Fiona Mozley, Elmet

« Les fantômes de l’ancienne forêt se manifestaient encore lorsque le vent soufflait. Le sol regorgeait d’histoires brisées qui tombaient en cascade, pourrissaient puis se reformaient dans les sous-bois de façon à mieux resurgir dans nos vies. »
Je commence le mois anglais avec ce premier roman, beaucoup vu sur les blogs à sa sortie, et maintenant paru en poche.
Un père de famille élève ses deux enfants adolescents dans une maison qu’ils ont bâtie de leurs mains, dans la campagne du Yorkshire. Auparavant, il gagnait sa vie lors de combats clandestins, maintenant il aimerait laisser cette partie de son existence derrière lui. Mais un riche propriétaire, par ailleurs peu à cheval sur la légalité, revendique des droits sur le terrain où ils ont bâti. Jusqu’où ira-t-il pour que John lui rende ce qu’il aurait soi-disant indûment occupé ? Tout au long du roman, qui commence par une scène finale, une tension latente va en augmentant jusqu’à un paroxysme qui semble inévitable.
L’histoire est racontée par Daniel, le benjamin, garçon calme et sensible. Cathy, sa sœur aînée, tient plus du caractère paternel. Quant à la mère, on ne saura pratiquement rien d’elle et de ce qu’elle est devenue.

« Pendant un temps, il avait même bien gagné sa vie. Il en retirait une certaine fierté, ou quelque chose de cet ordre, un sentiment qui avait pourtant quasiment disparu dans la région. »
Tout d’abord, si vous le pouvez, évitez de lire la quatrième de couverture du roman broché, qui en dit beaucoup trop, et même la phrase de couverture, propre à faire imaginer tout autre chose…
Je suis finalement un peu perplexe, les ingrédients sont là pour faire un bon roman, en particulier le style empreint de poésie que j’ai beaucoup apprécié. Le roman comporte également tout un pan social, très intéressant, les petites gens opprimés commençant, grâce à John, le père de famille, à réagir à l’idée d’une révolte. Toutefois, les personnages restent trop flous, trop incertains dans leurs choix et leurs motivations, notamment le père. Cela est sans doute volontaire, et peut s’expliquer par le fait que le narrateur est jeune, quatorze ans à peine.
Le flou est aussi temporel, cette sorte de conte se passe, semble-t-il, à l’époque contemporaine, mais sans aucun indice qui viendrait le confirmer ou l’infirmer. Cette incertitude m’a aussi maintenue à distance. J’ai été en outre gênée par l’aspect inéluctable de l’histoire, alors qu’il aurait sans doute été possible à plusieurs des protagonistes de calmer le jeu ou de prendre des distances à un certain moment. J’ai toujours du mal avec les personnages qui s’acharnent à courir à leur perte.
Je retiendrai de cette lecture une écriture prometteuse, et, malgré tout, une rencontre qui ne s’est pas faite.

Elmet de Fiona Mozley (Elmet, 2017) éditions Joëlle Losfeld, 2020, traduction de Laetitia Devaux, 240 pages, existe en Folio.

Aifelle a aimé, Eva a quelques bémols, Actu du noir n’a pas marché, et c’est un coup de coeur pour Maeve.

Lu pour le mois anglais à retrouver sur Instagram ou Facebook, ou encore sur le blog Plaisir à cultiver.

30 commentaires sur « Fiona Mozley, Elmet »

    1. Non, mais je pense que cette jeune auteure est prometteuse. Et puis, beaucoup d’autres ont adoré, c’est peut-être moi qui n’étais pas réceptive ! 😉

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  1. Je l’ai commencé, mais un peu mis en pause. Je vais essayer de le reprendre pour le terminer rapidement pendant le mois anglais. ça a l’air très sombre, même si je le trouve assez intéressant.

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  2. Oh dommage… j’ai vraiment aimé la force de l’écriture et la dramaturgie de l’inéluctable justement. J’avais fait « Un livre, un jour » avec cette lecture, un chouette souvenir 🙂

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  3. Bon, ce n’est pas une entrée en matière exceptionnelle pour le mois anglais, mais tu devrais trouver d’autres romans plus séduisants pour toi…

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  4. Un démarrage en demi-teinte… J’espère que tu as davantage apprécié (ou apprécieras) tes autres lectures anglaises 😉

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  5. J’ai apprécié bien plus que toi c’est clair ! je n’ai pas été gênée du tout par le flou qui t’a dérangée, j’ai accepté tout de suite le parti-pris de l’auteure de ne pas tout nous dire. Et j’ai aimé le personnage du père que l’on prend au départ pour une grosse brute et qui est loin de n’être que cela .. mais c’est rassurant quelque part que nous ayons des avis différents sur les livres, sinon les échanges seraient bien pauvres 😉

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    1. Je me rends compte de plus en plus que les lectures dépendent beaucoup de tout un tas de conditions : humeur, livres lu avant, attentes par rapport au texte, etc. et que chacune, à un autre moment, pourrait avoir un avis assez différent. Là, le roman m’a rappelé La neige noire de Paul Lynch, et j’ai eu un effet d’overdose pour ce genre de roman noir rural. Par contre le volet social ajouté m’a semblé une très bonne idée. L’auteure a voulu mettre beaucoup de choses dans ce premier roman, ce qui est souvent l’atout ou le défaut des premiers romans, et qui fait leur intérêt.
      Et sinon, vivent les échanges autour des livres ! 😉

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  6. Ca semblait assez brouillon sur le résumé, alors je n’ai pas succombé. Je pense que j’ai suffisamment de livres en attente pour laisser celui-ci de côté.

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    1. Le roman en lui-même n’est pas brouillon, mais on sent que l’auteure a voulu y mettre beaucoup de thèmes.

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  7. Le résumé que tu en fais m’a mis l’eau à la bouche et ton avis beaucoup plus mitigé m’a grandement refroidi.

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  8. Comme toi, je l’ai beaucoup vu passer à sa sortie. Il m’intrigue et malgré ton retour mitigé, je ne ferme pas totalement la porte à sa découverte sans en faire une priorité.

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  9. Je ne me souviens pas d’avoir vu des billets sur ce roman (j’ai probablement oublié). Tu n’es pas vraiment enthousiaste alors je passe mon tour.

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