à éprouver aussi une sorte d’exaltation devant ces îles, et à être plus qu’intrigué par les comportements des compagnons de la jeune femme. Bien plus qu’un roman d’atmosphère, ou un thriller maritime, ce livre est traversé par le thème de la perte, celui de la reconstruction de soi, de la solitude. Miranda n’est pas encore remise de la mort de sa mère lorsqu’elle était adolescente, faisant en cela penser à la jeune fille des Règles d’usage de Joyce Maynard. Bien qu’elle soit trentenaire, elle n’a jamais pu encore s’installer quelque part, parcourant le monde pour des reportages. Au fur et à mesure de la lecture, le lecteur comprend la direction prise par l’auteure. Est-ce que ce sera le fantastique, les rapports humains, le rapport à la nature, la résilience ou un autre sujet qui sera le thème central du roman ? Je ne vous le dirai pas pour préserver une future lecture, mais sachez que la richesse de ce roman vous surprendra.

Farallon islands d’Abby Geni (The lightkeepers, 2016) éditions Actes Sud (juin 2017) traduit par Céline Leroy, 384 pages

De grandes voyageuses se sont risquées avant moi sur les îles Farallon : Ariane, Cuné, Papillon et Sandrine.

Première lecture pour le mois américain.
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littérature Amérique du Nord·policier·rentrée automne 2016

Andrée A. Michaud, Bondrée

bondree« Il lui faudrait classer cette affaire parmi celles qui vous hantent longtemps après que la poussière est retombée, les cas boomerangs, ainsi qu’il les nommait, qui vous reviennent en plein visage un soir d’été, alors que vous buvez tranquillement une bière dans le jardin, et vous pourchassent jusqu’aux premières neiges, sinon jusqu’à Noël. »
Cela faisait un moment que j’avais repéré ce roman et bien envie de le lire, tous les avis étant assez unanimes à son sujet. Le roman démarre assez lentement, en annonçant de manière voilée ce qui va ce passer, à savoir qu’une jeune fille va disparaître. J’ai bien aimé ce début subtil et installant l’ambiance petit à petit. A l’été 1967, les alentours d’un paisible lac de vacances dans une région frontalière, entre Québec et état américain du Maine, sont un lieu où plane une légende, celle Landry, le trappeur amoureux malheureux d’une femme à la robe rouge flamboyante. Les jeunes filles qui fréquentent le lac sont tout aussi brillantes, surtout Zaza Mulligan et Sissy Morgan, « les princesses de Boundary, les lolitas rousse et blonde qui faisaient baver les hommes depuis qu’elles avaient appris à se servir de leurs jambes bronzées pour appâter les regards. »

« Il était revenu à son idée de départ, la mort n’avait de sens que si le cœur s’arrêtait de fatigue, que si elle était le résultat d’un geste conscient, d’une trop grande inadaptation à la vie. »
Le thème de la mort omniprésente et l’atmosphère délétère qui envahit petit à petit ce lac, pourtant évocateur de loisirs en famille, sont bien rendus par l’auteure, mais au bout d’un moment, mon intérêt a faibli parce que je n’ai pas réussi à m’accoutumer au style à la fois lyrique et basé sur un certain nombre de répétitions, et ponctué de phrases dites en anglais, ou répétées en anglais puis en français. Le lieu induit ce mélange de langues puisque les vacanciers autour du lac de Bondrée sont tant québécois qu’américains du Maine, comme le policier en charge de l’enquête, mais cela m’a semblé assez fabriqué. Le mélange de roman noir et de poésie n’a pas fonctionné pour moi. Dans un roman, je suis sensible à la musique des phrases et cette composition n’a pas résonné agréablement à mes oreilles. Je précise que ce n’est nullement une question de lenteur du roman, je ne suis pas fan des thrillers où l’action est privilégiée à la psychologie, non, j’aurais pu m’accommoder de cette relative lenteur, mais j’ai eu vraiment du mal avec le style.

« Michaud aurait voulu imprimer ce tableau dans un album parlant d’immortalité, deux fillettes et un chien dans la lumière de l’été, le photographier en vue de le garder à portée de la main, pour les moments durs, pour pouvoir l’opposer aux tableaux rongés de grisaille qui encombraient son esprit, mais il savait la chose inutile. »
Certes, l’auteur réussit parfaitement à créer une ambiance inquiétante à souhait, à faire intervenir différents narrateurs avec fluidité, à installer des points de vue originaux, notamment celui de la petite Andrée qui observe tout, rêve de faire comme les jeunes filles qu’elle regarde, et qui comprend bien plus que les adultes ne l’imaginent. Je me rends bien compte que je suis relativement seule à ne pas être emballée par l’écriture de ce roman, mais cela permettra de relativiser un peu les attentes des futurs lecteurs, sans les décourager pour autant.

Bondrée d’Andrée A. Michaud, éditions Rivages (2016) prix des lecteurs Quais du Polar 2016, 363 pages

Les avis sont élogieux, d’Aifelle et Cathulu à Eva, parmi beaucoup d’autres…

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lectures du mois·littérature Amérique du Nord·littérature Europe du Nord·littérature France

Lectures du mois (14) août 2017

Pour un mois d’été torride, et des neurones qui craignent la surchauffe, rien ne vaut un mélange de romans scandinaves et de polars !

demainsanstoiBaird Harper, Demain sans toi, Grasset, août 2017
La littérature américaine réserve souvent de bonnes surprises, ce roman ne me laissera aucun souvenir si ce n’est celui d’un malaise et d’une sensation générale de superflu. Des auteurs comme T.C. Boyle ou Russell Banks excellent à décrire la « white trash », la classe pauvre américaine des campagnes et des petites villes, tout en la rendant attachante. Dans ce roman, je n’ai eu l’impression que d’une succession de situations sordides alignées les unes derrière les autres. Je n’ai vu aucun bon côté aux personnages, ni à leurs actions. Certains aimeront sans doute cette noirceur poussée à l’extrême, je n’y ai pas vu d’intérêt, et l’écriture n’a pas réussi à me retenir non plus. Par contre, la construction, sous forme de nouvelles qui semblent indépendantes, est judicieuse, et aurait pu être le moteur central de ma lecture, si la médiocrité des personnages n’avait pas été aussi exagérée.

touslesdemonssonticiCraig Johnson, Tous les démons sont ici, Gallmeister, 2015.
Cela commence par un transfert pénitentiaire, qui pourrait être simple, mais que Walter Longmire ne sent pas trop bien, avec une tempête qui approche sur les Appalaches. Le détenu principal est un personnage des plus dangereux, ce qui donne une scène déjà digne d’un dénouement de thriller dès les premiers chapitres. Le roman va monter crescendo, transformant ce transport en véritable odyssée avec quelques scènes d’anthologie et toujours un mélange réjouissant de nature, d’humour et de vieux mythes indiens. Un plaisir à ne pas bouder !

La lecture d’Athalie

septiemerencontreHerbjorg Wassmo, La septième rencontre, éditions 10/18, 2009
Retour à une auteure déjà lue, et aimée, avec je compare avec Cent ans ou Le livre de Dina. Ici, deux personnages principaux : Rut, une fillette sur son île du nord, puis une jeune étudiante, puis une femme artiste peintre et Gorm, fils de bourgeois et commerçant. Les deux se rencontrent plusieurs fois, d’où le titre, semblent avoir tout pour se plaire… mais à chaque fois, quelque chose les empêche d’aller plus loin. Le style très reconnaissable d’Herbjorg Wassmo m’a tenue en haleine, les personnages sont attachants, les faits souvent durs à encaisser. Rarement un chapitre de roman m’aura mise en colère comme celle que j’ai ressentie au moment où les habitants de l’île reprochent des faits imaginaires au malheureux frère de Rut.
Pourquoi pas le titre à conseiller pour découvrir cette grande dame norvégienne, surtout si le thème de l’art vous intéresse ?

Le billet de Cécile.

bottessuedoisesHenning Mankell, Les bottes suédoises, éditions du Seuil, août 2016
Frank Wellin vit une retraite solitaire sur une île de la Baltique, lorsqu’une nuit, il échappe de justesse à l’incendie de sa maison. Il a tout perdu, seules lui restent une unique botte et la caravane de sa fille, et de plus, il est soupçonné d’avoir lui-même incendié son domicile. Mais Frank n’est pas du genre à se laisser accuser sans réagir. J’ai retrouvé avec plaisir les personnages et les paysages des « Chaussures italiennes ». Une écriture fluide et de la sympathie pour personnage principal, malgré son côté « ours du nord », voilà une lecture des plus agréables, mais un peu trop rapide !

L’avis d’Antigone.

quandsortlarecluseFred Vargas, Quand sort la recluse, Flammarion, mai 2017
Encore une valeur sûre, et des retrouvailles, cette fois avec le commissaire Adamsberg. À peine revenu d’Islande, où l’avait conduit sa dernière enquête, il débrouille très rapidement l’affaire pour laquelle on l’avait rappelé grâce à son intuition phénoménale ! L’occasion pour l’auteur de refaire prendre connaissance de l’équipe au complet. Un des adjoints d’Adamsberg se passionne pour des morts accidentelles dans le sud de la France, où deux hommes âgés ont été piqués par des araignées recluses. De recherches tous azimuts en consultations de spécialistes ou en rencontre bien opportunes, l’enquête devient une enquête pour meurtre. On la croit débrouillée au milieu du roman, mais il n’est pas facile d’affirmer une quelconque culpabilité, de plus un membre de l’équipe se comporte bizarrement. Bref, impossible à résumer, reposant sur des ficelles un peu grosses et des invraisemblances qui le sont encore plus, et pourtant, c’est toujours une parfaite lecture d’été, et un régal !

Le billet de Papillon.

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littérature Amérique du Nord·premier roman·rentrée automne 2017

Nathan Hill, Les fantômes du vieux pays

fantomesduvieuxpaysRentrée littéraire 2017 (1)
Il y aura au moins un billet sur un roman de la rentrée littéraire sur ce blog,
grâce à une proposition de Babelio qui avait tout pour m’intriguer et me plaire : un premier roman de 700 pages qui a beaucoup plu aux lecteurs américains.

 

« Le fantôme avait suivi son père depuis le vieux pays, et maintenant il la hantait à son tour. »

Tout commence par un fait divers où un candidat, réactionnaire et populiste, à la présidentielle américaine, est agressé pendant un meeting par une femme de l’assistance. Le professeur et écrivain Samuel Anderson apprend qu’il s’agit de sa mère, Faye Andresen-Anderson, qu’il n’avait pas revue depuis l’âge de onze ans. L’avocat de sa mère lui propose d’écrire une lettre pour appuyer sa défense, mais l’éditeur de Samuel va avoir une idée quelque peu différente. Ils sont appelés, de toute façon, ce que le fils ne souhaite absolument pas, à se revoir. Les retrouvailles sont forcément lourdes de non-dits entre Samuel et Faye, les sentiments ambivalents de l’enfant abandonné se heurtant au silence de sa mère sur sa vie ponctuée de fuites.
Où le comportement de Faye trouve-t-il son origine ? Dans sa jeunesse auprès d’un père renfermé, dans ses origines scandinaves, dans la façon dont elle a vécu les événements de 68 à Chicago ? Samuel, de gré ou de force, se trouve obligé d’enquêter sur celle qui l’a abandonné.

« Je suis en train de lire un éditorial qui compare ma mère à Al-Quaida.
– Certes, monsieur. Tout à fait répugnant. Toutes ces choses affreuses qui ont été dites. Aux informations. Des horreurs. »

Le style, assez original, est ponctué de dialogues vivants et crédibles, et d’énumérations chamarrées qui en disent plus que d’habiles descriptions. La traduction doit être à la hauteur du texte, car elle ne se fait pas remarquer. Quant à la forme du roman, elle peut sembler brouillonne, mais on sent que l’auteur sait où il va, qu’il se délecte à retarder au maximum certaines révélations pour pousser à tourner les pages. Les retours sur l’enfance et la jeunesse de Faye apportent progressivement des réponses, de même que des épisodes de l’enfance de Samuel, ces derniers étant plus « dispensables » à mon avis. Le point fort de ce roman réside dans les rapports mère-fils, vus par les deux protagonistes, mais d’autres thèmes s’y mêlent.

« Parfois, quand ses pensées s’emballent, il a l’impression de tomber dans un trou, de vivre à côté de sa vie, comme si, à un pas près, il s’était trompé de chemin et se retrouvait à suivre une route saugrenue et triste qui avait fini par être la sienne. »

Il y aurait beaucoup à dire, j’en ai suffisamment dévoilé, mais il y a en quelque sorte plusieurs romans en un seul, et chacun en trouvera au moins un qui lui parle. Pour un premier roman, il est remarquable, et regorge de thématiques et de situations qui s’éloignent du déjà-vu, même pour qui a dévoré pas mal de romans américains. Le personnage de la mère est incontestablement intéressant, celui de Samuel plus habituel dans son rôle de professeur et d’écrivain qui se cherche. D’autres personnages ajoutent des touches d’humour, ou de romantisme, et permettent d’ausculter la société américaine contemporaine. Je ne crierai pas au chef-d’œuvre, il ne faut rien exagérer, mais un bon livre difficile à lâcher ne se croise finalement pas tous les jours, non ?
Ce roman foisonnant plaira aux amateurs de Jonathan Tropper, pour l’ironie douce-amère, Jonathan Franzen, pour la profusion, ou Steve Tesich pour le roman de formation, (j’ouvre une parenthèse pour m’étonner moi-même de le comparer à des romans que je n’ai pas adorés, bien au contraire… et je ne sais pas ce qu’il faut en déduire) mais je ne jetterai pas la pierre (le pavé) à ceux qui préféreront le lire en poche ou sur liseuse !

Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill (The Nix, 2016) éditions Gallimard (17 août 2017) traduit par Mathilde Bach, 707 pages

Lu pour une opération Masse critique, cela ajoute un pavé à mes lectures d’été !
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lectures du mois·littérature Amérique du Nord·littérature îles britanniques·littérature France·littérature Océanie·non fiction

Lectures du mois (13) juin 2017

Comme souvent lorsque le mois est bien rempli, je trouve toujours le temps de lire, mais beaucoup moins celui d’écrire ou de prendre des notes en cours de lecture. Voici donc les impressions que m’ont laissé les livres suivants, sans entrer trop dans les détails :

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Peter May, Les fugueurs de Glasgow
332 pages, Le Rouergue (2015)

« Vous pouvez vous enfuir aussi loin que possible, les choses que vous essayez de laisser derrière vous vous attendent à l’arrivée. Parce que vous les emportez toujours avec vous. »

Ce roman m’a attiré car j’avais beaucoup aimé L’île des chasseurs d’oiseaux et L’homme de Lewis, des polars solides et prenants ayant pour cadre l’île écossaise de Lewis. J’ai emprunté celui-ci sans trop savoir à quoi m’attendre ; l’idée de départ en est intrigante. Trois écossais plutôt âgés entreprennent cinquante ans plus tard, à cause d’un meurtre récent, de revivre la fugue qu’ils avaient décidée ensemble à l’âge de dix-sept ans, alors qu’ils formaient un groupe de rock. Si la narration de l’épopée contemporaine fonctionne plutôt pas mal, le retour sur le passé et notamment sur les péripéties de leur fugue et sur l’histoire d’amour entre l’un d’entre eux et une jeune femme à problèmes, ne m’a pas convaincue du tout, et la fin non plus. J’ai terminé le roman passablement agacée, alors qu’il y a de bonnes choses dedans, notamment l’évolution de la société anglaise en 50 ans, ou l’architecture d’un quartier très particulier de Leeds qui m’a bien intéressée aussi. Du coup, certaines parties n’en paraissent que plus mièvres…

L’avis d’Electra.

dapresunehistoirevraieDelphine de Vigan, D’après une histoire vraie
479 pages, JC Lattès (2015)

« Les vrais élans créateurs sont précédés par une forme de nuit. »

Si j’ai fait l’impasse sur le roman que Delphine de Vigan a consacré à sa mère, les premières pages lues de celui-ci m’avaient laissé penser qu’il me plairait. Une auteure nommée Delphine se trouve en panne d’écriture après un roman très personnel. Elle rencontre une certaine L. qui devient rapidement son amie, qui prend de plus en plus de place dans sa vie, allant jusqu’à lui donner des directions sur ce qu’elle, Delphine, devrait écrire. Récit d’une amitié pernicieuse, réflexion sur l’écriture, sur le goût des lecteurs pour « les histoires vraies », jeu entre fiction et réalité, ce roman fort bien écrit se dévore jusqu’à la fin, épatante et absolument pas décevante, de mon point de vue. Je suis contente de l’avoir lu et aimé !

L’avis de Sandrion.

secretdumariLiane Moriarty, Le secret du mari
499 pages, Livre de Poche (2016)
« Les mille autres chemins que nos vies auraient pu, et peut-être dû, prendre nous restent à jamais inconnus. C’est probablement pour le meilleur. »

Roman psychologique sur la vie de famille et sur jusqu’où une mère est prête à aller pour la préserver, Le secret du mari est plus profond et prenant que ne laisse penser sa couverture assez discrète… Cecilia est une mère de famille parfaite, du genre à gérer trois enfants, une maison toujours impeccable, des repas bios, les activités des enfants, les fêtes de l’école, sa vie sociale, tout avec le même brio, jusqu’au jour où elle trouve dans les papiers de son mari une lettre qui porte la mention « à ne lire qu’après ma mort ». L’ouvrira-t-elle ou non, ce n’est évidemment pas le seul suspense de ce roman, où Cecilia croise deux autres femmes prises dans leurs problèmes de couple et de famille. Les trois histoires parallèles se rejoignent habilement, et le style, soutenu par la traduction, est vivant. Quant aux questions posées, elles ne manquent pas d’intérêt. Une bonne lecture pour les vacances, non ?

L’avis de Violette.

desangfroidTruman Capote, De sang froid
506 pages, Folio (première parution en 1966)

« Le village de Holcomb est situé sur les hautes plaines à blé de l’ouest du Kansas, une région solitaire que les autres habitants du Kansas appellent « là-bas ». »

De sang froid est de ces classiques auxquels on n’ose pas s’attaquer, tant on en a entendu parler, en bien. Et puis l’occasion arrive de s’y frotter… Truman Capote dans ce roman ne raconte que des faits réels, racontés par les protagonistes, vérifiés ou soigneusement corroborés. Dans une petite ville du Kansas, une famille de quatre personnes est assassinée une nuit de 1959. A la fois enquête journalistique et roman, ce livre qui décrit la ville et la communauté de Holcomb, retrace également les derniers moments (avant le meurtre, il n’y a pas de détails choquants) de la famille Clutter, la fuite des deux tueurs, deux petits malfrats dont les raisons restent floues longtemps. Il s’attache ensuite à l’enquête menée par la police, à l’arrestation et l’emprisonnement des deux jeunes délinquants, leur profil psychologique… L’ensemble, formidablement bien écrit, est passionnant de bout en bout, et m’a donné envie de me mettre en quête d’autres romans basés sur le même genre d’investigations, notamment ceux de l’anglaise Kate Summerscale, que j’ai pu entendre aux Assises Internationales du Roman cette année.

La lecture de Sharon.

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littérature Amérique du Nord·projet 50 états

Ron Carlson, Retour à Oakpine

retouraoakpine« Traversant les magnifiques mesas dans les étranges lueurs du jour naissant pour franchir la frontière du Wyoming, Mason sut que c’était précisément ce qu’il cherchait : un changement, une fin, un nouveau chapitre de sa vieille existence. Il commencerait par un mois de travail sur une vieille maison. Il n’était pas perdu. Ce n’était pas une quête ; c’était un voyage empreint de gravité. »
Deux romans que je viens de lire, celui que je vous présente aujourd’hui, et le prochain sur ma liste de livres à chroniquer, présentent un peu des similitudes : deux frères, un drame qui est au centre du roman, des relations familiales qui se délitent, un éloignement suivi d’un retour… Autant dire tout de suite que Retour à Oakpine m’a beaucoup plus touchée, qu’il possède quelque chose que son « concurrent » n’a pas, même s’il est difficile de définir exactement ce quelque chose. Essayons tout de même !

« Au moment de monter sur scène, ils n’étaient que quatre gars un peu bizarres au début de leur dernière année de lycée. Quand ils en descendirent, ils formaient un groupe. »
D’abord, on sent dès les premières pages qu’on tient une formidable histoire d’amitié, et cela ne se dément pas jusqu’aux dernières lignes. Ils sont quatre presque quinquagénaires. Deux sont restés à Oakpine, deux en sont partis et y reviennent pour des raisons différentes. C’est un peu timidement, tranquillement, qu’ils reprennent contact, trente ans se sont passés tout de même depuis le drame qui a fait disparaître leur groupe à peine formé. En même temps, on suit la jeune génération, des lycéens comme eux autrefois, Wade, Wendy et Larry, le fils de l’un d’entre eux, et le plus attachant.

« Elle s’était avancée sur sa chaise, son visage une incarnation de la gravité. Jimmy se sentit plus éveillé que jamais depuis son retour.
– Comment savez-vous ce que je ressens ? demanda-t-elle. Comment avez-vous fait pour l’écrire ? »
Le thème de l’écriture est bien présent dans le roman, puisque Jimmy, qui revient auprès de ses parents alors qu’il se sait condamné par la maladie, est auteur de plusieurs romans, dont deux inspirés de sa jeunesse à Oakpine. La jeune Wendy vient lui demander des conseils, elle sent qu’elle doit écrire, que l’écriture est en elle… L’autre point fort du roman est l’écriture justement, celle de Ron Carlson, qui m’a tenue en haleine de bout en bout, qui sait aussi bien rendre vivants les dialogues, que rendre palpable l’atmosphère de la petite ville ou explorer le monde intérieur des personnages. L’humour n’en est pas absent, et certains portraits ne manquent pas de sel, comme celui de Stewart, le conservateur du musée dont le « comportement favori était de marcher à reculons en hochant la tête comme un expert. » ou de Larry, adolescent à la fois typique et peu ordinaire : « Le monde exerçait sur lui une attraction qu’il adorait sans la comprendre. »
Pour moi, c’est un très beau roman, dans le genre du Chant des plaines de Kent Haruf ou de Retour à Little Wing de Nickolas Butler.

Retour à Oakpine de Ron Carlson (Return to Oakpine, 2013) éditions Gallmeister (2016) traduit par Sophie Aslanides, 282 pages

Repéré chez Aifelle, Claudialucia et Keisha.

Projet 50 romans, 50 états pour le Wyoming. (le lien mène à la liste des romans, lus ou non)
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littérature Amérique du Nord·mes préférés

Richard Wagamese, Les étoiles s’éteignent à l’aube

etoilesseteignent« C’était sentir tes poils se hérisser lentement à l’arrière de ton cou quand un ours se trouvait à quelques mètres dans les bois et avoir un noeud dans la gorge quand un aigle fusait soudain d’un arbre. C’était aussi la sensation de l’eau qui jaillit d’une source de montagne. Aspergée sur ton visage comme un éclair glacé. Le vieil homme lui avait fait découvrir tout cela. »
Un garçon de seize ans, plus à l’aise dans les forêts du cœur du Canada que dans les villes, se rend à cheval dans la petite ville industrielle où vit son père. Le jeune Franklin connaît peu Eldon, son père, leurs rares rencontres demeurent des souvenirs malheureux, mais il sait qu’il est alcoolique, très malade et que c’est sans doute la dernière occasion de partager quelques moments avec lui et d’en savoir plus sur ses origines. Élevé par un vieil homme qui lui a tenu lieu de père et de mère, Franklin parle peu, mais juste, et, tout en renvoyant à son père quelques vérités bien senties, il accepte de l’accompagner pour ce qui risque d’être son dernier voyage.

« Il y avait des traces dans la terre au bord du sentier : des chevreuils, des ratons laveurs, des mouffettes, des lapins et l’empreinte soudaine, téméraire et distincte d’un lynx. Il leva les yeux vers son père pour la lui montrer, mais il était effondré sur la selle, le menton contre la poitrine et il l’appela. »
Disons-le sans détours, j’ai, dès le début et jusqu’au bout, été sous le charme de ce roman. Il touche à la fois par les magnifiques pages d’évocations de la nature, par le caractère des héros qui pourtant ne s’expriment que de manière mesurée et sans se perdre en détails superflus, par l’histoire qui n’a rien de compliqué non plus. J’ajouterai que même la construction progresse de façon assez classique, avec des retours sur le passé au fur et à mesure que le père et le fils voyagent, et que le père décide de parler enfin. Plus que la structure, c’est le rythme qui est fascinant, qui semble aller au gré de la nature ou de l’avancée du cheval, tantôt lent et grave, tantôt bref et sauvage. La modification constante des sentiments du garçon envers le père qui l’a abandonné, les récits et les rencontres au cours du voyage, qui contribuent à resserrer des liens infimes, tout cela provoque l’éblouissement. D’un sujet aussi triste faire un roman aussi lumineux est remarquable !
Le thème des origines y est traité d’une manière rare, c’est vraiment une très belle découverte, comme Le chemin des âmes de Jospeh Boyden il y a quelques années. Dire que Richard Wagamese a écrit d’autres romans, et que seul celui-ci est traduit en français. Espérons que d’autres suivront !

Les étoiles s’éteignent à l’aube (Medicine walk, 2014) de Richard Wagamese, traduction de Christine Raguet, éditions Zoé (avril 2016)

Les avis d’Electra, Folavril, Sabine et Sandrine.
Livre tiré de ma pile à lire pour le challenge Objectif PAL ! 
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littérature Amérique du Nord·projet 50 états

Stuart Nadler, Les inséparables

inseparablesPendant une très courte période, Harold et Henrietta connurent simultanément le succès. Contrairement à elle, sa notoriété à lui fut locale, éphémère et le plus souvent indolore.
Si je vous dis trois portraits de femmes sur trois générations, vous allez me rétorquer que cela semble un brin classique et déjà-lu. Pourtant, Les inséparables possède des agréments qui font qu’il serait dommage de s’en passer.
Voici d’abord Henrietta, maintenant grand-mère, autrefois connue pour avoir écrit un livre sur le sexe, livre qui a été beaucoup décrié, notamment par les féministes, et dont elle aimerait ne plus entendre parler. Malheureusement, elle aurait bien besoin de l’argent que son éditeur lui propose pour une réédition… Ensuite, sa fille Oona, chirurgienne de renom, en pleine crise conjugale, revient vivre chez sa mère. Quant à Lydia, la petite-fille de quinze ans, elle affronte des moments pénibles lorsqu’une photo d’elle nue circule dans le lycée huppé où elle est pensionnaire.

Lydia rencontra d’abord un spécialiste du Net. Elle ignorait que ce genre de personne existait sur le campus. C’était un jeune homme, vingt-deux ans peut-être, qui portait des lunettes sans monture. Comprenait-elle qu’avec le temps l’idée qu’elle se faisait de son intimité, et particulièrement de son intimité corporelle, allait changer ?
La relation au corps est au centre du roman, plus encore que les relations familiales, et la manière dont tout tourne autour de ce sujet accroit l’intérêt pour les trois femmes, sans oublier les personnages masculins, tout de même un peu en retrait. La relation à l’argent, le statut social ont leur importance aussi, surtout pour Henrietta qui en est à essayer de trouver parmi les possessions familiales celles qui pourraient se monnayer.


Henrietta n’avait jamais plus rien écrit. Il n’y avait que ce roman. Elle avait rangé les critiques de l’époque dans un carton, entreposant l’étendue de son malheur avec d’autres souvenirs qui l’avaient également couverte de honte : les relevés de ses découverts, l’emballage impossible à ouvrir du diaphragme que sa mère lui avait commandé avant son premier semestre à Barnard College, ses pitoyables tentatives pour peindre des paysages.
La troisième raison de lire ce roman est le ton employé par l’auteur, qui manie allègrement l’humour et la dérision, sans se départir d’une complicité certaine pour ses personnages. On rit jaune avec eux plutôt que de rire d’eux. Toutes et tous sont attachants à leur manière, et quand les situations dérapent, ce qui arrive assez souvent, si cela prête à sourire, c’est aussi un moyen de réfléchir à ses propres relations au corps, au couple, à l’argent… Rien que dans le premier chapitre, j’avais déjà une belle moisson de citations, et au cours des quelques 400 pages, malgré quelques petites longueurs, j’ai eu bien des occasions d’apprécier l’écriture de cet auteur que je lisais pour la première fois.

Les inséparables, de Stuart Nadler (The inseparables, 2016) Albin Michel (mai 2017) traduction de Hélène Fournier, 403 pages

L’avis d’Albertine

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