Polars en vrac (6)

Voici mon retour après un dernier mois bien occupé par le remplissage de cartons, puis l’installation, notamment une bonne quantité de livres à placer sur les étagères. Au rayon policier, j’ai fait de belles découvertes parmi mes dernières lectures, meilleures que celles de littérature « blanche ». Des livres issus d’une série, des ouvrages isolés, du roman noir, de l’enquête classique et du thriller, chacun peut y trouver une de ses lectures d’été (quatre sur cinq sont en poche).


octobreSøren Sveistrup, Octobre (Kastanjemanden, 2018), traduction de Caroline Berg,
éditions Livre de poche, 732 pages
« L
es feuilles mortes tombent doucement dans la lumière du soleil, sur la route humide qui coule au milieu de la foret comme un fleuve à la surface noire et lisse. »
Une jeune mère de famille est retrouvée morte dans la banlieue de Copenhague, amputée d’une main. Le duo d’inspecteurs en charge de l’enquête est (bien sûr) assez atypique et les meurtres inexpliqués retiennent l’attention. Mais c’est surtout la construction qui est impressionnante de précision, on y voit tout de suite la science du scénariste de série policière. Ce roman sait déjouer les pièges des pistes trop bien tracées, autant que des dénouements qu’on devine de loin. Pour moi, il joue un peu trop sur les peurs en passant par le truchement d’un esprit pervers particulièrement imaginatif, ce qui me dérange un peu, et paraît une facilité, ou un « truc » destiné à retenir le lecteur.
Un très bon thriller, toutefois, pour qui aime ce genre.

defenseettrahisonAnne Perry, Défense et trahison (Defend and betray, 1992), traduction de Roxane Azimi, éditions 10/18, 416 pages
« Bien des femmes, ayant surpris leur mari avec une servante, étaient obligées de continuer à faire bonne figure. Car c’était à elles qu’on eût reproché de s’être mises dans cette situation délicate, facilement évitable… avec un peu de discrétion. »
Pour ma troisième lecture d’Anne Perry, je retrouve les personnages de William Monk, le policier amnésique et Hester Latterly, l’infirmière, comme dans Un deuil dangereux. C’est vraiment un plaisir, je trouve cette série de plus en plus attachante, et le portrait qui se dessine du Londres victorien ne manque pas de détails et de véracité. Mais qu’en est-il de l’enquête ? Cette fois encore, une maison bourgeoise est le cadre d’un accident qui s’avère un meurtre, commis de plus forcément par un membre de la maisonnée, voire de la famille, celle du général Thaddeus Carlyon, la victime. Même si les tenants et aboutissants se devinent assez facilement, la partie qui se règle au tribunal fait monter la tension et termine le roman de manière redoutable. Efficace !

selfiesJussi Adler Olsen, Selfies (2017), traduction de Caroline Berg, éditions Livre de Poche, 768 pages
« La dernière chose qu’elle vit avant de mourir fut le visage d’une femme qu’elle connaissait bien et qui n’avait aucune raison d’être là. »
Retrouvailles avec le groupe du Département V, ce qui est toujours un plaisir. Cette fois, le focus est mis sur Rose, la jeune femme ayant de plus en plus de problèmes psychiques qui nuisent à son efficacité habituelle, l’empêchent même de venir travailler, mais des coïncidences (un peu grosses ?) vont la placer au cœur de l’enquête. Des jeunes femmes pauvres, mais soucieuses de leur apparence, meurent dans les rues de Copenhague, renversées par un mystérieux chauffard. La construction du roman fait vite comprendre ce qu’il en est, sans pour autant nuire à l’efficacité de la tension narrative, bien au contraire. Le tueur de ce roman se trouve totalement à l’opposé des images habituelles, et c’est un bon point, mais pour moi, ce n’est pas le meilleur roman de la série.

unedeuxtroisDror Mishani, Une deux et trois, (Shosh, 2019), traduction de Laurence Sendrowicz, Gallimard, 2020, 336 pages
« Ils firent connaissance sur un site de rencontre pour divorcés. Il y affichait un profil plutôt banal – quarante-deux ans, divorcé, deux enfants, habite à Guivataïm –, et c’est ce qui la poussa à lui envoyer un message. »
Encore un auteur que je suis depuis ses deux premiers romans. Ici, pas de policier récurrent comme dans le 1 et le 2, mais trois femmes, très différentes, plus ou moins à la recherche d’une rencontre masculine, qui se trouvent successivement face au même homme. Guil a tout du type banal et sans histoire, si ce n’est une légère propension au mensonge, et pourtant, elles s’engagent chacune sur une pente bien dangereuse.
L’auteur fait merveille pour examiner la psychologie des personnages et pour surprendre le lecteur. Les rues de Tel-Aviv constituent un décor inhabituel. Ce roman m’a tenu en haleine pendant les deux petites journées où je l’ai dévoré !

hiverducommissaireMaurizio de Giovanni, L’hiver du commissaire Ricciardi, (Il senso del dolore. L’inverno del commissario Ricciardi, 2007), traduction d’Odile Rousseau, éditions Rivages poche, 267 pages
« En aval, la ville riche de la noblesse et de la bourgeoisie, de la culture et du droit. En amont, les quartiers populaires dans lesquels un autre système de lois et de normes était en vigueur, également ou peut-être encore plus rigide. La ville rassasiée et la ville affamée, la ville des fêtes et celle du désespoir. »
Après une série avec un autre enquêteur, je découvre enfin le commissaire Ricciardi. Naples dans les années 30, voilà qui a tout pour me plaire. L’Italie en cette année 1931 est plongée depuis neuf années (déjà) dans la période fasciste, mais ce n’est pas ce dont il s’agit ici, tout en faisant peser une ambiance sombre sur l’hiver napolitain. Soirée de première au théâtre San Carlo, pendant laquelle le célèbre ténor Arnaldo Vezzi est retrouvé mort dans sa loge. Le commissaire Ricciardi ne connaît pas l’opéra, il devra se faire aider par un fan de grands airs pour se faire une idée de ce qui s’est passé dans les murs du théâtre.
Les deux gros atouts de ce roman sont la personnalité du policier, et l’atmosphère napolitaine, les deux sont une parfaite réussite, et leur combinaison crée une addiction immédiate à la série. Sans oublier une superbe écriture. J’ai hâte de retrouver le Commissaire Ricciardi au printemps !

Deux pavés pour un billet, ce n’est pas mal, non ?
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Jussi Adler-Olsen, L’effet papillon

effetpapillon« A l’époque où Carl était un jeune agent de police, on écrivait un rapport en vingt minutes, avec deux doigts, sur une machine à écrire à boule. Dans le Danemark d’aujourd’hui, le même exercice prenait au moins deux heures et demie avec dix doigts et un traitement de texte de dixième génération. Un rapport n’était plus seulement composé des conclusions d’une enquête mais des conclusions des conclusions des conclusions. »
Le roman commence en Afrique avec une exécution menée aussi rapidement que discrètement. La victime a cependant eu le temps d’envoyer un SMS à un correspondant danois. On fait ensuite connaissance de personnages plus ou moins louches qui détournent à leur profit des fonds destinés à aider des villageois camerounais. Et encore une disparition mystérieuse près de Copenhague… Ensuite le récit suit Marco, un adolescent rom qui, ayant décidé de fuir son oncle et la bande de voleurs qu’il dirige, découvre un cadavre et se retrouve poursuivi par des tueurs sans pitié. C’est seulement après toute cette mise en place que l’on retrouve le fameux trio du Département V, toujours parqués dans leurs locaux exigus, et toujours relégués à des affaires jugées secondaires par leurs collègues…


« – Pas de dettes de jeu, la coupa Assad. Pourquoi l’aurait-on supprimé pour un problème lié à l’argent puisqu’il pouvait payer ? On ne lance pas un cerf-volant quand il n’y a pas de vent. »
Carl regarda Assad, perplexe. Parfois il se disait qu’on aurait dû livrer le modèle avec sous-titres. »
Voilà une série dont je ne me lasse pas, ce qui tient sans doute en grande partie à la sympathie que j’éprouve pour les personnages récurrents, Carl Mørck, ses adjoints Assad et Rose. Il faut y ajouter l’humour, ce qui n’est pas évident à doser dans un policier qui traite de problèmes de société, comme l’immigration, l’aide humanitaire, l’escroquerie, et un roman où la disparition de ceux qui gênent les plus puissants n’est pas un problème qui se règle en prenant des gants… Mais la sauce prend bien une fois de plus, et malgré ses plus de 720 pages, le roman se dévore avec plaisir, en passant allègrement sur quelques légères invraisemblances ou redondances…

L’effet papillon de Jussi Adler Olsen, (Marco effekten, 2012) Livre de Poche (2017), traduit du danois par Caroline Berg, 727 pages.

Mon troisième pavé de l’été chez Brize !
pavé2018

Jens Christian Grøndahl, Quatre jours en mars

quatrejoursenmarsComment la sortie d’un nouveau roman me remet en mémoire avec bonheur un auteur ! Les portes de fer vient à peine de sortir chez Gallimard, l’éditeur habituel de l’auteur danois, et je ne pense pas le trouver tout de suite en bibliothèque, par contre un de ses romans précédents m’attendait tout tranquillement. Et voilà une bonne lecture qui s’annonce !
Jens Christian Grøndahl excelle à décrire des personnes confrontées à épreuves, majeures ou moins importantes, mais qui changent pourtant le cours d’une vie. Ingrid Dreyer architecte de quarante-huit ans, élève seule son fils adolescent, tout en entretenant une relation avec un homme plus âgé qu’elle. Lors d’un voyage professionnel, elle reçoit une mauvaise nouvelle concernant son fils, qui a commis un grave acte de violence. De retour au Danemark, pendant les jours qui suivent, Ingrid se remet beaucoup en question, ainsi que tout ce qu’elle a toujours tenu pour acquis. Elle repense aussi à sa mère et à sa grand-mère, deux fortes femmes dont elle pense n’avoir pas reproduit les schémas de vie. Cette femme équilibrée qu’est Ingrid plonge dans des abîmes de réflexion sur ce que c’est que de vieillir, sur les meilleures années de la vie d’un individu. Les réactions de son entourage vont l’aider sans doute à y voir plus clair.

Écrire tout ce qui passe dans la tête d’une personne, alors qu’elle se sent au moment de sa vie où ce qui est passé prend soudain de plus en plus d’importance, plus que ce qui est devant soi, voici ce que fait l’auteur, et avec une belle maestria. J’ai aimé ce roman autant que Les complémentaires, trouvé l’ensemble très bien mené, et grâce à un bon équilibre entre introspection et relations entre les différents protagonistes, ainsi qu’une traduction agréable, j’ai passé le bon moment de lecture que j’attendais.

Citations : Vieillir n’apporte aucune sagesse, mais il y a l’autorité de l’irrémédiable, et c’est le souvenir des meilleures années. Cette brève période où l’on faisait un avec son temps, dans un échange sans heurts, actif et plein d’espoirs.

Quand ils se regardaient dans les yeux, dans une chambre d’hôtel aux rideaux tirés, on aurait dit qu’il contemplait une des ramifications possibles de l’existence, comme s’il pouvait la replacer ailleurs, à un stade antérieur, et modifier la direction que les choses avaient prise.

L’auteur : Jens Christian Grøndahl est né à Copenhague en 1959. Il a suivi une formation de réalisateur de cinéma, puis étudié la philosophie. Il a commencé à écrire en 1985. Auteur d’une quinzaine de romans, il a également écrit divers essais, pièces de théâtre, et pièces pour la radio. Ses livres sont traduits dans de nombreux pays et publiés en France chez Gallimard depuis 1999.
448 pages
Éditeur : Gallimard (2011) sorti en poche
Traduction : Alain Gnaedig
Titre original : Fire dage i marts

Les avis de A propos de livres et Jostein.
Lire le monde nous emmène au Danemark.
Lire-le-monde

Jens Christian Grøndahl, Les complémentaires

complementairesL’auteur : Jens Christian Grøndahl est né à Copenhague en 1959. Il a suivi une formation de réalisateur de cinéma, puis étudié la philosophie. Il a commencé à écrire en 1985. Auteur d’une quinzaine de romans, il a également écrit divers essais, pièces de théâtre, et pièces pour la radio. Il est aujourd’hui un auteur vedette au Danemark et ses livres sont traduits dans de nombreux pays. Les romans publiés chez Gallimard depuis 1999 lui ont valu un accueil critique enthousiaste et un lectorat de plus en plus large.
236 pages
Editeur : Gallimard (septembre 2013)
Titre original : Det gor du ikke
Traduction : Alain Gnaedig

Cet auteur n’est pas un inconnu pour moi, j’ai déjà lu et aimé Bruits du cœur et Les mains rouges. Ce n’est pas un auteur de grands drames bruyants. Son domaine est plutôt de creuser sous les apparences d’une relation, d’une amitié, d’un amour, pour laisser entrevoir autre chose.
Au cœur de son dernier roman, un couple d’une cinquantaine d’années, l’avocat David Fischer et sa femme Emma. David est danois, Emma est londonienne, mais a quitté Londres depuis vingt-cinq ans. Leur fille Zoë étudie aux Beaux-Arts, renvoyant sa mère à ses aspirations, elle qui se contente très bien depuis des années de peindre en dilettante dans son atelier au fond du jardin. Deux événements vont fissurer l’image de couple harmonieux donnée par David et Emma. Leur fille Zoë leur présente son petit ami Nadeel lors d’un repas familial, et David découvre une croix gammée peinte sur leur boîte aux lettres. Quant au titre Les complémentaires, il renvoie à une exposition d’art conceptuel présentée par Zoë, et dont le vernissage constitue l’apogée du roman. Pour ceux qui connaissent Zadie Smith, j’ai trouvé un peu le même genre d’atmosphère, et de plume qui gratte là où ça fait mal que dans De la beauté
Les thèmes de l’affirmation de soi, de l’usure du couple, de l’héritage familial, culturel et religieux, de la transmission, de la pratique de l’art sont menés avec vivacité. Je me suis beaucoup attachée au couple formé par Emma et David, j’ai éprouvé beaucoup d’intérêt pour leurs interrogations, j’ai apprécié que l’auteur reste dans la mesure, et ne cherche pas à leur imposer des événements qui auraient été trop dévastateurs pour leurs personnalités. L’ensemble est très réaliste, les réflexions interpellent, j’ai d’ailleurs noté quantité de passages, dont voici un échantillon en-dessous. De quoi vous préparer à écouter Jens Christian Grøndahl ce soir dans l’Europe des écrivains !

Extraits : Aux yeux de beaucoup, comme elle était tellement dorlotée, elle avait certainement négligé de se battre, de brandir son étendard et de voir jusqu’où son talent aurait pu la porter. Elle peignait dans la serre et, pendant une période, elle avait enseigné les arts plastiques dans un lycée. De l’extérieur, elle ressemblait sans doute à un mélange médiocre de mondanité et de fiasco. L’épouse d’un homme aisé qui n’avait pas réalisé son rêve d’artiste.

Il voulait tant être comme tout le monde. Il ne désirait rien d’autre, à l’opposé de l’acharnement dominant à se rendre visible et unique. On pouvait tout bonnement dire qu’il était unique dans sa volonté d’être banal.


Elle avait prévu de passer le temps en compagnie de Louise, au café, puis en faisant les boutiques. Sa sortie abrupte avait créé un vide dans la journée et elle était désorientée. Elle avait l’habitude d’être seule, mais, en règle générale, c’était prévu et elle ne se sentait donc pas seule. Quand elle était dans la serre entourée de ses toiles, avec le jardin au-dehors, la solitude apparaissait comme un choix.


Emma n’était pas vulgaire parce qu’elle ne prenait pas les choses à bras-le-corps pour essayer qu’elles tombent bien et juste, qu’elles fassent sens. Parce que, plutôt que de voir le monde en noir et blanc, elle le percevait dans toutes ses teintes et nuances sans fin. Parce qu’elle ne laissait pas sa volonté saisir avec trop d’impétuosité les objets de ses désirs, et parce qu’elle se taisait quand les autres bafouillaient sur tout.

Pour David et Emma, la vie était devenue un registre cohérent de sentiments, d’idées, de mystères et de raison.

Lu aussi par Cathulu, Jostein, Krol et Laure.

Les anciens sont de sortie chez Stephie (c’était un roman de l’automne 2013) et c’est aussi L’Europe des écrivains avec Sandrine avec le Danemark ce 5 novembre.

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Jussi Adler Olsen, Profanation

profanationL’auteur : Né à Copenhague, Jussi Adler-Olsen a étudié la médecine, la sociologie, le cinéma et la politique. Ancien éditeur, il connaît un succès sans précédent avec Département V, série qui compte déjà quatre tomes et qui a remporté les prix scandinaves les plus prestigieux. Le premier volet, Miséricorde, paru chez Albin Michel en octobre 2011, est suivi de Profanation (2012) et Délivrance (2013).
533 pages
Editeur : Albin Michel (2012)
Traduction : Caroline Berg
Titre original : Fasandraeberne

Si l’intérêt d’une série se mesurait au temps qui s’écoule entre la lecture de deux tomes, Les enquêtes du département V de Jussi Adler Olsen seraient dans le peloton de tête parmi celles que j’ai lues ! Je laisse s’écouler beaucoup plus de temps avant d’attaquer une suite, habituellement. Mais l’idée de retrouver Carl Mørck, plus grincheux que jamais, et son adjoint Assad, toujours prêt à proposer son aide pour réouvrir des dossiers de crimes jamais résolus, m’a embarquée dès que j’ai vu ce livre à la bibliothèque.
Le dossier que le duo d’enquêteurs trouve sur le sommet de la pile qui les attend dans leur sous-sol, est atypique, puisqu’un coupable s’est déclaré plusieurs années après les faits, et qu’il purge une peine de prison.
Deux adolescents, frère et sœur, avaient été sauvagement battus et laissés morts dans une maison de campagne. Les soupçons s’étaient portés sur un groupe de jeunes de bonne famille, et finalement, l’un d’entre eux avait fini par avouer. Alors pourquoi et qui a ressorti ce dossier ? Et qui est cette femme sans domicile qui arpente les rues de Copenhague en se méfiant de personnes qui semblent la suivre ? Que sont devenus vingt ans après ces jeunes ?
Le duo d’enquêteurs, auquel s’adjoint une secrétaire nommée Rose, va avoir bien du mal avec cette enquête qui dérange pas mal de monde…
Le deuxième volet de la série se révèle à la hauteur du premier, et se dévore sans guère laisser de répit ! Si les coupables ne sont pas vraiment inconnus du lecteur, la tension monte pour savoir s’ils vont être rattrapés par la justice ou non, quelles étaient leurs motivations et quel rôle chacun a réellement joué… C’est bien fait, avec les petites touches d’humour dues aux relations entre les membres de l’improbable trio d’enquêteurs, qui permettent des respirations bien agréables dans une histoire très noire. Je n’aurais qu’une petite restriction concernant titre et couverture, je ne comprends ni le choix de l’un, par rapport à l’histoire, ni celui, esthétique, de l’autre. Ceci ne me découragera pas de lire le troisième volume ! 

Extrait : Carl Mørck ne prit conscience que l’été et surtout les vacances étaient définitivement terminés qu’en arrivant dans la cave de la préfecture, devant les bureaux désertés du département V. Il alluma la lumière et regarda sa table de travail, jonchée de piles chancelantes d’épais dossiers, et l’envie de claquer la porte et de tourner les talons était presque irrépressible. Qu’Assad ait posé au milieu du chaos un énorme vase contenant un bouquet de glaïeuls qui auraient pu à eux seuls bloquer la circulation d’une avenue ne le consola pas le moins du monde. 

– Bienvenue, Chef ! entendit-il derrière lui.

Déjà commenté par AifelleJoëlleLystig, Mimi Pinson et Yv.

Jussi Adler Olsen, Miséricorde

misericordeL’auteur : Né à Copenhague, Jussi Adler-Olsen a étudié la médecine, la sociologie, le cinéma et la politique. Ancien éditeur, il connaît un succès sans précédent avec Département V, série qui compte déjà quatre tomes et qui a remporté les prix scandinaves les plus prestigieux. La série est en cours de traduction dans une trentaine de pays, et s’est déjà vendue à plus de 5 millions d’exemplaires en Europe. Le premier volet, Miséricorde, paru chez Albin Michel en octobre 2011, est suivi de Profanation (2012) et Délivrance (2013).
526 pages
Editeur : Albin Michel (2011)
Titre original : Kvinden i buret
Traduction : Monique Christiansen
Grand prix des lectrices de Elle 2012 (policier)


Retrouvant la brigade criminelle après un arrêt de travail, Carl Mørck se retrouve promu d’une étrange manière, puisque son nouveau bureau est au sous-sol, que son unique assistant n’est en rien un policier, et qu’il doit faire face à une pile de dossiers non résolus accumulés depuis des années.
L’affaire Merete Lyyngaard ne lui est pas inconnue, il s’agit d’une jeune femme politique qui avait disparu cinq ans auparavant lors d’une traversée entre Copenhague et Berlin. Le dossier comporte des zones d’ombre et des pistes manifestement négligées que notre héros se fait un plaisir de pointer du doigt, mettant ainsi en difficulté un collègue.
La personnalité très secrète de Merete est dévoilée parallèlement à l’enquête de Carl Mørck et de son inénarrable bras droit, Hafez el Assad, réfugié syrien au patronyme douteux, quoique semblable à celui d’un dictateur bien connu. Le duo improbable, voilà qui marche toujours bien dans les romans ou films policiers, et celui-ci ne déroge pas à la règle, ces deux personnages font tout le sel du roman. Mais n’allez pas croire que l’intrigue ne tient pas la route, elle est tout à fait haletante, et l’idée de poser le livre se fait de plus en plus difficile au fur et à mesure qu’on avance. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le suspense est bien maintenu jusqu’au bout, même si on a une petite longueur d’avance sur les enquêteurs. On se rongerait presque les ongles à se demander ce que va devenir Merete enfermée par des inconnus, qui s’acharnent à lui faire expier une faute qu’elle n’imagine même pas.
Enfin, que les âmes sensibles ne tournent pas aussitôt le dos, si les « méchants » le sont réellement, il n’y a pas entre ces pages de scènes insoutenables. C’est d’ailleurs à mettre au crédit de l’auteur, qui a réussi, sans que les années d’enfermement de Merete ne soient une partie de plaisir, à faire que le lecteur ne s’en trouve pas trop secoué, sauf à souffrir de claustrophobie.
Bref, encore une série que je vais devoir absolument suivre, et avec un grand plaisir ! Et que les amateurs de polars du nord n’ignoreront pas longtemps non plus, sans compter les adeptes de la série télévisée danoise The Killing, dont j’ai été ravie de retrouver l’atmosphère ici. 

Citation : Il ne savait pas grand-chose de la mort sinon qu’elle survenait quand on s’y attendait le moins, rapide comme l’éclair, puis infiniment tranquille une fois qu’elle avait frappé sa victime. En revanche, il connaissait sa violence et le sentiment d’impuissance qu’elle laissait derrière elle. Celui-là, il le ressentait tous les jours.

Lu aussi par Choco, Hélène, JoëlleLeiloona, Lystig, Val, et Yv le tentateur ! (Merci beaucoup !)