Carys Davies, West

« Il sentait de nouveau le poids étourdissant du vaste mystère de la terre, de tout ce qu’il y avait sur elle et au-delà. » 

Rien ne réussit à réintroduire une étincelle dans la vie de John Cyrus Bellman depuis la mort de son épouse, hormis Bess, sa fille de dix ans. Et pourtant, un jour, après avoir lu un article de journal, il quitte sa fille et sa petite ferme en Pennsylvanie, et part sur les routes, avec un paquetage improbable, vers l’ouest encore largement inconnu.
Au-delà du fleuve Mississippi, des ossements d’animaux géants ont été découverts et Bellmann s’imagine être le premier à trouver ces animaux paissant tranquillement dans les grandes plaines. Il n’est pas scientifique, il a simplement trouvé là un moyen de continuer à vivre. Il laisse Bess aux bons soins de sa tante.
Pendant que son père affronte des routes incertaines et des hivers rigoureux, accompagné seulement d’un jeune indien nommé Vieille Femme de Loin, Bess est la seule à comprendre et soutenir le projet irréaliste de son père, à imaginer son retour.

« Bess hocha la tête. Ses yeux la piquaient. C’était beaucoup plus de temps qu’elle ne l’avait imaginé, beaucoup plus de temps qu’elle ne l’avait espéré.
– Dans deux ans, j’aurais douze ans.
– Douze ans, oui. Il la souleva de terre, l’embrassa sur le front et lui fit ses adieux, et la seconde d’après il était assis sur son cheval, avec son manteau de laine marron et son haut chapeau noir, déjà il s’éloignait sur le sentier pierreux qui partait de la maison en direction de l’ouest. »

C’est le récit d’une sorte de crise de la quarantaine, telle qu’elle aurait pu se concrétiser au beau milieu du dix-neuvième siècle, dans un continent encore en grande partie inexploré. Et celui d’un amour filial intact et innocent.
Avec une écriture comme je les aime, cette histoire simple mais efficace a réussi à m’attacher à ses lignes et m’enthousiasmer complètement à la fin. Alternant les points de vue de John Cyrus et de sa fille, le texte se fait de plus en plus prenant, de plus en plus pressant, car la jeune Bess est bien mal protégée en l’absence d’un homme à la maison, avec seulement sa tante qui est quelque peu aveugle aux dangers qui peuvent guetter.
Cette histoire aussi brève que forte, qui m’a enchantée, a été écrite par une jeune auteure anglaise, dont j’attendrai avec intérêt les romans suivants.

West de Carys Davies, (West, 2018) éditions Seuil, janvier 2019, traduction de David Fauquemberg, 192 pages, sorti en poche.

Aimé aussi par Marilyne et Krol ce roman participe au mois anglais et ses nombreuses autres lectures à retrouver ici.

Joyce Carol Oates, L’homme sans ombre

« Le sujet normal doit, pour envisager l’avenir, mobiliser une certaine dose de souvenirs ; on ne peut prévoir un avenir quand on ne peut se rappeler un passé, car le cyclique, le répétitif entrent pour beaucoup dans notre quotidien. Le seul passé dont E. H. se souvienne est maintenant vieux de plusieurs dizaines d’années, et apparemment il n’y trouve pas de stimulus pour penser à l’avenir. »
Etudier durant trente ans un même sujet qui lui, n’a pas de souvenirs au-delà de soixante-dix secondes, suite à un accident cérébral à trente-sept ans, voici la vie de Margot Sharpe, brillante neuro-scientifique à l’Institut universitaire de neurologie de Darven Park en Pennsylvanie. Elihu Hoopes était un homme intelligent, bien élevé et son brillant avenir a basculé en un jour. Il ne reconnaît plus personne, se fait présenter Margot Sharpe à chaque séance de travail, et se montre galant avec elle, pour l’oublier la minute suivante. Margot, en accord avec ses collègues, procède sur lui à de nombreux tests pour déterminer si quelque forme de mémoire peut se recréer petit à petit, une mémoire gestuelle par exemple. Ce qu’elle ne peut imaginer au départ, c’est qu’elle va s’attacher à son patient, en tomber amoureuse même, jusqu’à compromettre l’intérêt scientifique de ses recherches.

« Elihu Hoopes est prisonnier d’un présent perpétuel, se dit Margot.
Comme un homme tournant en rond dans des bois crépusculaires : un homme sans ombre. »
La mémoire, ou plutôt son absence, permet à J.C. Oates d’explorer avec son acuité habituelle le phénomène qui nous permet d’avancer dans la vie, en nous souvenant autant de nos joies et nos plaisirs, que de nos erreurs ou nos douleurs. Scientifique femme dans un monde d’hommes, Margot a beaucoup plus à se battre pour faire admettre ses théories, et beaucoup plus à dissimuler pour ne pas montrer son attachement à son patient.
Le début du roman était prometteur, un élément perturbateur aux environs de la centième page annonçait une suite des plus surprenantes, mais bizarrement l’auteure ne l’a pas exploité plus tard. Il s’ensuit que, entre les nombreux protocoles expérimentaux, le quotidien forcément répétitif du patient, et celui, assez morne, de la scientifique, il ne faut pas s’attendre à une suite de péripéties ou de rebondissements.
Toutefois, l’intérêt du roman n’est pas là, mais dans les nombreuses questions posées par l’absence de mémoire, et son impact sur un individu, voire sur un couple. Comment une personne amnésique se perçoit-elle elle-même et comment les autres la perçoivent, comment des sensations comme la faim, la fatigue ou encore le rire sont dépendantes de la mémoire, une grande quantité d’autres observations scientifiques sont extrêmement bien expliquées, c’est vraiment limpide. Je reste toutefois un peu dubitative face à ce roman original et parfois perturbant, mais pas dénué de quelques longueurs, et que je recommanderais surtout aux fans de l’auteure américaine, ou à celles et ceux que le thème passionne.

L’homme sans ombre de Joyce Carol Oates (The man without a shadow, 2016) éditions Philippe Rey, octobre 2018, traduction de Claude Seban, 393 pages, existe en poche (Points).
Roman sorti de ma pile à lire pour l’Objectif PAL chez Antigone et le mois américain chez Titine (Plaisirs à cultiver)

Celeste Ng, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit

toutcequonnesestjamaisditCeleste Ng (prononcer Ing) déclare avoir ressenti le besoin d’écrire à propos de ce qui la terrifie le plus, perdre un être aimé. Cet effroi est compréhensible, surtout lorsqu’il s’agit comme dans ce roman d’une toute jeune fille de seize ans, qui disparaît subrepticement de la maison familiale un soir, pour être retrouvée noyée au terme de plusieurs jours d’immense angoisse pour ses parents.

Avant et après la macabre découverte, ses parents, son frère et sa sœur ont tout le temps de retourner en tout sens les derniers temps passés avec elle, pour essayer encore et toujours de comprendre… quant au lecteur, qu’il ne s’attende pas à un roman policier, surtout ! Même si la compréhension n’arrive qu’à la fin du roman, l’essentiel est ailleurs, dans l’histoire familiale, dans les malaises non exprimés, dans les échecs, les moments mal vécus, et les trop grands espoirs que ses parents ont projetés dans Lydia. Son père la rêve entourée de nombreux amis, populaire et bien insérée, contrairement à lui que sa couleur de peau a toujours mis de côté. Sa mère projette en Lydia ses rêves avortés de devenir une scientifique respectée dans un milieu essentiellement masculin. Tout cela a-t-il été trop lourd à porter pour la jeune fille, ou bien, sous son apparence de jeune fille studieuse, avait-elle des secrets bien gardés ?
Ce premier roman est remarquable, terriblement ensorcelant, et analyse avec une acuité singulière tout ce qui compose les rapports familiaux, les transmissions ratées ou réussies, les petits mensonges qui se mettent à prendre une place énorme, les petites jalousies qui rongent, les personnalités qu’on se compose pour contenter ses parents… L’auteure a fait le choix de situer son roman en 1976, et cela contribue à sa réussite, de faire évoluer ses personnages dans un monde sans téléphones portables, ni réseaux sociaux, pour se concentrer sur des rapports humains qui n’en sont pas forcément plus directs pour autant. A noter que la fin, qui aurait pu être le point faible pour un premier roman, est de mon point de vue, très réussie, ce qui ne gâche rien.

Citations : Quand ils s’étaient mariés, Marilyn et lui avaient accepté d’oublier le passé. Ils commenceraient une nouvelle vie ensemble, tous les deux, sans regarder en arrière.

Marilyn ne serait pas comme sa mère, à pousser sa fille vers un foyer et un mari, vers une vie bien rangée entre quatre murs. Elle aiderait Lydia à faire tout ce dont elle serait capable. Elle consacrerait le restant de ses jours à la guider, à la protéger, comme on s’occupait d’un rosier de concours : l’aidant à grandir, le soutenant avec des tuteurs, courbant chaque tige pour qu’il soit parfait.

L’auteure : Celeste Ng est née en Pennsylvanie, et elle a étudié à Harvard. Elle a écrit de nombreuses nouvelles publiées avant son premier roman, Tout ce qu’on ne s’est jamais dit. Elle vit dans le Massachusetts.
288
pages.
Éditeur : Sonatine (mars 2016)
Traduction : Fabrice Pointeau
Titre original : Everything I never told you

Noté chez Melo et lu grâce à NetGalley.

Ayana Mathis, Les douze tribus d’Hattie

douzetribusdhattieJ’ai été très agréablement surprise par ce premier roman, pour lequel il me semblait avoir lu quelques avis un peu réservés, et que sa couleur rose me faisait imaginer comme gentillet, ce qu’il n’est pas du tout.
Tout commence avec Hattie qui s’occupe tant bien que mal de ses deux bébés malades, nés quelques années après son installation à Philadelphie dans les années vingt, jeune femme venue des plantations de coton du sud pour une nouvelle vie. Après ce prologue qui fend le cœur, on espère le meilleur pour Hattie. Mais à cause d’un mari volage, inconséquent et joueur, elle ne trouvera jamais vraiment la vie dont elle avait rêvée. Même ses nombreux enfants ne lui rendent pas vraiment dans sa vieillesse tous les soins qu’elle a tenté de leur prodiguer, lorsqu’ils étaient enfants. A sa manière, sans trop de tendresse, l’essentiel étant des estomacs pleins plutôt que des caresses.
Comment serait-il possible de se lasser de romans sur le thème de la discrimination, de la mixité raciale et sociale, surtout lorsqu’ils sont aussi bien écrits que celui-ci ? Alors que j’entrais dans le roman sur la pointe des pieds, mon enthousiasme n’a pas faibli d’un bout à l’autre des soixante années vécues par la famille Shepherd, racontées des points de vue successifs de plusieurs membres de la famille, au moment où, tour à tour, ils subissent des événements traumatisants ou qui donnent un tournant nouveau à leur vie. A chaque chapitre, quelques années plus tard, un nouvel angle de vue est donné, un enfant d’Hattie est au centre du propos et éclaire l’histoire familiale d’un jour un peu différent.
Je me souviens que plusieurs avis mentionnaient que le roman ressemblait plutôt à une suite de nouvelles, je n’ai pas eu du tout cette impression. C’est dû au fait que la personnalité d’Hattie marque chacun des membres de la tribu (mot à prendre dans un sens moins chaleureux et convivial que son acception habituelle) et que leur enfance rejaillit sur leurs comportements et leurs actions. Un beau portrait de famille, de 1920 à 1980, que je ne peux que conseiller pour sa force, sa vivacité et ses beaux moments d’émotion.

Citations : Chez lui, on considérait les Blancs comme une entité vague mais puissante, un peu comme les forces qui contrôlent le temps, des forces qui possèdent un grand pouvoir de destruction, mais demeurent invisibles.

Hattie savait que ses enfants ne la considéraient pas comme quelqu’un de gentil, et peut-être ne l’était-elle pas, mais quand ils étaient petits, il n’y avait pas beaucoup de temps pour les sentiments. Elle leur avait fait défaut dans des domaines essentiels, mais à quoi cela aurait-il servi de passer les journées à les serrer contre elle et à les embrasser s’ils n’avaient rien eu à se mettre dans le ventre? Ils ne comprenaient pas que tout l’amour qu’elle avait en elle était accaparé par la nécessité de les nourrir, de les habiller et de les préparer à affronter le monde. Le monde n’aurait pas d’amour à leur offrir ; le monde ne serait pas gentil.


L’auteure :
Ayana Mathis est née en 1973, elle a grandi dans les quartiers nord de Philadelphie. Elle suit des études de littérature et de poésie, en faisant divers petits boulots. Elle voyage en Europe, passe quelque temps à Florence. En 2009, elle s’inscrit au programme de creative writing de l’université de l’Iowa sous la direction de Marilynne Robinson. Elle commence plusieurs projets de nouvelles où elle retrouve toujours un personnage, Hattie. Les Douze Tribus d’Hattie, est publié en décembre 2012 aux États-Unis.
362 pages
Éditeur : Gallmeister (2012) paru en poche en 2015
Traduction : François Happe
Titre original : The twelve tribes of Hattie

Les avis d’Albertine, Alex, Ariane, Céline et Sandrine.
Projet 50 états, 50 romans, je fais étape en Pennsylvanie.
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Mini-thème (2) Teen-agers sur la route

J’ai lu, par hasard, et non par un choix délibéré de ma part, une suite de romans noirs ou polars mettant en scène des ados américains en fuite. Après Mauvaise étoile et Il était une rivière de Bonnie Jo Campbell, auxquels je pourrais aussi ajouter Canada de Richard Ford ou La balade d’Hester Day de Mercedes Helnwein, en voici deux autres…
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Partis sur les routes, par le rail ou, de manière plus originale, sur les rivières, pour quitter des familles défaillantes ou fuir des dangers, ces jeunes vont traverser bien des aventures. Pas forcément à un rythme frénétique. Ne vous imaginez pas traverser les États-Unis d’une côte à l’autre, on se rend vite compte de l’échelle lorsque, tout au plus, les protagonistes traversent deux états au cours du roman. Tous ces romans ont aussi le point commun de ne pas être issus de collections jeunesse, où ce thème doit être plus fréquent encore.

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Tout d’abord, j’ai lu Les enfants de l’eau noire de Joe R. Lansdale, qui nous emmène du côté du Texas, dans les années 30.
Je découvre l’auteur avec ce roman. C’est Hélène qui m’avait fait retenir son nom. L’histoire peu ordinaire qui est au cœur de ce dernier roman a attiré mon attention.
Le corps d’une jeune fille de seize ans est retrouvé au bord d’une rivière. Ses amis, Sue Ellen, Terry et Jinx imaginent d’aller emporter, à l’aide d’un radeau, ses cendres à Hollywood où elle rêvait d’aller, mais surtout d’aller eux-mêmes vers une vie qu’ils espèrent meilleure. Un magot laissé par leur amie leur permettra de concrétiser leurs rêves.
Le parti pris de faire écrire l’histoire par Sue Ellen, seize ans, n’est pas forcément de ceux que j’aime. Mais j’aurais pu en faire mon affaire. Toutefois, je ne suis pas fan non plus de policiers corrompus à un point extrême, et celui qui poursuit les trois jeunes s’avère le pire des dangers qu’ils ont à affronter. Quoiqu’un effrayant personnage nommé Skunk, dont on ne sait trop s’il est mythique ou réel, soit aussi à leurs trousses.
Bref, même si ce roman a une certaine originalité, une mise en scène prenante et des personnages bien campés, je n’ai pas été aussi séduite que je l’espérais. Trop de scènes d’action, trop de drame, et quelques moments où les réactions des jeunes gens vont à l’encontre de la logique. Bref, une lecture pas désagréable, mais qui, hormis quelques moments, s’efface déjà.

Un extrait : Jinx avait mon âge. Ses nattes se dressaient sur son crâne comme des bouts de fil de fer tressés. Son visage était doux, mais ses yeux semblaient vieux – comme si elle était une grand-mère enfermée dans un corps d’enfant. Sa robe avait été taillée dans un vieux sac de farine teint en bleu et on y voyait encore les inscriptions originales de la toile. Elle était pieds nus.
368 pages éditions Denoël (2015)

unarrieregoutderouilleJ’ai lu plus récemment Un arrière-goût de rouille de Philipp Meyer. Je n’allais pas rater l’occasion de lire cet auteur avant de trouver Le fils, dont on parlait beaucoup, en bien, l’année dernière.
Cette fois, l’époque est contemporaine, les années 2000, et les faits se déroulent en Pennsylvanie (carte ci-dessous). Dans cette région, la sidérurgie a laissé des usines et des haut-fourneaux délabrés, ainsi qu’un chômage galopant et une misère noire. Deux jeunes gens de dix-neuf ans décident, pour des raisons aussi différentes qu’eux-mêmes le sont l’un de l’autre, de laisser leur famille et de partir vers l’ouest. Cependant, et c’est un des gros points forts de ce roman, cela tourne tout de suite très mal pour eux, avec la rencontre de trois sans-abris dans une usine désaffectée.
La suite, vue par les six ou sept protagonistes principaux, sous forme de roman choral, va remuer les consciences de chacun et les obliger à faire des choix. Les deux garçons, l’un très fort et impulsif, l’autre, frêle mais d’une intelligence peu commune, sont plutôt attachants.
Très bien fait, dans un style percutant, rythmé de phrases courtes, ce roman est de ceux qu’on ne lâche pas, et pour de bonnes raisons ! Pour un premier roman, c’est mettre la barre déjà très haut, j’attends donc le moment de lire Le fils, en imaginant et espérant qu’il sera à la hauteur.

Un extrait : N’importe, c’était une veine d’avoir grandi dans un endroit pareil parce qu’en ville, c’était dur à expliquer, son cerveau marchait comme un train à une vitesse incontrôlable. Il fallait des rails et une direction, sans quoi c’était le crash. Condition humaine que de nommer les choses : sang-dragon symphorine-des-ruisseaux engoulevent-bois-pourri tulipe noyer-amer micocoulier. Carya ovata et chêne des marais. Locuste et noix géante. De quoi s’occuper la tête.
512 pages Folio (2012)

Alors, laquelle serait la plus recommandable de ces lectures ?
Tout dépend de ce qu’on cherche.
Le plus prenant, impossible à lâcher, avec tueur sanglant et scènes d’action, serait Mauvaise étoile, quoique Les enfants de l’eau noire le suive de près.
Le plus loufoque est sans conteste La balade d’Hester Day, pour qui aime ce genre. Moi, pas spécialement…
La palme du plus proche de la nature revient à Il était une rivière, avec même des scènes de chasse… (quand je vous dis qu’il y en a pour tous les goûts!)
Le mieux écrit, le plus fouillé, est à mon avis Un arrière-goût de rouille, mon préféré de cette sélection. Toutefois Canada a beaucoup plu à d’autres lecteurs, alors à vous de voir !

Projet 50 états : je visite le Texas et la Pennsylvanie.
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Elizabeth Gilbert, L’empreinte de toute chose

empreintedetouteL’auteure : Née en 1969 dans le Connecticut, Elizabeth Gilbert vit aujourd’hui à Philadelphie, et voyage régulièrement au Brésil et à Bali. Elle a été journaliste avant de se faire connaître avec son roman autobiographique Mange, prie, aime (2008) traduit dans de nombreux pays et adapté au cinéma. Elle a publié aussi Le dernier américain, La tentation du homard et Désirs de pèlerinage (tous parus en poche).
807 pages
Éditeur
: Livre de Poche (2015)
Traduction : Pascal Loubet
Titre original : The signature of all things

Dès les premiers chapitres, dans les cent premières pages, on peut assister à une enfance anglaise misérable, des larcins botaniques, un tour du monde avec le capitaine Cook, une fortune due au quinquina, un mariage de raison, une installation en Pennsylvanie, une naissance. Ces chapitres concernent tout d’abord Henry, le père d’Alma Whitaker, dont le destin semble sorti d’un roman de Dickens.
Quant à Alma, elle est née au tout début du XIXème siècle et le roman va parcourir toute sa vie, en évoquant d’abord celle de ses parents, et la méthode d’éducation originale qu’ils ont pensée la meilleure pour elle. Alma n’est pas belle, mais spirituelle et d’une intelligence hors du commun. Jeune femme, elle prend la suite de son père, en se passionnant davantage pour la botanique que pour le commerce, et notamment pour l’étude des mousses, ces plantes si petites n’ayant guère attiré l’oeil des botanistes l’ayant précédée. Mais ne croyez pas que ce roman cache une somme de pages scientifiques arides, il n’en est rien, il s’attarde bien plus souvent sur la vie privée d’Alma, sur ses rêves et ses désirs, sur la société et notamment l’intelligentsia de l’époque, sur sa famille.
Il faut avouer, mais vous vous en doutiez un peu, que ce roman est tout de même long, mais contient un bon nombre de passages où l’intérêt se réveille, passages qui ne seront probablement pas les mêmes pour chaque lecteur, mais qui valent vraiment le détour. Le style est aisé à lire sans être trop simple, et fait bien passer les quelques longueurs. Alma est un personnage atypique et fort, et si on s’attache à elle, et à son entourage qui ne manque pas d’intérêt non plus, le temps passe vite. Je recommanderai ce roman plutôt à celles et ceux qui se sentent attirés par le XIXème siècle aux États-Unis ou par les découvertes scientifiques, telles le début du darwinisme.

 

Extrait : Les dîners à White Acre n’étaient pas le domaine des ragots, mais d’exercice de stimulation intellectuelle et commerciale. S’il y avait quelque part dans le monde un audacieux jeune homme qui accomplissait quelque exploit, Henry voulait qu’on le fasse venir à sa table. S’il y avait un vénérable philosophe qui passait par Philadelphie ou bien un homme de science considéré, un nouvel inventeur prometteur, ces hommes étaient aussi invités. Des femmes venaient parfois à ces dîners aussi, si elles étaient les épouses de penseurs respectés, les traductrices d’importants livres ou d’intéressantes actrices en tournée en Amérique. […] Les convives devaient s’attendre à être interrogés, défiés, provoqués. Ceux qui étaient connus comme des adversaires étaient placés côte à côte. Les croyances les plus précieuses étaient mises en pièce dans des conversations qui étaient plus sportives que courtoises. Certains notables quittaient White Acre avec l’impression d’avoir subi les pires indignités. […] Alma avait été accueillie à cette table de joutes dès ses quatre ans, et elle était souvent assise près de son père.


plldpLu aussi par Claudialucia. Mon choix du mois pour le Prix des lecteurs du Livre de Poche.