Publié dans littérature Amérique du Nord, nouvelles, projet 50 états

Lauren Groff, Floride

floride« Jude vivait seul dans la maison. Il laissa crever les souris, puis il jeta les serpents dans les marais, hautes paraboles frétillantes. »
Ayant réussi à m’habituer à l’écriture de Lauren Groff avec Les furies il y a quelques mois, je ne crains plus rien, et j’ose même récidiver avec ce recueil de nouvelles paru au printemps. J’ajoute qu’une telle couverture sur le présentoir des nouveautés de la bibliothèque est impossible à ignorer !
Dès les premières lignes, ce qui me frappe tout de suite, c’est le style. La première citation et ses « hautes paraboles frétillantes » illustre parfaitement ce goût de l’auteur pour les images inédites et les hyperboles. Dans le même mouvement, elle peut être très concise et décrire l’événement marquant de toute une vie en trois phrases sèches, créer et faire vivre un personnage en deux lignes, faire se télescoper des mots que rien n’a jamais rapprochés. Bref, un style auquel on devient facilement dépendant, et très bien rendu par la traduction.

« Elle a peur d’être devenue si nébuleuse pour son mari qu’il voie à présent à travers elle ; elle a peur de ce qu’il aperçoit de l’autre côté.
Elle a peur qu’il n’existe pas beaucoup de gens sur cette terre qu’elle parvienne à supporter. 
La vérité, a dit Meg à l’époque où elle était encore sa meilleure amie, c’est que tu aimes trop l’humanité, mais que les gens te déçoivent toujours. »
Ces nouvelles, bien entendu, ont presque toutes pour cadre la Floride, et cet état, sous la plume de Lauren Groff, y est humide, poisseux, habité par une faune hostile, étrange et peu accueillant. Qu’il s’agisse d’une jeune femme qui devient sans abri, de deux petites filles laissées sur une île, d’un jeune homme qui se retrouve seul dans sa grande maison entourée d’étangs, d’une femme qui voyage en solitaire à Salvador de Bahia, ou d’une autre qui emmène ses deux jeunes enfants en Normandie où elle veut écrire sur Maupassant, il est souvent question de peur et aussi de solitude, dans ces histoires. L’auteure montre d’où surgissent ces peurs, dans quel terreau germe cette solitude.

« Quand on reste longtemps seul, on peuple le vide de fantômes. »
Fait assez rare pour un recueil de nouvelles, je les ai aimées toutes autant les unes que les autres, une seule m’a un peu laissée de côté. Globalement, j’ai apprécié dans chaque texte la manière de mettre à nu les personnages, et la tonalité assez sombre, mêlée d’une pointe de malice et de beaucoup d’imagination. Si vous avez aimé Les furies, je vous recommande Floride !

 

Floride de Lauren Groff (2018) éditions de l’Olivier, mai 2019, traduction de Carine Chichereau, 299 pages.

Mois américain 2019 chez Titine. Projet 50 états, 50 romans (bien sûr).
moisamericain2019 USA Map Only

26 commentaires sur « Lauren Groff, Floride »

  1. Je ne suis pas allée très loin dans la lecture des Furies, ce n’était pas du tout mon style, je ne suis donc pas sûre du tout d’aller vers ces nouvelles.

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    1. C’est un style qui ne peut pas plaire à tout le monde, et qui peut même ne pas « passer » selon le jour ou l’humeur… Je l’ai trouvé original, sans cliché, et très bien traduit aussi. A essayer à la bibliothèque, peut-être ?

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  2. Je n’avais pas lu Les Furies et je ne suis pas très nouvelles. Mais si jamais l’envie me prenait, je note ce titre dont tu parles très bien.

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  3. Ooh mais il me faut absolument lire Les Furies depuis le temps qu’on en parle. Comme beaucoup de livres, c’est prévu mais PAL, LAL, autres tentations (air connu)… Je suis moins recueil de nouvelles mais si même elles ont réussi à te conquérir, voilà qui est motivant.

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