Publié dans bande dessinée, littérature France, littérature Proche et Moyen Orient

Brigitte Findakly Lewis Trondheim, Coquelicots d’Irak

coquelicotsdirakDans Coquelicots d’Irak, Brigitte Findakly, qui est née en 1959 en Irak et y a vécu jusqu’en 1973, raconte son enfance, les raisons qui ont poussé sa famille à l’exil et son arrivée en France. Les pages rapportant précisément l’histoire de sa famille alternent avec des pages intitulées « en Irak » et qui précisent des coutumes pour nous assez éloignées et des pages de photos de famille, porteuses d’émotion. Brigitte Findakly est née d’un père irakien et d’une mère française, elle est maintenant coloriste de bande dessinée, notamment pour Lewis Trondheim dont elle est la compagne.

J’ai beaucoup aimé cette enfance et cette jeunesse à Mossoul. Nous sommes de la même génération, et si j’ai retrouvé des ressemblances dans nos éducations, ce sont les différences très sensibles qui dominent. Dans le cadre de la maison, la liberté de penser existe, mais à l’école, les enfants se voient inculquer les versets du Coran et le respect du pouvoir… les seules sorties scolaires consistent à se mettre sur le trajet du leader pour le saluer lorsqu’il passe par Mossoul ! Plus tard, Brigitte connaît en arrivant en France le décalage que sa mère a ressenti en arrivant jeune mariée en Irak. Même pour sa mère qui revient dans son pays natal, le retour n’est pas si facile.
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Je ne connais que de nom Lewis Trondheim, j’ai vu que ses personnages étaient le plus souvent des animaux, oiseaux ou lapins. Son passage au genre humain fonctionne bien, le trait est simple mais parlant, l’humour, mais aussi l’émotion réussissent à naître de cette apparence de simplicité. Les couleurs de Brigitte Findakly s’adaptent à chaque situation, et correspondent sans nul doute à celles de ses souvenirs, à ce qui lui a été raconté, ou à ce qu’elle vit actuellement, des origines de sa famille aux effets de la censure en Irak, des coutumes ancestrales à la vieillesse de ses parents.
C’est le genre de bande dessinée que j’aime, et je n’ai pas été du tout déçue, je l’ai lue tranquillement et en savourant pleinement images et situations.
coquelicotsdirak2Coquelicots d’Irak de Brigitte Findakly et Lewis Trondheim, éditeur : L’Association, août 2016, 115 pages.

Les avis de Mo’ Noukette ou Saxaoul

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Publié dans littérature Proche et Moyen Orient, non fiction

Aharon Appelfeld, Histoire d’une vie

histoiredunevieHistoire d’une vie pourrait être considéré comme le texte idéal pour découvrir Aharon Appelfeld, puisque, bien que noté roman, c’est manifestement un récit autobiographique. Mais c’est davantage aussi, un ensemble de réflexions sur sa vie, sur la mémoire, sur les langues, sur l’écriture…
On y retrouve des sujets présents dans ses autres romans, mais sachez qu’il y évoque très peu les camps, ou le moment où il a perdu ses parents.
Né en Bucovine, Aharon Appelfeld n’a que sept ans au début de la guerre, dix ans lorsqu’il s’échappe d’un camp et erre plusieurs années dans des forêts d’Ukraine, ce décor présent aussi dans Les partisans. On le retrouve ensuite en Italie, puis sur un bateau en partance pour Israël, comme dans Le garçon qui voulait dormir.
Il dit lui-même avoir eu du mal à entrer dans l’écriture, ne jamais avoir aimé « le pathos et les grands mots », et ce récit peut paraître minimaliste, mais pour moi, cela ne lui donne que plus de force. Je vais laisser la parole à l’auteur, décédé il y a peu, au travers d’extraits qui m’ont parlé.

À propos de la mémoire :
« Les mots avec lesquels je souhaitais décrire la sensation se sont dérobés. Comme je n’ai plus de mots, je reste assis, les yeux ouverts, et la nuit blanche coule en moi. »
ou encore :
« La Seconde Guerre mondiale dura six années. Parfois il me semble que ce ne fut qu’une longue nuit dont je me suis réveillé différent. »

Sur la mémoire du corps : « De mon entrée dans la forêt, je ne me souviens pas, mais je me rappelle l’instant où je me suis retrouvé là-bas, devant un arbre couvert de pommes rouges, si stupéfait que je fis quelques pas en arrière. Mon corps se souvient mieux que moi de ces pas en arrière. Chaque fois que je fais un faux mouvement du dos ou que je recule, je vois l’arbre et les pommes rouges. »

Au sujet de sa langue maternelle et des autres langues parlées chez lui dans son enfance (le ruthène, le roumain, l’allemand et le français) : « Nous baignions dans quatre langues qui vivaient en nous dans une curieuse harmonie, en se complétant. […] Les quatre langues n’en formaient plus qu’une, riche en nuances, contrastée, satirique et pleine d’humour.».

À propos de l’écriture :
« J’avais d’autres amis qui, durant ces années, ne demandaient qu’à m’écouter et à m’aider. Ils faisaient si peu de cas d’eux-mêmes que je ressentais à peine leur présence. Ils me murmuraient toujours le mot juste, fécond, le mot qui prenait racine et déclenchait la floraison. »

Histoire d’une vie d’Aharon Appelfeld (Sippur hayim, 1999) éditions l’Olivier, 2004, paru en Points, traduction de Valérie Zenatti, 214 pages.

Les avis de Keisha, Luocine, Malice et de Sylire. A noter, pour ceux qui auraient tout lu de l’auteur, son dernier roman Des jours d’une stupéfiante clarté, qui vient de sortir aux éditions de l’Olivier.

Livre sorti de ma PAL pour l’Objectif PAL d’Antigone et Lire le monde avec Sandrine.
obj_PAL2018  Lire-le-monde

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Publié dans littérature Proche et Moyen Orient, rentrée automne 2017

Ayelet Gundar-Goshen, Réveiller les lions

reveillerleslionsRentrée littéraire 2017 (7)
« Un homme est mort qui semble ne rien avoir laissé derrière lui, or c’est faux : il a laissé à sa femme une chaise, un paysage et un cours d’eau asséché. Quand on y pense, ce n’est pas rien. »
La nuit, les dunes aux alentours de Beer-Sheva… le neurochirurgien Ethan Green, dont le nom laisse croire qu’il sort de la série Urgences (mais il n’en est rien), renverse un homme et le laisse mourant au bord de la route. Tout ce qu’il pense à cet instant, ou ne pense pas, ses sensations brutes, sont détaillés. C’est le début d’un engrenage qui va l’amener à passer de plus en plus de temps à soigner clandestinement des malades dans un camp de réfugiés, en plus de son travail. Sa femme a beau s’inquiéter de ses absences nombreuses, il ne peut plus se dépêtrer de son acte, et des mensonges qui ont suivi. D’autant que son épouse Liath est le lieutenant de police qui mène l’enquête sur le délit de fuite.

« Comme il lui en veut à présent. À sacraliser ainsi le bon côté de la personnalité de son mari, elle avait, sans le vouloir, occulté le mauvais, poussé sous le tapis tout ce qui ne cadrait pas avec ses valeurs, avec l’homme qu’elle voulait voir en lui. »

Autour de cette situation inextricable, l’auteure israélienne brode avec virtuosité sur les thèmes de la culpabilité, de la confiance, de la paternité, de la manière dont chacun perçoit l’autre dans un couple, des choix qu’on fait dans sa vie, du respect de soi opposé à celui que les autres vous portent, peut-être pas pour de bonnes raisons…
Elle pose des mots sur des sentiments de manière claire et fluide. S’y greffent aussi des réflexions sur la différence, le racisme, surtout celui qui, bien enfoui au fond de personnes pourtant bien pensantes, fait qu’ils trouvent que les Bédouins « se ressemblent tous ». Les différentes communautés qui cohabitent dans cette région désertique, les israéliens blancs, les bédouins habitants du désert et les réfugiés érythréens, n’échappent en effet pas aux tensions raciales.

 

« Car on a tous besoin d’un endroit au monde où il n’y a ni questions ni doutes. Sinon, c’est vraiment trop triste. »
J’ai trouvé une voix neuve, singulière, dans l’écriture de Ayelet Gundar-Goshen. Elle a déjà publié un roman en France, que je n’ai pas encore lu, mais nul doute que je me pencherai dessus un de ces jours. L’enchaînement infernal de circonstances qui font approcher ce roman psychologique du thriller lui donne un petit air du Secret du mari de Liane Moriarty, en beaucoup plus fouillé en terme d’introspection. Seuls les lecteurs qui n’aiment pas l’approche psychologique dans les romans n’y trouveront pas leur compte.

Réveiller les lions d’Ayelet Gundar-Goshen (paru en Israël en 2014) éditions des Presses de la Cité (août 2017) traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz, 416 pages

L’avis de Cuné.

 

 

Publié dans littérature Proche et Moyen Orient, rentrée hiver 2017

Zeruya Shalev, Douleur

douleur« Le passé désagrège l’avenir, le passé réduit l’avenir en poussière. »
Cela faisait un moment que je voulais découvrir l’écriture de Zeruya Shalev, depuis qu’elle était venue aux Assises Internationales du Roman en 2015 pour parler de Ce qui reste de nos vies. Je n’ai pas eu l’occasion de trouver ce roman à la bibliothèque, mais le dernier en date, Douleur, était parmi les nouveautés, et je me suis jetée à l’eau, imaginant une lecture des plus ardues. Pas du tout ! Douleur, malgré son titre et sa couverture assez rébarbatifs à mon goût, est un texte fluide, dense, mais sans longueurs.

 

« …il avait rapidement remis main et compassion dans sa poche et ça, elle ne lui avait jamais pardonné, aujourd’hui encore, elle lui en voulait, à Ethan Rozenfeld, son premier amour et d’une certaine manière son dernier, car elle n’avait plus jamais retrouvé cette évidence totale et absolue, impossible à remettre en cause. »
Iris, mère de famille d’une quarantaine d’années, a du mal à revenir sur ce qui s’est produit dix ans auparavant, lorsque, venant de déposer ses enfants à l’école, un bus a explosé juste à son passage. Grièvement blessée, elle a subi plusieurs interventions et des mois de rééducation. Les douleurs ressurgissent pile dix ans après, qui la poussent à consulter un centre anti-douleur. Elle y retrouve son premier amour de jeunesse, qui l’avait quittée quand elle avait dix-sept ans. Elle s’interroge sur ses sentiments pour lui. En même temps, sa fille qui vit et travaille à Tel-Aviv lui cause beaucoup d’inquiétude, sans compter son fils qui va bientôt être appelé à accomplir son service militaire…

 

« Nous ne cessons de nous mettre en situation d’échec pour tester jusqu’où nous arriverons à faire face et à prendre sur nous, un enfant de plus, du travail et un crédit en plus, ridicules Sisyphe que nous sommes ! »
De nombreux thèmes s’entrecroisent dans le roman de Zeruya Shalev, comme dans l’esprit d’Iris, habituellement efficace dans son rôle de directrice d’école comme dans celui de mère de famille, et qui se trouve, et pas seulement à cause de la douleur, complètement déboussolée… Les relations amoureuses, le féminisme, l’éducation des enfants, le rôle de l’école, la dépendance ou la solitude, autant de thèmes abordés par l’auteure qui s’est trouvée dans une situation analogue à celle d’Iris, gravement blessée il y a une dizaine d’années dans les rues de Jérusalem, et qui a réussi enfin à écrire sur cette douloureuse expérience, tout en parcourant des thèmes universels, qui parleront à chacun.

Douleur de Zeruya Shalev, éditions Gallimard (janvier 2017) traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz, 400 pages

Les avis d’Itzamna partagée, et de Ludovic enthousiaste.
Lire le monde, c’est ici.
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Publié dans littérature Proche et Moyen Orient, non fiction

Nahal Tajadod, Passeport à l’iranienne

passeportaliranienneJ’ai encore sorti un livre de ma pile à lire, si, si ! Celui-ci est arrivé après trois ou quatre abandons, parce que rien ne sert de se forcer quand on sent qu’une lecture ne vous convient vraiment pas !
Pas de problème avec le livre de Nahal Tajadod, qui est plus un témoignage, sur un mode humoristique, qu’un roman. La narratrice porte en effet son nom, et je pense que ces péripéties administratives pour obtenir un renouvellement de passeport lui sont peu ou prou arrivées, il y a une dizaine ou une quinzaine d’années, le livre étant de 2007.
Si l’obtention d’un nouveau passeport commence par une photo, faite dans les règles de l’art, pas de cheveux apparents, pas de maquillage, pas de sourire, à partir de là s’enchaînent tout une suite d’obstacles dont la photo est bien le moindre ! Heureusement, des photographes aux conducteurs de taxis, des membres de la famille au technicien qui règle les paraboles, tout le monde connaît quelqu’un qui peut aider, ou qui sait l’endroit exact où faire ce fameux passeport, et au plus vite, car Nahal doit donner une conférence à Paris, et y rejoindre son mari scénariste.
Doté de dialogues vifs et souvent réjouissants, de digressions toujours bienvenues sur les habitudes et coutumes de la capitale iranienne, d’une magnifique galerie de personnages, ce récit montre l’attachement de l’auteure au petit peuple de Téhéran, à sa débrouillardise phénoménale, à son art de contourner les règles les plus iniques, à son attachement à tout ce qui est occidental. J’ai adoré particulièrement la manière de refuser poliment tout offre qu’on fait, ce qui donne lieu à une sorte de marchandage inversé nommé le târof.
Une lecture vraiment rafraîchissante et plaisante qui me rappelle les romans de Zoyâ Pirzâd, que j’affectionne aussi, mais j’ai trouvé que le livre plongeait encore plus près des petites gens, et avec un humour qui m’a beaucoup amusée.


Je vous laisse avec quelques extraits :
Le renouvellement de passeport est donc pour mon oncle une affaire sérieuse, presque une tragédie, qui nécessite des somnifères puissants, un conjoint compréhensif et des amis disponibles. L’idée que je vais entreprendre ce combat sans que les conditions soient réunies lui semble inconcevable.

Il faut leur offrir du thé et je n’ai jamais su, en ce qui concerne cette boisson, satisfaire le goût de chacun de mes invités. Certains prennent le thé dans des tasses, d’autres dans des petits verres kamar bârik, « taille fine ». Certains refusent leur thé s’il n’est pas servi dans de grands verres « à la turque » et s’il n’a pas été longuement infusé. Quant à la couleur, elle doit être foncée pour certains, claire pour d’autres. Si par malheur on sert du thé clair à un partisan du té foncé, il le repoussera en le comparant à âb-e zipo, à de la soupe. De la même façon, lorsqu’on offre du thé noir à un adepte du thé clair, il ne le touche pas mais déclare en détournant son regard :
– Retire- moi ce breuvage d’opiomane.


L’auteure :
Nahal Tajadod est issue d’une famille d’érudits iraniens (son grand-père fréquentait Lawrence d Arabie). Elle a quitté l’Iran en 1977, et a étudié en France les langues orientales et travaillé sur l’apport iranien à la culture et à la civilisation chinoises. Elle a participé à la traduction de poèmes de Rûmi et a écrit en 2005 la biographie romancée de ce grand maître du soufisme. Elle est l’épouse du scénariste Jean-Claude Carrière.
314 pages.
Éditeur : le Livre de Poche (2009)
Paru chez Lattès en 2007.

Les avis de A girl from earth, Keisha et Sylire


Coup double ! Objectif PAL 2016 chez Anne
et Antigone et Lire le monde chez Sandrine.
objectifpal2016 Lire-le-monde

Publié dans littérature Proche et Moyen Orient, sortie en poche

Benny Barbash, My first Sony

myfirstsonyAttention, roman atypique !
Le jeune Yotam vit dans une famille comme beaucoup d’autres en Israël, vivante et bruyante, colorée et contrastée. Entre son père, écrivain immature, et sa mère, militante d’origine argentine, les éclats sont nombreux et les tensions fréquentes. Le reste de la famille, grands-parents, oncles et tantes, sans oublier les amis, sont encore plus originaux, du beau-frère juif orthodoxe rigide à la sœur à moitié folle, ou au grand-père fou de sa collection de timbres…
Avec son frère et sa sœur, Yotam assiste aux scènes et drames familiaux, sans tout comprendre. Du moins, du premier coup, car Yotam ne se sépare jamais de son magnétophone Sony, enregistre et classe les cassettes tel un entomologiste chevronné, réécoute pour mieux comprendre.
Très dense autant par l’écriture que par les nombreux thèmes, notamment la création de l’état d’Israël, la mémoire familiale, la vie de couple, les conflits entre générations, le tout vu et entendu par un enfant d’une dizaine d’années, ce roman ne se laisse pourtant pas lire « tout seul ».
Je ne vous mentirai pas, il faut tout de même s’accrocher un peu au texte sans chapitres, aux longues phrases qui digressent en cours de route pour toujours retomber sur leurs pieds, après une page et demie ou deux, aux discussions politiques heureusement appuyées par un glossaire en fin de roman, aux nombreux personnages et à leurs histoires entremêlées. C’est toutefois un inconvénient assez mineur, qui ne procure pas d’ennui, car on a le sentiment d’une vérité, d’une justesse dans tout cela, et c’est sans doute là ce qu’il y a de plus important.
Certains passages sont extrêmement drôles, avec cette famille, on ne sait jamais à quoi s’attendre ! J’ai eu un court moment l’impression de ne pas savoir où allait le roman, avant que le jeune narrateur n’évoque « la catastrophe » vers laquelle tend son récit.
A la fin, l’émotion et, il faut l’avouer, la satisfaction d’avoir réussi à lire le livre l’emportent sur la densité de l’écriture. La narration originale et les personnages fort attachants font que ce roman devrait plaire à plus d’un fan de littérature israélienne, d’histoires de famille ou de romans qui sortent du commun. Au choix ou tout ensemble !

Extrait : Grand-mère s’approcha de moi et me répéta encore et encore : « Donne-moi immédiatement la cassette », à chaque fois, on l’entend un peu plus fort, parce qu’elle s’approche du micro, et je lui explique qu’il s’agit d’un enregistrement important, car comment saurions-nous toutes ces choses à son sujet ? Tu vas bientôt mourir et grand-père aussi, et toutes ces histoires seront enterrées avec vous, alors qu’ainsi je les ai enregistrées sur cassette ; et grand-père dit, il nous enterre déjà ce mioche, avant de s’écrier : personne ne va mourir si rapidement ! Et on entend ensuite son rire grave, dont Papa dit que c’est le rire le plus profond du monde et qu’on en trouve certainement de grandes quantités dans la mer Morte, parce que c’est là qu’il vient se déverser.

L’auteur : Benny Barbash est né en 1951 à Beer-Shiva, il est scénariste, aimant à traiter des aspects politiques de la société israélienne. Il a écrit les scénarios d’une douzaine de films, dont Beyond the wall, qui a été nominé aux Oscars dans la catégorie du Meilleur film étranger. Il est également dramaturge, et, de temps en temps, dit-il, « il s’assoit et écrit des romans. » Quatre romans ont déjà été publiés.
414 pages.
Éditeur : Zulma (2008) maintenant en collection de poche.
Paru en Israël en 1994.
Traduction : Dominique Rotermund

Repéré très probablement chez Keisha !
Un entretien avec l’auteur sur un autre blog.
Partenariat avec l’éditeur.

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Publié dans littérature Proche et Moyen Orient, policier, premier roman, sortie en poche

Dror Mishani, Une disparition inquiétante

unedisparitioninquiétanteUne mère inquiète s’adresse au commandant Avi Avraham, dans un commissariat de la banlieue de Tel-Aviv, pour lui signaler la disparition de son fils, qui n’est jamais arrivé au lycée où il se rendait comme tout les matins. Fugue, suicide, accident, tout est envisagé, en attendant son probable retour. Mais Ofer ne revient pas. Une disparition sans piste tangible, sans indice aucun, voilà une enquête qui repose, plus encore qu’une autre, sur du sable ! Avraham Avraham se perd en conjectures, n’avance guère, manque de se faire retirer l’enquête…
Parallèlement au point de vue du policier, apparaît celui d’un voisin de l’adolescent, voisin qui paraît avoir des choses à cacher. Et même plus, qui semble manipuler l’enquête !
Il y a donc là, soit du côté de la famille, soit du côté des suspects, soit du côté de l’enquêteur, bon nombre d’aspects psychologiques dont l’auteur tire astucieusement parti, en nous entraînant à la suite de son policier. Si on y ajoute un contexte quelque peu littéraire (l’atelier d’écriture fréquenté par un personnage, la théorie d’Avi sur le roman policier israélien, la littérature qui à un moment se mélange à la vie…) l’ensemble avait tout pour me plaire, et ça a très bien fonctionné ! Nos voisins s’amuseront aussi d’un voyage d’Avi à Bruxelles, et de sa vision de la ville.
Mon impression générale est donc que ce polar est vraiment plaisant à lire, il met en avant la mécanique interne des personnages, au cœur d’une trame tout à fait élaborée… Henning Mankell a beaucoup apprécié les débuts de romancier de Dror Mishani, et je suis parfaitement d’accord avec lui !

Extrait : Il se rendit compte que c’était la première fois qu’il prononçait le prénom de l’adolescent à haute voix. Ofer. Un joli prénom. Qu’il troqua aussitôt contre le sien, petit jeu qu’il se permettait chaque fois qu’il entendait un prénom dont la consonance lui plaisait. Dans sa tête se forma, une fois de plus, un nom qu’il n’aurait jamais : Ofer Avraham.

L’auteur : Dror Mishani, né en 1975, est un universitaire israélien spécialisé dans l’histoire du roman policier. Aussi critique littéraire et éditeur de polars, Une disparition inquiétante est son premier roman, paru en 2011.
380 pages.
Éditeur : Points (2015)
Traduction : Laurence Sendrowicz
Titre original : Tik N’Edar

 Ariane Brize et Laure n’ont pas été emballées, par contre, Electra et Eva ont beaucoup aimé.
Je me rends compte que cet auteur fait partie de la liste Lire le monde, idée de Sandrine… Et un de plus !
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Publié dans littérature Proche et Moyen Orient

Aharon Appelfeld, Les partisans

partisansL’auteur : Aharon Appelfeld est un romancier israélien. Il est né en 1932 en Roumanie, de parents juifs germanophones. Sa mère est tuée en 1940, Aharon Appelfeld connaît alors le ghetto, la séparation d’avec son père et la déportation dans un camp en 1941. Il s’en évade à l’automne 1942 et se cache dans les forêts d’Ukraine pendant plusieurs mois. Avec un groupe d’adolescents orphelins, il arrive en Italie où il s’embarque pour la Palestine. Diplômé de l’Université de Jérusalem, il se tourne à la fin des années 50 vers l’écriture. Il a longtemps enseigné la littérature à l’Université Ben Gourion du Néguev.
320 pages
Éditions de l’Olivier (mai 2015)
Traduction : Valérie Zenatti
Titre original : Ad hod ha-Tsa’ar

Si on lit quelques éléments de biographie d’Aharaon Appelfeld, on remarque que sa vie inspire en grande partie son œuvre, pourtant ses livres sont intitulés romans. Son dernier roman, Les partisans, commence ainsi : « Je m’appelle Edmund et j’ai dix-sept ans. » Edmund est un jeune homme qui a fui au moment où ses parents ont été déportés et à rejoint d’autres partisans juifs dans une forêt ukrainienne. Leur chef, Kamil, de profonde conviction religieuse, admet cependant d’autres tendances au sein du groupe qui s’étoffe petit à petit, des femmes et des enfants égarés s’y joignent même. La dureté de l’hiver les oblige à voler pour se nourrir et se réchauffer, en récupérant parfois des biens spoliés à des juifs, avant de mettre en œuvre des attaques contre les Allemands, qui vont faire une priorité, avant de se replier, de tenter d’abattre ces partisans.
Comme dans Le garçon qui voulait dormir, l’auteur raconte cette histoire, qui peut-être est son histoire, par phrases courtes, aussi précises que poétiques, prend parfois le chemin de traverse du rêve, pour mieux revenir à la réalité tranchante. La petite musique envoûtante des mots, la force des personnages, en font une très belle lecture.

Extraits : Il a pour projet d’organiser des soirées de réflexion, mais nous manquons de textes. Pendant des années, les livres étaient notre préoccupation principale et voici que nous avons été brutalement séparés d’eux. Comme il est étrange que nous nous soyons si vite habitués à vivre sans livres. Parfois, dans l’après-midi, j’ai la sensation d’un livre entre les mains, à l’heure où j’avais l’habitude de m’installer dans un fauteuil.

L’armée gigantesque postée le long des routes et des fossés ne nous laissera pas de repos. Un jour, l’ordre de nous encercler sera donné et on nous écrasera. La fuite qui nous a menés là est une illusion, pour ne pas dire une tentative d’autopersuasion. L’empire qui décide d’exterminer un peuple l’exterminera. Il a tout son temps. Il nous laissera piétiner dans la boue encore un mois, peut-être deux.

Lu aussi par Claudialucia et Mirontaine.

Publié dans littérature Proche et Moyen Orient, sortie en poche

Zoyâ Pirzâd, C’est moi qui éteins les lumières

cestmoiquieteinsL’auteur : Romancière et auteur de nouvelles, Zoyâ Pirzâd est née à Abadan d’un père iranien d’origine russe et d’une mère arménienne. Découverte par Zulma en 2007, elle a reçu le Prix Courrier International du meilleur livre étranger en 2009 pour Le Goût âpre des kakis. Ses livres rencontrent aussi du succès en Iran.
350 pages
Editeur : Zulma (2013)
Traduction : Christophe Balaÿ
Titre original : Cheragh-ha ra man khamush mikonam

Les romans ou les nouvelles de Zoyâ Pirzâd sont pour moi des lectures, qui sans être les plus marquantes, constituent toujours d’agréables souvenirs, une impression de moments douillets comme se lover au coin d’une cheminée, ou paresser dans une chaise longue sous un arbre… Elle n’a pas son pareil pour décrire des atmosphères familiales et plutôt bon enfant, où se révèlent les petits ressentiments, les petites mesquineries, mais aussi les traits de caractères plus nobles et le bon fond de chacun.
La narratrice, Clarisse, est venue de Téhéran vivre avec sa famille dans le quartier préservé de la petite ville d’Abadan réservé aux employés de la Compagnie des Pétroles. Femme au foyer un brin bohème et rêveuse, elle ne manque cependant jamais de s’occuper de son foyer et de son mari Artosh, de préparer des bons petits goûters à ses deux jumelles de six ans, et à son ado de fils. L’arrivée d’une nouvelle voisine, arménienne comme Artosh et Clarisse, mais au mode de vie sensiblement différent, et, pour tout dire, assez spéciale, provoque un petit remue-ménage à l’échelle du quartier. Les fillettes s’entichent de la petite-fille de la voisine. Clarisse est un peu chamboulée par le fils veuf, amateur de poésie, et qui n’a pas son pareil pour s’occuper des plantes ! Et elle commence à en avoir assez que tout le monde se repose sur elle, s’invite à dîner, impose des choix sans la consulter…
Des détails, posters dans la chambre du garçon, musique écoutée, montrent ici et là que le récit se situe plutôt dans les années soixante, mais l’important est surtout dans la finesse psychologique et la légèreté et l’humour du ton de Zoyâ Pirzâd.
Un roman tendre et intemporel, ça ne se refuse pas !

Extrait : Chaque fois que j’allais mal, je pensais à lui. Et dès que j’allais bien, je pensais encore à lui. Par exemple, quand je voyais pousser des racines à la branche que j’avais mise à l’eau. Ou bien lorsque je réussissais un plat que je faisais pour la première fois. Ou encore, quand Armen rapportait de bonnes notes. Je me mis à déchiqueter le mouchoir en papier en me demandant pourquoi je pensais toujours à mon père dans ces moments de joie ou de peine.

D’autres avis ? Celui de Midola et celui de Nina.

Publié dans littérature Proche et Moyen Orient, nouvelles

Amos Oz, Entre amis

entreamisL’auteur : Amos Oz, né à Jérusalem en 1939, est un romancier et journaliste israélien. Il est également professeur de littérature. Après son service militaire, Amos Oz étudie la philosophie et la littérature, et écrit dans le journal des journaux. Il publie ses premiers récits en 1965, et son premier roman date de 1966. Depuis, il écrit sans discontinuer, publiant environ un livre par an. Ses œuvres sont traduites dans plus de trente langues dans le monde. Son autobiographie, Une histoire d’amour et de ténèbres, a été saluée unanimement par la critique.
160 pages
Editeur :
Gallimard (janvier 2013)
Traduction : Sylvie Cohen

J’avais bien envie de lire ce recueil paru l’année dernière pour découvrir Amos Oz, auteur dont plusieurs romans sont aussi traduits en français. De temps à autre, c’est une bonne idée de découvrir un auteur par des nouvelles, et dans ce cas cela s’est vérifié.
Comme elles sont assez peu nombreuses, huit en tout, je vais les détailler une à une, sans révélation primordiale, toutefois ! Les faits prennent place dans les années 50, mais semblent un peu intemporels.
La première nouvelle est sur le thème de la solitude, et on remarque tout de suite le paradoxe avec la vie dans un kibboutz où collectivité était la norme.
La deuxième nouvelle une histoire d’amour ou de désamour surveillée par tout le kibboutz.
Dans « Entre amis », un homme se demande comment aller parler à sa fille de dix-sept ans qui vient de s’installer avec David, la cinquantaine, professeur et ami de son père depuis très longtemps.
« Papa » relate le voyage et les sentiments d’un jeune homme de dix-sept ans travaillant au kibboutz qui demande à faire un court voyage pour aller voir son père malade.
La nouvelle « Le petit garçon » montre un père qui se rebelle contre la vie en collectivité imposée à son garçonnet de cinq ans.
Dans « La nuit », Yoav, le secrétaire du kibboutz, se trouve confronté à un grave cas de conscience.
Dans la nouvelle suivante, un jeune homme veut quitter le village pour aller étudier en Italie, sur l’invitation de son oncle… Mais l’assemblée doit d’abord valider cette proposition.
Et à vous de découvrir le sujet de la dernière nouvelle, « L’espéranto », où se retrouvent des habitants du village déjà croisés auparavant.
Car il s’agit ici de textes courts où les mêmes personnages peuvent réapparaître, comme voisins ou amis. La taille du kibboutz rend cela inévitable et pour tout dire, plutôt agréable. Les thèmes sont intéressants et les questions posées sur le mode de vie bien particulier à ces villages, où tout était mis en commun sont nombreuses. La question de place des femmes, de l’éducation des enfants, du célibat, du divorce sont centrales et surtout, encore et toujours, il s’agit de la solitude de l’être humain.
N’ayez pas peur des nouvelles et laissez-vous conduire par le style sans heurts d’Amos Oz, et par son regard amusé et finement observateur !


Extrait :
Cinq ou six étoiles brillaient dans le ciel sombre teinté de pourpre où le vent emportait des nuages bas et obscurs. Le kibboutz dormait à poings fermés. Les projecteurs de la clôture formaient des flaques de lumière jaune sur le sol. L’un d’eux, sur le point d’expirer, vacillait comme en proie à l’incertitude. Yoav dépassa à pas lents les massifs ténébreux et contourna la grange, les souliers pleins de boue. Tu es complètement aveugle, obtus et sourd, songea-t-il accablé. Nina s’était penchée pour lui prendre la main et la presser contre son cœur lorsqu’il lui avait promis de lui trouver un endroit où dormir, se rappela-t-il. Il aurait dû saisir le message et la prendre dans ses bras. Elle lui avait donné un signal auquel il n’avait pas répondu. Et un second en lui frôlant le bras – il l’avait ignoré une fois de plus.


Seules
Aifelle
et Cuné l’ont lu et commenté ? C’est dommage, mais vous pourrez vous rattraper bientôt, il va sortir en poche en janvier !

Le mois de la nouvelle, c’est en ce moment chez Flo.