Publié dans littérature Europe du Nord, policier

Arnaldur Indriðason, Les fils de la poussière

filsdelapoussiere« Le jour se levait à peine et les ruines fumaient encore dans le froid glacial de janvier. Un ruban jaune délimitait le périmètre et quelques policiers fouillaient les cendres. »
Le roman débute par deux événements dramatiques qui se produisent simultanément un soir d’hiver : Daniel, patient d’un hôpital psychiatrique, soigné depuis longtemps pour schizophrénie, se jette par une fenêtre de l’établissement. Il a auparavant évoqué devant son frère Palmi les autres élèves de son ancienne école. Loin de là, un vieux professeur de cette même école périt dans un incendie criminel. Palmi, désemparé par la mort de son frère, fait le lien entre les deux drames, et en fait part à l’inspecteur Erlendur. Secondé par Sigurdur Oli, il va tenter de comprendre ce que signifient ces deux disparitions conjointes, ce qui a bien pu avoir lieu trente ans auparavant, et quelles ramifications actuelles il peut trouver.
Deux enquêtes ont lieu simultanément, car Palmi ne peut rester les bras croisés, et mène des investigations de son côté.

« Palmi ramassa les pauvres effets personnels de son frère, quitta la chambre et marcha jusqu’au fond du long couloir vert. Il s’arrêta à côté des patients qui fumaient, sortit les deux paquets de cigarettes qu’il avait achetés pour l’occasion et les leur offrit. Puis il ouvrit la porte et alla retrouver le froid de ce matin de janvier. S’il avait espéré se sentir soulagé, cela se faisait attendre. »
C’est plaisant de retrouver Erlendur et son collègue Sigurdur Oli dans une première enquête qui vient seulement d’être traduite et publiée par les éditions Métailié. Les caractères ne sont peut-être pas tout à fait aussi affinés, et l’auteur n’évoque pas du tout l’enfance et la jeunesse de son personnage principal, cela viendra sans doute dans l’un des romans suivants. Le thème fait penser à l’un des livres plus récents de l’auteur, la quatrième de couverture assez bavarde permet de savoir vers quel thème le roman s’oriente, si vous tenez à le savoir. Je ne tiens pas à en dire trop. J’ai remarqué en tout cas que l’auteur était déjà très sensible aux sujet de l’alcoolisme, de l’enfance dans les milieux défavorisés, de la protection des sans-logis, ce que l’on retrouve dans d’autres de ses romans.
De nombreux personnages bien décrits et caractérisés, des péripéties assez nombreuses, une trame vraisemblable, voici les ingrédients qui rendent ce polar captivant. La fin perd légèrement en véracité, mais sans que cela trouble la bonne impression d’ensemble. Traduire ce premier roman était donc une bonne idée qui devrait ravir les amateurs de l’auteur islandais, qui sont nombreux !


Les fils de la poussière d’Arnaldur Indriðason, (Synir duftsins, 1997) éditions Métailié, octobre 2018, traduit par Eric Boury, 292 pages.

Les avis d’Electra, Eva, Lectrice en campagne et Lewerentz.

 

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Publié dans littérature Europe du Nord, policier, sortie en poche

Arnaldur Indriðason, Dans l’ombre

danslombreVoici pour changer un court billet qui ne concerne ni la rentrée littéraire, ni le mois américain, parce qu’il faut bien changer un peu de registre, de temps à autre…

« Cet homme appartenait à la dernière génération d’Islandais capables de se satisfaire de peu, de traverser les guerres, les crises économiques, et de voir les leurs succomber à des épidémies sans jamais se plaindre. »
Dans l’ombre constitue le premier volet d’une trilogie intitulée « des ombres », à part dans l’œuvre d’Indridason, puisqu’on n’y retrouve pas Erlendur et que l’action se déroule aux alentours de la seconde Guerre mondiale. Pour ce premier volume, c’est l’été 1941, et, après les Anglais, les Américains occupent des bases stratégiques en Islande afin de contrôler l’Atlantique Nord. Ils craignent particulièrement l’espionnage qui viendrait de l’Allemagne nazie. C’est dans ce contexte qu’un voyageur de commerce sans histoire est retrouvé mort d’une balle dans la tête dans son appartement, et différents indices portent à croire qu’il aurait pu espionner pour le compte des Allemands. Deux enquêteurs s’entraident sur cette affaire, l’un, Flovent, appartient à la police locale, tandis que l’autre, Thorson, américano-islandais, est mandaté par les autorités militaires américaines. En plus de la piste de l’espionnage, se révèle une sombre histoire de recherches pseudo-scientifiques, alors que l’enquête dévoile aussi la situation des jeunes filles qui utilisent leurs charmes au profit de l’armée d’occupation.

« Il descendit de voiture et s’approcha des étendoirs pour regarder le golfe de Faxafloi et les nuages blancs d’été sur l’océan, et se rappela combien il avait trouvé ce paysage et cette lumière magnifiques quand il était arrivé en Islande. Il aimait le silence et la sérénité qu’il procurait. »
J’ai trouvé cette enquête plutôt plaisante à lire, elle est menée assez vivement et le contexte historique ne manque pas d’explications pour satisfaire la curiosité, en même temps qu’on se prend au jeu de l’investigation. Les nouveaux personnages, dont j’imagine qu’ils apparaîtront dans les volumes suivants, sont attachants, avec leurs failles et leurs incertitudes.
Un petit bémol cependant à propos de certains dialogues qui ne sonnent parfois pas très bien, du fait de leur longueur. Les deux policiers, bien que de cultures et de formations différentes ont exactement la même démarche qui consiste à interroger sans relâche toute personne suspecte, ou en relation avec une personne suspecte… ils semblent parfois poser des questions à la chaîne sans laisser le temps à leur interlocuteur de répondre. Quant aux témoins, souvent peu bavards au départ, ils finissent immanquablement par s’exprimer de manière assez prolixe. Je comprends bien que dans cette période historique où la police scientifique ne dispose pas des moyens actuels, la manière d’obtenir des renseignements est forcément de faire parler les personnes qui savent quelque chose, mais j’ai trouvé cela parfois un peu factice, sans que cela ne nuise à l’avancée de cette lecture, aussi plaisante qu’intéressante par les thèmes abordés.

Dans l’ombre d’Arnaldur Indriðason, (Pyska husið, 2015), éditions Points (2018), traduit de l’islandais par Eric Boury, 392 pages.

Les avis d’Aifelle, d’Alex et de Claudialucia

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Publié dans littérature Europe du Nord, policier, sortie en poche

Jussi Adler-Olsen, L’effet papillon

effetpapillon« A l’époque où Carl était un jeune agent de police, on écrivait un rapport en vingt minutes, avec deux doigts, sur une machine à écrire à boule. Dans le Danemark d’aujourd’hui, le même exercice prenait au moins deux heures et demie avec dix doigts et un traitement de texte de dixième génération. Un rapport n’était plus seulement composé des conclusions d’une enquête mais des conclusions des conclusions des conclusions. »
Le roman commence en Afrique avec une exécution menée aussi rapidement que discrètement. La victime a cependant eu le temps d’envoyer un SMS à un correspondant danois. On fait ensuite connaissance de personnages plus ou moins louches qui détournent à leur profit des fonds destinés à aider des villageois camerounais. Et encore une disparition mystérieuse près de Copenhague… Ensuite le récit suit Marco, un adolescent rom qui, ayant décidé de fuir son oncle et la bande de voleurs qu’il dirige, découvre un cadavre et se retrouve poursuivi par des tueurs sans pitié. C’est seulement après toute cette mise en place que l’on retrouve le fameux trio du Département V, toujours parqués dans leurs locaux exigus, et toujours relégués à des affaires jugées secondaires par leurs collègues…


« – Pas de dettes de jeu, la coupa Assad. Pourquoi l’aurait-on supprimé pour un problème lié à l’argent puisqu’il pouvait payer ? On ne lance pas un cerf-volant quand il n’y a pas de vent. »
Carl regarda Assad, perplexe. Parfois il se disait qu’on aurait dû livrer le modèle avec sous-titres. »
Voilà une série dont je ne me lasse pas, ce qui tient sans doute en grande partie à la sympathie que j’éprouve pour les personnages récurrents, Carl Mørck, ses adjoints Assad et Rose. Il faut y ajouter l’humour, ce qui n’est pas évident à doser dans un policier qui traite de problèmes de société, comme l’immigration, l’aide humanitaire, l’escroquerie, et un roman où la disparition de ceux qui gênent les plus puissants n’est pas un problème qui se règle en prenant des gants… Mais la sauce prend bien une fois de plus, et malgré ses plus de 720 pages, le roman se dévore avec plaisir, en passant allègrement sur quelques légères invraisemblances ou redondances…

L’effet papillon de Jussi Adler Olsen, (Marco effekten, 2012) Livre de Poche (2017), traduit du danois par Caroline Berg, 727 pages.

Mon troisième pavé de l’été chez Brize !
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Publié dans littérature Europe du Nord, policier

Arnaldur Indridason, Le lagon noir

lagonnoir« Ce jeune policier piquait constamment sa curiosité. Il faisait tout à sa manière, personnelle, il avait quelque chose de vieillot et d’anachronique, ne parlait de lui, n’appréciait pas vraiment la ville et ne s’intéressait pas au présent sauf pour exprimer son agacement face à l’époque actuelle. »
Dans la continuité des Nuits de Reykjavik, Le lagon noir opère un retour en arrière sur la jeunesse d’Erlendur. L’enquête ou plutôt les deux enquêtes conjointes se déroulent en 1979. Erlendur est un tout jeune policier qui travaille sous les ordres de Marion Briem il est amené à enquêter sur ce qui semble au départ un suicide mais qui s’avère très vite un meurtre, celui de Kristvin, un jeune homme qui travaillait sur une base aérienne américaine. L’époque n’étant pas encore si éloignée que ça de la Seconde Guerre Mondiale, l’aéroport civil de Reykjavik demeure sous le contrôle des Américains, ce qui crée pas mal de tensions avec la population qui supporte mal cet état de fait. Erlendur et Marion n’ont pas vraiment les coudées franches pour enquêter et se voient adjoindre l’aide d’une jeune femme, membre de la police militaire américaine. En parallèle, comme il aime bien à le faire, Erlendur mène des recherches sur une jeune fille disparue vingt-cinq auparavant de manière inexpliquée.

« Erlendur trouvait que cette rencontre entre la lave tapissée de mousse, l’eau chaude et la vapeur recelait une étrange beauté, une beauté née du volcanisme qui avait façonné les paysages désolés de la péninsule de Reykjanes. »
Ce volume des enquêtes d’Erlendur n’est pas mon préféré, j’ai trouvé que les dialogues ne sonnaient pas toujours juste. Enfin, plus précisément, les dialogues perdent parfois en vraisemblance du fait de la longueur des réponses : on a du mal à concevoir qu’un sans-abri ou un pompiste se lancent dans de longs discours explicatifs à destination d’un quasi-inconnu, à propos de faits survenus vingt-cinq ans avant. Les deux résolutions d’enquêtes sont également un peu convenues.
Par contre, le contexte historique de la guerre froide est vraiment passionnant, et j’ai hâte d’attaquer la trilogie des Ombres, où l’aspect historique devrait être plus prégnant encore. Je me suis aussi amusée tout du long à essayer de trouver l’indice qui me permettrait de savoir si Marion Briem est un homme ou une femme. En effet, le prénom étant mixte en Islande, l’auteur a laissé planer le doute, et le traducteur a très habilement esquivé aussi ce point ! J’ai lu dans un article qu’il avait laissé une marque de genre quelque part, mais prise dans le roman, je ne l’ai pas trouvée !

Le lagon noir d’Arnaldur Indridason, (Kamp Knox, 2014) éditions Métailié (2016) ou Points, traduction d’Eric Boury, 380 pages.

Les avis d’Aifelle, Electra et Keisha.

Ce sera mon Objectif PAL de juin avant les sorties de pile de l’été !
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Publié dans littérature Europe du Nord, rentrée hiver 2018

Gudbergur Bergsson, Il n’en revint que trois

ilnenrevint« Il savait d’expérience que le monde était aussi beau que multiple, mais ne se sentait nulle part aussi bien que dans cet endroit désert, abrité dans une ancienne grotte à moutons, au milieu d’un champ de lave. »
Tout se joue dans un périmètre très restreint, une maison exiguë, quelques murets pour enclore son terrain, un bord de mer, une faille, un champ de lave… Des personnages nommés seulement le vieux, la grand-mère, le fils, les gamines ou le gamin y évoluent, des visiteurs se présentent, à cause de la guerre qui crée un peu de passage dans cette région côtière : deux Anglais, un Allemand… Il n’y a pas vraiment de personnage principal, d’ailleurs dans la deuxième moitié du livre, c’est plutôt le gamin qui est au centre, alors qu’au début il n’apparaît que par intermittence. Puis le gamin vieillit, et est toujours nommé ainsi à plus de cinquante ans : au moins, on ne s’égare pas parmi les personnages.
Avec une écriture volontairement économe en descriptions, c’est au lecteur de démêler parmi les gestes, parmi les quelques activités décrites, ce qui fait avancer les personnages : l’apathie du grand-père, la passion du fils pour la chasse au renard, l’ennui des deux gamines abandonnées par leurs mères aux grands-parents, montrent un monde figé dans le passé. Les leçons données par la grand-mère, l’écoute de la radio, la lecture d’un livre montrent que la survie n’est plus seule en jeu, et que la culture entre progressivement dans la maison. La modernité arrive aussi , avec l’électricité, la route goudronnée et pourtant la maison ne semble pas y gagner en propreté ou en clarté.

« Le fils était fier de pouvoir assister à la guerre depuis le pas de sa porte sans qu’elle nuise à la maisonnée. »
Si le style de ce roman est intéressant, je n’ai pas été convaincue par les personnages, qui me semblaient plats et dépourvus de sentiments. En lisant, je les regardais bouger, se déplacer, mais leurs motivations restaient floues. Quand aux sentiments, ce sont le plus souvent la ruse ou l’indifférence, l’envie ou la curiosité, ce qui serait encore ce qu’il y a de plus sain dans cette famille. Je me suis demandé si cette image de la famille était représentative, ou si l’auteur leur faisait volontairement cumuler un certain nombre de tares. J’imagine que ce portrait à charge de l’Islande et de ses habitants ne manque pas d’intérêt pour les Islandais eux-mêmes. J’avoue que cela m’a plutôt laissée de côté.
J’ai été toutefois intéressée par l’histoire contemporaine de cette île battue des vents, les remous de la Deuxième Guerre mondiale, l’histoire de l’Islande après-guerre, qui sert de base stratégique aux Américains à tel point que certains Islandais souhaitent la voir devenir une étoile de plus sur la bannière étoilée. L’auteur compare à un moment l’Islande au le radeau de la Méduse, où le problème n’est pas tant la place que la rareté de la nourriture, et cela devait avoir à un certain moment quelque fond de vérité.
Il me reste un sentiment mitigé à la fin de ce roman. Je me tourne assez souvent vers la littérature des pays du nord, car j’aime les atmosphères et les personnages que les auteurs savent y créer, mais pour les raisons que j’ai évoquées, je n’ai pas été totalement séduite cette fois.

Il n’en revint que trois de Gudbergur Bergsson (Prir sneru aftur, 2014) éditions Métailié (janvier 2018) traduction d’Eric Boury, 207 pages

C’est une lecture commune avec Aifelle, allons voir ce qu’elle en dit… Hélène, Jostein ou Lectrice en campagne l’ont lu aussi, avec des avis variés.
Merci à Babelio pour cette Masse Critique.

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Publié dans littérature Europe du Nord, policier

Arnaldur Indridason, La muraille de lave

murailledelave« C’était un à-pic vertigineux, l’océan se déchaînait sur la paroi de basalte et le vent soufflait avec une telle violence qu’on peinait à se tenir debout. […] Entaillés de profondes crevasses, les bords dangereusement découpés du plateau de lave s’effondraient constamment sous les assauts de l’océan. »
Quatre hommes d’une même banque se promènent dans ce paysage aussi dangereux que magnifique, mais l’un d’eux fait une chute mortelle alors qu’il s’était éloigné du groupe. Cela pourrait être un simple accident si ce n’était lié à l’agression d’une femme dans sa maison, qui la laisse grièvement blessé. Il semblerait qu’elle ait essayé de faire chanter quelqu’un avec des photos compromettantes, et Sigurdur Oli, qui enquête, est mêlé par un de ses amis à cette histoire. Il faut ajouter un homme surveillé par un autre, qui paraît lui en vouloir pour des faits très anciens…

« De manière générale, il pensait que les gens portaient la responsabilité de leur malheur. Une fois qu’il avait achevé sa journée de travail et fait ce qu’il avait à faire, c’était terminé jusqu’au lendemain. »
C’est l’adjoint d’Erlendur qui se retrouve au centre du roman, puisque le héros récurrent d’Arnaldur Indridason ne donne aucune nouvelle à son équipe depuis les fjords de l’est où il est parti. C’est étonnant comme l’atmosphère du roman est différente lorsque c’est Sigurdur Oli qui en est le personnage principal. Il faut admettre qu’il n’est pas aussi attachant que son chef, même s’il semble s’humaniser parfois au fil des événements. On apprend aussi à mieux le connaître.
Sur fond de magouilles bancaires un peu complexes, la muraille de lave bien réelle est aussi la métaphore de la Banque Centrale. Comme d’habitude, la construction du roman est particulièrement soignée, elle permet de se creuser la tête, avec les renseignements collectés par les enquêteurs, voire un peu plus, pour tenter de comprendre où emmène l’auteur. C’est toujours un plaisir à lire, une traduction soignée rendant bien la poésie des journées sombres et des paysages somptueux, sans oublier les méandres psychologiques des personnages.
Un excellent auteur, qui ne me déçoit jamais, j’ai d’ailleurs déjà un de ses romans suivants en attente.


La muraille de lave d’Arnaldur Indridason (Svörtuloft, 2009) éditions Points (2013) traduit de l’islandais par Eric Boury, 402 pages.

Le challenge littérature nordique est chez Margotte.
LitNord

Publié dans littérature Amérique du Nord, littérature Europe du Nord, mini-thème, non fiction, sortie en poche

Mini-thème (4) journalisme

Les chroniques n’ayant pas, (comme c’est étrange !) de volonté à s’écrire toutes seules en ce moment, je décide de regrouper deux lectures du début du mois qui se trouvent avoir un semblant de thème commun… avec de fortes différences de registre, toutefois. Dans les deux romans, un journaliste part travailler dans un pays étranger, à la fois lointain géographiquement et socialement.

tokyoviceJake Adelstein, Tokyo vice

« Aucun article ne vaut la peine de mourir, aucun article ne mérite non plus que ta famille meure. »
Jake Adelstein, dans Tokyo vice, raconte comment il s’est installé à Tokyo, embauché au sein d’un grand quotidien de la capitale, et comment il a enquêté sur les organisations de grand banditisme tenues par des yakuzas. Le roman démarre sur l’histoire d’un important mafieux japonais qui serait allé subir une greffe du foie en Californie, sans être le moins du monde inquiété, et montre comment les recherches menées par Jake Adelstein lui valent des menaces de mort…
Malgré quelques difficultés à se repérer parmi les noms propres et les noms des groupes de yakuzas, quelques moments passionnants méritent qu’on s’intéresse à ce livre très dense. Il met en lumière l’impuissance de la police japonaise face aux yakuzas, tout en détaillant les multiples ramifications de ces organisations et leurs méthodes d’intimidation. Jake Adelstein connaît particulièrement bien son sujet, ses liens d’amitié avec des policiers, et aussi avec des hôtesses de bar liées à la mafia, lui ont permis de recouper une grande quantité d’informations. Je trouve un peu dommage qu’il n’en ait pas fait un roman. Tel quel, j’ai ressenti quelques longueurs et le style très factuel manque un peu de flamboyance. Je le recommande aux passionnés du Japon ou des yakuzas, ainsi qu’aux amateurs de polars ancrés dans la réalité.
(Tokyo vice An american reporter on the police beat in Japan, 2009) Éditions Points (2017) traduit de l’anglais par Cyril Gay, 497 pages

plusbellesmainsMikael Bergstrand, Les plus belles mains de Delhi

« – Mais en Inde, quand il y a des frais de dossiers, ça s’appelle des pots de vin, donc ? »
Le deuxième roman a un ton beaucoup plus léger. Göran Borg est licencié de l’entreprise où il travaillait à Malmö, et se laisse aller à la déprime et aux pots de glace de grands formats. Lorsque son ami Erik, organisateur de voyages, lui propose de l’accompagner en Inde, il refuse d’abord, il a horreur des voyages, puis finit par se laisser convaincre. La rencontre avec l’Inde n’est pas facile de prime abord, mais un éblouissement amoureux va le faire rester plus longtemps que prévu, s’inventer un nouveau but dans la vie et le conduire à retrouver peut-être son goût pour le journalisme. Le ton est résolument humoristique, mais les personnages s’éloignent de la caricature et la vision donnée de l’Inde dépasse les clichés. On partage la fascination de Göran pour ce pays complexe, et on suit avec plaisir son acclimatation et sa transformation, dont on se demande où elle va le mener.
Distrayant, (mais pas seulement) si on n’en attend pas trop.
(Dehlis vackraste händer, 2011) Éditions Actes Sud (Babel, 2016), traduit du suédois par Emmanuel Curtil,
439 pages

Repéré chez Keisha et Ariane. Une suite est parue en poche aussi, Dans la brume de Darjeeling.

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Publié dans littérature Europe du Nord, rentrée littéraire 2017

Audur Ava Olafsdottir, Ör

orRentrée littéraire 2017 (9)
« – Depuis que tu es sorti du ventre de ta mère, 568 guerres ont été menées dans le monde, dit la voix depuis le fauteuil. »

Cela commence dans un salon de tatouage. Jonas, qui vit seul depuis huit ans et cinq mois, depuis que sa femme l’a quitté, choisit un nymphéa blanc sur le cœur. Après avoir rendu visite à sa mère, en maison de retraite, et l’avoir écouté disserter sur son sujet favori, les guerres, Jonas s’interroge sur la manière d’emprunter un fusil à son voisin Svanur, sans éveiller sa méfiance. Car Jonas ne voit plus rien qui le retient dans la vie…


« Une fois dehors, j’appelle les secours pour signaler qu’il y a une oie à l’aile brisée près de la maison de retraite.
– Un mâle, dis-je. Tout seul. Sans femelle. »
Mais Jonas a des scrupules à imposer à sa famille la vision de son corps, aussi décide-t-il de partir pour un pays étranger pour s’y donner la mort. Muni d’une perceuse et d’une caisse à outils, il débarque dans un pays qui sort à peine de la guerre, et s’installe dans un hôtel tout juste rouvert.
Audur Ava Olafsdottir fait partie des auteurs, pas si nombreux, dont j’achète les livres sans trop chercher à savoir de quoi ils parlent, ni si les avis sont bons. J’ai confiance, je sais qu’elle va créer de beaux personnages et une douce atmosphère, que je me vais me sentir bien entre ses mots. Et cela s’est vérifié une fois de plus. Le talent de l’auteure pour imaginer des caractères et cerner des personnalités, un peu hors du commun mais attachantes, est toujours présent et m’a enchantée d’un bout à l’autre du roman.
C’est une lecture douce sans être mièvre, teintée d’humour sans être loufoque, qui aborde des sujets difficiles sans jamais larmoyer. Aussi réussi que Rosa Candida, ce roman convient tout aussi bien pour une première découverte que pour entrer une fois de plus en connivence avec l’humanité irrésistible qui se dégage de toute l’œuvre de l’auteure islandaise.

 

Ör de Audur Ava Olafsdottir, éditions Zulma (octobre 2017) traduit par Catherine Eyjolfssson, 239 pages.


Les avis de Cathulu et Cuné.

Challenge littérature nordique chez Margotte.
LitNord

Publié dans littérature Europe du Nord, policier

Jo Nesbø, Soleil de nuit

soleildenuit« Mon plan jusqu’à présent avait été de ne pas en avoir, puisqu’il anticiperait toute stratégie logique que je pourrais élaborer. Ma seule chance était l’arbitraire. »
Avec Soleil de nuit, je retrouve Jo Nesbø, auteur déjà lu et aimé avec son héros récurrent Harry Hole. Ici, le roman est plus court et différent des autres, mais c’est toujours un plaisir de retrouver la Norvège, et l’écriture de l’auteur.
Jon Hansen est en fuite, on le comprend dès le début, lorsque, un peu au hasard, il descend d’un autocar dans une petite localité du Finnmark, à près de deux mille kilomètres d’Oslo, au nord du pays. Il y rencontre un jeune garçon et sa mère, leur dit se nommer Ulf et se réfugie dans une cabane de chasse, à l’écart du bourg. La communauté essentiellement composée de laestadiens, protestants particulièrement rigoristes, ne l’accueille pas forcément à bras ouverts, mais là n’est pas le problème.

 

« Vous disposez d’un temps donné, vous brûlez jusqu’au filtre, et puis, inexorablement, c’est la fin. Mais l’idée, c’est brûler jusqu’au filtre, ce n’est pas de s’éteindre avant. »
Jon fuit en effet des tueurs commandités par un gros mafieux de la capitale auquel il doit de l’argent, et il est persuadé qu’ils finiront par le trouver, quel que soit le soin qu’il mette à dissimuler ses traces. Au pays des Sames et du soleil de minuit, Jo Nesbø écrit une jolie variation sur un thème classique, celui de la fuite, sur un ton mêlant l’humour, les sentiments, et les situations noires. Le personnage se découvre lui-même petit à petit autant que le lecteur apprend à le connaître, il ne sait plus s’il doit fuir plus loin, se préparer à attendre avec philosophie ses tueurs ou garder une lueur d’espoir. J’en dis volontairement moins que la quatrième de couverture, car une partie de l’intérêt du livre vient de la divulgation progressive du passé de Jon. On en vient ainsi à se faire du souci pour un personnage qui au départ n’inspire pas forcément la bienveillance.
L’auteur fait monter l’angoisse habilement, mais ne néglige pas la découverte d’une région et d’une communauté, rencontrées lors d’un séjour dans les années 70 et 80. Une lecture prenante, rapide et des retrouvailles réussies avec l’auteur !

Soleil de nuit de Jo Nesbø (Mere blod, 2015) Gallimard (2016) traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier, 224 pages


Lu pour le Challenge littérature nordique
LitNord

Publié dans lectures du mois, littérature Amérique du Nord, littérature Europe du Nord, littérature France

Lectures du mois (14) août 2017

Pour un mois d’été torride, et des neurones qui craignent la surchauffe, rien ne vaut un mélange de romans scandinaves et de polars !

demainsanstoiBaird Harper, Demain sans toi, Grasset, août 2017
La littérature américaine réserve souvent de bonnes surprises, ce roman ne me laissera aucun souvenir si ce n’est celui d’un malaise et d’une sensation générale de superflu. Des auteurs comme T.C. Boyle ou Russell Banks excellent à décrire la « white trash », la classe pauvre américaine des campagnes et des petites villes, tout en la rendant attachante. Dans ce roman, je n’ai eu l’impression que d’une succession de situations sordides alignées les unes derrière les autres. Je n’ai vu aucun bon côté aux personnages, ni à leurs actions. Certains aimeront sans doute cette noirceur poussée à l’extrême, je n’y ai pas vu d’intérêt, et l’écriture n’a pas réussi à me retenir non plus. Par contre, la construction, sous forme de nouvelles qui semblent indépendantes, est judicieuse, et aurait pu être le moteur central de ma lecture, si la médiocrité des personnages n’avait pas été aussi exagérée.

touslesdemonssonticiCraig Johnson, Tous les démons sont ici, Gallmeister, 2015.
Cela commence par un transfert pénitentiaire, qui pourrait être simple, mais que Walter Longmire ne sent pas trop bien, avec une tempête qui approche sur les Appalaches. Le détenu principal est un personnage des plus dangereux, ce qui donne une scène déjà digne d’un dénouement de thriller dès les premiers chapitres. Le roman va monter crescendo, transformant ce transport en véritable odyssée avec quelques scènes d’anthologie et toujours un mélange réjouissant de nature, d’humour et de vieux mythes indiens. Un plaisir à ne pas bouder !

La lecture d’Athalie

septiemerencontreHerbjorg Wassmo, La septième rencontre, éditions 10/18, 2009
Retour à une auteure déjà lue, et aimée, avec Cent ans ou Le livre de Dina. Ici, deux personnages principaux : Rut, une fillette sur son île du nord, puis une jeune étudiante, puis une femme artiste peintre et Gorm, fils de bourgeois et commerçant. Les deux se rencontrent plusieurs fois, d’où le titre, semblent avoir tout pour se plaire… mais à chaque fois, quelque chose les empêche d’aller plus loin. Le style très reconnaissable d’Herbjorg Wassmo m’a tenue en haleine, les personnages sont attachants, les faits souvent durs à encaisser. Rarement un chapitre de roman m’aura mise en colère comme celle que j’ai ressentie au moment où les habitants de l’île reprochent des faits imaginaires au malheureux frère de Rut.
Pourquoi pas le titre à conseiller pour découvrir cette grande dame norvégienne, surtout si le thème de l’art vous intéresse ?

Le billet de Cécile.

bottessuedoisesHenning Mankell, Les bottes suédoises, éditions du Seuil, août 2016
Frank Wellin vit une retraite solitaire sur une île de la Baltique, lorsqu’une nuit, il échappe de justesse à l’incendie de sa maison. Il a tout perdu, seules lui restent une unique botte et la caravane de sa fille, et de plus, il est soupçonné d’avoir lui-même incendié son domicile. Mais Frank n’est pas du genre à se laisser accuser sans réagir. J’ai retrouvé avec plaisir les personnages et les paysages des « Chaussures italiennes ». Une écriture fluide et de la sympathie pour personnage principal, malgré son côté « ours du nord », voilà une lecture des plus agréables, mais un peu trop rapide !

L’avis d’Antigone.

quandsortlarecluseFred Vargas, Quand sort la recluse, Flammarion, mai 2017
Encore une valeur sûre, et des retrouvailles, cette fois avec le commissaire Adamsberg. À peine revenu d’Islande, où l’avait conduit sa dernière enquête, il débrouille très rapidement l’affaire pour laquelle on l’avait rappelé grâce à son intuition phénoménale ! L’occasion pour l’auteur de refaire prendre connaissance de l’équipe au complet. Un des adjoints d’Adamsberg se passionne pour des morts accidentelles dans le sud de la France, où deux hommes âgés ont été piqués par des araignées recluses. De recherches tous azimuts en consultations de spécialistes ou en rencontre bien opportunes, l’enquête devient une enquête pour meurtre. On la croit débrouillée au milieu du roman, mais il n’est pas facile d’affirmer une quelconque culpabilité, de plus un membre de l’équipe se comporte bizarrement. Bref, impossible à résumer, reposant sur des ficelles un peu grosses et des invraisemblances qui le sont encore plus, et pourtant, c’est toujours une parfaite lecture d’été, et un régal !

Le billet de Papillon.

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