Publié dans littérature France, rentrée littéraire 2019

Vincent Message, Cora dans la spirale

« Elle est un peu désuète, quand on l’évoque, cette France. Elle est vieille France. Mais il y a en elle quelque chose qui m’émeut comme des photographies anciennes. Comme un tiroir, dans une maison de campagne, qu’on n’a pas ouvert depuis longtemps – comme les pauvres objets qu’on en sort, pas forcément cassés, mais fragiles d’être devenus aussi inutiles sous leur couche de poussière. »
Comme cela arrive à la suite d’une lecture enthousiasmante (je vous renvoie au billet précédent si vous ne l’avez pas lu), les lectures suivantes paraissent un peu languissantes. De plus, pour rompre avec mes habitudes, j’ai enchaîné plusieurs romans français, alors qu’en je n’en lis pas régulièrement, dont ce roman de Vincent Message.
Je n’aurais peut-être pas dû !
En tout cas, j’avais un bon a priori. J’avais lu et beaucoup apprécié l’idée, l’écriture et le résultat de son précédent roman : Défaite des maîtres et des possesseurs, une dystopie passionnante. L’auteur revient avec ce roman à Paris au début des années 2010. Cora Salme retrouve, après la naissance de sa fille, la compagnie d’assurances Borélia où elle travaille au marketing. Elle se rêvait photographe, elle a tout de même trouvé ses marques dans cette entreprise somme toute assez humaine. Mais un changement de direction amorce des bouleversements, surtout pour ceux qui sont soit un peu frondeurs, soit un peu marginaux ou moins performants que les autres, pour ceux tout simplement qui n’ont pas les dents assez longues…
Ce roman à la superbe écriture, sinueuse et détaillée, se lit facilement, avec une atmosphère qui pourrait être celle d’un thriller, tant le monde de l’entreprise peut être violent. Il alterne les retours en arrière sur la vie de Cora avec la progression de son actualité. Je me suis facilement coulée dans le texte, et vers le milieu, ai adoré tout le chapitre 8 qui adopte une rupture de ton et d’ambiance et semble mener sur autre chose. Mais il est suivi aussitôt d’un chapitre qui constitue la chronique d’une dégringolade prévisible avec l’annonce d’un plan d’optimisation, joli mot pour une très vilaine proposition du comité de direction visant à réduire les frais de toutes les manières possibles, y compris celle consistant à se passer du personnel le moins productif.
Ce chapitre commence par la très jolie citation page 286 « 
Lorsque j’ai commencé à écrire cette chronique, il y a un an et demi maintenant, j’ai dit que l’histoire de Cora était une toute petite histoire parmi toutes les histoires du monde. Et puis, dans la foulée (je viens de relire ces lignes-là), qu’il n’y a pas de petite histoire, que toutes les vies sont dignes d’être commémorées. Je rêve d’un monde où on se raconterait les vies humaines les unes après les autres, avec assez de lenteur, d’incertitudes et de répétitions pour qu’elles acquièrent la force des mythes. »
Passant ensuite par des hauts et des bas, par des passages un peu longs ou plus prévisibles ou par de vrais coups de poing, le roman m’a menée à une fin puissante et assez inattendue, qui conclut finement le roman. Même si mon avis ne déborde pas d’enthousiasme, je pense que Cora dans la spirale plaira à beaucoup de lectrices et lecteurs, même les plus exigeants, qui veulent comprendre le monde du travail et ses rouages inexorables, comparés à la fragilité de l’humain.

Cora dans la spirale de Vincent Message (Seuil, 2019, paru en collection Points en 2020), 490 pages.

Krol a adoré ce roman, Papillon et Une comète sont séduites aussi, je vous conseille de lire leurs avis.

50 commentaires sur « Vincent Message, Cora dans la spirale »

  1. Je l’avais noté à sa sortie mais le sujet Mme faisait rebasculer dans un épisode professionnel que j’ai connu et souffert…. Alors peut être oui un jour mais il y a des souvenirs qu’on ne veut pas raviver 😉

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  2. J’ai comme toi été passionnée par « Défaite des maîtres et possesseurs ». J’ai donc entamé celui-ci plutôt confiante .. et je l’ai abandonné au bout de 80 pages à peu près. Je n’arrivais pas à entrer dedans, ça ne démarrait pas et puis j’ai travaillé en entreprise et tout ce langage et les illusions de ceux qui croient un peu trop facilement au système m’a ennuyée. Je dis toujours que je vais le reprendre, mais j’en suis de moins en moins sûre.

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    1. Je trouve que ça démarre vraiment vers la page 250, je sais, ce n’est pas très encourageant… Pour moi qui n’ai pas connu ce monde de l’entreprise, je n’ai pas ressenti d’ennui au début, mais un intérêt moindre que pour la suite.

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    1. Oui, à relire quelques pages pour écrire mon billet, l’écriture m’a tellement épatée que je ne peux qu’être positive. Même si j’ai trouvé quelques longueurs ou détails superflus.

      Aimé par 1 personne

    1. Il faudrait que je lise Les veilleurs… enfin, quand je saurai de quoi il s’agit dans ce roman, je suis curieuse, l’auteur explore des univers très différents !

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  3. Ce roman m’avait beaucoup interpellée à sa sortie puis je l’avais un peu oublié… Je ne suis plus aussi certaine de vouloir le lire désormais, mais ta chronique me l’a remis en tête ! Je me laisserai peut-être tenter si je le trouve en bibliothèque.

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  4. Je l’ai aimé plus que toi, parce que j’ai trouvé le portrait de cette femme qui essaie de tout concilier dans sa vie extrêmement bien vu, et le portrait de l’entreprise moderne est aussi très bien rendu, de nature à éclairer ceux qui n’en connaissent pas les rouages mortifères…

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    1. L’auteur s’est énormément documenté sur le monde de l’entreprise, ça se sent, sans être didactique. Il a aussi très bien construit sa chronique de la vie de Cora.

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  5. à la fois tentée et pas par ce thème… voilà un commentaire très constructif 🙂 Disons que le thème peut me plaire mais pas en ce moment je crois, où j’ai plus besoin de m’évader…

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  6. J’ai Défaite des maitres et possesseurs à lire sur mes étagères, mais j’ai du mal à me laisser tenter par les dystopies en ce moment. Pour ce titre, je crains que le monde de l’entreprise ne soit pas non plus pour moi une accroche suffisante. Pourtant, son écriture me tente !

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  7. Je l’avais acheté, et puis je ne sais pas… pas réussi à rentrer dedans (pas beaucoup essayé, non plus), pas eu envie…

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  8. Je n’ai pas encore lu cet auteur alors pourquoi pas avec ce titre même si je ne cherche pas à retrouver le milieu de l’entreprise (que je vis au quotidien) dans mes lectures.

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  9. J’aime bien ton billet et les commentaires qui suivent, je vais laisser ce roman là où il est mais s’il croise ma route je le lirai. C’est une façon un peu compliquée de dire que ne me précipite pas sur cette lecture.

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  10. Je crois que c’est la 1e fois que je lis un avis mitigé à son sujet. Je l’ai acheté dès sa sortie poche, car comme toi, j’avais vraiment aimé Défaite… celui-ci a l’air très différent.

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  11. Je partage ton avis. J’avais été enthousiasmé par « Défaite des maîtres et des possesseurs » et mes attentes étaient élevées sur ce titre. Je dois avouer que malgré un très bon début, une fin vraiment inattendue, j’ai aussi regretté ces longueurs et un côté inégal du roman, tout en comprenant pourquoi certain(e)s l’ont beaucoup aimé.

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  12. J’ai tellement aimé Défaite des maîtres et possesseurs que je sais d’avance que celui là me plaira moins… Mais il est en poche alors je me laisserais peut-être tenter 😉

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