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Lectures du mois (12) novembre 2016

Pour finir ce mois, riche en lectures sorties des tréfonds de ma bibliothèque, voici encore trois lectures qui n’ont pas suscité mon enthousiasme.

feuillesdombreLes feuilles d’ombre de Desmond Hogan

Cet avis va illustrer le risque d’acheter un livre en grand format alors qu’on n’en a jamais entendu parler. J’avais cru à une nouveauté, c’est une réédition de 1980, ce qui ne me dérange pas du tout. Au contraire, s’il est réédité, cela doit prouver sa qualité, et puis un auteur irlandais à découvrir, cela augure forcément un bon moment.
Malheureusement, je n’ai pas du tout adhéré au style très poétique, ni au thème… Un homme âgé qui se retourne sur sa jeunesse et le souvenir d’un triangle amoureux, et peut-être d’un autre événement, mais bien flou, alors, et qui m’a échappé… J’ai eu l’impression qu’il ne se passait pas grand chose de plus dans la fin que j’ai lue en diagonale. Quant à l’écriture, elle est pleine d’images assez obscures, ce qui m’a même poussée à chercher des extraits en anglais, car je pensais qu’il y avait un problème de traduction. Cela ne semble pas le cas, au contraire, il faut saluer le traducteur dont le travail n’a pas dû être aisé.
Je serais curieuse de lire d’autres avis, je me suis fiée uniquement à un commentaire de libraire. Toutefois, j’ai entendu un critique dans La Dispute qui a eu le même sentiment, et l’exprime mieux que moi ! Je note en tout cas que nostalgie et poésie conjuguées ne sont pas les ingrédients qui me conviennent le mieux.

troisfemmespuissantesTrois femmes puissantes de Marie Ndiaye

Cela faisait longtemps que j’avais envie de découvrir la prose de Marie Ndiaye, et que ce roman était dans ma liseuse. Je l’avais déjà commencé une fois, et je l’ai repris du début, pleine de louables intentions ! Le roman présente trois femmes fortes, dans des situations difficiles. Dans le premier chapitre, Norah revient à la demande de son père dans sa maison d’enfance, et doit affronter en même temps que ce patriarche haïssable, des souvenirs dérangeants. J’ai calé après la première des trois parties où j’ai tout détesté, le personnage du père, l’ambiance poisseuse, et tout ce que mon esprit cartésien refusait d’accepter… Je n’ai pas réussi à savoir si certains épisodes étaient réels ou imaginés, et pourquoi ? Le thème du retour est des plus intéressants, mais j’ai eu une désagréable impression de surenchère, d’exagération. Je n’aime pas les accumulations de détails visant à rendre une situation plus dramatique ou plus frappante, et il faut dire que la sobriété n’est pas la particularité principale de ce roman, et que si je peux aimer les phrases à rallonge, il faut qu’elles m’apportent quelque chose.

J’ai trouvé énormément d’avis sur le net, mais provenant de blogs inconnus, je passerais ma journée à essayer de les découvrir tous ! Ah, voici l’avis de Papillon, qui rejoint tout à fait le mien !

legendeSylvain Prudhomme, Légende
J’avais noté Les grands de Sylvain Prudhomme, mais l’opportunité de lire celui-ci s’est présentée d’abord. Le début du roman m’a beaucoup plu, notamment les descriptions de paysages de la Crau par l’œil de Nel, photographe qui réalise de grands pays panoramiques en noir et blanc de ses endroits favoris, en bordure de la Camargue. Il se lie d’amitié avec Matt, un réalisateur qui s’intéresse à une boîte de nuit ayant connu des heures de gloire locale quelques dizaines d’années auparavant. Ce faisant, Matt découvre que les deux personnalités phare de cette discothèque étaient les cousins de Nel. Les deux amis revisitent donc le passé.
Si l’histoire tient bien la route sur la première moitié du roman, celui-ci semble ensuite s’enliser et se perdre, en tournant quelque peu en rond. C’est dommage, l’auteur possède une écriture raffinée et subtile, mais son sujet n’a pas réussi à me passionner. Tout tourne autour de la famille de Nel, pourtant originale, mais qui ne suffit pas à donner une direction, un but, au roman. C’est cependant mon préféré des trois présentés aujourd’hui !

Vu chez Eva plutôt déçue et Jérôme qui a aimé.

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Quelques BD en vrac…

enrageducielJoseph Safieddine et Loïc Guyon, L’enragé du ciel
J’ai choisi cette bande dessinée pour son thème, j’avais surtout retenu qu’il s’agissait du premier pilote à avoir pris des photos de Paris vues du ciel. Le thème de la photographie est finalement un peu à l’arrière-plan par rapport au destin individuel, mais je ne m’en plains pas, car cela donne un ensemble intéressant et plutôt riche en anecdotes et péripéties. Roger Henrard était aussi fou d’aviation, au risque de sa vie, que séducteur impénitent, quoique dûment marié. Il participa, entre autre, à des missions de repérages périlleuses en 1939 pour l’armée française. Et ce n’est qu’une petite partie d’une vie bien remplie.
Le dessin et la mise en couleurs de cette bande dessiné m’ont plu, avec une mention particulière pour le découpage en cases qui évite toute monotonie. L’histoire est complétée par un cahier de photos d’époque.
Une BD de bonne qualité donc, qui se lit bien, à conseiller à ceux que le thème ou l’époque intéressent.
160 pages
Éditions Sarbacane (septembre 2015)
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UnpetitgoutdenoisetteVanyda, Un petit goût de noisette
J’avais déjà vu cette BD sur bon nombre de blogs et admiré le joli cadrage de la couverture, ainsi que le titre qui intrigue et séduit… Le début est à l’image de la couverture, tout en subtilité, se passant souvent de paroles, dans une jolie gamme de couleurs estivales. Une toute jeune fille, presque une enfant, et un garçon de six ou sept ans son aîné se croisent, bavardent, se trouvent des affinités. C’est très délicatement fait, très tendre.
Et là, surprise, il s’agit d’une histoire courte et d’autres suivent, toujours sur le thème des amours avortées, empêchées, empêtrées, décousues… Les couleurs changent, les sentiments restent, certains personnages réapparaissent. Cette BD touche par sa justesse, sa manière de saisir les petits moments où le cœur est bousculé, où les regards sont au diapason ou non.
Le découpage suit les valses-hésitations, avec des petites cases, des grandes, des ciels aquarellés, des rues, des appartements, des chambres, des portes…
Pourquoi « le goût de la noisette » ? Hé, hé, ce serait dommage de ne pas le laisser découvrir à ceux qui n’ont pas lu cette BD entêtante et rafraîchissante. Un très joli moment de lecture !
208 pages
Éditions Dargaud (2014)

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rebetiko.jpgDavid Prudhomme, Rébétiko
Cette BD est avant tout documentaire, elle représente la musique de rébétiko et explique les origines turques de cette musique jouée essentiellement dans les quartiers populaires d’Athènes, en se focalisant sur les années 40/50. Elle fait le portrait imaginaire de quelques musiciens et de leur vie. Le dessin et le découpage m’ont convenu, les couleurs aussi. Les cases que j’ai préférées sont celles des intérieurs de café, et aussi les quelques vues du Pirée ou d’Athènes, ainsi que la traversée nocturne en canot, où les couleurs sont superbes.
J’ai eu un peu du mal avec les noms et surnoms des personnages, mais comme je savais qu’Aifelle avait noté cet obstacle, je me suis appliquée à essayer de les différencier physiquement, au moins… Opération presque réussie. Quant au scénario, c’est une certaine violence, ainsi que la consommation très fréquente de drogues qui m’ont un tantinet gênée, pouvaient-ils être aussi bons musiciens sous l’emprise de substances toxiques ? Quant à la violence, c’est très certainement l’animosité entre grecs et turcs qui l’explique, sans toutefois l’excuser.
Bref, pour le dessin, pour l’aspect documentaire, mais il me manque un petit quelque chose pour être vraiment emballée.
104 pages
Éditions Futuropolis (2009)

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lectures du mois·littérature Amérique du Nord·littérature îles britanniques·littérature Europe du Nord·rentrée automne 2015

Lectures du mois (11) octobre 2015

Ma liste de livres sans billet de lecture s’allonge, et pourtant je lis ! Découragée à l’idée d’écrire tous ces avis, je fais donc un tir groupé : des romans achetés ou empruntés, avec plus ou moins de bonheur, comme vous pourrez le constater avec ce billet de rattrapage !

mauvaiseetoileR.J. Ellory, Mauvaise étoile
Mes dernières lectures du romancier britannique remontait à 2010 avec Les anonymes en français et City of lies en anglais. Ce dernier m’ayant modérément plu, je n’avais pas trop suivi ses dernières publications.
Avec ce roman paru en 2013, me sont revenues en mémoire sa maîtrise de la construction et sa fine analyse des caractères. Deux jeunes, demi-frères, sont pris en otage dans une maison de correction par un tueur en cavale. Il influencera chacun des deux de manière différente, et ce sera le début d’une fuite en avant sanglante, et particulièrement prenante. Du grand Ellory, et je me rends compte avec intérêt que j’ai raté d’autres romans qui semblent très bien aussi !

factureJonas Karlsson, La facture
La facture est un roman à classer dans la catégorie « déboires administratifs probables ou improbables » tels Le procès de Kafka ou Tous les noms de José Saramago. Un jeune homme, travaillant à temps partiel dans un magasin de vidéos, reçoit une étrange facture. Il semblerait que chacun doive payer pour sa vie, pour tous les moments heureux dont il a bénéficié. Un court roman, qui se lit bien, un peu trop peut-être : ça glisse et ça passe très vite, pourtant le sujet ne manque pas d’intérêt. Deux ou trois choses m’ont surprises dans la traduction, parmi lesquelles un verbe de patois (« J’ai zignaillé la porte jusqu’à parvenir à la bloquer ») dont j’ai cherché vainement la signification exacte, et qui sonnait bizarrement dans la bouche d’une jeune suédois…


incandescencesRon Rash, Incandescences
Lire Ron Rash, même pour des nouvelles, même si j’ai déjà trois ou quatre recueils de nouvelles de divers auteurs qui attendent que je les finisse, c’est toujours du bonheur ! Oui, pas moins !
Dans une Amérique rurale où la méthadone fait des ravages au sein même des familles, où les vieilles croyances ressurgissent parfois, où la pauvreté et la faim poussent à des extrémités inéluctables, et où pourtant l’humanité n’est pas totalement absente, des paysages aussi immuables que féroces contemplent des activités humaines pas toujours reluisantes. Et j’adore autant cet auteur dans le format court que le long. Il faut lire la première nouvelle, dans laquelle on prend déjà une claque trois ou quatre pages après le début, pour comprendre. J’ai un recueil de nouvelles en VO qui m’attend, tant mieux !

interetdelenfantIan McEwan, L’intérêt de l’enfant
Encore un auteur que j’aime beaucoup et dont j’aurais du mal à rater une parution ! La sobriété du sujet peut dérouter, mais il ne faut pas en avoir peur. Une juge pour enfants, la cinquantaine compétente et bosseuse, se trouve confrontée au cas d’un jeune homme de dix-sept ans qui devrait subir des transfusions pour guérir d’une leucémie. Mais la religion de ses parents, et la sienne, lui interdit de recevoir le sang de quelqu’un d’autre. La juge Fiona May pourrait imposer ce geste médical, mais elle préfère rencontrer d’abord le jeune Adam. Par ailleurs, la vie de couple de madame la juge connaît des hauts et des bas. C’est formidablement raconté, tout en pudeur, et sans rien occulter. Ça fait battre le cœur et vibrer d’empathie pour ce duo inattendu. Une excellente lecture !

fermeTom Rob Smith, La ferme
Le roman démarre très bien, la situation perturbante que vit le narrateur interroge le lecteur. Il reçoit un jour un coup de fil de son père en larmes, qui lui explique que sa mère a été internée, pour crise psychotique et paranoïaque grave. Mais sa mère débarque à Londres et lui raconte par le menu les crimes dont elle a été témoin, et lui enjoint de ne pas écouter son père. Qui croire ?
Je n’ai pas été tout à fait convaincue par la narration mise en place par l’auteur, à savoir faire raconter à la mère sa version des faits, donc tout en flash-back, même si elle est tout à fait justifiée. Et puis, j’ai pressenti la fin, suis allée lire l’article très intéressant qui raconte comment est venue à l’auteur le besoin d’écrire ce roman. Très éclairant, cet article, mais je ne suis toujours pas emballée par le roman, dont les personnages, à part le narrateur et sa mère, ne m’ont pas semblé crédibles. Ce qui a une explication, mais pourtant… Je pense qu’on peut adorer ce roman, ou passer à côté.

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Lectures du mois (10) mai 2015

Voici quelques lectures non encore chroniquées. Il y a des lectures à ma convenance, d’autres moins, je vous laisse découvrir, en quelques mots, mes avis express !

coeurdupelicanCécile Coulon, Le cœur du pélican
238 pages Editions Viviane Hamy (janvier 2015)

J’avais beaucoup aimé Le roi n’a pas sommeil, en particulier le style, mais aussi le cadre et les personnages aux cœurs sombres.
J’ai commencé Le cœur du pélican, mais mon engouement ne s’est pas renouvelé cette fois. Je ne pouvais m’empêcher en cours de lecture de relever mentalement les métaphores un peu exagérées ou les clichés forcés sur la vie en lotissement (qui me rappelaient une autre lecture qui m’avait laissé mitigée, celle de Arlington Park de l’anglaise Rachel Cusk). Je ne me suis pas attachée aux personnages, et n’ai pas insisté en me rendant compte qu’il allait surtout s’agir de la crise de quarantaine d’un sportif, coureur dont on ne comprend pas vraiment pourquoi il a été adulé.
Un extrait : Des hommes rouges accompagnés de femmes pâles. Des gens aux gilets et chemises trempés de sueur, aux sous-vêtements usés, aux fantasmes lointains. Leurs rêves consistaient à se retrouver devant les grillades achetées par lots de trente au supermarché. Ils rêvent de vivre dans une porcherie, pensait le père du jeune garçon, serrant des mains moites, embrassant des joues qui puaient le tabac, l’alcool fort et la nourriture froide.

Clara l’a trouvé puissant et percutant.

unecanailleetdemieIain Levison, Une canaille et demie
239 pages Editeur : Liana Levi (Piccolo, 2007)

Un petit boulot, Tribulations d’un précaire, Arrêtez-moi là, Trois hommes, deux chiens et une langouste… qu’il parle de ses expériences de travailleur intérimaire ou qu’il imagine les exploits de loosers dans l’Amérique rurale, j’aime toujours l’humour et le mordant de Iain Levison. Il me restait ce roman à lire. C’est la rencontre entre un braqueur de banque philosophe et rêveur, (qui se présente ainsi : « Je fais carrière dans la rétribution financière fondée sur l’armement. ») et un prof d’université opportuniste. Leur confrontation est percutante et se dévore avec plaisir. Tous les personnages ont de l’épaisseur, de la crédibilité… une lecture vraiment plaisante !

Sandrine aime aussi.
Je commence avec ce roman un petit tour des 50 états américains avec le New-Hampshire

unzooenhiverJirô Taniguchi, Un zoo en hiver
232 pages Editeur : Casterman (2009)
Traduction : Corinne Quentin

Comme Iain Levison, mais dans un genre on ne peut plus différent, encore un auteur que j’aime à retrouver. Là, tout est douceur et nobles sentiments, ou presque (tout est dans le presque). Un jeune homme employé dans une usine de tissus part pour Tokyo et devient, par un coup de hasard, assistant mangaka. Il rencontre une jeune fille en fréquentant ses collègues, en les suivant lors de leurs virées nocturnes alcoolisées. Une partie de cette histoire est sans doute autobiographique, il se dégage un charme certain des dessins et des situations décrites. En outre, l’intérêt de voir de près comment travaillent les auteurs de manga ajoute une dimension à cette love story japonaise.

L’avis d’Hélène.

enattendantdemainNathacha Appanah, En attendant demain
192 pages Éditeur : Gallimard (janvier 2015)

J’avais repéré cette nouveauté à la Grande Librairie, et eu envie de découvrir une autre facette de Nathacha Appanah, après La noce d’Anna, très joli face à face entre une mère et sa fille.
Après un bref aperçu de la fin, le roman s’ouvre sur la rencontre d’Anita, jeune femme d’origine mauricienne et Adam, étudiant en architecture déraciné à Paris. Ils se comprennent, s’aiment, et s’installent dans les Landes d’où Adam est originaire. Des années plus tard, ils ont tout pour vivre heureux, quoique ayant l’un comme l’autre quelques regrets, lorsque Anita prend en amitié Adèle. Cette jeune fille sans papiers est originaire elle aussi de l’île Maurice. On imagine facilement que l’intrusion d’une tierce personne dans un couple un peu fragile va entraîner des complications. Toutefois, à partir de ce moment, les émotions des personnages me sont devenues étrangères et les événements dramatiques imaginés par l’auteur ne m’ont pas touchée, m’ont parus quelque peu artificiels et vides. Dommage !

L’avis de Mimi Pinson.

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Lectures du mois (9) avril 2015

Si je ne veux pas accumuler trop de billets de lecture en retard, mieux vaut en regrouper quelques-unes, qui vont du moins intéressant au meilleur.

extraordinairevoyageRomain Puértolas, L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea
312 pages Livre de Poche (2015)
Que dire de ce roman ? Les cent premières pages sont plutôt drôles et vivement menées, la présentation des personnages est cocasse et les premières péripéties du voyage involontaire du fakir, quoique totalement invraisemblables, prêtent à sourire.
Mais ensuite, tout semble répétitif et le sourire devient de moins en moins fréquent pour disparaître tout à fait. Le sujet du livre n’est pas les multiples pièges et périls affrontés par les candidats à l’immigration, puisque le fakir Ajatashatru Lavash Patel est venu avec un billet d’avion et un visa touristique en règle et compte bien rentrer en Inde avec son lit à clous. Toutefois, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à l’actualité, lorsque le fakir croise des immigrants au fond d’un camion en partance pour le Royaume-Uni. Je n’avais plu le cœur à rire ensuite, ou bien l’avalanche de (plus ou moins) bons mots m’a lassée, et j’ai refermé le livre sans regret aucun, plus rien ne m’y retenait.

L’avis de Laurie.

enfantdeletrangerAlan Hollinghurst, L’enfant de l’étranger
768 pages Le Livre de Poche (2015) Traduit de l’anglais.
Le début rappelle le roman de Ian McEwan, Expiation, mais il n’est pas malheureusement pas doté du même souffle. Les personnages flirtent avec la caricature, une mère naïve, un frère aîné un peu coincé, un jeune frère qui se cherche, une oie blanche. Je suis un peu lassée des romans qui commencent en 1913 ou en 1938, et qui semblent vous claironner : Attention, des drames vont se produire ! Ce qui est assez malin, dans le cas de ce roman, c’est qu’après le début en 1913, se produit au bout de 150 pages un saut dans le temps de durée indéterminée, qui laisse le lecteur deviner progressivement comment les cartes ont été redistribuées. L’intérêt se trouve donc largement relancé par cet intervalle où de nombreux événements se sont produits… pour retomber tout aussi vite, et ne plus générer qu’un ennui profond !
Je ne sais pourquoi les romans qui parlent de poètes, vivants ou morts, réels ou imaginaires, me font seulement bâiller, d’autant plus sur 800 pages, et là malheureusement, cela s’est vérifié une fois de plus.

L’avis diamétralement opposé de Papillon.

vertpalatinoGilda Piersanti, Vert palatino
288 pages Pocket (2009)
Un policier romain (quoique l’auteure écrive en français) pour vacances romaines, voici qui ne pouvait mieux tomber. La plus grande partie de l’action se situe dans des quartiers que je n’ai pas eu l’occasion de voir, notamment une immense barre d’immeubles de près d’un kilomètre de long, inspirée par les travaux de Le Corbusier, mais la mixité sociale y est bien moins réussie que dans la Cité Radieuse.
Au printemps 2001, alors que ses collègues ne pensent qu’à la Coupe d’Italie, l’inspecteur Mariella de Luca s’y rend pour enquêter sur la disparition d’une fillette, et tente de relier cette affaire, comme son instinct le lui dicte, à la mort d’un membre d’un réseau pédophile.
De nombreux personnages, mais bien dessinés, autour de ces affaires, forment un roman solide et qui se lit avec un intérêt croissant.

Le billet d’Hélène.


confidentHélène Grémillon, Le confident
320 pages Folio (2012)
Je vais vous faire une confidence : malgré la quantité de livres que je lis, je suis une picoreuse. Vingt pages par ci, quinze par là, entrecoupées d’activités diverses et variées, ou grappillées en transports en commun. Même avec un bon fauteuil, je ne lis jamais bien longtemps d’affilée. Sauf exceptions, et Le confident en fait partie, et si je ne l’ai pas dévoré en une seule session, c’est qu’il fallait tout de même manger un peu !
Camille vient de perdre sa mère, et parmi les lettres de condoléances, elle trouve un écrit, pas vraiment une lettre, qui lui est toutefois adressé. Camille, étant éditrice, pense à un auteur en mal de reconnaissance. Mais ces lignes qui semblent parler de sa famille, où seuls les prénoms ont changé, l’intriguent énormément, d’autant plus que chaque mardi, une suite apparaît dans sa boîte aux lettres.
L’écriture est séduisante, et le roman conduit de telle façon que l’envie d’en savoir plus devient des plus fortes. Je l’ai trouvé très réussi, sur un thème qui semble assez rebattu.

Sylire a préféré l’écouter !

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Lectures du mois (8) février 2015

Je vous expose en désordre les lectures de février que je n’ai pas chroniquées. Cette fin de mois est marquée par une sensible baisse d’envies de lecture. Finalement, et ça tombe plutôt bien, les livres à lire pour le prix des lecteurs du Livre de Poche me font plutôt de l’œil par rapport à ma PAL habituelle ! Je vous en reparlerai, bien sûr. En attendant, voici d’autres lectures, des emprunts pour la plupart.

uncielrougelematin

Paul Lynch, Un ciel rouge, le matin
285 pages Albin Michel (2014)
Je n’étais pas très sûre que ce roman me plaise, mais j’ai tendance à vouloir lire tous les romans irlandais qui sortent, et il était à la bibliothèque… Ma première impression était la bonne, je me suis sentie immédiatement mal à l’aise avec les descriptions sombrement poétiques, trop poétiques, alternant avec des faits dans toute leur brutalité… La description des événements, en l’absence de psychologie des personnages, a eu un effet répulsif sur moi, et j’ai abandonné ce livre à l’écriture pourtant remarquable.

bruitdeschosesquiJuan Gabriel Vasquez, Le bruit des choses qui tombent
293 pages Seuil (2012)

J’avais peut-être trop d’attentes vis-à-vis de ce roman. J’avais surtout envie de quelque chose de plus linéaire, et sa construction en tiroirs gigognes ne m’a pas convaincue. J’ai fini le livre rapidement, mais sans m’être vraiment intéressée aux personnages, et sans y avoir été séduite par l’écriture. Seul le souvenir que les personnages ont du conflit armé à Bogota,dans les années 70-80 où ils étaient enfants, a retenu mon attention.

couleurdesombresColm Toibin, La couleur des ombres
284 pages Robert Laffont (2014)

J’avoue avoir cru en achetant ce livre d’occasion, achat impulsif dû au nom de l’auteur et à la très belle photo de Ferdinando Scianna en couverture, qu’il s’agissait d’un roman de Colm Toibin que j’avais raté, mais je me suis retrouvée avec un recueil de nouvelles ! Je n’ai pas d’aversion pour le genre, au contraire, mais après les excellentes nouvelles de Russell Banks ou de Joseph O’Connor, celles-ci, sur le thème de l’exil et du déracinement, m’ont paru un peu répétitives, et avoir moins de consistance, malgré l’écriture précise et sobre, comme je les aime. Je le garde pour le reprendre éventuellement !

jerefusePer Petterson, Je refuse
270 pages Gallimard (2014)

Encore une semi-déception avec ce roman de Per Petterson, dont j’avais adoré Pas facile de voler des chevaux. Certes, j’y ai retrouvé la sensibilité de l’auteur, et les portraits des protagonistes sont tout en finesse, mais cette histoire d’amitié adolescente qui se délite à l’âge adulte, toute universelle qu’elle soit, et avec ici l’originalité des trajectoires inversées des deux amis, m’a laissée un peu de marbre. Pas le bon moment, pas le choc attendu, j’ai failli ne rien écrire du tout… Même si chaque personnage donne l’impression d’être englué dans sa vie, certains choix lui restent accessibles, notamment le choix de refuser. Ils m’ont rappelé en cela le Bartleby de Melville.

toutelapoussiereJaime Martin, Wander Antunes, Toute la poussière du chemin
78 planches Dupuis (2010)
Pour finir, sans doute celui que j’ai préféré de cette sélection, même s’il peut paraître un peu décousu au début, et s’il se lit vite. Cette BD ayant pour cadre les routes poussiéreuses empruntées par les laissés-pour-compte de la crise de 29, est belle, mais triste et sombre, avec une légère éclaircie à la fin. J’ai été séduite par son graphisme et sa mise en couleur.

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Mes lectures du mois (7) juillet 2014

Outre les livres dont j’ai déjà parlé, j’ai aussi lu en juillet, de choses et d’autres :

jardinsdelamortGeorge Pelecanos, Les jardins de la mort
409 pages Editeur :
Points (2009)

Un polar efficace, pour qui aime une plongée dans une ville, ici le Washington des banlieues, une enquête qui va au rythme normal des enquêteurs, pas à celui des adeptes de « 48 heures chrono », des personnages aux questionnements intéressants. Un jeune noir est retrouvé mort dans un jardin communautaire, et ce crime rappelle d’autres survenus une vingtaine d’années auparavant, et jamais élucidés. Gus Ramone était tout jeune flic au moment des premiers assassinats, il n’est pas en charge de cette nouvelle enquête, mais il s’y intéresse de près, car le jeune qui a été trouvé mort est un camarade de classe de son fils. D’ailleurs, tout ce qui touche aux rapports entre parents et enfants est finement analysé dans ce roman. Ce n’est pas le premier Pelecanos que je lis et j’aime toujours bien toujours bien sa manière d’évoquer des atmosphères et des lieux.
Lu par Cathulu

prieredaudubonKôtarô Isaka, La prière d’Audubon 448 pages Editeur : Philippe Picquier (2011) Existe en poche Traduction : Corinne Atlan

Itô, un peu déboussolé par sa démission de son travail d’informaticien, et par une rupture, commet un geste fou en tentant de braquer une supérette. C’est un de ses anciens camarades de classe qui l’arrête, et le moins qu’on puisse dire, est qu’il est particulièrement retors et antipathique. Mais à son réveil Itô se retrouve sur une île inconnue, totalement coupée du monde depuis cent cinquante ans. Son guide, sur cette île, Hibino, lui explique les lieux à sa manière, et le conduit auprès d’un étrange épouvantail qui parle. Lequel épouvantail est retrouvé démembré et éparpillé le lendemain. Sur le thème de l’isolationnisme, l’auteur a créé une fable sociale et fantastique, qui est à la fois un roman d’initiation et policier, et si l’on accepte de rentrer dans ce monde, est très original et prenant. A lire de préférence sur un temps assez court plutôt que par petites doses, pour éviter de mélanger les noms des personnages… J’avais repéré ce roman dans une de mes librairies préférées et je n’ai absolument pas regretté la plongée dans cet univers qui rappelle Yoko Ogawa, ou Haruki Murakami, dans un style un peu moins travaillé. Si vous aimez la littérature japonaise, n’hésitez pas !

Citation : La « réalité », pour moi, c’était la sensation concrète que j’avais de me trouver en ce moment sur cette île, et je commençais à me faire à l’idée que je devais tout simplement suivre cette sensation. Folie et acceptation. Devenir fou et accepter la situation, cela se ressemblait.

likenessTana French, The likeness 466 pages Editeur : Penguin Traduit en français : Comme deux gouttes d’eau (Points, 2010)

J’ai lu en anglais ce polar de Tana French dont j’avais bien aimé Ecorces de sang. Il commence de manière assez étrange et compliquée. Cassie Maddox est policière dans un service qui traite de violences domestiques, mais c’est pour une jeune femme tuée à l’arme blanche qu’elle est appelée par un de ses collègues. En effet, la jeune morte ressemble énormément à Cassie, et de plus, elle porte l’identité de Lexie Madison, qui avait été créée plusieurs années auparavant de toutes pièces pour permettre à Cassie d’infiltrer un réseau de trafiquants de drogue. L’idée de son collègue, que Cassie finira par accepter, est de faire prendre à Cassie la place de la jeune femme, faisant croire à ses colocataires qu’elle a réchappé à son agression, et trouver ainsi le coupable « de l’intérieur ». Elle va s’installer dans un manoir, presque un personnage du roman, habité par quatre étudiants et amis de Lexie. Sur ce présupposé un peu tiré par les cheveux, Tana French réussit une histoire assez crédible, mais pas tout à fait exempte de quelques longueurs.
Lu aussi par Emeraude.

valseauxadieuxMilan Kundera, La valse aux adieux 353 pages Editeur : Folio (éd. 1978)

J’ai décidé de ressortir et de lire, ou relire, mes Kundera ! Premier essai réussi avec La valse aux adieux, une ronde de personnages qui se croisent dans une ville d’eaux, autour du thème de la maternité. Le musicien Klima qu’une jeune femme déclare être le père de son futur enfant, est au centre de ce roman, mais d’autres tournent autour, conversent avec lui, posent les vraies questions, celles de la vie. J’ai vraiment trouvé ce roman moderne, ironique et mordant. Je ne vais pas m’arrêter là !
L’avis d’Hélène.

oeildelespritOliver Sacks, L’oeil de l’esprit 288 pages Editeur : Seuil (2012) paru en poche

Un livre scientifique pour terminer, vraiment passionnant, sur le cerveau, et en particulier sur le cerveau et les nombreuses zones qui traitent ce que voient les yeux. Partant de cas concrets de patients, comme cette musicienne qui ne peut plus lire, ou comme l’auteur lui-même qui ne parvient pas à reconnaître les visages familiers, ou une autre patiente qui réussit à voir en relief à près de cinquante ans, le médecin et professeur de neurologie Oliver Sacks explique les différentes fonctions complémentaires des zones du cerveau, et les possibilités de récupération ou d’adaptation du cerveau. Cela se lit vraiment bien et apporte beaucoup.
Noté chez Keisha.

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Mes lectures du mois (6) avril 2014

Quelques mots sur mes derniers emprunts en bibliothèque, ceux du mois d’avril, avec en plus un livre numérique. Pas de coups de cœur, mais des lectures plutôt fluides et apportant la détente nécessaire !

collierrougeJean-Christophe Rufin, Le collier rouge
L’action de ce roman assez court se situe dans un petit village du centre de la France, au lendemain de la première guerre mondiale. C’est l’été, la chaleur enveloppe la bourgade. Un homme est emprisonné depuis deux jours, pour des faits qui restent mal définis, et depuis deux jours, un chien aboie sur la place. Un juge est envoyé pour essayer d’obtenir des explications du prisonnier peu bavard.
Le huis clos est bien mené, les informations distillées petit à petit, les interrogations du juge donnent à réfléchir aux notions de courage, d’honneur, de fidélité, d’humanité, en temps de paix comme en temps de guerre. De grandes questions sur un ton plutôt léger en font un bon moment de lecture.
Editeur : Gallimard (février 2014)
160 pages

Lu par Sandrine.

dernieres-nouvelles-du-sudLuis Sepulveda, Daniel Mordzinski, Dernières nouvelles du sud
Cela faisait un moment que j’avais repéré ce voyage au travers de l’Argentine, de Buenos Aires à la Patagonie, de deux compères respectivement écrivain et photographe. Je l’ai emprunté en grand format, ce qui m’a permis de bien profiter des photos, particulièrement les beaux visages des personnes rencontrées. Au niveau du texte, il s’agit plus de nouvelles partant d’histoires entendues ici ou là, que d’un récit de voyages. Cela m’a un peu déstabilisée et intéressée de manière inégale. Il m’a manqué un petit quelque chose pour être vraiment emballée.
192 pages
Editions
Métailié (2012)
Repéré chez Choco, Hélène et Marilyne.

pesteetcholeraPatrick Deville, Peste et choléra
Il s’agit ici de la version audio mais je n’ai pas trop aimé le style de lecture de l’auteur, son ton légèrement compassé et manquant pour tout dire de simplicité. Sinon, j’ai apprécié les étapes de la vie d’Alexandre Yersin, né en 1843, mort en 1943, disciple de Pasteur, découvreur du bacille de la peste, qui se rêvait surtout aventurier, explorateur, avant d’être médecin et chercheur. Les conditions de travail, l’arrière-plan historique, les paysages du Vietnam, les va-et-vient entre plusieurs époques détachées en petits chapitres courts, tout capte et retient vivement l’intérêt, jusqu’à l’irruption d’une certaine lassitude, due sans doute à mon écoute très fractionnée, et mon peu de prédilection pour la voix de l’auteur.
Editeur : Audiolib (2013)
7h35 d’écoute.

Lu par Jérôme, Philisine Cave et Val.

standing-in-another-mans-graveIan Rankin Standing on another man’s grave
Pour finir cette liste et démarrer les vacances, un grand retour, celui de l’inspecteur John Rebus, l’inspecteur que j’ai sans doute croisé le plus souvent avec Wallander !
Rebus, qui avait pris sa retraite cinq ans auparavant, revient pour assister son ex-collègue Siobhan Clarke, dans un service consacré aux affaires non résolues. Il s’intéresse à plusieurs disparitions de jeunes filles, toutes survenues aux alentours de l’A9 qui traverse l’Ecosse du sud au nord. De plus, Rebus est observé de près par les affaires internes pour être un peu trop proche de Gerry Cafferty, un caïd local lui aussi presque retraité.
Un polar de bonne tenue avec une enquête qui tient la route (c’est le cas de le dire !), des personnages bien campés, pas d’invraisemblances ni de violences, aucune longueur, voilà qui me convient bien ! Chargé sur ma liseuse, il m’a accompagné agréablement en vacances…
432 pages
Editeur : Orion (2013)

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Mes lectures du mois (5) février 2014

J’ai encore pas mal de billets de lecture à écrire, et préférant passer plus de temps à me plonger dans ma PAL, régulièrement alimentée par des arrivées de la bibliothèque, et autres… qu’à rédiger des avis sur des livres parfois à moitié oubliés, je regroupe, pour ceux que ça intéresse, quelques impressions du mois de février !

annabelKathleen Winter, Annabel Editions Christian Bourgois (2013)
Je commence par le meilleur, celui qu’il faut noter si ce n’est pas déjà fait ! Un mystère entoure la naissance de Wayne, que ne connaissent que ses parents, et Thomasina, amie de la famille qui a participé à l’accouchement. Wayne est né ou née hermaphrodite, et les médecins, ainsi que ses parents, ont choisi de l’opérer : il sera un garçon. Mais si Wayne grandit en l’ignorant, il ne peut réfréner son goût des activités considérées comme féminines. Quand Wayne atteint l’âge adulte, et part de chez lui, ce sera le moment, difficile, de peut-être enfin devenir lui-même.
Ce roman a tout pour lui : une magnifique écriture, un sujet abordé sans mélo, tout en délicatesse, des personnages nuancés, que ce soient les parents, Thomasina, ou Wally, l’unique amie de Wayne. Une réussite que ce roman, que le sujet du genre soit dans l’air du temps ou non !
L’excellent billet de In cold blog avec interview de l’auteur (la classe !)

plagedesnoyesDomingo Villar, La plage des noyés Liana Lévi (2011) Livre de Poche (2013)
Un polar original et plutôt tranquille se passant en Galicie, coin peu exploré d’Espagne, voilà qui avait tout pour me plaire, et ce livre a tenu ses promesses. Un marin noyé est retrouvé les mains liées dans le dos sur une plage, le suicide n’est pas exclu d’emblée… Le duo d’enquêteurs, l’inspecteur Caldas, galicien peu bavard, et son adjoint Estevez, aragonais qui a du mal à comprendre le mutisme des gens du cru, fait beaucoup pour la réussite de ce roman, ainsi que les paysages de la côte atlantique ; l’intrigue est bien construite, les pistes et la résolution astucieusement menées… C’est bien volontiers qu’on retrouverait les personnages pour un autre opus !
Repéré chez Dominique.

comeprima

Alfred, Come prima Editions Delcourt (2013)
Continuons avec un peu de bande dessinée. Primée à Angoulême, cette histoire de deux frères qui retournent au sud de l’Italie, à la fin des années 50, avec les cendres de leur père, est sombre et lumineuse à la fois. Les ressentiments sont nombreux entre Fabio et Giovanni, l’aîné ayant quitté sa famille à une période troublée de l’histoire de leur pays. Mélangeant les épisodes de souvenirs, au voyage sur les route françaises puis italiennes, dans une Fiat 500, avec ses rencontres qui ne manquent pas de piquant, cet album a su trouver un ton très juste et une sobriété qui colle très bien avec l’histoire. En ce qui concerne le dessin, ma préférence va aux paysages traversés plutôt qu’aux deux frères, aux visages un peu ingrats. Mais c’est tout à fait le genre de roman graphique qui me plaît !
Vu sur le blog de Jérôme.

yeruldelggerIan Manook, Yeruldegger Albin Michel (2013)
J’ai noté dès le début de ma lecture que je trouvais ce roman très bien fait, mais que je ne le recommanderais toutefois pas aux âmes trop sensibles… et cette première impression n’a pas changé au fil des pages. Je commence sans doute à devenir trop exigeante en matière de polar, mais j’ai trouvé certaines scènes trop violentes, explicitement qui plus est, et les violences faites aux femmes m’ont mise mal à l’aise.
Ce que j’ai beaucoup aimé dans ce roman, c’est la Mongolie, les paysages, qu’ils soient urbains, de steppe ou de montagne, les usages et coutumes mongols très présentes dans l’entourage de Yerudelgger et lors de son enquête. Celle-ci est bien mise en scène, mais flirte parfois avec l’improbable, voire l’invraisemblable. Pour ceux qui ont lu le livre, je dirais qu’outre les scènes violentes, le personnage d’Erdenbat m’a paru particulièrement outré, à tel point que ses sbires semblent avoir le coeur plus tendre que lui. Pourtant il y avait de très bons ingrédients, de quoi faire un excellent polar. C’est une semi-déception pour un roman dont j’attendais beaucoup !
L’avis d’Aifelle.

mon-couronnementVéronique Bizot, Mon couronnement chez Actes Sud (2010) paru en Babel poche (2011)
Finissons ce billet avec l’univers et surtout le ton original de Véronique Bizot, déjà repérée avec Un avenir. Dans Mon couronnement, un scientifique âgé est recherché par des journalistes qui veulent recueillir son avis sur un prix qu’il vient de recevoir. Gilbert Kaplan reste imperméable à ces honneurs, n’a plus qu’un souvenir assez vague de la découverte qui lui a valu ce prix. Il est un peu perdu, et le lecteur suit avec plaisir ses égarements, heureusement quelque peu cadrés par Madame Ambrunaz, la dame qui s’occupe de son quotidien.
C’est un petit livre plein d’humour et de délicatesse, mêlés parfois de touches incongrues, sur le vieillissement et les souvenirs, sur la famille et les sentiments, et qui me donne envie de lire rapidement le dernier roman de l’auteur : Ame qui vive.
Repéré chez Cathulu.

lectures du mois·littérature îles britanniques·littérature Europe du Nord·premier roman·rentrée automne 2013

Mes lectures du mois (4) novembre 2013

Je continue de livrer mes lectures sans extraits, ni liens, et par lots, celui-ci étant composé de découvertes plutôt réjouissantes, de la France aux Etats-Unis en passant par l’Islande et la Roumanie.

backupPaul Colize, Back up paru en Folio policier (2013)
En deux époques, les années 60 et la période contemporaine, ce roman m’a emporté dans le monde du rock à Berlin, Londres ou Paris… La mort de plusieurs musiciens d’un même groupe en 1967 et un accident de la circulation en 2010 qui laisse la victime incapable de bouger et de parler, deux évènements vont s’avérer habilement liés.
L’idée qui sous-tend le roman et qui n’a pas à ma (courte) connaissance été exploitée dans un autre polar, est excellente et effrayante à la fois… Le titre en donne une idée, pour qui a lu le livre, mais ne comptez pas sur moi pour vous l’expliquer davantage. Il vous faudra le découvrir par vous-même !

lettreahelgaBergsveinn Birgisson, La lettre à Helga Editions Zulma (2013) Rentrée littéraire 2013
La longue lettre de l’éleveur de moutons Bjarni à la femme qu’il a follement aimée a déjà fait l’objet de nombreux billets sur les blogs. Sans l’humour qui s’immisce petit à petit dans les réminiscences de la vie de l’éleveur : scène de l’enterrement de Sigridur, concours du meilleur bélier reproducteur et comparaisons agricoles savoureuses, je n’aurais pas été très emballée par ce roman. Les regrets quelque peu pleurnichards de Bjarni, qui a, de son point de vue, raté sa vie, alors qu’il a plutôt semé le désordre autour de lui, ne m’auraient pas convaincue, mais l’atmosphère sombrement islandaise, les précisions sur l’élevage ovin et la vie rurale, les descriptions de paysages, les réflexions sur le bonheur, m’ont tout de même plu, ainsi qu’un certain humour déjà cité. L’écriture et la traduction sont aussi pour une grande part dans la réussite de ce roman.

centderniersjoursPatrick McGuinness, Les cent derniers jours Editeur : Grasset Rentrée littéraire 2013
Ces cent derniers jours font allusion aux derniers moments de la dictature de Ceaucescu en Roumanie. Ce jeune professeur qui débarque à Bucarest en 1989 ne sait guère ce qui l’attend. Les tracas administratifs, le marché noir et les destructions de monuments, oui, mais pas seulement. Au travers des amitiés qu’il noue, le jeune homme découvre la face cachée du régime totalitaire, et derrière, d’autres aspects encore. L’humour des situations, la gravité parfois, la poésie souvent, donnent à ce premier roman une impression de « jamais-lu » fort bien venue. Quelques petites longueurs à peine pour un très bon moment de lecture.

seretenirauxbrindillesSébastien Fritsch, Se retenir aux brindilles Editions fin mars début avril (2012)
Ariane revient sur les lieux de son enfance, là où elle jouait à se faire peur avec ses amis Tristan et Matthias. Mais elle est accompagnée de ses enfants et fuit son mariage. Réfugiée chez une vieille voisine, ses souvenirs remontent à la surface, mais il va falloir qu’elle affronte le présent. Joli mélange de suspense psychologique et de souvenirs d’enfance, de défense des femmes et de réflexions sur le mensonge, j’ai dévoré ce roman d’une traite, et pourtant sur mon ordinateur, ce qui n’est pas la lecture la plus pratique qui soit !

 

voyagedannablumePaul Auster, Le voyage d’Anna Blume Editeur : Babel (1993)
Pour terminer, un retour aux presque classiques avec le roman de Paul Auster paru en 1989, et que je n’avais pas réussi à lire au moment où je l’ai acheté. Cette fois, je me suis laissée emporter par cette géniale dystopie. La jeune Anna Blume a quitté l’Angleterre pour partir à la recherche de son frère William au-delà de l’océan. Quelques années après, elle livre le récit de son arrivée et de sa survie dans la ville où elle pensait le trouver. La ville est entièrement fermée, le chaos y règne, les rues sont aux mains des Charognards, la nourriture manque, le logement est des plus précaires. Anna trouve la force de s’adapter à ce monde, pour survivre, et garde l’espoir de revoir son frère… Rien dans le roman n’explique comment cette ville en est arrivée là, le lecteur n’en sait pas plus qu’Anna, et reste comme elle rivé aux problèmes les plus urgents. Ce roman prenant et angoissant est une grande réussite, une fable sur la société, dont on n’est guère étonné qu’elle soit parue à l’époque où le nom de New York était symbole de criminalité galopante…