littérature Europe du Nord·premier roman·rentrée hiver 2016

Soffia Bjarnadottir, J’ai toujours ton cœur avec moi

jaitoujourstoncoeurJ’avouerais volontiers qu’en ce qui concerne ce roman, je me suis plus laissée entraîner par l’origine géographique, la couverture et la confiance en l’éditeur qu’autre chose. Résultat, je n’avais plus aucune idée du sujet du livre au moment où je l’ai ouvert, plusieurs mois après son achat. Les histoires de mères dépressives ou bipolaires ne m’attirent pas forcément par elles-mêmes, et pourtant dès la première page, c’est bien de cela qu’il s’agit.
Hildur s’envole vers l’Islande pour enterrer Siggy, sa mère qu’elle n’a pas revue depuis des années. On comprend rapidement que sa survie à elle dépendait de cette éloignement avec une mère qui n’en avait jamais vraiment été une. Hildur, devenue mère à son tour, se devait de rejeter cette enfance aux pieds d’argile, ces années passées à être la plus forte, la plus blindée, face à une génitrice éthérée… Hildur revient vers l’île de Flatey, et une petite maison jaune dont elle hérite, mais qu’elle n’a jamais connue.
C’est là une façon bien terre à terre de résumer ce roman, car avec Soffia Bjarnadottir, dont c’est le premier roman, cela part tout de suite beaucoup plus dans le bizarre, l’étrange, l’inhabituel… Des notations comme « l’hiver des lombrics », le « rêve des mûres » annoncent un récit rempli de métaphores, d’allusions à la nature hostile, de situations rêvées ou vécues, on ne sait pas trop, de brèches ouvertes dans des souvenirs trop présents encore. Heureusement, quelques rencontres, comme celle d’un ancien ami de sa mère, ou d’un homme aux yeux vairons, ramènent par moments les pieds sur terre à Hildur, laquelle en a bien besoin.
Même si le thème ne m’enthousiasmait donc pas, je me suis laissé porter par ces pages, qui plairont à celles et ceux que ne déroutent pas les récits parfois oniriques, emplis de situations insolites, et parfois déroutantes. Bravo au traducteur qui a, autant que je peux en juger sans connaître la version d’origine, bien rendu l’atmosphère singulière et la belle langue de ce court roman.

Extrait : Qui était cette femme ? Ce n’était pas ma mère. Pourtant, elle m’avait mise au monde. Voilà pourquoi il m’arrive de l’appeler maman. Je la vénère et je la crains, comme le dieu Shiva qui façonne et défait toute chose. Dans mon souvenir, elle a passé sa vie à mourir, et je ne sais pas s’il s’agit de son histoire ou de la mienne.

Dans ma jeunesse, elle possédait les pouvoirs caractéristiques du phénix. Un oiseau millénaire qui bat des ailes et renaît de sa propre déchéance. Régulièrement elle rejaillissait des cendres, belle et fraiche, le soleil éclairant son visage. Terre calcinée et odeur de brûlé à chaque pas.

L’auteure : Soffía Bjarnadóttir a grandi à Reykjavík. J’ai toujours ton cœur avec moi est son premier roman.
143 pages.
Éditeur : Zulma (janvier 2016)
Traduction : Jean-Christophe Salaün
Titre original : Segulskekkja

De jolis billets chez Anne, Célina, Jérôme et Lili.

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31 réflexions au sujet de « Soffia Bjarnadottir, J’ai toujours ton cœur avec moi »

  1. Les romans islandais ont souvent cette composante assez déroutante, ils doivent être très influencés par leurs sagas à l’imagination débridée ! A l’occasion je le prendrai à la bibli.

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  2. J’apprécie l’atmosphère islandaise, le sujet me semble intéressant. A te lire, je crains le côtè un peu « psychedelique » mais sur 140 pages, c’est jouable. Une découverte à tenter.

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  3. Déroutant, oui, c’est le mot! Ton billet rend bien compte de l’ étrange qui émane de ce récit et de la nécessité de se (re)consruire après une folle enfance. C’est vrai que la couverture est belle, elle m’avait aussi tapée dans l’oeil, toutes ces lumières…
    Merci pour ton billet!

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  4. Hâte de découvrir cet ouvrage, je voulais me le procurer pour les mêmes raisons que toi. Je ne suis jamais déçue par la maison Zulma. Je pensais d’ailleurs que c’était un recueil de nouvelles comme Pendant qu’il te regarde tu es la Vierge Marie de Gudrún Eva Mínervudóttir… J’ai désormais plus de cartes en main pour commencer cette lecture !

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  5. Rien que pour la couverture, le titre et l’éditeur j’aurais envie de l’acheter 😉 un roman qui me tente beaucoup, et sur lequel j’ai lu beaucoup d’avis tentateurs, dont le tien.

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