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Ayana Mathis, Les douze tribus d’Hattie

douzetribusdhattieJ’ai été très agréablement surprise par ce premier roman, pour lequel il me semblait avoir lu quelques avis un peu réservés, et que sa couleur rose me faisait imaginer comme gentillet, ce qu’il n’est pas du tout.
Tout commence avec Hattie qui s’occupe tant bien que mal de ses deux bébés malades, nés quelques années après son installation à Philadelphie dans les années vingt, jeune femme venue des plantations de coton du sud pour une nouvelle vie. Après ce prologue qui fend le cœur, on espère le meilleur pour Hattie. Mais à cause d’un mari volage, inconséquent et joueur, elle ne trouvera jamais vraiment la vie dont elle avait rêvée. Même ses nombreux enfants ne lui rendent pas vraiment dans sa vieillesse tous les soins qu’elle a tenté de leur prodiguer, lorsqu’ils étaient enfants. A sa manière, sans trop de tendresse, l’essentiel étant des estomacs pleins plutôt que des caresses.
Comment serait-il possible de se lasser de romans sur le thème de la discrimination, de la mixité raciale et sociale, surtout lorsqu’ils sont aussi bien écrits que celui-ci ? Alors que j’entrais dans le roman sur la pointe des pieds, mon enthousiasme n’a pas faibli d’un bout à l’autre des soixante années vécues par la famille Shepherd, racontées des points de vue successifs de plusieurs membres de la famille, au moment où, tour à tour, ils subissent des événements traumatisants ou qui donnent un tournant nouveau à leur vie. A chaque chapitre, quelques années plus tard, un nouvel angle de vue est donné, un enfant d’Hattie est au centre du propos et éclaire l’histoire familiale d’un jour un peu différent.
Je me souviens que plusieurs avis mentionnaient que le roman ressemblait plutôt à une suite de nouvelles, je n’ai pas eu du tout cette impression. C’est dû au fait que la personnalité d’Hattie marque chacun des membres de la tribu (mot à prendre dans un sens moins chaleureux et convivial que son acception habituelle) et que leur enfance rejaillit sur leurs comportements et leurs actions. Un beau portrait de famille, de 1920 à 1980, que je ne peux que conseiller pour sa force, sa vivacité et ses beaux moments d’émotion.

Citations : Chez lui, on considérait les Blancs comme une entité vague mais puissante, un peu comme les forces qui contrôlent le temps, des forces qui possèdent un grand pouvoir de destruction, mais demeurent invisibles.

Hattie savait que ses enfants ne la considéraient pas comme quelqu’un de gentil, et peut-être ne l’était-elle pas, mais quand ils étaient petits, il n’y avait pas beaucoup de temps pour les sentiments. Elle leur avait fait défaut dans des domaines essentiels, mais à quoi cela aurait-il servi de passer les journées à les serrer contre elle et à les embrasser s’ils n’avaient rien eu à se mettre dans le ventre? Ils ne comprenaient pas que tout l’amour qu’elle avait en elle était accaparé par la nécessité de les nourrir, de les habiller et de les préparer à affronter le monde. Le monde n’aurait pas d’amour à leur offrir ; le monde ne serait pas gentil.


L’auteure :
Ayana Mathis est née en 1973, elle a grandi dans les quartiers nord de Philadelphie. Elle suit des études de littérature et de poésie, en faisant divers petits boulots. Elle voyage en Europe, passe quelque temps à Florence. En 2009, elle s’inscrit au programme de creative writing de l’université de l’Iowa sous la direction de Marilynne Robinson. Elle commence plusieurs projets de nouvelles où elle retrouve toujours un personnage, Hattie. Les Douze Tribus d’Hattie, est publié en décembre 2012 aux États-Unis.
362 pages
Éditeur : Gallmeister (2012) paru en poche en 2015
Traduction : François Happe
Titre original : The twelve tribes of Hattie

Les avis d’Albertine, Alex, Ariane, Céline et Sandrine.
Projet 50 états, 50 romans, je fais étape en Pennsylvanie.
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52 réflexions au sujet de « Ayana Mathis, Les douze tribus d’Hattie »

  1. Ho dis donc, rien à voir avec la couverture du grand format qui est toujours dans ma PAL ! 😉 Et tu me donnes envie de le ressortir mais j’en ai deux ou trois avant encore plus tentateurs, ça viendra…

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      1. C’est un cadeau, sinon je n’achète que des Poche ou alors c’est exceptionnel ! Là j’ai craqué cette année pour Carole Martinez, je craque quand même de temps en temps mais sinon j’attends la sortie Poche… 😉

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  2. C’est vrai que j’ai lu quelques chroniques sur ce livre. Tu me rafraîchis les idées et me donne envie de le lire, s’il n’est pas déjà dans ma LAL

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    1. La jaquette est un peu flashy mais bien douce, je m’y suis habituée ! Et j’étais trop captivée (et occupée à coller des post-it roses assortis) pour m’en soucier.

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  3. Ça fait un bout de temps que je veux le lire celui-là. Plusieurs fois mes stagiaires (en littérature américaine) me l’ont signalé pour l’avoir apprécié. Je lire lirai, c’est certain, merci donc pour cet avis enthousiaste.

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  4. Moi j’en ai entendu souvent du bien, mais pas d’enthousiasme plus affirmé, du coup ça m’a fait hésiter, même si l’histoire et la thématique me parlent bien. Ton avis me donne envie de lui laisser sa chance ! Enfin, c’est surtout que j’ai déjà une sacrée PAL, faut juste que je puisse le caser dedans.:-)

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  5. J’avoue, je fais partie de celles qui ont reproché à ce roman de ressembler à une suite de nouvelles … Ce qui n’empêche que certains « angles de vue » sont passionnants à découvrir, d’autres moins, car ils sont moins liés à la figure centrale. Mais ce n’est que mon humble bémol ….

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    1. ça m’a bien convenu, autant je n’avais pas envie de lire une suite de nouvelles, autant le fait que les chapitres soient liés et lus de manière chronologique m’a beaucoup plu. (ouf, pas d’allers et retours passé-présent)

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  6. Je vais tenter de lire de nombreux Gallmeister cette année (j’en ai neuf dans la PAL), ce sont les 10 ans de la maison (et il y a d’ailleurs un petit challenge sur la blogo). Celui-ci est dans mes projets. Et quand je pense que je n’ai toujours pas lu La couleur des sentiments…

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    1. J’ai vu ce challenge, mais je me connais, le fait de devoir lire tel ou tel éditeur va plus m’en détourner que m’inciter à lire. Mais ce serait chouette que tu lises ce roman. Quant à La couleur des sentiments, nous sommes au moins deux à ne pas l’avoir lu !

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  7. J’avais été très enthousiaste à cette lecture. Et j’avais été très touchée par ce personnage qui se montre très dur , même avec ses enfants, mais pour mieux se protéger. Et l’approche de ce personnage par petites touches à travers ce qu’en a perçu chacun de ses enfants est un vrai régal de bout en bout.
    Une auteure à suivre !
    La couverture rose barbie est très mal choisie et n’a effectivement rien à voir avec le roman.

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    1. Je n’avais pas lu cette comparaison avec Toni Morrison, qui ne me semble pas forcément adéquate… mais je n’ai lu que Home, je suis mal placée pour en juger.
      Sinon, j’ai aimé cette manière de laisser le lecteur reconstituer les années manquantes dans la vie de la famille d’Hattie.

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  8. Je fais partie aussi de celles qui l’avait comparé à une suite de nouvelles. Je me rappelle avoir été bien accrochée à certaines histoires, moins à d’autres. Inégal, en définitive. Mais je reconnais une belle écriture.

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  9. Ton billet donne très envie, surtout que j’adore les sagas familiales mais je t’avoue que le rapprochement avec une suite de nouvelles me fait hésiter. Bon, maintenant qu’il est sorti en poche, pourquoi pas.

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