littérature France·premier roman·rentrée automne 2015

Christophe Boltanski, La cache

cacheA la rentrée 2015, ce roman a fait pas mal parler de lui, à tort ou à raison, voilà ce que j’ai découvert en l’empruntant à la bibliothèque pour assouvir ma curiosité.
La cache est un premier roman dont le matériau est la famille Boltanski, dont le nom est connu par l’artiste plasticien Christian, oncle de l’auteur, et par le sociologue Luc, père de l’auteur. Mais c’est la maison de famille qui occupe la vedette dans le roman, avec des chapitres qui introduisent dans chaque pièce, repérée grâce à un petit plan, de l’hôtel particulier parisien qui abrite la tribu. De l’entrée à la cuisine, du cabinet médical aux chambres, on parcourt un domaine et on apprend à connaître une famille qui n’est pas à une excentricité près : repas fantaisistes, enfants déscolarisés, hygiène approximative, peur de tout et de rien… Tout tourne autour des grands-parents. La grand-mère est une enfant abandonnée, atteinte de poliomyélite à l’âge adulte, écrivain, pour qui la famille passe avant tout, le grand-père un médecin et brillant scientifique, juif d’origine ukrainienne. L’auteur revient sur le parcours de chaque membre de la famille, un peu à la manière d’un puzzle, au gré des souvenirs retrouvés par l’évocation de chaque pièce de la maison. Souvenirs qui sont souvent des légendes familiales, Christophe Boltanski est né au début des années 60, et beaucoup de récits de faits d’avant-guerre ou de la guerre elle-même lui sont parvenus, tronqués, modifiés, embellis ou amoindris, de la bouche des protagonistes eux-mêmes ou de seconde main. C’est un roman sur l’identité, identité par rapport à la famille, à la religion, au lieu d’habitation, identité multiple et mouvante, comme celle de tout un chacun, et plus encore dans le cas d’un cadre familial aussi peu conventionnel.
J’ai passé un bon moment avec ce roman, j’ai apprécié sa singularité, la manière de laisser le lecteurs renouer les fils, ramasser les bribes, remplir les vides. Je ne crie pas au génie, mais je suis sûre que ce livre saura intriguer et maintenir entre ses pages tous ceux que les histoires familiales, la généalogie et les décalages entre légendes et réalité intéressent.

Citations : En s’unissant à lui par un mariage qui la coupait de son milieu, elle avait tout épousé : ce qu’il était et ce qu’il ne voulait plus être. Elle lui mitonnait les plats de son enfance pour le réconcilier avec lui-même, lui redonner une fierté, un équilibre, une assiette.

 

Chacun de mes interlocuteurs en rapporte une version légèrement modifiée. Ces séries d’altérations font elles-même sens et donnent à ces faits minuscules une patine, une profondeur, une épaisseur. Elles racontent à leur tour une histoire, celle de l’exil, d’une immigrée contrainte, comme beaucoup de ses semblables, au mensonge pour survivre, celle de ses descendants en mal de cohérence et, aussi, celle du temps qui passe, de l’oubli.

L’auteur : Christophe Boltanski est né en 1962. Entré en 1989 au journal Libération, il y fut correspondant à Jérusalem et à Londres puis chef du service étranger, avant de rejoindre Le Nouvel Observateur. En 2015 il publie La cache récompensé par le prix Femina et le Prix Transfuge du meilleur premier roman français.
344 pages
Éditeur : Stock (août 2015)

Noté et surligné grâce à Aifelle, Cathulu, Clara, Edyta et Séverine.

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40 réflexions au sujet de « Christophe Boltanski, La cache »

  1. J’ai aimé sa singularité ( la construction et cette famille si atypique) . J’ai apprécié également son humilité : il ne se vante pas des positions sociales de ses oncles et tantes ou de son père.

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  2. Il est sur ma liste depuis un moment mais n’à toujours pas croisé ma route. Et comme à chaque fois je pense à tous ces titres que je note à chaque rentrée littéraire et qui passent à la trappe. ..

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  3. J’ai beaucoup apprécié cette lecture, pleine de tendresse pour une famille pas particulièrement modèle ! leur trajectoire à tous est assez ahurissante et cette histoire de cache mérite à elle seule d’être découverte.

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  4. Il est dans mes cartons, notamment parce que j’aime le travail de l’oncle plasticien. Je ne sais pas pourquoi, de nombreux romans de la rentrée 2015 traînent chez moi, je n’en ai pas lu tant que ça. Je devrai essayer de m’en souvenir à la rentrée prochaine, ahum…

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  5. J’avais noté moi aussi ce roman lors de la rentrée littéraire et malheureusement toujours pas lu…Il m’intéressait beaucoup. Ton avis positif m’encouragerait à lui réserver un peu de temps cet été 🙂

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  6. Je ne sais pas pourquoi mais je suis passée à côté de ce roman sans qu’il m’ait déplu vraiment, pourtant je suis d’accord avec tout ce que tu écris. Je l’ai peut-être lu au mauvais moment…

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  7. Je suis passée souvent à côté sans le prendre. Encore un auteur qui écrit sur sa famille… Peut-être le lirai-je, il est à la médiathèque, après tous les autres que j’ai envie de lire !

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  8. Ton billet me donne très envie de le lire, même si je l’ai vu passer à plusieurs reprises depuis septembre dernier. Les thèmes sont ceux que je préfère, et j’apprécie tjs découvrir de nouvelles plumes! J’ignorais son lien familial avec le sociologue, que j’ai eu l’extrême plaisir d’étudier pour mon mémoire (je suis ironique, c’était à s’arracher les cheveux!).

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    1. Ha ha, je n’ai jamais lu le sociologue, mais à voir la famille assez hors norme dont il est issu, on aurait pu penser qu’il serait plutôt original, dans le genre sympa à lire ! 😉

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  9. j’ai apprécié sans aucune réserve , il fait revivre une époque et un type de personnalités d’intellectuels peu communes . le roman est très bien écrit, et astucieusement organisé. On tourne de pièces en pièces au grès des révélations, je l’ai lu il y a un certain temps et il est encore très présent dans ma mémoire.

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