bande dessinée·littérature Europe de l'Ouest

Aimée de Jongh, Le retour de la bondrée

retourdelabondreeL’histoire
Simon est libraire, mais rien ne va plus pour lui, les ventes vont en diminuant et son épouse souhaite céder la librairie à un grand groupe plutôt que de mettre la clef sous le paillasson. Simon qui avait repris sans grand enthousiasme la librairie familiale ne souhaite pourtant pas lui voir perdre son âme.
Cet homme est un rêveur, passionné d’ornithologie, mais qui dissimule de sombres remords remontant à son adolescence. Un accident auquel il assiste passivement vient décupler sa culpabilité. Une rencontre va peut-être toutefois lui permettre de ne pas sombrer dans la déprime. Tout ce que je résume ici sommairement est amené petit à petit dans le récit, par petites touches, par subtils retours en arrière, comme un portrait qui apparaît progressivement sur une toile.

« Les partenaires hivernent chacun dans une contrée différente d’Afrique. Ils évitent ainsi de périr tous les deux dans une tempête de sable, par exemple. »
Cette citation concerne bien sûr les couples de bondrées…
Plusieurs moments et plusieurs histoires sont entremêlées dans ce texte : la fin d’une librairie, une histoire de couple qui tangue un peu, la culpabilité du personnage liée à un épisode dans sa jeunesse et la culpabilité nouvelle à la suite d’un autre événement, sa passion pour les oiseaux, notamment la bondrée, sa rencontre avec une jeune femme… Cela fait peut-être un peu beaucoup pour un seul livre, mais c’est un mince reproche pour une très belle construction, tout en délicatesse, qui se termine sur une étrange interrogation finale…

Un très beau roman graphique !
Les dessins sont vraiment le point fort de cette BD, superbes, avec des échappées sur la nature absolument magnifiques, sans oublier la vieille grange remplie de livres, et les oiseaux, bien entendu. Un joli trait et une mise en page comme je les aime…
retourdelabondree1.jpgCoïncidence
Je remarque que plusieurs parutions récentes portent sur le thème des oiseaux : Bondrée, un polar canadien d’Andrée H. Michaud, M pour Mabel d’Helen McDonald, un roman sur le deuil et la fauconnerie, La douleur porte un costume de plumes de Max Porter, également sur le thème du deuil, Le ruban de Ito Ogawa, où une grand-mère couve un œuf tombé du nid…
Avez-vous lu l’un d’entre eux, ou un autre sur ce thème ?

Aimée de Jongh, Le retour de la bondrée (De terugkeer van de wespendief, 2014) éditions Dargaud (2016) traduit du néerlandais par Monique Nagielkopf 160 pages

Repérée chez Jérôme et Noukette, et trouvée à la bibliothèque…

bande dessinée·littérature France

Alexis Michalik, Christophe Gaultier, Le porteur d’histoire

porteurdhistoireL’auteur
Cela fait un moment que j’entends évoquer les pièces d’Alexis Michalik, notamment à Avignon, où Le porteur d’histoire et Le cercle des illusionnistes affichent souvent complet. Cette année, on parle aussi beaucoup d’Edmond, son dernier texte et spectacle. J’ai donc sauté sur l’occasion de lire sa première pièce sous forme de bande dessinée, intriguée aussi par le fait que, si j’ai déjà lu des romans ou nouvelles adaptées en images, cela ne m’est jamais arrivé pour une pièce de théâtre.

« Je vais vous raconter une histoire… Mais auparavant, nous allons nous interroger sur le fait même de raconter une histoire, sur l’importance qu’on accorde à un récit, et sur les frontières qui séparent la réalité de la fiction. »
Le porteur d’histoire est des plus difficiles à résumer, c’est une succession d’histoires gigognes, encastrées les unes dans les autres, et remontant dans le temps… Il y a un homme qui hérite d’une bibliothèque et de carnets manuscrits énigmatiques. Il y a aussi, plus tard, en Algérie, une femme et sa fille qui disparaissent mystérieusement. Il y a un village d’Algérie et sa fontaine, un village du fin fond des Ardennes et son cimetière. Il y a un trésor aussi colossal que fantomatique, qui traverse les âges. On croise des personnages historiques, Eugène Delacroix, Alexandre Dumas… Cet enchevêtrement est étourdissant et fait travailler les neurones du lecteur. Et peu importe si un fait, sa cause ou sa conséquence échappe un peu auxdits neurones, l’ensemble est étrange et brillant à la fois !

Les dessins
Ils promènent le lecteur dans des époques et des atmosphères radicalement différentes les unes des autres. Ils sont peut-être un soupçon trop sages, les cases un peu régulières, mais le dessin est au service de l’histoire, et c’est surtout elle qui nous emporte. La mise en couleur est plutôt séduisante et la couverture absolument superbe.
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Le théâtre en bulles
Je n’ai pas trouvé énormément de pièces de théâtre adaptées en bande dessinée, ce sont souvent des classiques comme Tartuffe, Hamlet, Ubu roi ou L’avare, mais peu de pièces contemporaines, me semble-t-il…

Le porteur d’histoire de Christophe Gaultier d’après la pièce d’Alexis Michalik, éditions Les Arènes (2016) 119 pages.
L’avis de Lewerentz sur cette même BD,
celui d’Eimelle sur la pièce ou celui de Zarline sur Edmond…

bande dessinée·littérature Europe du Sud

Giorgia Marras, Munch avant Munch

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« On ne peut plus peindre des intérieurs avec des hommes qui lisent et des femmes qui tricotent. On peindra des êtres vivants qui respirent et qui sentent, qui souffrent et qui aiment. »
Nous sommes à Oslo aux environs de 1880. Le jeune Edvard Munch se partage entre une famille rigide et puritaine, et des amis artistes comme lui. Les soirées sont arrosées, les jeunes bohèmes se lancent dans des discussions sans fin. Edvard commence à faire parler de lui, et à exposer des œuvres que les norvégiens bien-pensants, à la recherche de jolis tableaux pour leurs salons chics, considèrent avec mépris.
Cette bande dessinée de l’auteure italienne Giorgia Marras est inspirée des journaux, notes et carnets de Munch. Les 1300 pages lui ont donné énormément de matière, et on sent qu’elle s’est profondément attachée au peintre et à son mal-être permanent.
Si j’ai beaucoup apprécié ce que les citations choisies, les moments vécus,  et leur mise en images apprennent sur le peintre norvégien, je suis restée un peu dubitative quant au dessin et à l’adéquation entre le texte et le dessin. Sans doute ce trait un peu trop sage convient-il bien au Munch coincé dans sa famille stricte, mais un peu moins au jeune homme qui fréquente les cafés, qui voyage, qui tombe amoureux. Un autre léger bémol est que trop de personnages apparaissent, qu’on n’identifie pas forcément tout de suite, mais fort heureusement une galerie de portraits est présente à la fin du livre ; elle présente sur une dizaine de pages une biographie de tous les personnages rencontrés, la vie et les œuvres de Munch, les lieux où il a vécu. C’est un complément très utile, pour qui veut mieux connaître le peintre.
J’ai beaucoup aimé les planches de paysages, de lieux où Munch est passé, l’ambiance des années de la fin du XIXème siècle est vraiment bien rendue.
Au final, j’ai lu cette BD avec intérêt et curiosité, mais en n’étant que partiellement touchée par les choix d’illustration. J’admets pourtant que c’est un beau travail pour un début, Giorgia Marras est une jeune auteure pleine de promesses !
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L’auteure : Giorgia Marras est née à Gênes en Italie, en 1988. Elle a étudié le design graphique et les arts plastiques à Gênes et à Paris. En 2013, elle a été accueillie en résidence au centre d’art contemporain de Linz pour réaliser un projet de bande dessinée : ce sera son premier album,
Munch avant Munch, publié pour les 150 ans de la naissance du peintre. En résidence à Angoulême, elle travaille à un nouvel album, Sisi, sur l’impératrice d’Autriche.
120 pages.
Éditions Steinkis (2016)
Traduction : Marie Giudicelli
Paru en Italie en 2014
Préface d’Ester Armanino

 

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bande dessinée·mes préférés·rentrée automne 2015

Zeina Abirached, Le piano oriental

pianoorientalC’est une véritable découverte pour moi que le roman graphique de cette jeune dessinatrice libanaise, qui en a pourtant déjà fait paraître cinq ou six. Ce qui frappe tout d’abord, c’est le noir et blanc, qui ne s’accommode pas de demi-teintes, pas de gris donc, et qui déploie une inventivité extraordinaire : des bruits entourent parfois la page, des listes de mots encadrent un portrait, des vagues, des lignes de partitions ou d’autres motifs envahissent des pages… Ce graphisme très travaillé est un véritable plaisir, à la fois pour les yeux, et parce qu’on ne sait jamais à quelle surprise s’attendre en tournant la page.
Dans les années 50, Abadallah a imaginé un piano capable de jouer les quarts de ton des mélodies orientales, et il est invité à montrer son invention à un facteur de pianos à Vienne. Il part, accompagné de son ami Victor.
En parallèle, Zeina découvre dans son enfance les langues étrangères et notamment le français, en même temps que la lecture, et si cela lui ouvre des portes, le fait de parler deux langues, la fait aussi se sentir toujours un peu étrangère, un peu décalée : tricoter le français et l’arabe n’est pas une sinécure. Le regard porté par les français quand elle finit par aller à Paris ne manque pas de la perturber aussi.
L’autobiographie, l’expérience de la narratrice, alterne avec des éléments de la vie de son arrière-grand-père, qui joue le rôle de l’ami d’Abdallah. Beaucoup de thèmes abordés donc dans cette très belle et originale bande dessinée, qui mérite largement les prix qu’elle a remportés et la reconnaissance des lecteurs.
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pianooriental_planche1L’auteure : Zeina Abirached est une dessinatrice de bande dessinée libanaise née à Beyrouth en 1981, en pleine guerre civile. Elle a étudié à l’Académie libanaise des Beaux-arts, puis à l’École nationale supérieure des arts décoratifs de Paris.
En 2006, elle sort ses deux premiers albums et participe au Festival d’Angoulême. Après Beyrouth catharsis et 38 rue Youssef Semaani, son roman graphique Mourir partir revenir, le jeu des hirondelles connaît un très large succès public et critique. Il est sélectionné à Angoulême en 2008.
En 2015, elle publie Le piano oriental qui obtient le Prix Phénix de littérature 2015 et qui fait partie de la Sélection officielle du Festival d’Angoulême 2016.
210 pages.
Éditeur : Casterman (2015)

Repéré chez Enna et Leiloona.
Lu pour l’opération La BD fait son festival avec PriceMinister #1Blog1BD
note attribuée : 17/20.

 

bande dessinée·lectures du mois·littérature France

Quelques BD en vrac…

enrageducielJoseph Safieddine et Loïc Guyon, L’enragé du ciel
J’ai choisi cette bande dessinée pour son thème, j’avais surtout retenu qu’il s’agissait du premier pilote à avoir pris des photos de Paris vues du ciel. Le thème de la photographie est finalement un peu à l’arrière-plan par rapport au destin individuel, mais je ne m’en plains pas, car cela donne un ensemble intéressant et plutôt riche en anecdotes et péripéties. Roger Henrard était aussi fou d’aviation, au risque de sa vie, que séducteur impénitent, quoique dûment marié. Il participa, entre autre, à des missions de repérages périlleuses en 1939 pour l’armée française. Et ce n’est qu’une petite partie d’une vie bien remplie.
Le dessin et la mise en couleurs de cette bande dessiné m’ont plu, avec une mention particulière pour le découpage en cases qui évite toute monotonie. L’histoire est complétée par un cahier de photos d’époque.
Une BD de bonne qualité donc, qui se lit bien, à conseiller à ceux que le thème ou l’époque intéressent.
160 pages
Éditions Sarbacane (septembre 2015)
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UnpetitgoutdenoisetteVanyda, Un petit goût de noisette
J’avais déjà vu cette BD sur bon nombre de blogs et admiré le joli cadrage de la couverture, ainsi que le titre qui intrigue et séduit… Le début est à l’image de la couverture, tout en subtilité, se passant souvent de paroles, dans une jolie gamme de couleurs estivales. Une toute jeune fille, presque une enfant, et un garçon de six ou sept ans son aîné se croisent, bavardent, se trouvent des affinités. C’est très délicatement fait, très tendre.
Et là, surprise, il s’agit d’une histoire courte et d’autres suivent, toujours sur le thème des amours avortées, empêchées, empêtrées, décousues… Les couleurs changent, les sentiments restent, certains personnages réapparaissent. Cette BD touche par sa justesse, sa manière de saisir les petits moments où le cœur est bousculé, où les regards sont au diapason ou non.
Le découpage suit les valses-hésitations, avec des petites cases, des grandes, des ciels aquarellés, des rues, des appartements, des chambres, des portes…
Pourquoi « le goût de la noisette » ? Hé, hé, ce serait dommage de ne pas le laisser découvrir à ceux qui n’ont pas lu cette BD entêtante et rafraîchissante. Un très joli moment de lecture !
208 pages
Éditions Dargaud (2014)

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rebetiko.jpgDavid Prudhomme, Rébétiko
Cette BD est avant tout documentaire, elle représente la musique de rébétiko et explique les origines turques de cette musique jouée essentiellement dans les quartiers populaires d’Athènes, en se focalisant sur les années 40/50. Elle fait le portrait imaginaire de quelques musiciens et de leur vie. Le dessin et le découpage m’ont convenu, les couleurs aussi. Les cases que j’ai préférées sont celles des intérieurs de café, et aussi les quelques vues du Pirée ou d’Athènes, ainsi que la traversée nocturne en canot, où les couleurs sont superbes.
J’ai eu un peu du mal avec les noms et surnoms des personnages, mais comme je savais qu’Aifelle avait noté cet obstacle, je me suis appliquée à essayer de les différencier physiquement, au moins… Opération presque réussie. Quant au scénario, c’est une certaine violence, ainsi que la consommation très fréquente de drogues qui m’ont un tantinet gênée, pouvaient-ils être aussi bons musiciens sous l’emprise de substances toxiques ? Quant à la violence, c’est très certainement l’animosité entre grecs et turcs qui l’explique, sans toutefois l’excuser.
Bref, pour le dessin, pour l’aspect documentaire, mais il me manque un petit quelque chose pour être vraiment emballée.
104 pages
Éditions Futuropolis (2009)

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bande dessinée·littérature France·policier

Régis Hautière, Antonio Lapone, Adam Clarks

501 ADAM CLARKS[BD].inddComme ma lecture précédente, celle-ci fait partie de la sélection du Prix polar SNCF. J’ai donc reçu deux livres à lire pour participer, dont une BD. J’ai choisi celle-ci sur le nom du scénariste, car je l’avais déjà apprécié avec De brique et de sang.
Tout d’abord, le grand format de cet album surprend, (et avant lui le format de l’emballage !). Ensuite, je n’ai pas immédiatement accroché au style du dessin, puis ses qualités me sont apparues petit à petit. Je n’y connais pas grand chose dans les styles de bandes dessinées, mais il me semble s’inspirer des comics américains, très probablement… et il faut avouer que cela convient bien à l’histoire. Des ajouts de publicités en haut de certaines pages renforcent cet aspect magazine. Le décalage est savoureux entre les années 2000 telles qu’elles sont représentées, vues depuis les années 50 ou 60, et la réalité. Les choix de couleurs et de mise en page sur un très grand format, ne manquent pas d’intérêt non plus.
Pour ne pas en dire trop, il s’agit de l’histoire d’un gentleman cambrioleur qui se trouve pris entre deux feux, c’est-à-dire en étau entre la CIA et le KGB. Sans compter l’objet de sa convoitise, un magnifique rubis, auréolé de mille feux et de mille précautions. Ce scénario est plutôt savoureux, même s’il ne constitue pas le summum de l’originalité.
Mais encore une fois, l’adéquation entre l’histoire et le dessin fonctionne bien, et cette BD se lit sans déplaisir. A recommander aux adeptes du genre, ou à leur offrir en cadeau !
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64 pages.
Éditeur : Glénat (2014)
Format 37 x 29 cm
Le scénariste : Né en Bretagne en 1969, Régis Hautière se découvre très tôt un goût prononcé pour la lecture et l’écriture. En 1995, il s’installe en Picardie où il rencontre quelques-uns des dessinateurs avec lesquels il publie ses premiers albums (Hardoc, Fraco, David François). Depuis, il a publié plus de vingt albums, dont La Guerre des lulus. Il réside à Amiens.
Le dessinateur : Antonio Lapone est né en Italie en 1970. Grand amateur des années 50 et de la ligne claire, il travaille comme graphiste et illustrateur, notamment sur la série A.D.A (Antique Detective Agency). Il a réalisé Girl Atomik et Club Colonial, Les Platters et Stravinsky dans la collection BD Musique. Avec Régis Hautière, il a réalisé le roman graphique Accords sensibles chez Treize étrange. Il vit en Belgique.

Les lectures de Jostein et Mimi Pinson.

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bande dessinée·lectures du mois·littérature Amérique du Nord·littérature France

Lectures du mois (10) mai 2015

Voici quelques lectures non encore chroniquées. Il y a des lectures à ma convenance, d’autres moins, je vous laisse découvrir, en quelques mots, mes avis express !

coeurdupelicanCécile Coulon, Le cœur du pélican
238 pages Editions Viviane Hamy (janvier 2015)

J’avais beaucoup aimé Le roi n’a pas sommeil, en particulier le style, mais aussi le cadre et les personnages aux cœurs sombres.
J’ai commencé Le cœur du pélican, mais mon engouement ne s’est pas renouvelé cette fois. Je ne pouvais m’empêcher en cours de lecture de relever mentalement les métaphores un peu exagérées ou les clichés forcés sur la vie en lotissement (qui me rappelaient une autre lecture qui m’avait laissé mitigée, celle de Arlington Park de l’anglaise Rachel Cusk). Je ne me suis pas attachée aux personnages, et n’ai pas insisté en me rendant compte qu’il allait surtout s’agir de la crise de quarantaine d’un sportif, coureur dont on ne comprend pas vraiment pourquoi il a été adulé.
Un extrait : Des hommes rouges accompagnés de femmes pâles. Des gens aux gilets et chemises trempés de sueur, aux sous-vêtements usés, aux fantasmes lointains. Leurs rêves consistaient à se retrouver devant les grillades achetées par lots de trente au supermarché. Ils rêvent de vivre dans une porcherie, pensait le père du jeune garçon, serrant des mains moites, embrassant des joues qui puaient le tabac, l’alcool fort et la nourriture froide.

Clara l’a trouvé puissant et percutant.

unecanailleetdemieIain Levison, Une canaille et demie
239 pages Editeur : Liana Levi (Piccolo, 2007)

Un petit boulot, Tribulations d’un précaire, Arrêtez-moi là, Trois hommes, deux chiens et une langouste… qu’il parle de ses expériences de travailleur intérimaire ou qu’il imagine les exploits de loosers dans l’Amérique rurale, j’aime toujours l’humour et le mordant de Iain Levison. Il me restait ce roman à lire. C’est la rencontre entre un braqueur de banque philosophe et rêveur, (qui se présente ainsi : « Je fais carrière dans la rétribution financière fondée sur l’armement. ») et un prof d’université opportuniste. Leur confrontation est percutante et se dévore avec plaisir. Tous les personnages ont de l’épaisseur, de la crédibilité… une lecture vraiment plaisante !

Sandrine aime aussi.
Je commence avec ce roman un petit tour des 50 états américains avec le New-Hampshire

unzooenhiverJirô Taniguchi, Un zoo en hiver
232 pages Editeur : Casterman (2009)
Traduction : Corinne Quentin

Comme Iain Levison, mais dans un genre on ne peut plus différent, encore un auteur que j’aime à retrouver. Là, tout est douceur et nobles sentiments, ou presque (tout est dans le presque). Un jeune homme employé dans une usine de tissus part pour Tokyo et devient, par un coup de hasard, assistant mangaka. Il rencontre une jeune fille en fréquentant ses collègues, en les suivant lors de leurs virées nocturnes alcoolisées. Une partie de cette histoire est sans doute autobiographique, il se dégage un charme certain des dessins et des situations décrites. En outre, l’intérêt de voir de près comment travaillent les auteurs de manga ajoute une dimension à cette love story japonaise.

L’avis d’Hélène.

enattendantdemainNathacha Appanah, En attendant demain
192 pages Éditeur : Gallimard (janvier 2015)

J’avais repéré cette nouveauté à la Grande Librairie, et eu envie de découvrir une autre facette de Nathacha Appanah, après La noce d’Anna, très joli face à face entre une mère et sa fille.
Après un bref aperçu de la fin, le roman s’ouvre sur la rencontre d’Anita, jeune femme d’origine mauricienne et Adam, étudiant en architecture déraciné à Paris. Ils se comprennent, s’aiment, et s’installent dans les Landes d’où Adam est originaire. Des années plus tard, ils ont tout pour vivre heureux, quoique ayant l’un comme l’autre quelques regrets, lorsque Anita prend en amitié Adèle. Cette jeune fille sans papiers est originaire elle aussi de l’île Maurice. On imagine facilement que l’intrusion d’une tierce personne dans un couple un peu fragile va entraîner des complications. Toutefois, à partir de ce moment, les émotions des personnages me sont devenues étrangères et les événements dramatiques imaginés par l’auteur ne m’ont pas touchée, m’ont parus quelque peu artificiels et vides. Dommage !

L’avis de Mimi Pinson.

bande dessinée·mes préférés

Barbara Yelin, Irmina

irminaL’auteure : Née à Munich en 1977, Barbara Yelin a étudié l’illustration et la bande dessinée à Hambourg et vit désormais à Berlin. Ses deux premiers livres ont été publiés à l’An 2 : Le Visiteur en 2004 et Le Retard en 2006. Elle a participé en 2008 à deux albums collectifs : Les Bonnes Manières (Actes Sud) et Pommes d’amour (Delcourt). Elle a publié en 2010 L’empoisonneuse, sur un scénario de Peer Meter.
287 pages
Éditions
Actes Sud (novembre 2014)
Traduction : Paul Derouet
Postface : Alexander Korb
Prix Artemisia 2015 (lire chez Anis)

Je m’insurge : pourquoi ne voit-on pas davantage ce très beau roman graphique sur les blogs, sur les tables des librairies ? Je dois dire que je fréquente peu les librairies de bandes dessinées, mais que le trouver en bibliothèque m’a ravie !
Du début à la fin, ce roman graphique suit une femme allemande, des années 30 aux années 80. Toute jeune, Irmina veut décider de sa vie, elle part étudier à Londres, espère y trouver du travail et y rester. Mais une grande partie des choix qui lui sont offerts va être réduite par la montée du nazisme, la guerre et ses conséquences… Ce n’est plus tout à fait la même Irmina qui se marie puis revient plus tard sur les traces de son passé. (j’essaye de ne pas en dire trop !)
A travers le personnage d’Irmina, le roman pose de nombreuses questions : la jeune femme aurait-elle pu faire d’autres choix ? En général, les simples citoyens allemands avaient-ils d’autres possibilités que de se laisser aller à leur destin ? Comment ressentaient-ils ce qui se passait autour d’eux, leur vie privée, travail, logement, mariage, enfants, n’occultait-elle pas une partie des effets de la politique nazie ? Une très intéressante postface, écrite par un spécialiste de ces questions, tente d’y répondre.
Quant au graphisme, tout en gris, bleus, verts, beiges, balayés et ombrés de noir, je l’ai trouvé superbe et parfaitement adapté au sujet. Ces dessins ne sont ni trop classiques, ni trop contemporains (quoique je serais bien en peine de définir le dessin de BD contemporain), en tout cas ils sont tout à fait à mon goût !

irmina_1irmina_2BD repérée chez Lewerentz… D’autres avis ? 

bande dessinée

BD : Tourne disque et Tsunami

Aujourd’hui, (parce que décidément en ce moment, je ne déborde pas d’envie d’écrire) une petite chronique BD avec deux albums que j’ai eu plaisir à lire. tourne-disque

Raphaël Beuchot et Zidrou, Tourne disque Le Lombard (2014)

L’intérêt de cette BD réside tout d’abord dans son scénario. Elle fait voyager à la fois dans le temps et l’espace, pour suivre en 1930 le violoniste Eugène Ysaÿe jusqu’au Congo où il est invité à donner un concert. Rien ne se passe exactement comme prévu, l’exhibition est reportée pour cause de torticolis. Le maître va se reposer chez son neveu et y rencontre un africain qui connaît mieux la musique classique que beaucoup de ses élèves. Seuls les passages oniriques ne m’ont pas trop touchée, même s’ils permettent de montrer l’emprise de l’Afrique sur le vieux musicien. J’ai beaucoup aimé le graphisme, les avions, les guimbardes des années trente, la vision de l’Afrique (moins caricaturale, on s’en doute, que Tintin au Congo). L’intérêt pour l’histoire ne faiblit pas, l’émotion est présente, l’amour de la musique aussi… TourneDisque_pl1Repéré chez Jérôme et Noukette.

tsunamiJean-Denis Pendanx et Stéphane Piatszek, Tsunami Futuroplis (2013)

Un autre voyage, plus contemporain, dans Tsunami. Un jeune homme part à la recherche de sa sœur disparue depuis 9 ans près de Bandah Aceh, sur l’île de Sumatra. Elle y était partie pour venir en aide aux victimes du tsunami de 2004, et quelques mois après, a cessé de donner des nouvelles à sa famille. La naïveté, relative, du jeune Romain, les rencontres qui le mènent sur la piste de sa sœur, portent cette histoire. Le graphisme m’a beaucoup plu par moments, mais à d’autres un peu moins. Les paysages des îles indonésiennes sont particulièrement réussis, on sent vraiment la présence de la mer, sa force et sa beauté mêlées. J’ai cependant été moins touchée que par la bande dessinée précédente, je suis restée un peu à l’extérieur. Une légère touche fantastique plaira peut-être à certains, mais je m’en serais passée.

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Sandrine a aimé.

bande dessinée·lectures du mois·littérature Amérique Latine·littérature îles britanniques·littérature Europe du Nord·nouvelles

Lectures du mois (8) février 2015

Je vous expose en désordre les lectures de février que je n’ai pas chroniquées. Cette fin de mois est marquée par une sensible baisse d’envies de lecture. Finalement, et ça tombe plutôt bien, les livres à lire pour le prix des lecteurs du Livre de Poche me font plutôt de l’œil par rapport à ma PAL habituelle ! Je vous en reparlerai, bien sûr. En attendant, voici d’autres lectures, des emprunts pour la plupart.

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Paul Lynch, Un ciel rouge, le matin
285 pages Albin Michel (2014)
Je n’étais pas très sûre que ce roman me plaise, mais j’ai tendance à vouloir lire tous les romans irlandais qui sortent, et il était à la bibliothèque… Ma première impression était la bonne, je me suis sentie immédiatement mal à l’aise avec les descriptions sombrement poétiques, trop poétiques, alternant avec des faits dans toute leur brutalité… La description des événements, en l’absence de psychologie des personnages, a eu un effet répulsif sur moi, et j’ai abandonné ce livre à l’écriture pourtant remarquable.

bruitdeschosesquiJuan Gabriel Vasquez, Le bruit des choses qui tombent
293 pages Seuil (2012)

J’avais peut-être trop d’attentes vis-à-vis de ce roman. J’avais surtout envie de quelque chose de plus linéaire, et sa construction en tiroirs gigognes ne m’a pas convaincue. J’ai fini le livre rapidement, mais sans m’être vraiment intéressée aux personnages, et sans y avoir été séduite par l’écriture. Seul le souvenir que les personnages ont du conflit armé à Bogota,dans les années 70-80 où ils étaient enfants, a retenu mon attention.

couleurdesombresColm Toibin, La couleur des ombres
284 pages Robert Laffont (2014)

J’avoue avoir cru en achetant ce livre d’occasion, achat impulsif dû au nom de l’auteur et à la très belle photo de Ferdinando Scianna en couverture, qu’il s’agissait d’un roman de Colm Toibin que j’avais raté, mais je me suis retrouvée avec un recueil de nouvelles ! Je n’ai pas d’aversion pour le genre, au contraire, mais après les excellentes nouvelles de Russell Banks ou de Joseph O’Connor, celles-ci, sur le thème de l’exil et du déracinement, m’ont paru un peu répétitives, et avoir moins de consistance, malgré l’écriture précise et sobre, comme je les aime. Je le garde pour le reprendre éventuellement !

jerefusePer Petterson, Je refuse
270 pages Gallimard (2014)

Encore une semi-déception avec ce roman de Per Petterson, dont j’avais adoré Pas facile de voler des chevaux. Certes, j’y ai retrouvé la sensibilité de l’auteur, et les portraits des protagonistes sont tout en finesse, mais cette histoire d’amitié adolescente qui se délite à l’âge adulte, toute universelle qu’elle soit, et avec ici l’originalité des trajectoires inversées des deux amis, m’a laissée un peu de marbre. Pas le bon moment, pas le choc attendu, j’ai failli ne rien écrire du tout… Même si chaque personnage donne l’impression d’être englué dans sa vie, certains choix lui restent accessibles, notamment le choix de refuser. Ils m’ont rappelé en cela le Bartleby de Melville.

toutelapoussiereJaime Martin, Wander Antunes, Toute la poussière du chemin
78 planches Dupuis (2010)
Pour finir, sans doute celui que j’ai préféré de cette sélection, même s’il peut paraître un peu décousu au début, et s’il se lit vite. Cette BD ayant pour cadre les routes poussiéreuses empruntées par les laissés-pour-compte de la crise de 29, est belle, mais triste et sombre, avec une légère éclaircie à la fin. J’ai été séduite par son graphisme et sa mise en couleur.