Richard Adams, Watership down

« Les créatures qui n’ont ni heure ni minute sont aussi sensibles aux secrets du temps qui passe qu’à ceux du temps qu’il fait ; elles savent également parfaitement s’orienter, comme en témoignent leurs extraordinaires migrations. »
Plongée au cœur d’un terrier pourrait être le sous-titre de ce roman, ou plutôt au milieu d’une garenne, car c’est l’aspect communautaire qui retient l’attention plus que les destins individuels. Deux lapins sont cependant les protagonistes principaux du roman, deux frères unis mais dissemblables : Hazel, robuste, intelligent et déterminé, et Fyveer, plus chétif, mais doué de prémonitions qu’il importe de suivre. C’est ce que va faire Hazel en décidant de quitter leur garenne vouée à la destruction. Quelques lapins aventureux les suivent. Après bien des péripéties, ils trouvent un territoire à leur convenance, Watership Down, mais tout ne sera pas terminé pour autant…

« Shraavilshâ – le « Prince-aux-mille-ennemis » – est pour les lapins un héros mythique, malin, l’indécrottable défenseur des opprimés. L’ingénieux Ulysse en personne lui a peut-être même emprunté quelques-uns de ses tours, car Shraavilshâ est très vieux et jamais à court d’imagination pour tromper ses adversaires. »
Voici un roman qui donne l’impression de ne pouvoir avoir été écrit que par un anglais. Richard Adams a combattu lors de la Seconde guerre mondiale puis été bras droit du Ministre de l’Agriculture. Il publie Watership Down, sur lequel il avait travaillé deux ans, en 1972. C’est son premier roman et un succès immédiat.
Et alors, qu’ai pensé de ce classique ? Le mélange de légendes et de rigueur scientifique concernant la vie des lapins dans les garennes fonctionne bien. La malice des ces lapins, leur propension à inventer des subterfuges pour parvenir à leurs fins les rend éminemment sympathiques. Je me suis attachée à plusieurs d’entre eux et ai pris grand plaisir à leurs aventures.
Le sens du suspense de l’auteur est remarquable et permet de ne pas s’ennuyer un seul moment au cours de ces plus de cinq cent pages. Enfin, pour être honnête, quelques passages m’ont un peu moins plu, ce sont les légendes racontées par les lapins le soir dans le terrier, mais il n’y a que quatre ou cinq chapitres de ce genre et si je comprends bien leur utilité, j’ai trouvé qu’ils ralentissaient un peu l’action, toujours prédominante dans ce roman. C’est parfois d’une grande violence, même !

« Les lapins, dit-on, ressemblent aux humains par bien des aspects. Ils savent surmonter les catastrophes et se laisser porter par le temps, renoncer à ce qu’ils ont perdu et oublier les peurs d’hier. Il y a dans leur caractère quelque chose qui ne s’apparente pas exactement à de l’insensibilité ou de l’indifférence, mais plutôt à un heureux manque d’imagination mêlé à l’intuition qu’il faut vivre dans l’instant. »
J’ai admiré les caractères des personnages, vraiment bien choisis, chacun caractérisé sans tomber dans aucun manichéisme, j’ai aimé les notions très réalistes sur la vie de ces communautés de mammifères, la manière dont les lapins appréhendent les activités et les constructions humaines, les relations avec les autres espèces d’animaux. L’auteur ne tombe pas dans l’animisme, les lapins ont leurs réactions, leurs lois, leurs sensibilité, qui a parfois des points communs avec celles des humains, mais qui leur est essentiellement propre. L’ode à la nature apporte aussi de beaux passages descriptifs pleins de sensibilité.
Le tout est particulièrement fin, bien mené, pas dépourvu d’humour, et très prenant. Je recommande ce roman, mélange entre l’Odyssée et le western Lonesome Dove, à tous les amis des animaux et aux curieux !

Watership Down, (Watership Down, 1972), éditions Monsieur Toussaint Louverture, 2016, traduction de Pierre Clinquart, 544 pages.

Le mois anglais est aujourd’hui sur le thème des animaux, vous pouvez le retrouver sur Instagram, Facebook ou encore ici sur Plaisirs à cultiver.
Ce roman était dans ma pile à lire depuis un moment, direction donc l’Objectif PAL !

35 commentaires sur « Richard Adams, Watership down »

  1. J’ai adoré ce roman, et j’ai passé un été à le lire à mes petits enfants . Ils ont beaucoup aimé et je suis d’accord que les légendes sont un peu bizarres, elles se justifient pourtant pour la cohérence de la société des lapins.

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  2. Aaaaaaah mes lapinous préférés! Lu dans les années 1990, jamais oublié, et maintenant j’ai pu le relire!

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    1. C’est bien sûr chez toi que j’ai trouvé cette idée ! Et j’ai bien apprécié la balade dans les collines, avec tous ses dangers, cependant !

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  3. Malgré toutes ses qualités, je n’ai pas réussi à accrocher à ce titre. J’ai compris en le lisant que les histoires mettant en scène des animaux, ce n’est a priori pas pour moi, je n’arrive pas à m’impliquer dans l’histoire. J’ai en revanche gardé l’ouvrage, la réédition grand format par Monsieur Toussant-Louverture étant comme toujours magnifique !

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    1. Je suis plutôt bon public pour les histoires dont les animaux sont les héros. J’ai la version poche qui est superbe aussi, j’admire les petits éditeurs qui ne mégotent pas sur la qualité !

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  4. J’avais adoré ! Et pourtant moi, les récits animaliers, ce n’est vraiment pas mon truc ! Mais j’avais vite oublié le côté lapin pour l’aspect communautaire, ses lois, ses limites …

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    1. Oui, c’est formidable, dès lors qu’on s’attache aux individus et à leurs habitudes, leurs règles communautaires, ça marche très bien !

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