littérature France·mes préférés·rentrée hiver 2016·sortie en poche

Vincent Message, Défaite des maîtres et des possesseurs

defaitedesmaîtres« La ville est grande, ça ne s’oublie pas. Elle envahit le ciel à coup de passerelles piétonnes entre les tours, le barrent de voies ferrées tendues au-dessus des rues et des canaux, elle oppose au désir de lignes droite ses collines couvertes de parcs, de cités-souricières, d’usines en ruine, elle creuse partout, en réparation maladroite et insuffisante de ses erreurs, des tunnels pour relier des quartiers que sépare la largeur brutale des autoroutes. »
Il est des livres qu’on ne remarque pas trop lorsqu’ils sortent en grand format, dont ni le titre ni la couverture ne donnent envie d’aller voir de quoi il retourne. Et puis quelques avis font leur chemin, et la sortie en poche permet de réparer l’inattention et de découvrir enfin de quoi il s’agit.
Dans un monde quelque peu postérieur au nôtre, si peu, Malo se rend compte en rentrant un soir de son ministère à son appartement qu’Iris a disparu. Il s’inquiète jusqu’à ce qu’il apprenne que la jeune femme a été conduite à l’hôpital après un accident avec délit de fuite. Iris aurait besoin d’une greffe, et Malo n’a que quelques jours pour essayer de la sauver. Jusque là, on ne connaît rien des rapports exacts entre les deux personnages principaux, et la suite va mener d’étonnements en découvertes.

 

« Les chiffres non plus ne leur disent rien. Quoique beaucoup passent l’essentiel de leurs journées à les établir avec précision et à construire des scénarios probables, on continue de tenir pour des excités ou des doux rêveurs ceux qui jugent certains chiffres alarmants et qui voudraient en tenir compte en demandant à tous de réformer leur conduite. »

Une dystopie qui nous projette dans un futur plus ou moins proche, et peut-être possible, et qui est, en même temps, une réflexion sur les rapports de force entre différents groupes humains, une fable sur le rapport de l’homme et de l’animal, le danger de la surconsommation, les ravages de l’élevage industriel et de l’abattage à la chaîne, et en même temps une histoire d’amour… J’applaudis sans réserve à l’agencement parfait du roman qui permet de faire passer des réflexions plus qu’intéressantes, tout en happant le lecteur avec l’histoire et le suspense qui en découle. C’est une de mes lectures les plus enthousiasmantes depuis un bon bout de temps !

« Il y a, pour résumer, trois catégories d’hommes : ceux qui travaillent pour nous ; ceux qui s’efforcent de nous tenir compagnie ; ceux que nous mangeons. »
J’ajoute que le style est la preuve qu’il n’est pas besoin d’en faire trop, d’en rajouter dans l’originalité ou les effets pour être efficace. Je ne vois vraiment pas quelle restriction je pourrais émettre, j’ai été tout simplement saisie par le contexte, la justesse des constats sur notre société autant que l’imagination qui permet de créer une évolution aussi plausible qu’effrayante au monde qui est le nôtre. Tout cela sans qu’à aucun moment je n’aie l’impression que l’auteur énumère des faits ou énonce une thèse. Certaines scènes vraiment saisissantes me resteront longtemps, et ce roman va rejoindre mes romans d’anticipation favoris qui ne sont pas si nombreux que ça.

Défaite des maîtres et des possesseurs de Vincent Message (Seuil, 2016) paru en poche en Points (2017) 238 pages.

Les avis d’Aifelle, Keisha, Krol, Noukette, Papillon et Sandrine.

Objectif PAL 2017, pour le mois d’août.
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44 réflexions au sujet de « Vincent Message, Défaite des maîtres et des possesseurs »

  1. Un billet qui me fait très plaisir assurément, puisque pour moi, ce roman est un des plus forts lus ces dernières années. Grâce à lui, je suis redevenue végétarienne, et au quotidien, je suis devenue cuisinière (histoire de ne pas manger des endives bouillies et de la salade tous les jours) 😉

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    1. Je ne vais pas te suivre sur ce terrain (du végétarisme), mais continuer à faire attention à l’endroit où j’achète ma viande, et ne pas en manger plus que nécessaire. Ce roman est vraiment très bien fait !

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  2. Je suis passée complètement à côté de ce roman ! Les thèmes évoqués me tentent beaucoup. Reste à trouver un peu de place entre les auteurs du Nord, les romans de la rentrée et la PAL qui, durant les vacances, à pris du poids au lieu de se mettre au régime d’été 😉

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  3. Je veux le lire depuis longtemps, et j’ai voulu l’emporter en vacances, ayant constaté sa sortie en poche, et il s’est révélé introuvable dans les deux librairies que j’ai visitées… je n’ai plus qu’à le commander !

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  4. Il me disait bien ce titre, contrairement à Ingannmic, je l’ai trouvé en librairie, mais je l’ai reposé car j’avais déjà dans mes bagages un roman du même type, post apocalyptique et dystopie, Le mur invisible, et comme l’anticipation, c’est moyennement mon truc, et que je me méfie depuis ma lecture consternée de La route … C’est dire que je viens de loin pour me laisser convaincre définitivement, ce que tu réussi à faire ! ( de toute façon, je suis déjà végétarienne, alors, je ne risque plus rien !)

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    1. La route a vraiment partagé, je m’étonne toujours d’avoir aimé, alors que les avis sont assez unanimement « contre ». Toutefois, le roman de Vincent Message en est très loin. C’est presque plus une fable que vraiment une dystopie (et peut-être aimerais-tu…)

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    1. C’est un genre que j’aime assez, bien que je finisse par m’en lasser aussi, et je trouve que le roman de Vincent Message, même s’il s’y rattache, c’est autre chose…

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  5. Je n’ai pas aimé ce roman, que j’ai trouvé lourdingue et assez mal fichu. Je pense pourtant que Vincent Message a du talent, et je comprends sa démarche, mais cela n’a pas du tout fonctionné avec moi !

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  6. j’ai beaucoup aimé ce roman, qui est à l’affiche de notre prochain podcast Bibliomaniacs, mais les avis étaient très partagés au sein de l’équipe…(dont Miss Léo, d’ailleurs!:) )

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  7. (un poil débordée, j’avais oublié ton billet)
    Bref, une des lectures les plus marquantes pour moi aussi, surtout que j’y suis entrée sans rien savoir du sujet (j’aime beaucoup l’auteur, ça me suffisait)

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