littérature France·rentrée automne 2016

Tonino Benacquista, Romanesque

romanesqueUn jour, un homme qui se rendait en ville pour négocier le fruit de son braconnage croisa une femme qui s’aventurait en forêt pour y remplir son panier de baies.
Cela commence comme un conte… Un homme et une femme se croisent au Moyen-Âge, quelque part en France, dans la pièce d’un dramaturge anglais, elle-même inspirée d’une légende qui a eu des fondements réels, ceux d’une histoire d’amour hors-norme. Un homme et une femme assistent à cette pièce de théâtre. Ils sont en fuite, essayent, venant de Californie, de gagner le Canada. Quel est le rapport entre l’histoire contemporaine et la légende ?


La débâcle des médecins, des poètes et des sorciers donna aux amants une notoriété qui cheminait plus vite que tous les coursiers du pays.
Je voudrais vous inciter à découvrir ce roman sans trop en révéler, car ce qui fait de cette lecture un délice est justement de ne pas trop savoir à quoi s’attendre. Cette histoire d’amour et d’aventure, qui fait voyager dans l’espace autant que dans le temps, a le grand mérite, malgré une construction solide, de rester toujours surprenante, et de donner à réfléchir tout en distrayant.

Rares sont les occasions pour les spectateurs venus assister à une pièce d’en réécrire la fin.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de roman de Tonino Benacquista, découvert avec des romans policiers de bonne tenue tels que La maldonne des sleepings ou Les morsures de l’aube. Plus récemment, je m’étais amusée à la lecture de Saga ou de Malavita, mais c’est ce dernier roman qui remporte complètement mon adhésion. Une jolie parenthèse d’optimisme, malgré les vicissitudes auxquelles les deux tourtereaux font face, entre deux lectures plus sombres.

Romanesque de Tonino Benacquista, éditions Gallimard (2016) 232 pages.

Elles ont aimé : Delphine-Olympe, Estelle, Florence et Papillon

bande dessinée·littérature France

Alexis Michalik, Christophe Gaultier, Le porteur d’histoire

porteurdhistoireL’auteur
Cela fait un moment que j’entends évoquer les pièces d’Alexis Michalik, notamment à Avignon, où Le porteur d’histoire et Le cercle des illusionnistes affichent souvent complet. Cette année, on parle aussi beaucoup d’Edmond, son dernier texte et spectacle. J’ai donc sauté sur l’occasion de lire sa première pièce sous forme de bande dessinée, intriguée aussi par le fait que, si j’ai déjà lu des romans ou nouvelles adaptées en images, cela ne m’est jamais arrivé pour une pièce de théâtre.

« Je vais vous raconter une histoire… Mais auparavant, nous allons nous interroger sur le fait même de raconter une histoire, sur l’importance qu’on accorde à un récit, et sur les frontières qui séparent la réalité de la fiction. »
Le porteur d’histoire est des plus difficiles à résumer, c’est une succession d’histoires gigognes, encastrées les unes dans les autres, et remontant dans le temps… Il y a un homme qui hérite d’une bibliothèque et de carnets manuscrits énigmatiques. Il y a aussi, plus tard, en Algérie, une femme et sa fille qui disparaissent mystérieusement. Il y a un village d’Algérie et sa fontaine, un village du fin fond des Ardennes et son cimetière. Il y a un trésor aussi colossal que fantomatique, qui traverse les âges. On croise des personnages historiques, Eugène Delacroix, Alexandre Dumas… Cet enchevêtrement est étourdissant et fait travailler les neurones du lecteur. Et peu importe si un fait, sa cause ou sa conséquence échappe un peu auxdits neurones, l’ensemble est étrange et brillant à la fois !

Les dessins
Ils promènent le lecteur dans des époques et des atmosphères radicalement différentes les unes des autres. Ils sont peut-être un soupçon trop sages, les cases un peu régulières, mais le dessin est au service de l’histoire, et c’est surtout elle qui nous emporte. La mise en couleur est plutôt séduisante et la couverture absolument superbe.
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Le théâtre en bulles
Je n’ai pas trouvé énormément de pièces de théâtre adaptées en bande dessinée, ce sont souvent des classiques comme Tartuffe, Hamlet, Ubu roi ou L’avare, mais peu de pièces contemporaines, me semble-t-il…

Le porteur d’histoire de Christophe Gaultier d’après la pièce d’Alexis Michalik, éditions Les Arènes (2016) 119 pages.
L’avis de Lewerentz sur cette même BD,
celui d’Eimelle sur la pièce ou celui de Zarline sur Edmond…

littérature Amérique Latine

Juan José Saer, L’ancêtre

ancetreLe thème de L’ancêtre rappelle celui du roman de François Garde, Ce qu’il advint du sauvage blanc. Il s’est inspiré d’un fait réel survenu au XVIème siècle. Le capitaine d’un navire espagnol et une dizaine d’hommes d’équipage sont massacrés alors qu’ils exploraient une île du Rio de la Plata, à l’estuaire des fleuves Parana et Uruguay. Tous à l’exception d’un jeune mousse que les Indiens font prisonnier et traitent d’une façon étrange. Pendant les dix années qu’il passe avec eux, il a tout le temps de s’accoutumer à leurs mœurs, qu’il raconte avec un certain détachement. C’est en effet un homme âgé qui raconte, l’ancêtre du titre, qui a appris à lire et à écrire, qui a étudié après avoir été rendu au monde occidental, et ballotté de droite et de gauche.
Le roman se partage entre le récit du rapt, des dix ans passés au sein de la tribu, et le récit du retour à la « normalité ».
Ce sont les deux premières parties, mais il en existe une troisième où le narrateur revient sur ces années et essaye de trouver des explications rationnelles, une trame logique au comportement des membres de la tribu, faisant œuvre d’ethnologue à partir de ses souvenirs. L’auteur m’a un peu perdue à ce moment-là, alors que j’avais beaucoup aimé le récit du mousse, la très belle écriture de l’auteur argentin, très bien rendue par une traduction qui me semble parfaite. Cette partie finale est certes intéressante, mais un peu longue et redondante par rapport au récit initial. Mais cela n’est que mon avis, et d’autres trouveront qu’elle apporte un éclairage différent, plus philosophique, et s’en réjouiront.
Sous l’aspect d’une fable, le roman peut se lire de différentes manières, on peut voir dans l’aventure du mousse une seconde naissance, dans le texte une parabole sur la condition humaine, on peut discerner dans la vie des indiens un plaidoyer pour l’écologie. Ces aspects lui ont valu d’être qualifié de chef-d’œuvre, à juste titre, même si pour moi, la dernière partie était un peu trop dense.
Bref, à votre tour de lire ce roman et de donner votre avis !

Citations : L’odeur de ces fleuves est sans égale en ce monde ; C’est une odeur des origines, de formation humide et laborieuse, de croissance. Sortir de la mer monotone et pénétrer dans ces eaux fut comme descendre des limbes sur la terre.

On ne sait jamais quand on naît. L’accouchement est une simple convention. Beaucoup de gens meurent sans être jamais nés ; d’autres naissent à peine, d’autres mal, comme avortés. Certains, par naissances successives, passent de vie en vie, et si la mort ne venait pas les interrompre, ils seraient capables d’épuiser le bouquet des mondes possibles à force de naître sans relâche, comme s’ils possédaient une réserve inépuisable d’innocence et d’abandon.

L’auteur : Juan José Saer (1937, Santa Fe, 2005, Paris) est l’un des écrivains argentins les plus importants du XXe siècle. Auteur de romans, de nouvelles d’essais et de poèmes, traduit en plusieurs langues, il est largement publié en France, où il s’était installé en 1968.
189 pages
éditeur : Le Tripode (2014)
Traduction : Laure Bataillon
Postface d’Alberto Manguel
Première édition en Argentine : 1983

D’autres avis : Philisine un peu déçue, Dominique et Sandrine plus enthousiastes.
Ce livre était dans ma PAL depuis plus d’un an ! L’Objectif PAL 2016 est chez Anne et Antigone.
objectifpal2016

littérature Europe de l'Ouest

Aurelia Jane Lee, Un endroit d’où partir t. 1

unendroitdoupartirC’est Anne et le mois belge qui m’ont donné envie de découvrir ce roman que je n’ai pas gagné lors du jeu final, mais qui m’a aussitôt attiré l’œil lors d’une opération Masse critique. Les premières lignes lues pour me faire une idée ont achevé de me convaincre, et d’avoir ainsi l’occasion de découvrir la maison d’édition Luce Wilquin.
Un personnage principal qui se nomme Juan Esperanza Mercedes de Santa Maria de los Siete Dolores pour un roman belge, avouez que ça titille vos appétits de lecture, non ? Juan, pour faire court, est un bébé recueilli par les sœurs d’un couvent, en particulier la jeune Mercedes qui s’occupe de lui comme une mère, jusqu’à ses neuf ans. Déjà prompt à s’approcher des limites, Juan se perd complètement en roulant à toute allure sur son vélo, et est recueilli dans un domaine éloigné, où il devient garçon à tout faire.
Dans cette Amérique latine imaginaire, l’histoire de Juan commence et se poursuit avec des rencontres, des déceptions et des amours, de la prime enfance à l’âge adulte. Il ne s’agit que de la première partie d’une trilogie dont je lirai avec plaisir la suite, car l’histoire est prenante et a trouvé un juste équilibre entre parcours personnel et situations insolites. Peut-être, malgré le côté addictif de l’histoire, Juan reste-t-il un peu insaisissable et  distant, pour le lecteur comme pour les personnes qui l’approchent, mais c’est sa nature…
Roman d’apprentissage et d’aventures, mêlant les thèmes de l’art et de la création, des liens et de la liberté, c’est tout à fait le genre de roman que j’aime, et si l’auteure cite Gabriel Garcia Marquez ou Véronique Ovaldé, j’ai pensé aussi à un pendant masculin et plus méridional de Karitas, lu récemment. A ajouter donc à la liste : Art et roman ! Sa particularité est aussi de n’être pas ancré précisément dans le temps, ni dans l’espace, ce qui en fait une sorte de conte pour adultes d’une harmonie intemporelle.
Voilà, j’espère vous avoir donné envie de faire connaissance avec Aurelia Jane Lee, qui a mis une écriture pleine de vivacité et d’intelligence au service d’une belle histoire, que demander de plus ?

Extraits : Il ne lisait pas trop vite, ne mangeait pas la fin des phrases et semblait, à chaque virgule, regarder à gauche puis à droite comme on le fait à un carrefour avant de traverser. À chaque point, il baissait les paupières un court instant, comme s’il était conscient qu’entre deux phrases, tout un éventail de variantes existait, alors qu’une seule se réaliserait ; et c’était comme s’il rendait par là un hommage silencieux à toutes les éventualités laissées de côté.

Peindre était une seconde nature pour Juan. La transposition de la réalité sur une toile tenait pour lui de l’évidence. Il pouvait manier le pinceau comme il parlait, avec la même facilité, comme s’il n’y avait pas de code entre les deux.

L’auteure : Née à Bruxelles en 1984, Aurelia Jane Lee a étudié la communication ainsi que la philosophie. Elle s’est fait connaître en 2006 avec un premier roman intitulé Dans ses petits papiers. Deux recueils de nouvelles et quatre romans suivent, avant la trilogie Un endroit d’où partir.
247 pages.
Éditions Luce Wilquin (avril 2016)

invitée·littérature France·livre audio

Jean-Marie Blas de Roblès, L’île du Point Némo (avis de Valérie)

Aujourd’hui, c’est avec plaisir que je reçois Valérie, qui a inventé depuis quelques mois le concept de blogueuse itinérante. Elle a choisi de venir ici parler de :

pointnemoL’île du point Némo de Jean-Marie Blas de Roblès

 

Lady Mac Rae s’est fait voler son diamant, L’Ananké. Elle fait appel à Martial Canterel et à son ami Holmes pour retrouver le fameux diamant. Les voilà partis à bord du Transsibérien, flanqués de Lady MacRae et de sa fille mutique, Verity. Parallèlement à cette histoire de vol de diamant, nous suivons les déboires de Carmen qui tente par tous les moyens de donner de la vigueur au membre de son mari, Dieumercie Bonacieux, découvrons une usine de cigares située dans le Périgord noir dans laquelle les employés écoutent des livres audio et croisons M.Wang, fondateur de B@bil Books qui se rince l’œil en regardant ses employés se déshabiller.

Quel tornade, ce roman ! Je dois avouer qu’à la fin de mon écoute, je n’ai pas réussi à établir tous les liens entre les différentes actions mais j’ai pris un vrai plaisir à suivre ce que donne l’imagination foisonnante et délirante de Jean-Marie de Roblès. Je suis certaine que j’aurais abandonné ce roman un brin loufoque et totalement décalé en version papier mais l’écouter fut agréable. Le lecteur, Thibault de Montalembert, fait partie de ceux pour qui j’ai une vraie tendresse et que je prends un immense plaisir à retrouver de livre audio en livre audio. Il est à nouveau parfait.

Si votre genre préféré est l’autofiction, passez votre chemin, ici c’est l’imagination qui prime. Si vous êtes prude, ce roman n’est pas non plus fait pour vous. Mais si vous avez envie d’entrer dans un tourbillon d’intrigues, d’intertextualité, si vous avez adoré Jules Verne, il est fait pour vous. C’est le genre de romans qu’on pourrait publier en épisodes dans les journaux.

On se perd parfois dans ce roman mais on a envie d’applaudir la prouesse. C’est drôle (le couple formé par Carmen et Dieumercie est irrésistible et m’a fait pouffé plus d’une fois) mais c’est aussi un roman intelligemment moraliste (je vous rappelle que je déteste qu’on me fasse la morale).

 

Date de parution : 18 Mars 2015 Durée : 12h36

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littérature Amérique du Nord·premier roman·rentrée automne 2014

Justin Gakuto Go, Passent les heures

passentlesheuresL’auteur : Justin Gakuto Go est né à Los Angeles d’une mère américaine et d’un père japonais. Il est diplômé de Berkeley et de University College London. Justin Gakuto Go a vécu à Londres, Paris, Tokyo, New York et Berlin. Son premier roman, Passent les heures, a créé l’événement et a été acheté dans plus de 20 pays.
512 pages
Editeur : Les Escales (novembre 2014)
Traduction : Isabelle Chapman
Titre original : The steady running of the hour


Tristan Campbell, étudiant californien, reçoit une lettre d’un cabinet d’avocats londoniens à propos d’une succession. Pour faire court, il lui reste un mois pour prouver qu’il est le descendant d’Ashley Walsingham, disparu en tentant d’escalader l’Everest en 1924. Les termes du testament précisant qu’il ne doit en parler à personne, ni se faire aider par quiconque.
Si on admet ces prémisses un peu tarabiscotées, on se laisse emporter à la suite d’un personnage plutôt sympathique, à la poursuite d’une fortune immense, qui est plutôt prétexte à voyager de Londres à Berlin, de la Suède jusqu’aux tranchées de Picardie et à l’Islande, et à faire diverses rencontres. Il s’agit en cela plutôt d’un roman doudou, léger, et permettant de se sentir bien entre ses pages.
Je suis toutefois un peu gênée par les commentaires dithyrambiques relevés ici et là dans la presse (
« Un best-seller littéraire haletant appelé à entrer dans la liste des meilleures ventes » « Un roman remarquable » « un grand souffle romanesque épique ») qui me paraissent un poil exagérés, si ce n’est qu’il s’agit tout de même d’un joli tour de force pour un premier roman.
J’émettrai donc, puisque les critiques semblent ne pas le faire, un léger bémol concernant plutôt le rythme, et la longueur…
Bizarrement pour un roman tout de même assez long, quelques petites choses manquent d’explications, alors que certaines conversations sont trop détaillées, bien qu’elles soient sans incidence sur l’intrigue. Le personnage de l’arrière-grand-mère putative de Tristan, Imogen, est un peu trop tête à gifles pour l’époque, et le milieu bourgeois qui était le sien, mais pourquoi pas, cela ajoute un peu de piquant à la romance.
Bien documenté dans ses parties historiques, mais sans en avoir l’air, sans faire étalage d’érudition, ce roman est un vrai roman d’aventures, mais un roman d’amour aussi, d’amours contrariées, en raison des mœurs du début du XXème siècle, un roman de guerre aussi, et un roman d’initiation dans ses parties contemporaines. Beaucoup d’ambitions donc, pour une presque réussite. Je serais bien entendu curieuse de lire d’autres avis sur les blogs.

Les premières phrases : La lettre est arrivée la semaine dernière par coursier.
J’ai su rien qu’en palpant l’enveloppe que ce serait du beau papier à lettres. Une texture fine et poreuse de «pur chiffon» ; le tracé brillant d’un filigrane lorsque j’ai levé la feuille face à la lumière. Pour l’instant, je ne peux pas la sortir de mon sac consigné dans le coffre à bagages au-dessus de mon siège, mais je revois son grain fin, sa blancheur teintée de jaune et l’en-tête gravé : Maîtres Twyning & Hooper, avocats à Londres, 11 Bedford Row.
Le coursier, lettre sous pli à la main, a toqué à ma porte. Il a prononcé mon nom.
– C’est un service spécial, m’a-t-il expliqué. L’expéditeur exige la présentation d’une pièce d’identité.
Je lui ai montré mon permis de conduire et j’ai signé l’accusé de réception. Sur le comptoir de la cuisine, j’ai ouvert la fermeture à zip du sachet plastique. À l’intérieur, il y avait l’enveloppe couleur crème au grammage élevé.
J’ai lu la lettre debout devant l’évier.

abandon de lecture·littérature France·rentrée automne 2013

Raphaël Jerusalmy, La confrérie des chasseurs de livres

laconfreriedeschasseursRentrée littéraire 2013
L’auteur :
Diplômé de l’École normale supérieure et de la Sorbonne, Raphaël Jerusalmy a fait carrière au sein des services de renseignements militaires israéliens avant de mener des actions à caractère humanitaire et éducatif. Il est aujourd’hui marchand de livres anciens à Tel-Aviv. En 2012, Actes Sud a publié son premier roman, Sauver Mozart (prix de l’ENS Cachan), déjà en cours de traduction en anglais (Royaume-Uni, États-Unis, Australie et Nouvelle-Zélande), en italien et en hébreu.
320 pages
Editeur : Actes Sud (août 2013)

Une de mes découvertes de l’année dernière a été le petit roman fin et plein d’idée écrit par Raphaël Jerusalmy, Sauver Mozart, qui m’a laissé un délicieux souvenir (et qui vient d’ailleurs de sortir en poche !)
Autant dire que j’étais ravie de savoir que l’auteur récidivait, et j’ai acheté son deuxième roman sans trop m’attarder sur la quatrième de couverture. Roman historique, roman d’aventures qui imagine ce qu’il est advenu de François Villon lorsqu’il fut libéré des cachots de Louis XI où il attendait son exécution, là où les historiens perdent sa trace… Voilà qui était engageant ! Le temps des premiers imprimeurs, un périple de Paris à Jérusalem, des complots et des rebondissements… J’imaginais une sorte de Nom de la rose, dans d’autres paysages.
Le début m’a bien plu, lorsque l’évêque Chartier vient trouver Villon dans sa prison pour lui proposer un marché qu’il ne peut guère refuser. Le récit manifeste beaucoup d’érudition, l’intrigue est intéressante, mais, car il y a un mais… le style m’emballe vraiment moins que dans Sauver Mozart qui, écrit sous forme d’un journal, était très dynamique. Dans ce roman, la narration peine par moments à donner une existence aux personnages et aux lieux, et malgré quelques jolies images, j’ai fini par m’engluer dans des péripéties qui ne me passionnaient guère et par n’ouvrir le livre qu’avec effort. Bref, pas du tout le moment de ravissement attendu.
Je crois que cela tient surtout au style qui ne me convient pas, et sans doute l’histoire n’est-elle pas pour moi non plus ! Je n’ai lu que des avis très positifs par ailleurs, aussi suis-je sûre que c’est moi qui suis passée à côté, qui n’ai pas vu les qualités de ce roman. Ce sont des choses qui arrivent. 

Extrait : Guillaume Chartier s’était attendu à un meilleur accueil, imaginant un auditeur subjugué, pendu à chaque syllabe. Le voilà assis en face d’un goinfre aux paluches rugueuses qui, l’échine penchée à même l’écuelle, se borne à mastiquer goulûment sa pitance. La tâche que Louis XI lui a confiée demande du doigté. Le moindre impair risque de déclencher une effroyable crise politique, voire un conflit armé. Or le prisonnier qu’il a devant lui n’est pas réputé pour sa docilité. C’est un rebelle. Mais c’est justement sur cet esprit d’insubordination que table l’évêque de Paris.
Alors que Villon happe une belle portion de fromage des montagnes, Chartier extrait un volume de dessous sa cape. La reliure en est grossière, une peau de truie dépourvue de tout ornement. Le titre est manuscrit au dos en caractères gras : ResPublica.
– Le Saint-Siège veut interdire cette publication à tout prix.

Lisez par exemple les avis de Leo a lu ou de Passion de lecteur

littérature Europe de l'Ouest·policier·sortie en poche

Martin Suter, Allmen et le diamant rose

allmenetlediamantL’auteur : Né à Zurich en 1948. Publicitaire à Bâle, Martin Suter multiplie les reportages pour Géo, devient scénariste pour le cinéaste Daniel Schmidt, écrit des comédies pour la télévision. Il est l’auteur de Small world, La face cachée de la lune, Un ami parfait, Lila Lila, Le diable de Milan, Le dernier des Weynfeldt. Allmen et les libellules met en scène un personnage récurrent. Martin Suter a également contribué au dernier album de son compatriote Stefan Eicher. Il vit entre la Suisse, l’Espagne et le Guatemala.
190 pages
Editeur : Points (mai 2013)
Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni
Titre original : Allmen und der rosa Diamant

Johan Friedrich von Allmen est un aristocrate désargenté qui dirige une société pompeusement nommée Allmen International Inquiries, dont la devise est « The art of tracing art ». La recherche d’objets d’art est donc son domaine, avec l’aide de son bras droit Carlos, sorte de majordome, homme à tout faire, technicien informatique et cuisinier. La recherche d’un diamant rose qui s’est volatilisé, pour le compte d’un certain Montgomery, va permettre à Allmen de dépenser avec largesse, en hôtels et restaurants de luxe, ce qu’il n’a pas encore gagné. Il se doit donc de réussir à mettre la main sur l’objet précieux recherché, mais il n’est qu’au début de ses surprises.
J’ai lu avec facilité et plaisir ce petit polar bien ficelé et bien écrit, avec des personnages récurrents que j’imagine retrouver bien volontiers à l’occasion. D’ailleurs, ce volume est le deuxième des enquêtes d’Allmen, je n’ai pas encore lu le premier, même si ce sont des retrouvailles avec Martin Suter dont j’ai lu presque tous les romans, au fur et à mesure de leurs sorties, avec une petite préférence pour Small world et Le diable de Milan. Cet auteur sait se renouveler, mais crée toujours des atmosphères intrigantes, et c’est très plaisant de le retrouver !

Extrait : Jamais encore, pendant aucun de ses nombreux voyages, il n’avait eu face à la mer le sentiment qu’il éprouvait ici. Cette équanimité puissante, cette promesse contenue, cette mystérieuse symbiose entre le nord et le sud.
Bien que le ciel fût couvert, le climat était clément, tendre, flatteur, humide, presque tropical. Seule la lumière était différente. Plus grave, plus solennelle.
Un long débarcadère avançait profondément dans la mer, comme un pont jeté vers une rive disparue.

Lu par AgatheIsabelle ainsi que par Titine organisatrice du concours qui m’a permis de gagner ce livre ! Merci Titine !