Lectures du mois (27) spécial littérature française

Vous devez savoir, pour ceux qui fréquentent régulièrement ce blog, que j’ai une préférence pour la littérature étrangère. Toutefois, il m’arrive de me laisser tenter par des romans français récents dont les critiques sont bonnes. Il faut bien se tenir un peu au courant !
Voici donc en bref mes ressentis sur des livres dont vous avez sans doute entendu parler, ou peut-être déjà lus.

Caroline Dorka Fenech, Rosa dolorosa, éditions La Martinière, août 2020, sorti en poche.
« Aux fenêtres, les linges pendus paraissaient en lambeaux. Et, à cette heure-ci, il n’y avait personne. Seuls les Messina passaient sous les fils électriques fragiles et noirs qui couraient d’une façade d’immeuble à l’autre, composant une toile d’araignée funèbre au-dessus d’eux. »

Toute la vie de Rosa tourne autour de son fils Lino. Le jeune homme d’une vingtaine d’années monte avec elle un projet d’hôtel à Nice, où Rosa possède déjà un petit restaurant. Jusqu’au jour où Lino est mis en examen pour un meurtre, chose impensable pour sa mère. Sous le choc, elle met tout en œuvre pour prouver l’innocence de son fils.
La force de ce roman assez court réside dans la tension qui parcourt le roman et dans la magnifique scène finale… Sinon, le style un peu inégal, avec de belles descriptions mais des dialogues pas toujours intéressants, font que j’ai été un soupçon déçue, j’attendais mieux de ce premier roman.

Karine Tuil, Les choses humaines, éditions Gallimard, août 2019, sorti en poche.
« Ils découvraient la différence entre l’épreuve et le drame : la première partie était supportable ; le second se produisait dans un fracas intérieur sans résolution possible – un chagrin durable et définitif. »

Tout le monde connaît les parents d’Alexandre Farel, jeune étudiant brillant à Stanford. Son père présente une émission politique très regardée, sa mère écrit des essais féministes. Mais Alexandre est accusé du viol d’une jeune fille. C’est là que deux ressentis s’affrontent, jusqu’au procès. Pour Alexandre, il y avait consentement, pour Mila, la jeune fille, traumatisée, il y a eu viol.
L’écriture des deux premières parties ne présente aucun intérêt notable… Le style qui consiste à aligner des faits à propos de chaque personnage avec une grande platitude m’a laissée assez effarée et inquiète de la suite. Ajoutons à cela que les protagonistes n’éveillent aucune identification ni compassion et ne montrent que des aspects assez odieux d’eux-même. Heureusement la troisième partie consacrée au procès s’avère plus intéressante à lire tout en ouvrant quelques perspectives et sujets de réflexion, mais je me suis tout de même demandée pourquoi ce roman avait soulevé autant d’enthousiasme…

Alice Zeniter, Comme un empire dans un empire, éditions Flammarion, août 2020, sorti en poche.
« On ne mettait pas les livres dans le salon, c’était trop intime pour être exhibé, la bibliothèque était dans le bureau.
Antoine avait compris que le député n’avait pas besoin de montrer qu’il lisait, c’était acquis qu’un homme comme lui ne pouvait pas ne pas lire. »

Deux personnages principaux se partagent le texte : L, son prénom réduit à une lettre, est une hackeuse bien connue du milieu où elle agit, notamment en venant en aide aux femmes harcelées par un conjoint violent. Antoine, lui, est assistant parlementaire d’un député socialiste. Il s’est lancé dans les études, puis en politique, pour échapper à un milieu d’origine assez modeste, dont il ne parle pas. On se doute que leurs chemins vont finir par se croiser.
Sur le thème des classe sociales et du militantisme, ce roman ne se montre jamais inintéressant, même si ni l’univers des hackers ni celui des assistants parlementaires ne me passionne de prime abord. L’écriture d’Alice Zeniter permet de laisser le lecteur toujours en attente, jamais en rade. Elle a le sens de l’observation, du détail exact, qui donne à chaque scène un air de vécu, et jamais elle ne donne l’impression de déployer une thèse. Encore une fois, cette autrice m’a surprise et épatée !

Pierric Bailly, Le roman de Jim, éditions P.O.L., mars 2021.
« Jim avait beau ne pas être mon fils de sang, je lui avais forcément transmis des attitudes, des traits de caractère, le genre de choses qu’on donne sans s’en rendre compte et sans le vouloir, et puis qu’on finit par avoir du mal à tolérer chez eux, c’est çà le pire. Il y a toujours un moment où on leur en veut d’être ces miroirs miniatures sur pattes. Mais on leur en veut aussi de ne pas nous ressembler totalement, de ne pas être des clones parfaits, d’avoir en plus de çà leur putain de personnalité à eux. »

Aymeric a vingt-cinq ans lorsqu’il croise Florence, quarante ans et enceinte. Le courant passe vite entre eux deux, et le jeune homme se retrouve à élever comme son fils le petit Jim. Entre le Jura et Lyon, sur plus de vingt ans, le roman déroule cette histoire d’amour passionné entre un père et le fils qui n’est pas de lui.
Je suis passée par différents sentiments en cours de lecture, certains passages me plaisant beaucoup et d’autres moins, et si, finalement, mon avis est assez mitigé, la raison en est très certainement le style. Le langage jeune et relâché du narrateur s’accorde parfaitement à son personnage, mais c’est peut-être ce qui m’a lassée, à la longue… Je ne saurais trop dire, pourtant le sujet de la paternité ne manque pas d’originalité, ni de sensibilité.

Si je devais n’en recommander qu’un, ce serait celui d’Alice Zeniter, qui a pourtant les critiques les plus mitigées (sur Babelio, par exemple). Encore une fois, je suis à contre-courant…
Et vous, connaissez-vous ces romans ? Et qu’en pensez-vous ?

41 commentaires sur « Lectures du mois (27) spécial littérature française »

  1. J’ai lu seulement « les choses humaines » qui m’ont laissée aussi dans l’interrogation de son grand succès. Pour moi c’était bof bof. Pas envie de refaire une tentative avec l’autrice.

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  2. J’ai beaucoup aimé le roman de Jim. Sans doute car il correspond à une histoire qui me touche. Mais pas seulement je l’ai trouvé très bien écrit.

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  3. J’en ai lu deux et contrairement à toi je les ai beaucoup aimé : Les choses humaines pour le fond, les questionnements qu’il soulève, les prises de position de chacun suivant le vécu, le lien etc…. J’ai découvert Karine Tuil avec ce roman et à chaque fois les sujets traités m’ont beaucoup intéressée. Le roman de Jim pour sa justesse de ton par rapport au personnage, sa place dans la famille, sa sensibilité. Zeniter ne m’a pas du tout attirée mais je crois que cela vient des interviews où elle parle de ses romans …. je bloque. J’avais lu d’elle L’art de perdre et celui-là je l’avais énormément aimé. 🙂

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  4. Je te rejoins totalement sur le style d’une platitude assez ahurissante pour Les choses humaines. Je n’en ai pas parlé dans mon billet, car j’avais déjà bien assez à dire sur le fond. Je n’ai lu aucun des autres romans que tu cites, Zeniter, mais peut-être pas celui-ci, plutôt L’art de perdre.

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  5. Je te rejoins sur Rosa Dolorosa qui m’a laissée de marbre (pourquoi les méduses ?) et sur Les choses humaines (déception après L’Insouciance, du coup je ne me suis pas jetée sur le dernier). Pour Un empire… si je reconnais toute l’intelligence et la verve de l’écriture d’Alice Zeniter que je lis depuis longtemps, je me suis plutôt ennuyée, engluée dans une atmosphère vraiment triste, mais j’en avais parlé assez longuement à l’époque.

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  6. Je ne connais que de nom (et de quelques critiques récentes) Les choses humaines. Ca ne me faisait pas envie de toute façon. Je note Alice Zeniter, je te fais confiance 😉 d’autant que j’avais tellement aimé L’art de perdre.

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  7. Euh, hé bien, je n’en ai lu aucun et aucun n’est dans mes projets immédiats. Je lis davantage de littérature étrangère aussi mais je ne boude pas vraiment la française, c’est juste qu’on ne peut vraiment pas tout caser, alors à moins de l’incontournable, magistrale, inratable, ou un peu différent, bon…

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    1. Impossible de lire tout ce qui nous tente, ce que j’aime bien, c’est découvrir de nouveaux auteurs, français ou étrangers, sauf que dans ce cas, ce n’était pas trop une réussite.

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  8. Je ne les ai pas lus. Si j’avais à en lire un (en ce moment, mon programme de lecture et d’écriture est chargé), ce serait celui d’Alice Zeniter. Mais peut-être qu’un jour vous chroniquerez mon roman, qui sait ? Je serais heureuse d’avoir votre avis.
    BONHEUR DU JOUR (http://bonheurdujour.blogspirit.com)

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  9. Bon, ben, me voilà rassurée, aucun de ces titres ne me tentait, sauf le Zeniter, à cause de L’art de perdre, que j’avais trouvé magistral. En tout cas, quatre romans récents en littérature française à suivre, c’est pas mal. Tu vas pouvoir retourner dans des contrées plus lointaines pour nous ramener des pépites !

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  10. Je suis entièrement d’accord avec toi sur le Karine Tuil. D’ailleurs, moi qui apprécie souvent cette auteure (j’ai trouvé son dernier roman très réussi), je n’avais pas eu envie de le commenter sur mon blog.
    Je n’ai pas lu les autres, mais j’avais entendu le plus grand bien et avais été assez tentée par Le roman de Jim. Mais tu sais comment c’est, on ne peut (hélas) pas tout lire…

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    1. Je savais que les avis étaient mitigés sur le Karine Tuil, mais il était dans ma petite bibli de village, et j’ai eu envie de tenter l’aventure… ^-^ Pour le Roman de Jim, je me sens plus solitaire avec mon avis.

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  11. Je suis plus enthousiaste que toi sur Les choses humaines que j’avais découvert en audio et que j’avais trouvé très percutant (tout comme le film d’ailleurs). Celui d’Alice Zeniter me fait de l’œil car j’avais adoré L’art de perdre.

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  12. J’aime beaucoup tes billets groupés comme ça 🙂
    Je n’ai encore jamais lu Alice Zeniter ! Ce qui n’est plus tout à fait vrai d’ailleurs, figure-toi que le Rob Doyle que je suis en train de lire (et que je dévore, d’ailleurs); est traduit par elle ! Et j’adore comment c’est écrit. Ce qui me donne là tout de suite vraiment envie de découvrir son oeuvre. Je note l’art de perdre et celui-ci aussi, tu m’as donné envie de le découvrir. Merci !

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  13. Ah, je ne suis pas la seule à être légèrement passée à côté du « Roman de Jim »… et le K. Tuil m’a fait le même effet qu’à toi 🙂 Et donc tu m’as convaincue concernant Zeniter dont j’avais bcp aimé « L’art de perdre » !!

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    1. Je viens de relire ton avis sur « Le roman de Jim », nous sommes bien dans la même tonalité.
      J’espère que, par contre, tu aimeras « Comme un empire dans un empire ».

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