littérature îles britanniques·sortie en poche

Angela Huth, Souviens-toi de Hallows Farm

souvienstoidehallowsfarmCe livre m’attendait depuis un moment puisque je l’ai acheté dans une braderie pour le mois anglais l’an dernier, mais m’étant rendu compte qu’il valait mieux lire d’abord Les filles de Hallows Farm, il est resté en attente. J’ai beaucoup aimé le premier, ce que j’explique dans le billet de juin 2016, et étais donc contente de retrouver les trois volontaires agricoles, Prue, Ag et Stella quelques années plus tard.

« Je ne peux pas continuer à vivre en ville, il n’y a pas de ciel (….). J’ai soif de ciel. Chez nous, il est encombré de maisons et d’arbres, on dirait un puzzle. Cela ne me convient pas. J’ai besoin de grands ciels vides, des ciels qui descendent jusqu’aux haies… »
Dans cette suite, on retrouve surtout Prue, la plus superficielle des trois jeunes femmes qui avaient travaillé à Hallows Farm pendant la guerre. En rêvant toujours de se marier avec un bon parti, Prue, qui travaille comme coiffeuse dans le salon de sa mère à Manchester, est aussi nostalgique de sa période passée à la ferme et des travaux campagnards. Elle rencontre un homme plus âgé qu’elle, guère à son goût mais aisé, qui la demande rapidement en mariage, tout en semblant ne pas trop succomber à ses charmes pourtant nombreux !

 

« Prue entendit les voix assourdies des filles. Qu’y a-t-il dans les choses familières qui nous touche à ce point quand on les retrouve après un moment d’absence ? Elle poussa une porte et les aperçut. Stella et Agg étaient assises sur des lits bas, pieds nus, genoux serrés et jambes tournées vers l’extérieur, leur ancienne posture à la fin d’une journée de travail. »
Ce qui est sûr, c’est que s’il n’avait pas été question du mois anglais, j’aurais passé sous silence cette lecture en demi-teinte. Je ne sais pas si cette suite est une commande de l’éditeur, ou si l’auteure avait vraiment envie de l’écrire, elle n’est pas en tout cas aussi attachante que le premier ouvrage.
Des thèmes intéressants sont soulevés, notamment ce qui a trait à la vie conjugale, lorsqu’elle ne repose pas sur grand chose, le thème de la maternité est bien traité également, ou celui de l’amitié lorsque Prue retrouve ses anciennes compagnes. Sinon, j’ai trouvé le personnage de Barry, le mari de Prue, un peu caricatural, à l’instar des autres personnages masculins, et la jeune femme très naïve de ne pas voir certaines choses, et de croire qu’elle va finir par s’attacher à quelqu’un d’aussi différent d’elle. Plusieurs scènes étaient, de mon point de vue, proches du grotesque, alors que d’autres, bien plus finement racontées, rappelaient enfin, avec bonheur, les moments passés à Hallows Farm. Pour faire bref, c’est une suite dont j’aurais pu me passer assez facilement… J’ai remarqué que les traducteurs étaient différents pour les deux livres, je crois être sensible aux traductions et peux affirmer que celle des Filles de Hallows Farm m’a touchée bien davantage.

Souviens-toi de Hallows Farm, d’Angela Huth (Once a Land girl, 2010) éditions Quai Voltaire (2011) traduit par Lisa Rosenbaum, 344 pages, existe en poche


C’est aujourd’hui une lecture commune du mois anglais autour d’Angela Huth. Je participe aussi à l’Objectif PAL d’Antigone !

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classique·littérature îles britanniques

Elizabeth Gaskell, Mary Barton

marybartonLittérature victorienne ? Je précise tout d’abord, pour moi-même, pas très au fait des classiques anglais, que la littérature victorienne couvre un période qui va en gros de 1835 à 1900. Elle succède à la littérature romantique, et est représentée par Charles Dickens, Charlotte Brontë, William Wilkie Collins, Elizabeth Gaskell, Thomas Hardy et bien d’autres. Certains romans sont caractérisés par leur souci du réalisme social, et ce roman de Mary Barton en fait partie. Sa couverture ne permet pas d’imaginer qu’il se déroule dans le milieu des ouvriers tisserands ou métallurgistes de Manchester, qu’il décrit les familles mourant de faim, les maladies et la misère, les mouvements ouvriers.

« A l’intérieur, il faisait très sombre. De nombreux carreaux, cassés, étaient bouchés à l’aide de chiffon, ce qui expliquait dans une large mesure la pénombre régnant dans la pièce, même en plein jour. […] L’âtre était vide et noir ; la femme, assise à la place de son mari, pleurait dans la solitude sombre. »
Roman social critique écrit avant le milieu du XIXème siècle, et par une femme, il a rapidement fait parler de lui, et été très mal pris par la bourgeoisie de Manchester, avant d’être un peu oublié. Il évoque les mouvements ouvriers survenus à Manchester, pratiquement avant qu’ils n’aient lieu. Elizabeth Gaskell ne se contente pas d’écrire un roman passionnant, elle le fait avec une modernité assez incroyable, en se plaçant elle-même par moment en observateur et en rapporteur au cœur du récit, ce qui est plutôt surprenant et enthousiasmant ! Par exemple, elle précise, « j’utilise tel mot plutôt que tel autre » ou « j’ai observé cela » dans le cours du récit, chose qui m’aurait semblé inimaginable dans un roman de cette époque.

 

« L’amour qu’elle éprouvait pour lui était une bulle gonflée par la vanité, mais elle semblai très réelle et très brillante. »
Certes, le roman comporte plus de 570 pages en poche, mais il est d’une richesse extraordinaire, et aborde quantités de thèmes : l’histoire de Mary, jeune fille qui a perdu sa mère toute jeune et choisi de travailler comme couturière, de son père qui s’engage dans la lutte pour les droits des ouvriers, des deux amoureux de Mary, bien différents l’un de l’autre, et dont l’un sera accusé de meurtre, lançant Mary dans la quête de la vérité et une véritable course contre la montre pour mettre hors de cause son ami. Le livre devient à ce moment roman à suspense, et il est difficile de le refermer sans savoir où cela va mener !

 

« Il avait des espoirs considérables, mais vagues, concernant les résultats de son expédition. Cette pétition était porteuse de tous les précieux espoirs de créatures aux abois par ailleurs, dont il incombait aux délégués de représenter les souffrances. »
Le récit fourmille d’autres personnages, tous plus intéressants les uns que les autres, et parmi lesquels on se retrouve très bien. Fait marquant, nombreux sont ceux qui, malgré leur pauvreté, trouvent le moyen de partager, de venir en aide aux plus malchanceux, avec une belle humanité. Quelques épisodes sont vraiment remarquables comme celui de l’incendie, du père de famille malade dans un taudis, des deux grands-pères s’occupant d’un bébé dont la mère est morte, des délégués qui portent les doléances des ouvriers à la chambre des Députés, du procès à Liverpool, de la tante de Mary devenue prostituée… Un passage est terrible aussi, c’est lorsque les membres du syndicat ouvrier réunis envisagent une solution extrême à leurs problèmes.
Vous l’aurez compris, je recommande la lecture de ce roman victorien même à ceux qui, comme moi, ne se sentent pas portés sur ce genre de lecture. J’ajoute que la traduction est à mon avis des plus réussies. Les autres romans d’Elizabeth Gaskell sont-ils de la même veine ? Qui les a lus ?

Mary Barton d’Elizabeth Gaskell (1848) traduit par Françoise du Sorbier en 2014 pour les éditions Fayard. Paru en poche, éditions Points, 574 pages.

Le mois anglais est chez Cryssilda et Lou.

Ce livre participe aussi à l’Objectif PAL puisque je l’ai gagné lors du mois anglais 2016 !
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littérature France·premier roman

Joëlle Sancéau, Plage Sainte-Anne

plagesainteanne« Le raffinement était la marque, pour ne pas dire le credo d’Héloïse. Pour offrir aux regards ce couple harmonieux, elle avait investi : cours de Pilates et de yoga pour le corps, retraite à l’abbaye de Saint-Sauveur et stage de développement personnel au Lavandou pour l’esprit. »
J’ai eu souvent l’occasion de lire des écrits de Joëlle les lundis lors du rendez-vous de Leiloona et de me réjouir de son imagination, de ses trouvailles, et de son humour, aussi n’ai-je pas résisté à l’idée de lire son premier roman. Le thème et la jolie couverture m’ont aussi confortée dans cette idée.

« Avant de continuer sa tournée des parasols… il allait tenter sa chance. »
Sur la plage de Sainte-Anne, Moumoune, le vendeur de chichis, observe le microcosme étendu sous des parasols de couleurs variés : les grands-parents débordés par une progéniture remuante, le couple d’intellectuels bien organisé, le groupe d’ados bruyants, la jeune fille qui bouquine dans son coin. C’est vers elle que Simon, étudiant issu de la bonne bourgeoisie locale, qui aime à retrouver son rôle de vendeur de plage chaque été, se sent attiré. Louise fréquente le centre de rééducation le matin, suite à un grave accident, et la plage l’après-midi. Elle se remet petit à petit, elle a surtout du mal à accepter son corps réparé, et les regards des autres. Au fil des pages, on apprend à mieux connaître les deux familles, plutôt différentes, dont sont issus les deux jeunes gens.

 

« Ils repartirent main dans la main vers la plage, histoire d’étrenner leur achat. Il lui glissa à l’oreille de l’appeler Pépé et plus Francis. C’est ainsi qu’il avait appelé son grand-père et soyons honnêtes, il avait hâte de voir Héloïse avaler sa salive de travers quand elle allait entendre pour la première fois ce « Pépé », si affreusement populaire. »
Je me suis tout de suite trouvé à l’aise dans ce bourg breton où tout le monde se connaît tant et plus, dans les familles décrites avec justesse, loin de toute caricature. Que ce soit du côté des jeunes ou de leurs parents, les dialogues sonnent bien, et la romance débutante entre Simon et Louise éveille l’intérêt. Le décor bien planté et les personnages croqués avec humour donnent envie de savoir comment ils vont évoluer. J’aime jusqu’aux prénoms dont on sent qu’ils ont été soigneusement choisis, Quitterie, Gautier, Cyprienne, Emilie, Francis ou Héloïse… et Simon, le même prénom que dans Réparer les vivants, est-ce un choix volontaire ou inconscient ? Le thème de la résilience donne une couleur particulière et une profondeur certaine à ce qui pourrait n’être que le récit d’un amour de vacances, dont chacun des protagonistes se demande à un moment ou un autre s’il restera une amourette de plage ou pourra durer. Bref, j’ai retrouvé tout ce qui me plaît dans les écrits courts de Joëlle, et même un peu plus !
J’aurais un seul bémol, que le livre soit un peu court, je serais bien restée un peu plus longtemps en compagnie des personnages que j’avais grand plaisir à retrouver. J’avais un petit faible pour Héloïse, si pétrie de convictions ! Une lecture de plage, pourquoi pas, mais pas pour bronzer bébête, ou alors un roman qui permet de retrouver un petit air de vacances à la maison !
Vous pouvez aller lire le texte où l’auteure a créé ses personnages, il donne déjà le ton et l’envie de découvrir son roman, je n’en doute pas ! Je l’ai lu sur ma liseuse, mais je crois qu’une version papier est sortie aussi.

Plage Sainte-Anne de Joëlle Sancéau, éditions du 38 (juin 2017) 157 pages

 

littérature Europe du Sud·sortie en poche

Silvia Avallone, Marina Bellezza

marinabellezza« Cela jaillit d’un buisson à une vitesse folle et se matérialisa au milieu de la route.
Et c’était vivant. Énorme. Ça ne bougeait pas. Ça restait là, comme pétrifié par une force obscure. »
Trois garçons dans une voiture, trois jeunes des confins de l’Italie, au bord des Alpes, se dirigent vers une fête éloignée et comme irréelle, lorsqu’ils heurtent un animal. Cet épisode qui débute le roman est d’une force peu commune. L’auteure passe ensuite à Marina, qui se produit sur des scènes rurales, en se voyant passer à la télévision, Marina qui rêve sa vie à l’opposé de celle de sa mère noyée dans l’alcool.
Le roman est d’abord celui d’une histoire d’amour impossible, entre Andrea et Marina, lui issu d’une famille bourgeoise, mais qui rêve d’un retour à la terre, elle pour qui le but suprême est de quitter la vallée et la misère.

« Les femmes ne bougeaient pas, elles étaient comme les racines enterrées des châtaigniers, comme les tubercules et les rochers. Elles attendaient. Que les maris reviennent les mettre enceintes, que les enfants grandissent, que les maris rentrent pour mourir. »
Ce roman est ensuite celui d’une petite communauté, de quelques villages, des problèmes cumulés dans ces régions géographiquement et commercialement éloignées de tout. C’est sans doute ce qu’il y a de plus réussi dans ce roman, l’auteure est vraiment parvenue à poser le décor, à rendre vivants les habitants de ce territoire rural enclavé dans les montagnes, à retracer les histoires des familles et des aspirations individuelles sur quelques générations. Certains magnifiques passages réussissent à toucher le lecteur, et laissent une trace.

 

« Mais le héros nait toujours désavantagé, sinon quelle sorte de héros serait-il ? »
Comme dans D’acier, que j’avais vraiment adoré, l’écriture de Silvia Avallone frappe par sa profondeur et sa justesse. Je suis un peu plus mitigée en ce qui concerne les personnages. Marina est aussi insupportable qu’une gamine de quatorze ans alors qu’elle en a vingt-deux, elle enchaîne les caprices et les volte-faces, selon des schémas qui finissent par sembler répétitifs. Les parties sur les concours de chant ou les passages à la télévision ne m’ont que moyennement intéressée.
Le personnage d’Andrea a plus de présence réelle, il est plus terrien, plus solide, malgré ses égarements passagers. Quant aux personnages secondaires, ils m’ont semblé moins travaillés. Ces petits bémols ne m’ont pas empêchée de dévorer le roman, grâce à de nombreux effets d’annonce qui laissent présager des révélations successives.
On peut retrouver l’Italie des montagnes dans d’autres romans comme Aquanera de Valentina d’Urbano, Eva dort de Francesca Melandri dans la région du Trentin Haut-Adige, tout deux très beaux et que je vous recommande… Je n’ai pas encore lu par contre Ouvre les yeux de Matteo Righetto dans les Dolomites, ni Le poids du papillon d’Erri de Luca, aussi tout à fait dans le thème. Peut-être en connaissez-vous d’autres ?

Marina Bellezza, de Silvia Avallone, traduit par Françoise Brun, éditions Liana Lévi (2014) 539 pages, sorti en poche.

D’autres avis : une lecture forte pour Clara, un plaisir de lecture pour Hélène, mais Papillon n’est pas emballée…
C’est le mois italien chez Martine !
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littérature France·rentrée automne 2016

Tonino Benacquista, Romanesque

romanesqueUn jour, un homme qui se rendait en ville pour négocier le fruit de son braconnage croisa une femme qui s’aventurait en forêt pour y remplir son panier de baies.
Cela commence comme un conte… Un homme et une femme se croisent au Moyen-Âge, quelque part en France, dans la pièce d’un dramaturge anglais, elle-même inspirée d’une légende qui a eu des fondements réels, ceux d’une histoire d’amour hors-norme. Un homme et une femme assistent à cette pièce de théâtre. Ils sont en fuite, essayent, venant de Californie, de gagner le Canada. Quel est le rapport entre l’histoire contemporaine et la légende ?


La débâcle des médecins, des poètes et des sorciers donna aux amants une notoriété qui cheminait plus vite que tous les coursiers du pays.
Je voudrais vous inciter à découvrir ce roman sans trop en révéler, car ce qui fait de cette lecture un délice est justement de ne pas trop savoir à quoi s’attendre. Cette histoire d’amour et d’aventure, qui fait voyager dans l’espace autant que dans le temps, a le grand mérite, malgré une construction solide, de rester toujours surprenante, et de donner à réfléchir tout en distrayant.

Rares sont les occasions pour les spectateurs venus assister à une pièce d’en réécrire la fin.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de roman de Tonino Benacquista, découvert avec des romans policiers de bonne tenue tels que La maldonne des sleepings ou Les morsures de l’aube. Plus récemment, je m’étais amusée à la lecture de Saga ou de Malavita, mais c’est ce dernier roman qui remporte complètement mon adhésion. Une jolie parenthèse d’optimisme, malgré les vicissitudes auxquelles les deux tourtereaux font face, entre deux lectures plus sombres.

Romanesque de Tonino Benacquista, éditions Gallimard (2016) 232 pages.

Elles ont aimé : Delphine-Olympe, Estelle, Florence et Papillon

littérature Asie

Galsan Tschinag, La fin du chant


finduchantLa grue solitaire s’en fut droit devant elle, battant vigoureusement des ailes. Cette image frappa l’homme. Il secoua instinctivement la tête. Puis il pressa derechef son cheval.
On ne m’arrête plus, le mois de mars m’a vu sortir encore un livre de l’éditeur Philippe Picquier, qui dormait depuis trop longtemps dans ma liseuse.
La fin du chant est l’un des romans écrit par un auteur mongol, né à Oulan-Bator, mais qui écrit en allemand. C’est plutôt surprenant lorsqu’on lit la mention « traduit de l’allemand » au début du livre ! L’auteur est né dans une famille de chamans et le thème du chamanisme est présent dans ce roman qui évoque une famille de la tribus des Touvas.


Qu’ils eussent deux jambes ou quatre pattes, tous s’engagèrent vers le nord. En dépit de leurs efforts pour faire silence, le sol grondait.
La fin du chant n’est pas un roman bien long et pourtant, il est riche de nombreux thèmes et s’inscrit dans différents genres : roman d’initiation, roman d’amour, il évoque aussi la vie quotidienne traditionnelle en Mongolie, les croyances, des épisodes de conflits lorsque les terres et les troupeaux des nomades sont convoités par d’autres peuplades, provoquant une fuite émaillée de combats où de nombreux Touvas trouvent la mort.


La journée écoulée avait été longue et lourde, presque autant qu’une vie entière.
Ce roman émeut aussi par la beauté des paysages, par la vitesse avec laquelle les enfants prennent des résolutions qui les mènent dans l’âge adulte, par la puissance de l’histoire d’amour de Schuumur qui hésite entre deux femmes, dont l’une a disparu… Les portraits des personnages sont superbes. Il est étonnant de voir comment l’auteur les a rendus si présents, à la fois lointains et proches de nous, a su rendre leurs caractères et leurs aspirations. Les personnages féminins sont en particulier très réussis.

 

Galsan Tschinag, La fin du chant éditions Philippe Picquier (poche, 2007) traduit de l’allemand par Françoise Toraille et Dominique Petit 218 pages

On voyage avec un mois, un éditeur, Lire le monde et Objectif PAL !
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littérature Europe de l'Est et Russie·nouvelles·rentrée hiver 2017

Brina Svit, Nouvelles définitions de l’amour

nouvellesdefinitionsdelamourQui est Brina Svit ?
Je découvre, avec ce recueil de nouvelles qui sort ces jours-ci, l’auteure slovène Brina Svit. Elle vit à Paris et écrit dorénavant en français. Quelques petites recherches sur l’auteure m’apprennent également qu’elle est journaliste, traductrice et a écrit des pièces radiophoniques.

 

Quand ils se sont revus lundi à la conférence de rédaction, ils n’ont laissé apparaître aucun signe de connivence ou de rapprochement. Tout était comme d’habitude, même les cinq minutes de retard de Lilya.
Les personnages principaux de ces nouvelles sont des hommes ou des femmes, souvent un peu égarés par les sentiments qu’ils éprouvent, qui leur tombent dessus brutalement, au moment où ils s’y attendaient le moins. Mais l’inverse est possible aussi, la situation où le personnage n’éprouve pas les sentiments qu’il devrait au moment opportun. Ces dix tranches de vie sont plutôt douces, ou mi-figue, mi-raisin, jamais totalement cruelles, et c’est sans doute ce qui, en ce qui me concerne, fonctionne à merveille à la lecture.

C’est un an après la mort de Suzanne, sa femme, que Claude Krieff a trouvé la clef de son jardin.
Les personnages de Brina Svit, d’âges variables, du début de l’âge adulte à la retraite, travaillent souvent dans le milieu littéraire, ils sont parfois expatriés et vivent en France, en Argentine ou en Slovénie. Le barrage de la langue n’en est pas vraiment un, celui du milieu social pas toujours non plus, mais des malentendus surviennent parfois là où tout allait trop bien, alors qu’une connivence s’installe entre deux êtres que tout éloignait. Résumer ces textes pourrait faire penser à des histoires sucrées et romantiques, des petits morceaux de guimauve, mais des fêlures subtiles laissent apparaître tout autre chose. Le titre « Nouvelles définitions de l’amour » leur va fort bien !

Choisir une nouvelle ?
Franchement, je les ai toutes aimées, et il n’est d’ailleurs pas fréquent que je dévore un recueil de nouvelles aussi rapidement, sans envie aucune de le fermer pour le finir plus tard. Je vais donc vous parler de la dernière, « Table de Noël ».

Il y a une femme près de la porte, en manteau bleu et casque à vélo fuchsia sous le bras, contemplant les mêmes mandarines -ses mandarines- qui continuent à rouler sur le sol.
Une jeune femme qui déteste les fêtes de Noël se trouve tout un tas d’occupations pour retarder le moment de rentrer réveillonner seule. Elle entre par hasard dans un magasin de meubles un poil trop chic, pour regarder les tables, elle qui mange toujours debout ou sur son canapé. L’unique personne présente, un vendeur qui ne semble pas vraiment assorti au lieu, s’empresse de lui offrir un café, tout en pensant au poivre de Sichuan qu’il doit acheter avant de rentrer chez lui, où il est attendu. Pendant que les passants courent vers des achats de dernière minute, eux sont dans une sorte de cocon, dont ils doivent sortir. Mais petit à petit, aucun des deux ne semble plus si pressé… Comme dans les autres nouvelles, pensées et dialogues sonnent juste jusqu’à la dernière ligne du texte, il y a de la vie et de l’espoir dans l’être humain, et la beauté en jaillit.

Je ne sais pas si je vous ai convaincus de lire ce recueil, où vous croiserez un air de tango, un échange épistolaire, un couple d’écrivains, New York sous la neige, une hirondelle de fenêtre, une clarinette… mais je suis sûre de prêter désormais attention aux autres livres de cette auteure !

Nouvelles définitions de l’amour, de Brina Svit (Gallimard, 9 février 2017) 241 pages

Je participe à la « Bonne nouvelle du lundi », et je vais « Lire le monde » avec la Slovénie.
bonnenouvelle  Lire-le-monde

Livre reçu grâce à Babelio.

littérature îles britanniques

William Boyd, L’attente de l’aube

attentedelaubeL’auteur
Vous connaissez William Boyd, sans doute par ses romans des années 90 comme Un anglais sous les tropiques, Brazzaville plage ou L’après-midi bleu, trames romanesques sur fond de colonialisme… Le William Boyd des dernières années s’est lancé dans des genres différents, la biographie imaginaire (Les mille et unes vies d’Amory Clay), l’espionnage au féminin (La vie aux aguets) le thème de l’identité (Orages ordinaires), ce dernier étant de loin mon préféré, tant il brasse de sujets et pose de questions. Vous aurez compris qu’un roman de William Boyd dans ma pile à lire s’apparente à une valeur sûre !


« 
Elle le salua et s’en alla d’un pas nonchalant, dans un balancement de sa longue jupe. Elle lui lança un regard en fermant la porte derrière elle et Lysander eut une vision de ces étranges yeux noisette, marron très clair. Pareils à ceux d’un lion se dit-il. Mais elle s’appelait Miss Bull. Mademoiselle Taureau. »
Dans L’attente de l’aube, William Boyd mélange avec bonheur les débuts de la psychanalyse à Vienne, une histoire d’amour, la première guerre mondiale, le milieu du théâtre londonien et une affaire d’espionnage. Et ce n’est pas mal réussi, parce qu’il fait tenir le tout sur un nombre de personnages somme toute assez limité, sur un temps assez court, et en suivant une chronologie précise. L’écriture fait le reste, le roman se déroule de manière fluide et agréable, sans temps morts. Le personnage de Lysander Rief, outre son prénom des plus originaux, est de ceux que l’on aime suivre, on peut anticiper ses choix, surveiller ses émois amoureux ou s’intéresser à son travail d’acteur.


« Il avait complètement oublié que Mesure pour Mesure – cette pièce étrange sur la lubricité et la pureté, la corruption morale et la vertu – se déroulait à Vienne, ce qui lui rappela de mauvais souvenirs, de la ville et de ce qu’il y avait récemment vécu. »
Le roman se passe juste avant la première guerre mondiale, et pendant la guerre, de 1913 à 1915, de Vienne à Londres, en passant par Genève, en quatre parties un peu inégales, toutefois. Selon l’humeur, on peut préférer l’évocation de Vienne et la psychanalyse ou celle de la première guerre mondiale, ou l’imagination de l’auteur quand il nous fait suivre des rebondissements autour d’une sombre histoire d’espionnage où le héros se trouve embarqué malgré lui.

Vienne et la psychanalyse
La première partie se passe à Vienne, et c’est aussi celle aussi que j’ai préférée, ce qui, vous l’admettrez, est un peu dommage, et empêche d’aimer complètement un livre. Cela m’a rappelé d’autres romans qui m’avaient beaucoup plu,
Le tabac Tresniek de Robert Seethaler ou La justice de l’inconscient de Frank Tallis, et donné envie de retourner à Vienne, dans un roman, très rapidement !
Quant à ce roman de William Boyd, ce n’est pas son meilleur, mais rien de rédhibitoire !

L’attente de l’aube (Waiting for sunrise, 2012) éditions Points (2013) traduit de l’anglais par Christiane Besse, 441 pages
L’avis d’Ariane

Objectif PAL 2017 : ce livre dormait sur mes étagères depuis six mois ou plus ! (le groupe qui vide sa pile à lire se trouve ici)

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littérature Amérique du Nord·policier

Martin Michaud, Sous la surface

souslasurfaceJe viens de me rendre compte que je participe au mois québecois sans le savoir, ou presque. Cela faisait un moment que j’avais noté ce polar, je l’ai déniché à la bibliothèque, et il se trouve que l’auteur est québécois.
Plus qu’un polar, c’est un thriller, qui tout à fait prenant dès les premières pages, et pratiquement d’actualité. La partie contemporaine commence en effet en mars 2016 pendant la campagne pour les primaires démocrates aux États-Unis, plus précisément en mars, au moment du super Tuesday. On nage en pleine politique-fiction et cela n’est pas pour me déplaire. Le personnage principal, Leah, est la femme et le soutien très proche du candidat à la primaire qui a le plus de chance de l’emporter, Patrick Adams. Cependant, un retour en 1991 nous permet de savoir que le passé de Leah comporte un drame, son petit ami, premier amour de sa vie, s’étant noyé pour porter secours à une jeune femme dont la voiture était tombée dans un fleuve.
Au moment clé de l’intrigue, Leah retourne, pour les besoins de la campagne électorale, à Lowell, la ville où elle vivait jeune, et reçoit un petit mot qui la bouleverse, car seul son ami mort pouvait en savoir assez pour lui écrire cela. Serait-il vivant, finalement ? Et pourquoi n’aurait-il pas donné de nouvelles pendant vingt-cinq ans ? Les pages tournent toutes seules et les rebondissements s’enchaînent à vive allure.
Toutefois, à partir de la moitié du roman, on verse vraiment dans les codes et les scènes incontournables du thriller, ce qui plaira aux adeptes du genre, mais pour moi, c’est un peu trop. J’imagine que cela pourrait donner un film ou une excellente série télé, mais à un roman je demande un peu autre chose, notamment un peu plus de crédibilité. Sinon, l’entourage du candidat montre une galerie de portraits très bien incarnés, les petites et grandes magouilles électorales tout à fait imaginables. Ce sont les scènes d’action qui m’ont lassées quelque peu, mais je dois avouer que c’est tout de même très bien manigancé. J’imagine que c’est un roman qui s’oubliera vite, sauf peut-être le personnage de Leah coincée entre son ancien amour, toujours vif, et ses loyautés présentes, assommée par ce qui lui arrive, et toutefois pleine de force.

L’auteur : Martin Michaud, né à Québec ne 1970, est musicien et scénariste québécois, auteur de thrillers et de romans policiers. Il a été avocat d’affaires avant de se consacrer à l’écriture. Ses quatre premiers polars obtiennent beaucoup de succès et cinq prix littéraires. Sous la surface figure dans le Top 5 des meilleurs polars de l’année 2013 de La Presse et de plusieurs autres publications. En 2013, il remporte le Prix Saint-Pacôme du meilleur roman policier pour Je me souviens. Martin Michaud adapte aussi ses œuvres pour la télé.
354 pages.
Éditeur : Kennes éditions (2013)

Lu aussi par Argali.
Le mois québécois, c’est chez Karine !
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littérature France·mes préférés·rentrée automne 2016

Marcus Malte, Le garçon

garcon.jpgJ’ai déjà lu Marcus Malte à plusieurs reprises et, je dois avouer que je suis fan de son univers, de son écriture, de la poésie qui se dégage de ses textes, longs ou courts, romans noirs ou pour la jeunesse. Aussi me suis-je penchée rapidement après sa parution, avec des attentes immenses, qui n’ont que peu à voir avec le fait qu’on commence à parler de ce roman partout, sur son dernier ouvrage, Le garçon.

Il apparaît tout d’abord dans la brume, formant une bizarre silhouette à deux têtes, ce garçon qui n’a pas de nom. Il porte sa mère mourante sur son dos, il se dirige vers la mer. Elle va le laisser seul, seul à monter un bûcher funéraire, seul à découvrir le chagrin et la perte, seul à abandonner leur humble cabane, seul à partir par les chemins. Car l’envie le prend de rencontrer d’autres humains, lui qui n’a connu que sa mère en quinze ans, et n’a jamais appris à parler. De rencontres en rencontres, jusqu’à la jeune femme qui sera l’amour de sa vie, jusqu’aux tranchées de la grande guerre, il ne dit pas un mot, mais apprend, s’imbibe de toutes sortes de connaissances, de toutes sortes de sentiments nouveaux. C’est étonnant de voir comme il devient complètement dépendant de la parole des autres, plus encore que de leur présence.

Le garçon est une somme absolument formidable de plusieurs romans, roman de formation, roman d’amour, roman de guerre, le tout relié par la poésie de la parole. Cette parole qui manque au jeune homme, mais qui est si bien utilisée par Marcus Malte, dans un flot de phrases longues et lyriques, ou courtes et frappantes, ou sobres et informatives, suivant une musique qui jamais ne sonne faux. Même si la vie du garçon, de 1908 aux années 30 condense bien des moments dramatiques, l’auteur laisse parfois résonner une verve comique, ainsi l’année 1908 s’achève sur une scène d’une drôlerie parfaite ! Il excelle aussi à jouer les partitions de l’amitié avec le lutteur philosophe Brabek, celles de l’amour fusionnel avec la jeune musicienne Emma. Les événements historiques donnent aussi à lire des pages inattendues n’hésitant pas à rompre totalement avec l’écriture des pages précédentes, et pourtant tellement indispensables…

J’attache beaucoup d’importance à l’écriture, mais c’est rare qu’elle serve le sujet d’une aussi belle façon. Si je me suis rendu compte que le roman comptait 544 pages ? Pas du tout, tellement j’étais absorbée, envoûtée, et immergée dans cette superbe histoire, et, quitte à me répéter, complètement emportée par le rythme des mots, jusqu’à une fin inoubliable.

Extrait : Le garçon a replié les genoux contre sa poitrine. Il serre ses bras autour. La sueur a commencé à sécher sur sa peau et c’est tout juste s’il n’a pas froid. Son pouls bat une lente cadence. Son regard est flou. Il faut bien avoir à l’esprit que jamais au cours de sa courte existence il n’a entendu prononcer le mot « mère ». Non plus que le mot « maman ». Jamais une comptine ne lui a été contée, une berceuse chantée, qui aurait pu comprendre l’un de ces termes et lui en révéler sinon l’exacte signification exacte, du moins l’essence secrète.
Jamais.
Le garçon ne peut savoir objectivement ce qu’il vient de perdre. Ce qui ne l’empêche pas d’éprouver l’absence jusque dans le moindre atome de son être.

 

Rentrée littéraire 2016
L’auteur : Marcus Malte est né en 1967 et vit à La Seyne-sur-Mer. Il a fait des études de cinéma, a été musicien de rock, de jazz et de variété. Cet auteur discret s’est ensuite lancé dans l’écriture pour les adultes, particulièrement des romans noirs, et pour la jeunesse. Garden of love l’a fait connaître du grand public. Il a passé cinq ans à l’écriture de son dernier roman, Le garçon.
544 pages.
Éditeur : Zulma (août 2016)

Les avis de Prof Platypus et Yv.