littérature Amérique du Nord·premier roman·rentrée automne 2017

Nathan Hill, Les fantômes du vieux pays

fantomesduvieuxpaysRentrée littéraire 2017 (1)
Il y aura au moins un billet sur un roman de la rentrée littéraire sur ce blog,
grâce à une proposition de Babelio qui avait tout pour m’intriguer et me plaire : un premier roman de 700 pages qui a beaucoup plu aux lecteurs américains.

 

« Le fantôme avait suivi son père depuis le vieux pays, et maintenant il la hantait à son tour. »

Tout commence par un fait divers où un candidat, réactionnaire et populiste, à la présidentielle américaine, est agressé pendant un meeting par une femme de l’assistance. Le professeur et écrivain Samuel Anderson apprend qu’il s’agit de sa mère, Faye Andresen-Anderson, qu’il n’avait pas revue depuis l’âge de onze ans. L’avocat de sa mère lui propose d’écrire une lettre pour appuyer sa défense, mais l’éditeur de Samuel va avoir une idée quelque peu différente. Ils sont appelés, de toute façon, ce que le fils ne souhaite absolument pas, à se revoir. Les retrouvailles sont forcément lourdes de non-dits entre Samuel et Faye, les sentiments ambivalents de l’enfant abandonné se heurtant au silence de sa mère sur sa vie ponctuée de fuites.
Où le comportement de Faye trouve-t-il son origine ? Dans sa jeunesse auprès d’un père renfermé, dans ses origines scandinaves, dans la façon dont elle a vécu les événements de 68 à Chicago ? Samuel, de gré ou de force, se trouve obligé d’enquêter sur celle qui l’a abandonné.

« Je suis en train de lire un éditorial qui compare ma mère à Al-Quaida.
– Certes, monsieur. Tout à fait répugnant. Toutes ces choses affreuses qui ont été dites. Aux informations. Des horreurs. »

Le style, assez original, est ponctué de dialogues vivants et crédibles, et d’énumérations chamarrées qui en disent plus que d’habiles descriptions. La traduction doit être à la hauteur du texte, car elle ne se fait pas remarquer. Quant à la forme du roman, elle peut sembler brouillonne, mais on sent que l’auteur sait où il va, qu’il se délecte à retarder au maximum certaines révélations pour pousser à tourner les pages. Les retours sur l’enfance et la jeunesse de Faye apportent progressivement des réponses, de même que des épisodes de l’enfance de Samuel, ces derniers étant plus « dispensables » à mon avis. Le point fort de ce roman réside dans les rapports mère-fils, vus par les deux protagonistes, mais d’autres thèmes s’y mêlent.

« Parfois, quand ses pensées s’emballent, il a l’impression de tomber dans un trou, de vivre à côté de sa vie, comme si, à un pas près, il s’était trompé de chemin et se retrouvait à suivre une route saugrenue et triste qui avait fini par être la sienne. »

Il y aurait beaucoup à dire, j’en ai suffisamment dévoilé, mais il y a en quelque sorte plusieurs romans en un seul, et chacun en trouvera au moins un qui lui parle. Pour un premier roman, il est remarquable, et regorge de thématiques et de situations qui s’éloignent du déjà-vu, même pour qui a dévoré pas mal de romans américains. Le personnage de la mère est incontestablement intéressant, celui de Samuel plus habituel dans son rôle de professeur et d’écrivain qui se cherche. D’autres personnages ajoutent des touches d’humour, ou de romantisme, et permettent d’ausculter la société américaine contemporaine. Je ne crierai pas au chef-d’œuvre, il ne faut rien exagérer, mais un bon livre difficile à lâcher ne se croise finalement pas tous les jours, non ?
Ce roman foisonnant plaira aux amateurs de Jonathan Tropper, pour l’ironie douce-amère, Jonathan Franzen, pour la profusion, ou Steve Tesich pour le roman de formation, (j’ouvre une parenthèse pour m’étonner moi-même de le comparer à des romans que je n’ai pas adorés, bien au contraire… et je ne sais pas ce qu’il faut en déduire) mais je ne jetterai pas la pierre (le pavé) à ceux qui préféreront le lire en poche ou sur liseuse !

Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill (The Nix, 2016) éditions Gallimard (17 août 2017) traduit par Mathilde Bach, 707 pages

Lu pour une opération Masse critique, cela ajoute un pavé à mes lectures d’été !
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littérature France·rentrée automne 2016

Hugo Boris, Police

policeL’évacuation des retenus se fait sous une pluie de cendres et d’escarbilles, une atmosphère de fin du monde. L’incendie, déclaré dans l’après-midi, ne veut pas mourir. Mal éteint, il a repris avec plus de force. Sous leurs yeux, à quelques dizaines de mètres à peine, une aile entière du Centre nourrit la flamme maîtresse. Les portes et les fenêtres crevées vomissent une lente chevelure de fumée noire. Les phares font surgir les visages effarés des rondiers au pas de course, des scaphandriers armés de bouteilles d’air comprimé dans le dos.
Un incendie dans un centre de rétention pour clandestins oblige trois gardiens de la paix à une mission inhabituelle pour eux : reconduire un étranger à l’aéroport. Virginie, bien qu’empêtrée dans des problèmes personnels, compatit avec cet homme que la mort menace à son retour. Erik, le plus âgé, droit dans son uniforme, ne se pose pas trop de questions. Aristide, le beau gosse blagueur de la brigade, pense à autre chose…
Au début, j’avoue que c’est davantage le style qui m’a fait m’intéresser au roman que l’histoire, car j’ai déjà lu ou vu des plongées très réalistes dans l’univers de la police, et si les personnages m’intriguent, ce ne sont pas leurs atermoiements qui incitent à rester dans le livre, mais plutôt les mots de l’auteur qui manipule la langue avec un art bien à lui, capable de mêler dans la même phrase des pensées et des sensations d’ordres différents, comme dans cet extrait où, dans la voiture, Virginie pense à l’intervention qui l’attend le lendemain, s’attache à ses sensations intérieures tout en veillant sur le retenu, et sans perdre conscience du paysage qui défile :

Elle grimace encore malgré elle. Son ventre se creuse comme si la dilatation cervicale avait bien commencé, la gênant jusque dans le cou et les épaules. Elle doit rester à jeun à partir de minuit, ne pas boire, ne pas manger, ne pas fumer, ne pas mâcher de chewing-gum, ne pas regarder de tadjik dans les yeux, ne rien faire qui puisse augmenter l’acidité gastrique de son estomac. Elle se focalise sur sa respiration, se contente d’observer à la dérobée les mains menottées du retenu, en périphérie de son champ de vision, qui pendent mollement entre les pinces. Les ombres des éclairages publics accentuent les reliefs de leurs nervures. Elles sont si sèches qu’elles ont l’air de deux morceaux de cartilage tendus de crépines, deux omoplates qui ne se seraient pas encore ossifiées.

Au bout d’un moment, le style et un certain charme se mettent à agir, car, bien que l’auteur ait bien campé la psychologie de ses personnages, ils se permettent de ne pas agir forcément comme on s’y attendrait, et ça rend le roman plus prenant. Quelques passages encore, plus loin, lorsque la voiture arrive aux abords de l’aéroport, rappellent les mots et les longues phrases de Maylis de Kérangal, et c’est un délice. Parfois ce style lasse un peu également… Considérons le nombre de fois où la nuque d’Aristide est mentionnée ! C’est une nuque ambulante, cet homme. Certes, sa présence est très physique, plus que celle des autres personnages, mais là, on frôle l’overdose. En ce qui concerne les personnages, l’auteur a rendu les policiers aussi présents et humains que possible, presque plus que le sans-papiers, et ce point de vue inhabituel apporte une grande densité au texte.
Au final, par rapport au seul roman d’Hugo Boris que j’ai lu, Trois grands fauves, la différence est grande, mais donne justement une idée de la grande force de l’auteur, être capable de s’immerger complètement, en entraînant le lecteur à sa suite, dans un univers à chaque fois singulier. Et quelques jours après la lecture, il reste beaucoup de ce roman en mémoire, les impressions fugitives deviennent des empreintes marquantes, ce qui confirme la bonne opinion que j’en avais en tournant la dernière page.

Rentrée littéraire 2016
L’auteur :
Hugo Boris, diplômé de l’École nationale supérieure Louis-Lumière, travaille dans une école de cinéma le jour et écrit la nuit. Il est l’auteur de quatre romans publiés chez Belfond, ayant reçu un excellent accueil de la critique et des lecteurs : Le Baiser dans la nuque (2005), La Délégation norvégienne (2007), Je n’ai pas dansé depuis longtemps (2010), Trois grands fauves (2013).
189 pages.
Éditeur : Grasset (août 2016)

Quelques avis parmi d’autres : Anne,  Antigone, Brize et Delphine-Olympe. hugoboris

Challenge Hugo Boris chez Antigone

Lu pour les Matchs de la Rentrée littéraire.

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littérature Afrique·premier roman·rentrée automne 2016

Imbolo Mbue, Voici venir les rêveurs

voicivenirlesreveurs
Y aurait-il eu un moyen de convaincre Mr Edwards qu’il était un honnête homme, un très honnête homme, en toute vérité, mais qu’il racontait mille et un mensonges à l’immigration simplement pour devenir un jour citoyen des États-Unis et passer le restant de sa vie dans cette grande nation ?
Chaque jour, Jende Jonga se réjouit d’avoir pu obtenir un travail de chauffeur auprès de Clark Edwards, banquier chez Lehmann Brothers. Il va pouvoir faire venir son fils et sa femme Neni qui projette de faire des études de pharmacie aux États-Unis. Le minuscule logement du Bronx leur semble un palais, ils font tout leur possible pour s’adapter, se conformer au mode de vie américain de leurs rêves. Car c’est bien du rêve qu’il s’agit dans ce roman, et de la profondeur du fossé qui le sépare de la réalité… Jende et Neni sont vraiment des personnages excessivement attachants, leur petit garçon, Liomi, aussi. Pour autant, les membres de la famille Clarks, représentants de la classe moyenne supérieure new-yorkaise, ne sont pas montrés comme imbus d’eux-mêmes ou foncièrement désagréables. L’auteure a eu la subtilité de créer des personnages qui aient de multiples facettes et qui tous, puissent être sympathiques à un moment ou à un autre.
L’envers du rêve américain est en passe de devenir un genre littéraire à part entière, et ce thème ne manque pas d’intérêt, surtout lorsqu’il s’agit du point de vue des immigrés illégaux. Ce roman de Imbolo Mbue a la finesse de ne pas s’arrêter à ce seul point de vue, mais à alterner avec les angoisses d’une famille américaine typique, et très aisée, confrontée à la crise économique. Jusqu’à quel point ces deux familles pourront se rapprocher est l’un des éléments-clefs du livre. L’autre étant de savoir si les Jonga pourront obtenir des cartes vertes.
Ce roman aurait été un coup de cœur si je n’avais pas déjà lu, et aimé, Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie, Tous nos noms de Dinaw Mengestu et Le ravissement des innocents de Taiye Selasi…
Toutefois, si tous ces romans ont un point commun évident, celui de Imbolo Mbue est passionnant à plus d’un titre, notamment parce qu’il s’inscrit dans une actualité récente, lors de la crise des subprimes aux États-Unis, et parce qu’il donne à voir différents points de vue, notamment la différence de ressenti entre hommes et femmes, chacun n’attendant pas la même chose d’une installation dans un nouveau pays. J’ai particulièrement aimé ce premier roman d’Imbolo Mbue pour les beaux portraits de Jende et Neni, authentiques, touchants, et pleins d’humanité, restés fidèles à leur famille au Cameroun qui les sollicite bien trop souvent, de même qu’à leurs souvenirs de là-bas, mais manifestement sous le charme de leur nouveau pays malgré les difficultés.

Extraits : Elle se revoyait avec une grande clarté, après, allongée dans le lit aux côtés de Jende, écoutant les bruits de l’Amérique par la fenêtre, les voix étouffées et les rires des femmes et hommes afro-américains dans les rues de Harlem, se disant : Je suis en Amérique, vraiment, je suis en Amérique.

 

« La police sert à protéger les Blancs, mon frère. Peut-être aussi les femmes noires et les enfants noirs, mais pas les hommes noirs. Jamais les hommes noirs. Les hommes noirs et la police sont comme l’huile de palme et l’eau. Tu comprends ça, eh ? »

beholdthedreamersRentrée littéraire 2016
L’auteure : Imbolo Mbue est née au Cameroun. Elle a quitté Limbe en 1998 pour faire ses études aux États-Unis, elle est diplômée de Rutgers et Columbia. Elle vit à New York avec son mari et ses enfants. Son roman, annoncé depuis la foire du livre de Francfort en 2014, paraît aux États-Unis le 23 août en même temps que sa traduction française.
300 pages.
Éditeur : Belfond (18 août 2016)
Traduction : Sarah Tardy
Titre original : Behold the dreamers

Les avis de Antigone, Clara et Delphine.
Merci à Netgalley pour cette lecture.

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littérature France·rentrée automne 2015

Brigitte Giraud, Nous serons des héros

nousseronsdesherosDire comme j’étais envahi par l’océan, l’endroit où voguait encore mon père, je l’avais imaginé si longtemps à bord d’un cargo qu’il y resterait sans doute éternellement.
Comment dire à un enfant de huit ans que son père est mort dans les prisons de la dictature, et qu’il faut quitter le pays pour ne jamais revenir ? Olivio a vécu huit ans au Portugal avec son père, mais ses souvenirs plus précis commencent quand il arrive en France avec sa mère, et s’installe dans la banlieue de Lyon. D’abord hébergée chez des amis, la mère d’Olivio, devenu Olivier, commence à travailler puis, lorsque Olivier a douze ans, va vivre avec Max, père lui aussi d’un garçon plus jeune. Les rapports ne sont pas sans heurts entre l’adolescent et l’ami de sa mère. Olivier trouve refuge dans sa chambre sous les combles auprès de son chat Oceano. Il se lie également d’amitié avec Ahmed, déraciné comme lui.
Par petites touches, comme le travail de la mémoire, ces pages délicates retracent petits et grands moments d’enfance, évoquent l’apprentissage de la langue et des habitudes, la construction d’une personnalité, la connaissance de soi, les événements qui font grandir. Je ne connaissais pas l’écriture de Brigitte Giraud, j’ai beaucoup aimé sa manière d’aborder les gens et les sentiments, sans tomber dans l’excès, de donner de la couleur, des parfums, des sons, des goûts aux souvenirs d’Olivier, enfin de ne pas donner une impression de déjà-lu par rapport à un thème assez fréquent en littérature.

Extrait : Puis nous avons débouché sur une plate-forme naturelle, comme une falaise au-dessus du vide. La nuit tombait, et, au loin, nous apercevions les lueurs de la ville. Le feu d’artifice allait être tiré depuis la colline de Fourvière face à nous. Nous étions assis sur le sol en pierre encore chaud et nous espérions un spectacle à la hauteur de ce que nous avait annoncé Luis. Il était fier comme s’il était le fournisseur en personne du feu d’artifice.

L’auteur : Brigitte Giraud est née en Algérie et vit à Lyon. Elle a été journaliste et libraire. Elle est actuellement chargée de la programmation au festival de Bron, près de Lyon. Elle a publié huit livres aux éditions Stock parmi lesquels L’amour est très surestimé, prix Goncourt de la nouvelle 2007, Une année étrangère (2009) et Avoir un corps (2013).
198 pages.
Éditeur : Stock (août 2015)

Les avis d’Antigone, Cathulu et Nadège.

littérature îles britanniques

Sebastian Barry, Du côté de Canaan

ducotedecanaan« Les souvenirs provoquent parfois beaucoup de chagrin, mais une fois qu’ils ont été réveillés vient ensuite une sérénité très étrange. Parce ce qu’on a planté un drapeau au sommet du chagrin. On l’a escaladé. »
Je retrouve encore, après Quatre jours en mars, un roman écrit par un homme et dont la narratrice est une femme, âgée de quatre-vingt-neuf ans, qui plus est… On se doute que, vu son grand âge, elle a beaucoup à raconter, et quantité de réflexions à faire sur sa vie.
Lors d’une des (nombreuses) périodes où l’envie de lire de la littérature irlandaise, sobre, sombre et dramatiquement irlandaise comme il se doit, se faisait grande, j’avais ouvert un roman de Sebastian Barry, L’homme provisoire, auquel je n’avais pas accroché du tout. Autant dire que celui-ci risquait de croupir dans mes étagères, mais j’ai décidé d’y faire un peu de ménage, et d’alterner nouveautés et emprunts en bibliothèque avec des livres de mon « fond » ancien !
Cette fois, j’ai été tout de suite intriguée par cette vieille dame, Lilly Bere, qui vit sur la côte est des états-Unis, et qui, venant de perdre un être proche et très aimé, se remémore ses jeunes années, et ce qui l’a amenée dans le « Nouveau Monde ». Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle a survécu à bien des épreuves. Notamment lorsqu’elle dut, toute jeune fille, fuir l’Irlande avec son fiancé menacé de mort par l’IRA. Elle n’a pratiquement aucune prise sur sa vie à ce moment-là, mais au fur et à mesure des années, elle prendra une part de son destin en mains, celle que les guerres n’auront pas réussi à briser.
J’ai trouvé le style, sans oublier sa traduction, remarquable, composé de phrases courtes pour le temps présent, et qui s’emballe en longues suites de propositions pour le passé, en donnant au lecteur un léger tournis, une sensation indéniable de temps qui s’accélère.
Lily est un personnage fort, un caractère qui s’est forgé et a résisté dans l’adversité et les épreuves. J’ai surtout aimé ce qu’elle était devenue au fil des années… elle m’a rappelé un peu le personnage d’Hattie dans Les douze tribus d’Hattie.
Une lecture forte, marquante, et la découverte d’une écriture à la sobriété bien venue.

Extrait : Et il m’a montré, il m’a présenté plus ou moins à un petit pot, humble et assez ordinaire, avec une étiquette blanche très austère, et une grosse abeille jaune dessus, et quelques mots en grec.
« Je me demande ce que vous me donneriez qui vient d’Irlande, si j’éprouvais un chagrin comme le vôtre. Je me le demande, a-t-il dit.
– Je vous donnerais la bruyère blanche de la colline de mon père. »

Les avis de Clara, Hélène, Inganmic, Jérôme et Jostein.

L’auteur : Sebastian Barry est né à Dublin en 1955. Il est romancier, poète et dramaturge. Ses romans Annie Dunne, Un long long chemin, Le testament caché et Du côté de Canaan sont traduits en français chez Joëlle Losfeld.
331 pages.
Éditeur : Joëlle Losfeld (2012) Folio (2014)
Traduction : Florence Lévy-Paolini
Titre original : On Canaan’s side

littérature Amérique du Nord·rentrée automne 2015

Dinaw Mengestu, Tous nos noms

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Il s’agit dans ce roman de deux récits alternés, le premier rapporte la rencontre d’un jeune éthiopien en Ouganda avec un nommé Isaac, et leur implication dans une révolte durement réprimée. Le deuxième est le récit d’Helen, jeune assistante sociale chargée d’accueillir et d’aider Isaac fraîchement débarqué aux États-Unis pour un échange universitaire.
Ce roman est pour moi dans un entre-deux, qui fait que j’ai du mal à en parler. Ni enthousiasme, ni ennui, pour une lecture que j’ai poliment aimée, mais pas adorée. Attirée par le thème présenté, ayant encore en mémoire Americanah de Chimamanda Ngozie Adichie, et Le ravissement des innocents de Taiye Selasi, j’ai été de prime abord un peu déçue par les imprécisions. La partie américaine est située dans une ville d’un état indéterminé des Etats-unis, à une période peu précise que quelques indices égrenés ici et là permettent de situer dans les années 60. De même, on ignore certains éléments de la période passée par le narrateur et Isaac à Kampala, aux abords de l’université car si on sait où ils habitent, ce qu’ils font de leurs journées, rien ne précise de quoi ils vivent, il faut bien qu’ils se nourrissent et payent un minimum de loyer, pourtant ?
Toutefois Dinaw Mengestu réussit à rendre ses personnages crédibles et attachants, et à conserver au lecteur un intérêt égal, tant avec le versant africain du roman qu’avec le côté américain. Il faut un peu de temps pour apprécier vraiment cette histoire, dont le style impose d’abord de rester à distance, mais jusqu’à un certain point seulement, à partir duquel l’émotion et l’intérêt vont aller immanquablement crescendo.

Extrait : « Je me disais qu’un jour, je découvrirais une maison ou un quartier qui me donnerait l’impression d’avoir été construit pour moi seul. J’ai du parcourir plus de kilomètres que n’importe quel homme de mon entourage, et j’ai fini par comprendre que je ne dénicherais jamais un tel endroit, même si je marchais jusqu’à la fin de mes jours. Inutile de se lamenter. Nombre de gens ont un sort autrement pénible. Ils rêvent de s’ancrer dans un lieu qui ne voudra jamais d’eux. J’ai commis cette erreur autrefois. »

Rentrée littéraire 2015
L’auteur :
Né à Addis-Abeba en 1978, il a émigré aux États-Unis avec sa famille l’année suivante. Diplômé de la Columbia University, Dinaw Mengestu a écrit pour de grands magazines américains dont Harper’s et Rolling Stone.
Il est l’auteur des Belles choses que porte le ciel (2007) et Ce qu’on peut lire dans l’air (2011). Dinaw Mengestu vit aujourd’hui à Paris, tout en continuant à enseigner aux États-Unis.
336 pages
Éditeur : Albin Michel (août 2015)
Traduction : Michèle Albaret-Maatsch
Titre original : All our names

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littérature îles britanniques·mes préférés·rentrée hiver 2015

Roma Tearne, Le nageur

nageurL’auteure : La famille de Roma Tearne a fui le Sri Lanka pour la Grande-Bretagne lorsqu’elle était âgée de dix ans. Roma Tearne est devenue une artiste reconnue, et elle dirige aussi un cycle d’ateliers d’écriture. Elle est l’auteur de cinq romans dont Retour à Brixton Beach, traduit dans une dizaine de pays.
384 pages
Éditeur : Albin Michel (février 2015)
Traduction : Esther Ménévis
Titre original : The swimmer

Ria, la quarantaine, vit seule dans la maison dont elle a hérité, dans le Suffolk, une région de bords de mer et de marais. La jeune femme, qui a pour seule famille son frère avec lequel elle ne s’entend pas et ses insupportables neveux, est une poète reconnue. Elle a besoin pour travailler du calme de cette maison, que l’imagination, aidée par les mots de l’auteur, dessine très vite. Ria préserve sa tranquillité jusqu’au jour où elle aperçoit un homme, un tout jeune homme, nager dans le bras de rivière qui borde son jardin. Ce nageur la trouble. Une rencontre et des sentiments naissent entre l’écrivain et le demandeur d’asile. Ceci n’est que le début de la première partie d’un roman qui en compte trois, avec un drame central et des sauts spatiaux et temporels.
J’ai beaucoup aimé ce roman sensible, subtil et émouvant, sur la rencontre des cultures, sur la difficulté de vivre dans un autre monde que celui où on est né, sur le chagrin et la douleur, sur les façons de surmonter les épreuves… Ces thèmes sont entrelacés avec la présence de la nature, une présence forte et pesant sur les destins.
La fin m’a tiré des larmes, ce qui ne m’arrive pas souvent, et que ne comprendront que ceux qui le liront. Étonnant que ce roman écrit par une anglaise dont la famille est venue du Sri Lanka, n’ait pas davantage fait parler de lui, il mérite qu’on s’y intéresse, et j’ai bien l’intention de lire aussi le premier roman de Roma Tearne, Retour à Brixton Beach. Après Hanif Kureishi, Monica Ali, Taiye Selasi ou Zadie Smith, encore une très belle découverte parmi les anglais issus des ex-colonies britanniques.

Extraits : Alors, j’ai repris le chemin de l’est et de mon passé, pour revoir cet immense ciel d’aquarelle et le gris tendre des marais qui se mariaient si bien avec la mer. Et, avec un peu de chance, pour trouver la paix. J’étais une femme de quarante-trois ans, une poétesse dont l’œuvre, même avant le départ d’Ant, explorait le sentiment vide : la couleur du néant, son odeur.

L’apparition du nageur, la veille, avait la consistance de ces rêves. Je me souviens d’une mosaïque vue autrefois au Musée archéologique de Naples. Elle aussi représentait un nageur. Les bras fins, légèrement levés, les hanches sveltes, la tête inclinée, il se penchait pour récupérer ses vêtements.

« Parfois, m’a expliqué la journaliste, quand les gens empruntent ces longs itinéraires impossibles, le voyage lui-même devient tellement incompréhensible que pour survivre et ne pas perdre la raison, ils se réinventent. Et ils pensent que leur véritable histoire est trop terrible pour être crue. »

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ayearinengland

littérature îles britanniques·mes préférés·premier roman·rentrée automne 2014

Taiye Selasi, Le ravissement des innocents

ravissementdesinnocentsL’auteure : Taiye Selasi est née à Londres et a passé son enfance dans le Massachusetts. Elle est titulaire d’une licence de littérature américaine de Yale et d’un DEA de relations internationales d’Oxford. Le Ravissement des innocents, son premier roman, sera traduit en près de 20 langues. Taiye Selasi a vécu à Paris, à Rome et vit désormais à Berlin.
368 pages
Editeur : Gallimard (septembre 2014)
Traduction : Sylvie Schneiter
Titre orignal : Ghana must go

« Kweku meurt pieds nus un dimanche matin avant le lever du jour, ses pantoufles tels des chiens devant la porte de la chambre. »
Une première phrase intrigante inaugure le roman de cette jeune auteure anglaise d’origine ghanéenne et nigériane. Kweku est père de quatre enfants, tous nés aux Etat-Unis. Il est venu du Ghana, a rencontré Folà, devenue son épouse, mais on apprend qu’il l’a quittée de façon brusque, et vit désormais au Ghana, où il meurt donc, comme l’annonce l’incipit.
Ce roman possède un rythme propre, une chronologie qui est aussi une géographie, alternant vie aux Etats-Unis, départ, retour au Ghana. L’auteure dit l’avoir sciemment écrit en trois mouvements comme une symphonie : la première partie est semblable à un morceau de jazz, il est normal qu’on s’y perde un peu entre tous les personnages et les débris de leurs vies, ainsi que des drames qu’on ne fait que deviner. La seconde est un adagio, un cercle parfait, la troisième un allegro où tous les personnages jouent ensemble leur partition.
Cette lecture a quelque chose de fascinant, un rythme hypnotique, autour du thème principal, les liens qui unissent les membres d’une même famille. J’ai appris le rôle très particulier des jumeaux dans la culture Yoruba (le premier « sorti » est le plus expansif, social, le deuxième le plus intelligent). Ainsi en va-t-il des jumeaux Taiwo et Kehinde, encadrés par l’aîné Olu et la petite Sadie. La famille Sai, des paroles même de Taiye Selasi, que j’ai écoutée avec grand intérêt lors d’une conférence aux Assises Internationales du Roman, compose une sorte de patchwork, ses membres, malgré leurs tourments individuels, retrouvent une certaine unité lorsqu’un événement grave survient.
Chacun de ces afropolitains, (dérivé de cosmopolitain : être de partout et de nulle part), de la première génération ou de la seconde, souffre de sa famille, ne supporte tout simplement plus le mot famille, et réagit différemment au manque, à la solitude, aux regrets et aux rancunes accumulées. Mais heureusement, chacun a son propre refuge dans l’art, la peinture, la musique ou la danse…
Les situations vécues touchent à l’universel, et j’ai eu un mélange de plaisir et d’émotion à accompagner chaque personnage. Ce roman pourtant n’est pas des plus faciles, ne se laisse pas faire, met du temps à faire son chemin. Le style y contribue en introduisant une sorte de dimension supplémentaire, de regard extérieur de chaque membre de la famille sur lui-même.
La discussion avec l’auteure autour de son roman, menée par des lycéens qui avaient choisi des mots-clefs renvoyant au livre, a été passionnante, d’autant plus que je venais tout juste de finir ma lecture. Mais je vous laisse apprécier les extraits de ce « presque coup de coeur » !

Kweku meurt pieds nus un dimanche matin avant le lever du jour, ses pantoufles tels des chiens devant la porte de la chambre. Alors qu’il se tient sur le seuil entre la véranda fermée et le jardin, il envisage de retourner les chercher. Non. Ama, sa seconde épouse, dort dans cette chambre, les lèvres entrouvertes, le front un peu plissé, sa joue chaude en quête d’un coin frais sur l’oreiller, il ne veut pas la réveiller. Quand bien même il le tenterait, il n’y parviendrait pas.

La jeune Ama, loyale, simple, souple, débarquée de Krobotité empestant encore le sel (et l’huile de palme, la lotion capillaire, le parfum « Carnation » évaporé) pour dormir à son côté dans la banlieue d’Accra. Ama, dont la sueur et les ronflements pendant son sommeil abolissent les milles de l’Atlantique, les fuseaux horaires et l’infini du ciel, dont le corps est un pont entre deux mondes sur lequel il marche.
Le pont qu’il cherche depuis trente et un ans.

Se rappeler son enfance ne le rendait pas malheureux ; c’était rare, même à quarante-neuf ans, après son retour au pays. Il la cernait de plus en plus, s’approchait du centre, du point de départ, des lieux — Jamestown à une heure de chez lui. Mais il n’en avait pas conscience. Dans son esprit, il continuait à avancer, à aller plus loin, sa vie entière pareille à une ligne droite s’étirant depuis le début.

Les avis de Clara, Jules, Papillon

Même si ce roman vous emmène des États-Unis au Ghana, il participe au mois anglais organisé par Titine, Cryssilda et Lou puisque Taiye Selasi est né à Londres.
moisanglais2015

littérature France

Gaëlle Josse, Le dernier gardien d’Ellis Island

derniergardiendellisL’auteur : Gaëlle Josse est diplômée en droit, en journalisme et en psychologie clinique. Venue à l’écriture par la poésie, Gaëlle Josse publie son premier roman Les heures silencieuses en 2011, suivi de Nos vies désaccordées en 2012 et de Noces de neige en 2013. Ces trois titres ont remporté plusieurs prix, dont le Prix Alain-Fournier en 2013 pour Nos vies désaccordées. Le dernier gardien d’Ellis Island est son quatrième roman.
176 pages
Editions : Noir sur Blanc (avril 2014)

 

Le titre n’est pas mensonger, Le dernier gardien d’Ellis Island est bien l’histoire d’un homme et d’un seul, pourquoi ai-je alors imaginé une fresque avec d’innombrables candidats à l’installation aux Etats-Unis, dont les visages défileraient dans ce roman ? John Mitchell est le dernier directeur d’Ellis Island, plutôt qu’un simple gardien, il est petit à petit arrivé à un poste de responsabilité, et c’est à lui que revient de superviser les derniers instants du centre d’accueil et de tri des immigrants, avant sa fermeture en 1954. Pendant les neuf jours où il reste seul, à vérifier que tout est prêt à être laissé sur l’île, John revient, par écrit, sur le bref récit de sa vie, sur la femme qu’il a aimée et épousée. Mais aussi, sur son attirance pour Nella, une jeune femme sarde arrivée par bateau avec son frère.
Malheureusement, je n’ai pas été convaincue par l’ensemble du roman qui m’a peu touchée. Je pense que les motivations du personnage principal me sont restées étrangères, pas seulement à cause de son comportement pour le moins ambigu à un certain moment. Je crois aussi que j’ai peu d’attirance pour les gens qui vivent exclusivement dans le passé, et qui se complaisent dans le remords autant que dans le regret. Cette forme de récit de souvenirs amers a peu de prise sur moi. J’ai par contre aimé les parties plus historiques sur Ellis Island, quoiqu’elles n’aient fait que réactiver des faits que je connaissais déjà, et que, de plus, elles m’ont paru légèrement plaquées sur l’histoire de John Mitchell.
Depuis le temps que je lisais des avis des plus positifs sur les romans de Gaëlle Josse, ce premier roman lu me fait penser que je ne suis pas très sensible à son univers. Rien à redire à l’écriture, plutôt agréable à lire.

Extraits : Ils m’ont prévenu qu’il arriveraient, très tôt, vendredi prochain, 12 novembre. Nous ferons le tour de l’île et nous procéderons à l’état des lieux. Je leur remettrai toutes les clés que je possède, portes, grilles, entrepôts, remises, bureaux, et je repartirai avec eux vers Manhattan.

 

Oui, c’est par la mer que tout est arrivé, par ces bateaux remplis de miséreux tassés comme du bétail dans des entrepôts immondes d’où ils émergeaient, sidérés, engourdis et vacillants, à la rencontre de leurs rêves et de leurs espoirs. Je les revois. On parle toutes les langues ici. C’est une nouvelle Babel, mais tronquée, arasée, arrêtée dans son élan et fixée au sol. Une Babel après son anéantissement par le Dieu de la Genèse, une Babel de la désolation, du dispersement et du retour de chacun à sa langue originelle.

Parmi de nombreux avis : Aifelle, Delphine, Micmélo qui n’a pas été séduite non plus, Séverine et Sylire

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littérature Afrique·rentrée hiver 2015

Chimamanda Ngozi Adichie, Americanah

americanahL’auteur : Chimamanda Ngozi Adichie est née en 1977 au Nigeria et a grandi dans la ville universitaire de Nsukka. À 19 ans, elle quitte le Nigeria pour les États-Unis, où elle suit des études de communication et de sciences politiques. Elle obtient un maîtrise d’études africaines à l’université de Yale en 2008. Ses nouvelles sont publiées dans de nombreuses revues littéraires. Son premier roman, L’hibiscus pourpre, a été sélectionné pour l’Orange Prize et pour le Booker Prize. L’autre moitié du soleil a reçu l’Orange Prize. Chimamanda Ngozi Adichie vit au Nigeria.
523 pages
Éditeur: Gallimard (2015)
Traduction (de l’anglais) : Anne Damour
Titre original : Americanah

Le chemin était tout tracé pour me faire lire Americanah après les excellents L’hibiscus pourpre et L’autre moitié du soleil. Le premier relate l’adolescence d’une jeune fille nigériane et son frère, dans une famille de chrétiens fondamentalistes. Le deuxième est un très beau roman sur deux sœurs jumelles que tout oppose, et qui se situe pendant la guerre du Biafra.
On parle beaucoup plus ces derniers temps d’Americanah, aussi ne serai-je pas spécialement prolixe à propos des cinq cent pages de ce dernier roman. Une jeune femme prénommée Ifemelu y revient au Nigéria après une quinzaine d’années aux États-Unis. S’il n’a pas été facile pour elle d’obtenir une carte verte, ni de prendre ses repères dans ce pays, elle est maintenant à l’aise dans son rôle de blogueuse, qui s’intéresse au thème de la race et pointe les comportements discriminants à l’encontre des afro-américains, ou encore des africains vivants en Amérique.
Son retour va être probablement pour elle l’occasion de revoir son amour de jeunesse, Obinze, rentré lui aussi depuis plusieurs années au pays, après une tentative d’immigration en Angleterre. Comme dans les deux romans précédents de l’auteur, les milieux évoqués sont les classes moyennes, urbaines, des villes universitaires en particulier. Le Nigeria est un grand pays, et les différences sont énormes entre le sud urbain, de religion majoritairement chrétienne, et le nord-est musulman, rural et pauvre, où sévit l’épouvantable secte Boko Haram. Le Nigeria est malheureusement à la une de l’actualité en ce moment, et pas pour de bonnes raisons (un très bon dossier et une vidéo sur le site du Monde Afrique)
En tout cas, Chimamanda Ngozi Adichie est une auteure reconnue au Nigeria, et à juste titre, elle excelle à faire vivre des personnages forts tout en traitant de thèmes très intéressants. Le dépaysement et les difficultés en tous genres des africains aux États-Unis ou en Europe, même s’ils ne sont pas issus de familles très défavorisées, sont réels et très bien décrits dans ce roman qui cache aussi une belle histoire d’amour.

Extrait : Alexa, et les autres invités, peut-être même Georgina comprenaient tous la fuite devant la guerre, devant la pauvreté qui broyait l’âme humaine, mais ils étaient incapables de comprendre le besoin d’échapper à la léthargie pesante du manque de choix. Ils ne comprenaient pas que des gens comme lui, qui avaient été bien nourris, n’avaient pas manqué d’eau, mais étaient englués dans l’insatisfaction, conditionnés depuis leur naissance à regarder ailleurs, éternellement convaincus que la vie véritable se déroulait dans cet ailleurs, étaient prêts à commettre des actes dangereux, des actes illégaux, pour pouvoir partir, bien qu’aucun d’entre eux ne meure de faim, n’ait été violé, ou ne fuie des villages incendiés, simplement avide d’avoir le choix, avide de certitude.

Les avis de Clara, Hélène, Leiloona, Micmelo, Papillon.