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Lectures du mois (18) novembre 2018

Ma liste de livres non chroniqués s’allongeant à vue d’oeil, je vais donc avoir recours au bon vieux billet collectif pour vous donner au moins un avis rapide sur des lectures, qui, à la suite de Nos enfants après eux, ont été loin d’être aussi enthousiasmantes.

33toursDavid Chariandy, 33 tours, éditions Zoé, 2018, traduit par Christine Raguet
« Nous étions des ratés et des petits magouilleurs de quartier. Nous étions les enfants du personnel de service, sans avenir. Aucun de nous n’était ce que nos parents voulaient que nous soyons. »
Je suis bien ennuyée, car j’ai écouté l’auteur au Festival America, l’ai trouvé intéressant, et j’étais sûre d’aimer ce roman. Pourtant l’histoire de deux frères élevés par une mère immigrée aimante, jeunes gens passionnés de musique, mais englués dans leur banlieue tristounette et leurs fréquentations peu recommandables, malgré les qualités d’écriture du texte, ne m’a pas emportée. Le drame s’annonce dès le début du roman, tout cela est très triste mais je suis restée extérieure à ce qui se jouait. Peut-être, comme je l’ai lu juste après Nos enfants après eux, ai-je fait une légère overdose de jeunesse défavorisée. D’autres ont beaucoup aimé.


affairederoadhillKate Summerscale, L’affaire de Road Hill House, éditions 10/18, 2009, traduction d’Eric Chédaille
« L’énigme de l’affaire tenait à la combinaison particulière de frénésie et de froideur, de préméditation et de passion, dont avait fait preuve le meurtrier. »
J’avais trouvé passionnant Un singulier garçon, où l’auteure reconstituait, à l’aide de nombreux documents d’archives, une affaire criminelle des plus obscures, qui avait eu lieu au XIXè siècle. Il s’agit ici de l’assassinat d’un garçonnet de quatre ans, dans une demeure bourgeoise à la campagne. Les suspects sont peu nombreux, puisque le meurtrier n’est pas venu de l’extérieur, mais ses motivations demeurent mystérieuses. Je n’ai pas adhéré au parti-pris de Kate Summerscale, qui s’intéresse principalement à l’enquêteur chargé de lever le voile sur ce crime odieux, et aux prémices du roman policier, et j’ai peiné dans ma lecture…


idaho.pngEmily Ruskovich, Idaho, éditions Gallmeister, 2018, traduction de Simon Baril
« Quand on aime quelqu’un qui est mort, et que sa mort disparaît parce qu’on ne peut plus s’en souvenir, il ne vous reste que la douleur d’un amour non partagé. »
Ce roman semble avoir rencontré un beau succès auprès des lecteurs. L’histoire d’une jeune femme qui vit avec un homme dont la précédente épouse est l’auteure d’un infanticide affreux, et dont l’autre enfant a disparu, contient pas mal d’ingrédients qui sont censés effectivement ferrer les lecteurs, mais sa construction éclatée, sa manière de cultiver le flou, le douteux, l’incertain, ont eu raison de ma patience (qui semble très limitée en ce moment…). Si vous n’aimez pas rester dans l’incertitude à la fin d’un roman, ne vous risquez pas dans celui-ci.

eleanoroliphantGail Honeyman, Eleanor Oliphant va très bien, éditions 10/18, 2017, traduit par Aline Azoulay-Pacvon
« J’ai parfois le sentiment que je ne suis pas là, que je suis le fruit de mon imagination. Il y a des jours où je me sens si peu attachée à la Terre que les fils qui me relient à la planète sont fins comme ceux d’une toile d’araignée, comme du sucre filé. »
J’avais commencé ce roman il y a plusieurs mois, et laissé de côté. Au vu de nombreux avis élogieux, je l’ai repris au début pour lui laisser sa chance. J’ai bien mieux apprécié cette fois-ci, à la fois le personnage d’Eleanor, et le style de l’auteure. On comprend progressivement pourquoi la vie de cette jeune femme est si affligeante, pourquoi elle obéit à des routines immuables et vides de sens. L’évolution d’Eleanor, des autres personnages qui deviennent attachants également, et la conclusion du roman, m’ont passionnée davantage que les préliminaires. C’est ma lecture préférée parmi celles que je présente ici, et le livre que je recommande !

desorientaleNégar Djavadi, Désorientale, éditions Liana Lévi, 2016
« Pour s’intégrer à une culture, il faut se désintégrer d’abord, du moins partiellement de la sienne. Se désunir, se désagréger, se dissocier. »
J’attendais beaucoup, trop sans doute, de ce roman de l’exil, un thème que j’affectionne, mais qui forcément peut amener nombre d’attentes, et donc de déceptions. La narration du roman, sous forme de poupées russes, et qui demande une attention assez soutenue, est plutôt sympathique, mais trop de jeu sur l’anticipation, une manière de faire annoncer de nombreuses fois par la narratrice qu’elle ne peut pas parler tout de suite de tel ou tel péripétie de son enfance, qu’elle parlera bientôt de l’EVENEMENT, oui, écrit de cet manière, j’avoue que ça m’a essentiellement agacée. J’ai traîné dix jours sur moins de 350 pages, ce qui n’est tout de même pas très bon signe.

Et vous, qu’avez-vous pensé de ces romans ?

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Publié dans lectures du mois, littérature Asie, littérature France, nouvelles, rentrée littéraire 2018

Lectures du mois (17) octobre 2018

Voici quelques lectures regroupées, que je n’aurai pas le temps, le courage (rayer la mention inutile) d’évoquer plus en détails…

arabedufuturRiad Sattouf, L’arabe du futur, tome 1, éditions Allary, 2014
« Je ne comprenais pas ce mot. Mais depuis ce jour, quand j’entends « Dieu », je vois la tête de Georges Brassens. »
Cet arabe du futur, c’est Riad, un garçonnet tout blond et tout mignon, né d’un père syrien et d’une mère bretonne, trimballé de France en Libye, puis en Syrie, découvrant deux grands-mères si différentes, deux cultures, plusieurs langues. Dans ce premier tome, il a entre deux et six ans, et Riad Sattouf s’est placé à hauteur de ses souvenirs d’enfants, avec sans doute quelques reconstructions de la mémoire, ce qui n’empêche pas le tout de sonner très juste. Je connaissais l’auteur-dessinateur par Les cahiers d’Esther, je découvre avec plaisir cette série dont j’aime le graphisme et l’humour, et que je poursuivrai certainement.

Jérôme a aimé cet hommage au père.

deshommessansfemmes.jpgHaruki Murakami, Des hommes sans femmes, 10/18, 2017, traduction d’Hélène Morita

« Le barman était un homme d’une quarantaine d’années, plutôt taciturne, et un chat gris, maigre, dormait roulé en boule au coin d’une étagère ornementale. […] Des disques de vieux jazz tournaient sur la platine. »
Voilà bien qui plante une atmosphère à la Murakami ! Ce recueil composé de sept nouvelles explore l’âme masculine, et surtout leur rapport aux femmes, quand elles viennent à leur manquer. Le style de l’auteur, sa manière de construire chaque histoire sur des choses tues, tout fonctionne bien dans ces textes. Parfois, la nouvelle semble prendre un moment un chemin différent, mais revient finalement boucler son errance… Qu’ils soient hantés par une épouse disparue, rappelés au souvenir d’une ancienne amie, ou amoureux sans espoir, les personnages sont tous intéressants, et les légères touches de fantastique m’ont enchantée !

L’avis d’Eimelle qui découvrait l’auteur.

unmondeaporteeMaylis de Kerangal, Un monde à portée de main, Verticales, août 2018

Rentrée littéraire 2018 (12)
« Peindre les marbres, c’est se donner une géographie. »

Alors, pour moi avec Maylis de Kerangal, c’est « deux partout » : j’ai adoré Réparer les vivants et Corniche Kennedy et me suis ennuyée avec Naissance d’un pont et Un monde à portée de main… C’est sûr, son style est remarquable, et ce n’est d’ailleurs pas ce qui m’a gênée. Les belles phrases m’ont plu pendant une centaine de pages, mais je n’ai pas réussi à m’intéresser à Paula, et pas trop non plus au trompe-l’œil. Le sujet ne manque pas d’intérêt, mais des trois jeunes gens qui découvrent cet art si particulier, l’auteure se focalise surtout sur Paula, dont on ne comprend pas trop le cheminement personnel. J’ai parcouru la fin, mais je connaissais déjà pas mal de choses sur Lascaux, cela ne m’a pas accrochée davantage.

Un très bon roman pour Sylire.

apreslaguerreHervé le Corre, Après la guerre, Rivages, 2014

« Il y a des gens qui aiment leur malheur et le cultivent, quand d’autres sont jetés en enfer qui ne demandaient qu’à vivre heureux et tranquilles, dans la paix ordinaire des gens de peu. »
Bordeaux dans les années 50, sur fond de guerre d’Algérie… Heureusement que j’avais lu de bons avis sur ce roman noir, très noir, car j’aurais pu l’abandonner dès la première scène, très dure. Le style aussi m’a maintenue à flot, un joli contraste entre les dialogues truffés, sans que cela fasse cliché, d’expressions des années 50, et les évocations descriptives, celles de la ville grise et enfumée, ou les intérieurs, cafés, garages, très visuelles, parfois poétiques.
On comprend vite qu’il s’agit d’une histoire de vengeance et que le commissaire Darlac, une belle ordure, que même ses sbires regardent avec autant de méfiance que de dégoût, est menacé de représailles, reste à savoir par qui, et à se débrouiller pour trouver des suspects potentiels parmi l’écheveau de personnages, tous bien caractérisés et rendus vivants par la magie de l’écriture.

Un roman riche pour Alex, mais Eve-Yeshé ne l’a pas aimé.


reposetoiSerge Joncour, Repose-toi sur moi, Flammarion, 2016

« Il y a comme ça des projets qu’on garde en soi et qui aident à vivre. »
Quand des corbeaux importuns dans une cour d’immeuble amènent deux voisins à se rencontrer… ils n’ont rien en commun, elle est parisienne jusqu’au bout des ongles, mère de famille et travaille dans la mode, il vit quasiment en ermite, et travaille dans le recouvrement tout en regrettant sa ferme familiale et son épouse disparue. De Serge Joncour, j’ai lu L’écrivain national et Repose-toi sur moi, et je suis encore mitigée cette fois : j’ai aimé le style, vraiment enlevé et agréable à lire, mais trouvé la psychologie des personnages, et les histoires en elle-mêmes, un peu sommaires. Une comédie romantique, pour moi, rien de plus.

Delphine-Olympe beaucoup plus emballée que moi.

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Lectures du mois (16) août 2018

Avant le rush (tout relatif) de la rentrée littéraire (quatre lectures pour l’instant à commenter dans les deux semaines qui viennent) voici un bref aperçu des livres qui m’ont séduite en août, dans des genres tout à fait variés !


hommegribouille.jpgSerge Lehman, Frederik Peeters, L’homme gribouillé, Delcourt, 2018
Un roman graphique pour commencer, avec une histoire assez compliquée à résumer. Une grand-mère auteure de romans pour enfants, une fille aphasique et un peu larguée, une petite-fille, les hommes ne sont pas très présents dans cette famille originale. Un homme étrange à l’allure d’oiseau fait irruption dans l’appartement qu’elles partagent, et la mère et la fille vont devoir retourner vers leur village d’origine, dans le Jura, pour comprendre qui est cet homme, et ce qu’il voulait à la grand-mère. Le graphisme est magnifique, surtout pour les paysages et les nuits pluvieuses ! Je me suis un peu égarée dans le labyrinthe de l’histoire, mais j’ai apprécié cette lecture.

repéré chez Brize

misscharityMarie-Aude Murail, Miss Charity, L’école des Loisir, 2008
« – Elle est folle. Elle récite du Shakespeare au milieu de tout un ramassis de bestioles !
J’ignore d’où elle tenait son information, mais je dus reconnaître que que c’était un assez bon résumé de ma vie. »
Charity Tiddler est une petite fille solitaire qui s’intéresse surtout à tous les animaux éclopés qu’elle recueille. Mais sa curiosité pour les choses de la nature en fait en grandissant une jeune fille un peu à part, qui ne rêve ni de belles robes, ni de mariage. Un formidable roman jeunesse qui imagine la vie de l’auteur de livres pour enfants Beatrix Potter. Même si l’on n’est pas fan de romans victoriens, c’est passionnant !

Une sélection des Bibliomaniacs qui ont bien fait de le présenter !

SnjorRagnar Jónasson, Snjór, Points, 2017
« Il s’était tout à coup senti très seul. Comme un étranger venu passer le week-end à Siglufjördur qui s’apercevrait que son séjour se prolongeait, jour après jour. Comme un voyageur sans billet de retour. »
Je suis ravie d’avoir commencé une nouvelle série de polars islandais, car même si ce roman ne révolutionne pas le genre, il a du charme, qui tient sans doute aux personnages, dont le sympathique Ari Thor, et au paysage. Je suis allée voir des vues de Siglufjördur, ce que les Islandais nomment une ville, et que j’appellerais un bourg, coincé entre les montagnes et la mer, et l’immersion était complète et rafraîchissante.

Repéré chez Keisha, entre autres.

manquentalappelGiorgio Scianna, Manquent à l’appel, Liana Lévi, 2018
« On n’a pas eu le temps d’avoir peur.
A Gaziantep, tout s’est accéléré d’un coup. Tout ce qui avait été fumeux, lent et vague, est devenu vrai en quelques heures. »
A la rentrée de septembre, dans une classe de Terminale, quatre tables restent libres au fond. Quatre amis partis pour un séjour en Grèce ne sont pas revenus, n’ont donné aucune nouvelle à leurs parents. Ce roman sobre et touchant donne les visages de quatre jeunes « ordinaires » à un phénomène très contemporain. J’ai dévoré ce roman très bien construit en un rien de temps.

Noté chez Delphine-Olympe

unefillebien.jpegHolly Goddard Jones, Une fille bien, Albin Michel, 2013
« Je pense qu’il y a des moments dans la vie où l’on doit abandonner une part de soi, comme si l’on muait, pour avancer. »
Des nouvelles américaines, d’une jeune auteure originaire du Kentucky qui excelle à camper des personnages, et à passer leurs sentiments à la moulinette. C’est sombre, parfois violent, mais toujours très juste. Une mention spéciale pour l’histoire de Felicia, racontée en deux textes différents et de deux points de vue radicalement opposés. C’est bluffant !

Lu par Eva et les Bibliomaniacs.

En avez-vous lu certains ?

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Lectures du mois (15) décembre 2017

Il n’est pas trop tard pour regrouper quelques lectures du mois de décembre, plus ou moins prenantes…

gibouleesdesoleilLenka Horňáková Civade, Giboulées de soleil, Alma (2017)
« Je ne saurais pas lui raconter ma vie à Vienne, lui expliquer pourquoi je désire retourner. Pourquoi lui avouer que si je supporte si bien cette campagne, c’est parce que la frontière n’est pas loin, seulement à quelques kilomètres ? »

L’histoire de la Tchécoslovaquie de l’après-guerre aux années 80, est vue par le prisme de quatre générations de femmes. C’est une sorte de malédiction qui fait naître à chaque génération une fille au lieu du garçon attendu, et qui voit se perpétuer cette tradition subie. J’ai été séduite au début par l’atmosphère de la campagne d’Europe centrale, et par l’écriture douce et sobre, sans longueurs inutiles, de Lenka Horňáková Civade, qui m’a rappelé les romans de Robert Seethaler, Le tabac Tresniek ou Une vie entière, avec un petit quelque chose du Cœur cousu de Carole Martinez.
Le personnage incontestablement le plus intéressant est la mère de Magdalena, dont l’histoire apparaît racontée par les trois générations qui la suivent. Mais il est dommage que le début prometteur se dilue au fil des portraits, qui deviennent moins convaincants, et que le roman se termine sur la résolution d’un mystère qui m’a semblé secondaire.
Une jeune auteure à ne pas perdre de vue, toutefois !

ordredujourEric Vuillard, L’ordre du jour, Actes Sud (2017)

« La vérité est dispersée dans toute sorte de poussières. »
Le titre du roman pourrait être 12 mars, comme le précédent roman d’Eric Vuillard s’intitulait 14 juillet. Il tourne en effet autour de l’Anschluss, annexion de l’Autriche par Hitler, le 12 mars 1938. Eric Vuillard remonte toutefois un peu avant, au moment où les grands industriels allemands, qui n’ont absolument pas été inquiété après-guerre, mettent des fonds à disposition du chancelier allemand.
Plus que pour le fait historique, connu, (mais il est toujours intéressant et pas inutile d’en découvrir les rouages, les ratés, les à-côtés et les conséquences) c’est par le style que ce court texte m’a séduite. Les phrases sonnent tellement juste, s’enchaînent si implacablement, et si cruellement, lorsqu’on voit où mène cet épisode historique…

assezdebleuMaggie O’Farrell, Assez de bleu dans le ciel, Belfond (2017) traduction de Sarah Tardy
« Je suis en train de hurler à pleins poumons. Il y a, lorsqu’on vit au milieu de nulle part, comme un je-ne-sais-quoi qui vous autorise à prendre ce genre de liberté. »
J’ai déjà lu et apprécié d’autres romans de Maggie O’Farrell, et pourtant cette fois-ci, je n’ai pas accroché et abandonné à la moitié du roman, non sans avoir jeté un coup d’œil à la fin… Je n’ai pas compris pourquoi l’auteure a choisi une construction aussi sophistiquée, alternant les époques et les personnages, pour une histoire somme toute sans grand relief… Une star de cinéma qui se cache dans un petit village d’Irlande, alors que personne ne sait ce qu’il est advenu d’elle, y vit avec un certain Daniel et ses enfants.
Daniel, non content d’avoir une vie assez compliquée, avec son actrice fantasque, se lance dans des recherches à propos de son premier amour, et de la mort de celle-ci, vingt ans auparavant. Le thème de la fuite, déjà traitée par l’auteure dans En cas de forte chaleur notamment, est repris ici au travers de Daniel, mais je n’y ai pas vraiment cru, tout cela m’a semblé artificiel. Dommage !


pyromane.jpgWojciech Chmielarz, Pyromane, Agullo (2017) traduit par Eric Veaux
« Si ça se confirme, la presse va nous tomber dessus. La Direction générale va se jeter sur le chef de la police de Varsovie, et le chef de la police de Varsovie va se jeter sur moi. Et vous savez quoi ? (Il les pointa du doigt.) Je vous tomberai dessus, et ça ne va pas vous plaire. »
Pyromane est un polar polonais, dans le style de ceux de Zygmunt Miloszewski (Les impliqués, Un fond de vérité, Rage). Un inspecteur nommé Jakub Morkta enquête dans la banlieue de Varsovie sur des incendies inexpliqués. Les relier les uns aux autres, puis tenter de prévenir une catastrophe supplémentaire et débusquer le coupable, tout cela lui donne bien du mal.
Un suspense bien ficelé, une ville engourdie par le froid, mais des neurones en surchauffe, et encore un point de vue passionnant sur la société polonaise, voilà des ingrédients d’un polar comme je les aime !

Et vous, avez-vous lu certains de ces romans ?

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Lectures du mois (14) août 2017

Pour un mois d’été torride, et des neurones qui craignent la surchauffe, rien ne vaut un mélange de romans scandinaves et de polars !

demainsanstoiBaird Harper, Demain sans toi, Grasset, août 2017
La littérature américaine réserve souvent de bonnes surprises, ce roman ne me laissera aucun souvenir si ce n’est celui d’un malaise et d’une sensation générale de superflu. Des auteurs comme T.C. Boyle ou Russell Banks excellent à décrire la « white trash », la classe pauvre américaine des campagnes et des petites villes, tout en la rendant attachante. Dans ce roman, je n’ai eu l’impression que d’une succession de situations sordides alignées les unes derrière les autres. Je n’ai vu aucun bon côté aux personnages, ni à leurs actions. Certains aimeront sans doute cette noirceur poussée à l’extrême, je n’y ai pas vu d’intérêt, et l’écriture n’a pas réussi à me retenir non plus. Par contre, la construction, sous forme de nouvelles qui semblent indépendantes, est judicieuse, et aurait pu être le moteur central de ma lecture, si la médiocrité des personnages n’avait pas été aussi exagérée.

touslesdemonssonticiCraig Johnson, Tous les démons sont ici, Gallmeister, 2015.
Cela commence par un transfert pénitentiaire, qui pourrait être simple, mais que Walter Longmire ne sent pas trop bien, avec une tempête qui approche sur les Appalaches. Le détenu principal est un personnage des plus dangereux, ce qui donne une scène déjà digne d’un dénouement de thriller dès les premiers chapitres. Le roman va monter crescendo, transformant ce transport en véritable odyssée avec quelques scènes d’anthologie et toujours un mélange réjouissant de nature, d’humour et de vieux mythes indiens. Un plaisir à ne pas bouder !

La lecture d’Athalie

septiemerencontreHerbjorg Wassmo, La septième rencontre, éditions 10/18, 2009
Retour à une auteure déjà lue, et aimée, avec Cent ans ou Le livre de Dina. Ici, deux personnages principaux : Rut, une fillette sur son île du nord, puis une jeune étudiante, puis une femme artiste peintre et Gorm, fils de bourgeois et commerçant. Les deux se rencontrent plusieurs fois, d’où le titre, semblent avoir tout pour se plaire… mais à chaque fois, quelque chose les empêche d’aller plus loin. Le style très reconnaissable d’Herbjorg Wassmo m’a tenue en haleine, les personnages sont attachants, les faits souvent durs à encaisser. Rarement un chapitre de roman m’aura mise en colère comme celle que j’ai ressentie au moment où les habitants de l’île reprochent des faits imaginaires au malheureux frère de Rut.
Pourquoi pas le titre à conseiller pour découvrir cette grande dame norvégienne, surtout si le thème de l’art vous intéresse ?

Le billet de Cécile.

bottessuedoisesHenning Mankell, Les bottes suédoises, éditions du Seuil, août 2016
Frank Wellin vit une retraite solitaire sur une île de la Baltique, lorsqu’une nuit, il échappe de justesse à l’incendie de sa maison. Il a tout perdu, seules lui restent une unique botte et la caravane de sa fille, et de plus, il est soupçonné d’avoir lui-même incendié son domicile. Mais Frank n’est pas du genre à se laisser accuser sans réagir. J’ai retrouvé avec plaisir les personnages et les paysages des « Chaussures italiennes ». Une écriture fluide et de la sympathie pour personnage principal, malgré son côté « ours du nord », voilà une lecture des plus agréables, mais un peu trop rapide !

L’avis d’Antigone.

quandsortlarecluseFred Vargas, Quand sort la recluse, Flammarion, mai 2017
Encore une valeur sûre, et des retrouvailles, cette fois avec le commissaire Adamsberg. À peine revenu d’Islande, où l’avait conduit sa dernière enquête, il débrouille très rapidement l’affaire pour laquelle on l’avait rappelé grâce à son intuition phénoménale ! L’occasion pour l’auteur de refaire prendre connaissance de l’équipe au complet. Un des adjoints d’Adamsberg se passionne pour des morts accidentelles dans le sud de la France, où deux hommes âgés ont été piqués par des araignées recluses. De recherches tous azimuts en consultations de spécialistes ou en rencontre bien opportunes, l’enquête devient une enquête pour meurtre. On la croit débrouillée au milieu du roman, mais il n’est pas facile d’affirmer une quelconque culpabilité, de plus un membre de l’équipe se comporte bizarrement. Bref, impossible à résumer, reposant sur des ficelles un peu grosses et des invraisemblances qui le sont encore plus, et pourtant, c’est toujours une parfaite lecture d’été, et un régal !

Le billet de Papillon.

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Lectures du mois (13) juin 2017

Comme souvent lorsque le mois est bien rempli, je trouve toujours le temps de lire, mais beaucoup moins celui d’écrire ou de prendre des notes en cours de lecture. Voici donc les impressions que m’ont laissé les livres suivants, sans entrer trop dans les détails :

fugueursdeglasgow

Peter May, Les fugueurs de Glasgow
332 pages, Le Rouergue (2015)

« Vous pouvez vous enfuir aussi loin que possible, les choses que vous essayez de laisser derrière vous vous attendent à l’arrivée. Parce que vous les emportez toujours avec vous. »

Ce roman m’a attiré car j’avais beaucoup aimé L’île des chasseurs d’oiseaux et L’homme de Lewis, des polars solides et prenants ayant pour cadre l’île écossaise de Lewis. J’ai emprunté celui-ci sans trop savoir à quoi m’attendre ; l’idée de départ en est intrigante. Trois écossais plutôt âgés entreprennent cinquante ans plus tard, à cause d’un meurtre récent, de revivre la fugue qu’ils avaient décidée ensemble à l’âge de dix-sept ans, alors qu’ils formaient un groupe de rock. Si la narration de l’épopée contemporaine fonctionne plutôt pas mal, le retour sur le passé et notamment sur les péripéties de leur fugue et sur l’histoire d’amour entre l’un d’entre eux et une jeune femme à problèmes, ne m’a pas convaincue du tout, et la fin non plus. J’ai terminé le roman passablement agacée, alors qu’il y a de bonnes choses dedans, notamment l’évolution de la société anglaise en 50 ans, ou l’architecture d’un quartier très particulier de Leeds qui m’a bien intéressée aussi. Du coup, certaines parties n’en paraissent que plus mièvres…

L’avis d’Electra.

dapresunehistoirevraieDelphine de Vigan, D’après une histoire vraie
479 pages, JC Lattès (2015)

« Les vrais élans créateurs sont précédés par une forme de nuit. »

Si j’ai fait l’impasse sur le roman que Delphine de Vigan a consacré à sa mère, les premières pages lues de celui-ci m’avaient laissé penser qu’il me plairait. Une auteure nommée Delphine se trouve en panne d’écriture après un roman très personnel. Elle rencontre une certaine L. qui devient rapidement son amie, qui prend de plus en plus de place dans sa vie, allant jusqu’à lui donner des directions sur ce qu’elle, Delphine, devrait écrire. Récit d’une amitié pernicieuse, réflexion sur l’écriture, sur le goût des lecteurs pour « les histoires vraies », jeu entre fiction et réalité, ce roman fort bien écrit se dévore jusqu’à la fin, épatante et absolument pas décevante, de mon point de vue. Je suis contente de l’avoir lu et aimé !

L’avis de Sandrion.

secretdumariLiane Moriarty, Le secret du mari
499 pages, Livre de Poche (2016)
« Les mille autres chemins que nos vies auraient pu, et peut-être dû, prendre nous restent à jamais inconnus. C’est probablement pour le meilleur. »

Roman psychologique sur la vie de famille et sur jusqu’où une mère est prête à aller pour la préserver, Le secret du mari est plus profond et prenant que ne laisse penser sa couverture assez discrète… Cecilia est une mère de famille parfaite, du genre à gérer trois enfants, une maison toujours impeccable, des repas bios, les activités des enfants, les fêtes de l’école, sa vie sociale, tout avec le même brio, jusqu’au jour où elle trouve dans les papiers de son mari une lettre qui porte la mention « à ne lire qu’après ma mort ». L’ouvrira-t-elle ou non, ce n’est évidemment pas le seul suspense de ce roman, où Cecilia croise deux autres femmes prises dans leurs problèmes de couple et de famille. Les trois histoires parallèles se rejoignent habilement, et le style, soutenu par la traduction, est vivant. Quant aux questions posées, elles ne manquent pas d’intérêt. Une bonne lecture pour les vacances, non ?

L’avis de Violette.

desangfroidTruman Capote, De sang froid
506 pages, Folio (première parution en 1966)

« Le village de Holcomb est situé sur les hautes plaines à blé de l’ouest du Kansas, une région solitaire que les autres habitants du Kansas appellent « là-bas ». »

De sang froid est de ces classiques auxquels on n’ose pas s’attaquer, tant on en a entendu parler, en bien. Et puis l’occasion arrive de s’y frotter… Truman Capote dans ce roman ne raconte que des faits réels, racontés par les protagonistes, vérifiés ou soigneusement corroborés. Dans une petite ville du Kansas, une famille de quatre personnes est assassinée une nuit de 1959. A la fois enquête journalistique et roman, ce livre qui décrit la ville et la communauté de Holcomb, retrace également les derniers moments (avant le meurtre, il n’y a pas de détails choquants) de la famille Clutter, la fuite des deux tueurs, deux petits malfrats dont les raisons restent floues longtemps. Il s’attache ensuite à l’enquête menée par la police, à l’arrestation et l’emprisonnement des deux jeunes délinquants, leur profil psychologique… L’ensemble, formidablement bien écrit, est passionnant de bout en bout, et m’a donné envie de me mettre en quête d’autres romans basés sur le même genre d’investigations, notamment ceux de l’anglaise Kate Summerscale, que j’ai pu entendre aux Assises Internationales du Roman cette année.

La lecture de Sharon.

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Lectures du mois (12) novembre 2016

Pour finir ce mois, riche en lectures sorties des tréfonds de ma bibliothèque, voici encore trois lectures qui n’ont pas suscité mon enthousiasme.

feuillesdombreLes feuilles d’ombre de Desmond Hogan

Cet avis va illustrer le risque d’acheter un livre en grand format alors qu’on n’en a jamais entendu parler. J’avais cru à une nouveauté, c’est une réédition de 1980, ce qui ne me dérange pas du tout. Au contraire, s’il est réédité, cela doit prouver sa qualité, et puis un auteur irlandais à découvrir, cela augure forcément un bon moment.
Malheureusement, je n’ai pas du tout adhéré au style très poétique, ni au thème… Un homme âgé qui se retourne sur sa jeunesse et le souvenir d’un triangle amoureux, et peut-être d’un autre événement, mais bien flou, alors, et qui m’a échappé… J’ai eu l’impression qu’il ne se passait pas grand chose de plus dans la fin que j’ai lue en diagonale. Quant à l’écriture, elle est pleine d’images assez obscures, ce qui m’a même poussée à chercher des extraits en anglais, car je pensais qu’il y avait un problème de traduction. Cela ne semble pas le cas, au contraire, il faut saluer le traducteur dont le travail n’a pas dû être aisé.
Je serais curieuse de lire d’autres avis, je me suis fiée uniquement à un commentaire de libraire. Toutefois, j’ai entendu un critique dans La Dispute qui a eu le même sentiment, et l’exprime mieux que moi ! Je note en tout cas que nostalgie et poésie conjuguées ne sont pas les ingrédients qui me conviennent le mieux.

troisfemmespuissantesTrois femmes puissantes de Marie Ndiaye

Cela faisait longtemps que j’avais envie de découvrir la prose de Marie Ndiaye, et que ce roman était dans ma liseuse. Je l’avais déjà commencé une fois, et je l’ai repris du début, pleine de louables intentions ! Le roman présente trois femmes fortes, dans des situations difficiles. Dans le premier chapitre, Norah revient à la demande de son père dans sa maison d’enfance, et doit affronter en même temps que ce patriarche haïssable, des souvenirs dérangeants. J’ai calé après la première des trois parties où j’ai tout détesté, le personnage du père, l’ambiance poisseuse, et tout ce que mon esprit cartésien refusait d’accepter… Je n’ai pas réussi à savoir si certains épisodes étaient réels ou imaginés, et pourquoi ? Le thème du retour est des plus intéressants, mais j’ai eu une désagréable impression de surenchère, d’exagération. Je n’aime pas les accumulations de détails visant à rendre une situation plus dramatique ou plus frappante, et il faut dire que la sobriété n’est pas la particularité principale de ce roman, et que si je peux aimer les phrases à rallonge, il faut qu’elles m’apportent quelque chose.

J’ai trouvé énormément d’avis sur le net, mais provenant de blogs inconnus, je passerais ma journée à essayer de les découvrir tous ! Ah, voici l’avis de Papillon, qui rejoint tout à fait le mien !

legendeSylvain Prudhomme, Légende
J’avais noté Les grands de Sylvain Prudhomme, mais l’opportunité de lire celui-ci s’est présentée d’abord. Le début du roman m’a beaucoup plu, notamment les descriptions de paysages de la Crau par l’œil de Nel, photographe qui réalise de grands pays panoramiques en noir et blanc de ses endroits favoris, en bordure de la Camargue. Il se lie d’amitié avec Matt, un réalisateur qui s’intéresse à une boîte de nuit ayant connu des heures de gloire locale quelques dizaines d’années auparavant. Ce faisant, Matt découvre que les deux personnalités phare de cette discothèque étaient les cousins de Nel. Les deux amis revisitent donc le passé.
Si l’histoire tient bien la route sur la première moitié du roman, celui-ci semble ensuite s’enliser et se perdre, en tournant quelque peu en rond. C’est dommage, l’auteur possède une écriture raffinée et subtile, mais son sujet n’a pas réussi à me passionner. Tout tourne autour de la famille de Nel, pourtant originale, mais qui ne suffit pas à donner une direction, un but, au roman. C’est cependant mon préféré des trois présentés aujourd’hui !

Vu chez Eva plutôt déçue et Jérôme qui a aimé.

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Publié dans lectures du mois, littérature Amérique du Nord, littérature îles britanniques, littérature Europe du Nord, rentrée littéraire 2015

Lectures du mois (11) octobre 2015

Ma liste de livres sans billet de lecture s’allonge, et pourtant je lis ! Découragée à l’idée d’écrire tous ces avis, je fais donc un tir groupé : des romans achetés ou empruntés, avec plus ou moins de bonheur, comme vous pourrez le constater avec ce billet de rattrapage !

mauvaiseetoileR.J. Ellory, Mauvaise étoile
Mes dernières lectures du romancier britannique remontait à 2010 avec Les anonymes en français et City of lies en anglais. Ce dernier m’ayant modérément plu, je n’avais pas trop suivi ses dernières publications.
Avec ce roman paru en 2013, me sont revenues en mémoire sa maîtrise de la construction et sa fine analyse des caractères. Deux jeunes, demi-frères, sont pris en otage dans une maison de correction par un tueur en cavale. Il influencera chacun des deux de manière différente, et ce sera le début d’une fuite en avant sanglante, et particulièrement prenante. Du grand Ellory, et je me rends compte avec intérêt que j’ai raté d’autres romans qui semblent très bien aussi !

factureJonas Karlsson, La facture
La facture est un roman à classer dans la catégorie « déboires administratifs probables ou improbables » tels Le procès de Kafka ou Tous les noms de José Saramago. Un jeune homme, travaillant à temps partiel dans un magasin de vidéos, reçoit une étrange facture. Il semblerait que chacun doive payer pour sa vie, pour tous les moments heureux dont il a bénéficié. Un court roman, qui se lit bien, un peu trop peut-être : ça glisse et ça passe très vite, pourtant le sujet ne manque pas d’intérêt. Deux ou trois choses m’ont surprises dans la traduction, parmi lesquelles un verbe de patois (« J’ai zignaillé la porte jusqu’à parvenir à la bloquer ») dont j’ai cherché vainement la signification exacte, et qui sonnait bizarrement dans la bouche d’une jeune suédois…


incandescencesRon Rash, Incandescences
Lire Ron Rash, même pour des nouvelles, même si j’ai déjà trois ou quatre recueils de nouvelles de divers auteurs qui attendent que je les finisse, c’est toujours du bonheur ! Oui, pas moins !
Dans une Amérique rurale où la méthadone fait des ravages au sein même des familles, où les vieilles croyances ressurgissent parfois, où la pauvreté et la faim poussent à des extrémités inéluctables, et où pourtant l’humanité n’est pas totalement absente, des paysages aussi immuables que féroces contemplent des activités humaines pas toujours reluisantes. Et j’adore autant cet auteur dans le format court que le long. Il faut lire la première nouvelle, dans laquelle on prend déjà une claque trois ou quatre pages après le début, pour comprendre. J’ai un recueil de nouvelles en VO qui m’attend, tant mieux !

interetdelenfantIan McEwan, L’intérêt de l’enfant
Encore un auteur que j’aime beaucoup et dont j’aurais du mal à rater une parution ! La sobriété du sujet peut dérouter, mais il ne faut pas en avoir peur. Une juge pour enfants, la cinquantaine compétente et bosseuse, se trouve confrontée au cas d’un jeune homme de dix-sept ans qui devrait subir des transfusions pour guérir d’une leucémie. Mais la religion de ses parents, et la sienne, lui interdit de recevoir le sang de quelqu’un d’autre. La juge Fiona May pourrait imposer ce geste médical, mais elle préfère rencontrer d’abord le jeune Adam. Par ailleurs, la vie de couple de madame la juge connaît des hauts et des bas. C’est formidablement raconté, tout en pudeur, et sans rien occulter. Ça fait battre le cœur et vibrer d’empathie pour ce duo inattendu. Une excellente lecture !

fermeTom Rob Smith, La ferme
Le roman démarre très bien, la situation perturbante que vit le narrateur interroge le lecteur. Il reçoit un jour un coup de fil de son père en larmes, qui lui explique que sa mère a été internée, pour crise psychotique et paranoïaque grave. Mais sa mère débarque à Londres et lui raconte par le menu les crimes dont elle a été témoin, et lui enjoint de ne pas écouter son père. Qui croire ?
Je n’ai pas été tout à fait convaincue par la narration mise en place par l’auteur, à savoir faire raconter à la mère sa version des faits, donc tout en flash-back, même si elle est tout à fait justifiée. Et puis, j’ai pressenti la fin, suis allée lire l’article très intéressant qui raconte comment est venue à l’auteur le besoin d’écrire ce roman. Très éclairant, cet article, mais je ne suis toujours pas emballée par le roman, dont les personnages, à part le narrateur et sa mère, ne m’ont pas semblé crédibles. Ce qui a une explication, mais pourtant… Je pense qu’on peut adorer ce roman, ou passer à côté.

Publié dans bande dessinée, lectures du mois, littérature Amérique du Nord, littérature France

Lectures du mois (10) mai 2015

Voici quelques lectures non encore chroniquées. Il y a des lectures à ma convenance, d’autres moins, je vous laisse découvrir, en quelques mots, mes avis express !

coeurdupelicanCécile Coulon, Le cœur du pélican
238 pages Editions Viviane Hamy (janvier 2015)

J’avais beaucoup aimé Le roi n’a pas sommeil, en particulier le style, mais aussi le cadre et les personnages aux cœurs sombres.
J’ai commencé Le cœur du pélican, mais mon engouement ne s’est pas renouvelé cette fois. Je ne pouvais m’empêcher en cours de lecture de relever mentalement les métaphores un peu exagérées ou les clichés forcés sur la vie en lotissement (qui me rappelaient une autre lecture qui m’avait laissé mitigée, celle de Arlington Park de l’anglaise Rachel Cusk). Je ne me suis pas attachée aux personnages, et n’ai pas insisté en me rendant compte qu’il allait surtout s’agir de la crise de quarantaine d’un sportif, coureur dont on ne comprend pas vraiment pourquoi il a été adulé.
Un extrait : Des hommes rouges accompagnés de femmes pâles. Des gens aux gilets et chemises trempés de sueur, aux sous-vêtements usés, aux fantasmes lointains. Leurs rêves consistaient à se retrouver devant les grillades achetées par lots de trente au supermarché. Ils rêvent de vivre dans une porcherie, pensait le père du jeune garçon, serrant des mains moites, embrassant des joues qui puaient le tabac, l’alcool fort et la nourriture froide.

Clara l’a trouvé puissant et percutant.

unecanailleetdemieIain Levison, Une canaille et demie
239 pages Editeur : Liana Levi (Piccolo, 2007)

Un petit boulot, Tribulations d’un précaire, Arrêtez-moi là, Trois hommes, deux chiens et une langouste… qu’il parle de ses expériences de travailleur intérimaire ou qu’il imagine les exploits de loosers dans l’Amérique rurale, j’aime toujours l’humour et le mordant de Iain Levison. Il me restait ce roman à lire. C’est la rencontre entre un braqueur de banque philosophe et rêveur, (qui se présente ainsi : « Je fais carrière dans la rétribution financière fondée sur l’armement. ») et un prof d’université opportuniste. Leur confrontation est percutante et se dévore avec plaisir. Tous les personnages ont de l’épaisseur, de la crédibilité… une lecture vraiment plaisante !

Sandrine aime aussi.
Je commence avec ce roman un petit tour des 50 états américains avec le New-Hampshire

unzooenhiverJirô Taniguchi, Un zoo en hiver
232 pages Editeur : Casterman (2009)
Traduction : Corinne Quentin

Comme Iain Levison, mais dans un genre on ne peut plus différent, encore un auteur que j’aime à retrouver. Là, tout est douceur et nobles sentiments, ou presque (tout est dans le presque). Un jeune homme employé dans une usine de tissus part pour Tokyo et devient, par un coup de hasard, assistant mangaka. Il rencontre une jeune fille en fréquentant ses collègues, en les suivant lors de leurs virées nocturnes alcoolisées. Une partie de cette histoire est sans doute autobiographique, il se dégage un charme certain des dessins et des situations décrites. En outre, l’intérêt de voir de près comment travaillent les auteurs de manga ajoute une dimension à cette love story japonaise.

L’avis d’Hélène.

enattendantdemainNathacha Appanah, En attendant demain
192 pages Éditeur : Gallimard (janvier 2015)

J’avais repéré cette nouveauté à la Grande Librairie, et eu envie de découvrir une autre facette de Nathacha Appanah, après La noce d’Anna, très joli face à face entre une mère et sa fille.
Après un bref aperçu de la fin, le roman s’ouvre sur la rencontre d’Anita, jeune femme d’origine mauricienne et Adam, étudiant en architecture déraciné à Paris. Ils se comprennent, s’aiment, et s’installent dans les Landes d’où Adam est originaire. Des années plus tard, ils ont tout pour vivre heureux, quoique ayant l’un comme l’autre quelques regrets, lorsque Anita prend en amitié Adèle. Cette jeune fille sans papiers est originaire elle aussi de l’île Maurice. On imagine facilement que l’intrusion d’une tierce personne dans un couple un peu fragile va entraîner des complications. Toutefois, à partir de ce moment, les émotions des personnages me sont devenues étrangères et les événements dramatiques imaginés par l’auteur ne m’ont pas touchée, m’ont parus quelque peu artificiels et vides. Dommage !

L’avis de Mimi Pinson.

Publié dans abandon de lecture, lectures du mois, littérature France, policier, sortie en poche

Lectures du mois (9) avril 2015

Si je ne veux pas accumuler trop de billets de lecture en retard, mieux vaut en regrouper quelques-unes, qui vont du moins intéressant au meilleur.

extraordinairevoyageRomain Puértolas, L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea
312 pages Livre de Poche (2015)
Que dire de ce roman ? Les cent premières pages sont plutôt drôles et vivement menées, la présentation des personnages est cocasse et les premières péripéties du voyage involontaire du fakir, quoique totalement invraisemblables, prêtent à sourire.
Mais ensuite, tout semble répétitif et le sourire devient de moins en moins fréquent pour disparaître tout à fait. Le sujet du livre n’est pas les multiples pièges et périls affrontés par les candidats à l’immigration, puisque le fakir Ajatashatru Lavash Patel est venu avec un billet d’avion et un visa touristique en règle et compte bien rentrer en Inde avec son lit à clous. Toutefois, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à l’actualité, lorsque le fakir croise des immigrants au fond d’un camion en partance pour le Royaume-Uni. Je n’avais plu le cœur à rire ensuite, ou bien l’avalanche de (plus ou moins) bons mots m’a lassée, et j’ai refermé le livre sans regret aucun, plus rien ne m’y retenait.

L’avis de Laurie.

enfantdeletrangerAlan Hollinghurst, L’enfant de l’étranger
768 pages Le Livre de Poche (2015) Traduit de l’anglais.
Le début rappelle le roman de Ian McEwan, Expiation, mais il n’est pas malheureusement pas doté du même souffle. Les personnages flirtent avec la caricature, une mère naïve, un frère aîné un peu coincé, un jeune frère qui se cherche, une oie blanche. Je suis un peu lassée des romans qui commencent en 1913 ou en 1938, et qui semblent vous claironner : Attention, des drames vont se produire ! Ce qui est assez malin, dans le cas de ce roman, c’est qu’après le début en 1913, se produit au bout de 150 pages un saut dans le temps de durée indéterminée, qui laisse le lecteur deviner progressivement comment les cartes ont été redistribuées. L’intérêt se trouve donc largement relancé par cet intervalle où de nombreux événements se sont produits… pour retomber tout aussi vite, et ne plus générer qu’un ennui profond !
Je ne sais pourquoi les romans qui parlent de poètes, vivants ou morts, réels ou imaginaires, me font seulement bâiller, d’autant plus sur 800 pages, et là malheureusement, cela s’est vérifié une fois de plus.

L’avis diamétralement opposé de Papillon.

vertpalatinoGilda Piersanti, Vert palatino
288 pages Pocket (2009)
Un policier romain (quoique l’auteure écrive en français) pour vacances romaines, voici qui ne pouvait mieux tomber. La plus grande partie de l’action se situe dans des quartiers que je n’ai pas eu l’occasion de voir, notamment une immense barre d’immeubles de près d’un kilomètre de long, inspirée par les travaux de Le Corbusier, mais la mixité sociale y est bien moins réussie que dans la Cité Radieuse.
Au printemps 2001, alors que ses collègues ne pensent qu’à la Coupe d’Italie, l’inspecteur Mariella de Luca s’y rend pour enquêter sur la disparition d’une fillette, et tente de relier cette affaire, comme son instinct le lui dicte, à la mort d’un membre d’un réseau pédophile.
De nombreux personnages, mais bien dessinés, autour de ces affaires, forment un roman solide et qui se lit avec un intérêt croissant.

Le billet d’Hélène.


confidentHélène Grémillon, Le confident
320 pages Folio (2012)
Je vais vous faire une confidence : malgré la quantité de livres que je lis, je suis une picoreuse. Vingt pages par ci, quinze par là, entrecoupées d’activités diverses et variées, ou grappillées en transports en commun. Même avec un bon fauteuil, je ne lis jamais bien longtemps d’affilée. Sauf exceptions, et Le confident en fait partie, et si je ne l’ai pas dévoré en une seule session, c’est qu’il fallait tout de même manger un peu !
Camille vient de perdre sa mère, et parmi les lettres de condoléances, elle trouve un écrit, pas vraiment une lettre, qui lui est toutefois adressé. Camille, étant éditrice, pense à un auteur en mal de reconnaissance. Mais ces lignes qui semblent parler de sa famille, où seuls les prénoms ont changé, l’intriguent énormément, d’autant plus que chaque mardi, une suite apparaît dans sa boîte aux lettres.
L’écriture est séduisante, et le roman conduit de telle façon que l’envie d’en savoir plus devient des plus fortes. Je l’ai trouvé très réussi, sur un thème qui semble assez rebattu.

Sylire a préféré l’écouter !