littérature Amérique Latine

Leonardo Padura, L’homme qui aimait les chiens

hommequiaimaitleschiensL’auteur : Leonardo Padura Fuentes est né en 1955 à La Havane. Diplômé de littérature hispano-américaine, il a été journaliste et critique de romans policiers, avant de se consacrer à l’écriture d’essais littéraires, de romans, de nouvelles et de scénarios pour le cinéma. Il est auteur de romans policiers dont le héros est le lieutenant Mario Conde. Ses livres, pour la plupart traduits dans plusieurs langues, ont été couronnés de nombreux prix. Il vit à La Havane.
En 2011, il reçoit le Prix Carbet de la Caraïbe pour « L’homme qui aimait les chiens », élu aussi meilleur livre historique par le magazine Lire.
806 pages
Editeur : Points (2014)
Traduction : René Solis et Elena Zayas
Titre original : El hombre que amada a los perros

Lev Davidovitch, Jaime Lopez, Ramon Mercader, trois personnages, trois époques qui s’entremêlent et se rapprochent, tous les trois unis par l’amour des chiens, c’est le pari de Leonardo Padura, de raconter à travers trois points de vue la préparation de l’assassinat de Trotski en 1940 à Mexico.
La face cubaine du roman, dans les années 70, présente Ivan, un jeune homme que la peur empêche d’écrire et qui recueille les confidences d’un vieil homme malade ayant, dit-il, bien connu Ramon Mercader. Le deuxième fil de cet entrelacs suit Ramon Mercader jeune, pendant la guerre d’Espagne, approché par un russe aux multiples identités, qui lui promet d’être l’acteur d’un grand projet de Staline. Le troisième fil, enfin, suit Lev Davidovitch Trotski en exil, d’Istanbul en Norvège, de la banlieue de Paris à Mexico, où il vivra ses dernières années.
C’est un roman très dense, mais pas difficile, et si, comme moi, on ne comprend pas dans les détails toutes les subtilités des alliances et des influences politiques, des pressions, des complots et des trahisons, ou si le nom d’un figurant échappe un moment, l’essentiel est d’en saisir les grandes lignes. Ce qui frappe, c’est la grande solitude de chacun des trois protagonistes, plutôt une solitude morale que réelle, Lev Davidovitch en premier lieu, tous ses proches ou presque, mourant ou disparaissant petit à petit par la volonté de Staline.
C’est une lecture forte, passionnante, prenante et qui demande de s’accrocher un peu, mais qui éclaire fort bien les années trente et quarante… Beaucoup d’érudition, et éventuellement quelques longueurs selon l’intérêt que l’on porte à tous les détails historiques, ne doivent cependant pas vous faire peur ! J’ai beaucoup aimé la partie cubaine, le jeune Ivan semble une sorte de double ou d’ami de l’auteur, et la description de Cuba tout au long d’une vingtaine d’années est des plus réalistes, et trouve une résonance particulière dans l’actualité d’aujourd’hui. C’est cette partie qui m’a rappelé bien évidemment davantage les romans policiers de Leonardo Padura dont je me suis régalée depuis des années.
A noter la traduction que j’ai vraiment trouvé excellente !

Extraits, citations : La dictature du prolétariat devait éliminer les classes dominantes, devait-elle aussi réprimer les travailleurs ? L’alternative s’était avérée dramatique et manichéenne : il était impossible de permettre à la volonté populaire de s’exprimer, car elle pouvait inverser le processus lui-même. Mais l’abolition de cette volonté privait le gouvernement bolchevik de sa légitimité fondamentale : au moment où les masses cessèrent de croire, il fallut les faire croire de force. Et ils usèrent de cette force. A Kronstadt, Lev Davidovitch savait bien que la révolution avait commencé à dévorer ses propres enfants et c’était à lui que revenait le triste honneur d’avoir donné l’ordre d’inaugurer le banquet.

Le mensonge le plus grossier, dit et répété maintes fois sans que personne ne le démente, finit par se transformer en vérité.

Lui, Ramon Mercader, avait été de ceux que les rivières souterraines de ce combat titanesque avaient entraînés, et il était inutile de fuir ses responsabilités, ni d’essayer de rejeter les fautes commises en arguant des mensonges et des manipulations : il incarnait l’un de ces fruits pourris que l’on trouve même au sein des plus belles récoltes et s’il était vrai que d’autres lui avaient ouverts les portes, il avait franchi, avec joie, le seuil de l’enfer, convaincu que l’existence de la demeure des ténèbres conditionnait le monde de la lumière.

Les avis qui m’ont donné envie : Dasola, Keisha, Papillon, Sandrine et Yv.

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27 réflexions au sujet de « Leonardo Padura, L’homme qui aimait les chiens »

    1. Ton billet était passé entre les mailles de mon filet ! Je corrige ça !
      Il est passionnant : attaqué après avoir abandonné plusieurs livres, mon attention n’a pas faibli durant sa lecture !

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  1. J’ai lu et aimé Les brumes du passé et tout récemment Hérétiques (coup de coeur) qui se rapproche beaucoup de ce que tu dis ici de ce roman.
    J’ai très envie de lire à nouveau cet auteur, alors pourquoi pas avec ce titre.

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  2. Un très grand roman pour moi, sans doute ce que j’ai lu de mieux depuis longtemps. Par contre, le dernier de Padura (Hérétiques), je ne réussis pas, c’est très long, trop long et toujours le maxi format.

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