Publié dans littérature Europe de l'Ouest, rentrée hiver 2019

Bernhard Schlink, Olga

olga« Elle est facile à garder, elle aime avant tout se tenir debout et regarder autour d’elle. »
La voisine chez qui la mère laissait sa fille n’avait pas voulu le croire, tout d’abord. Mais c’était vrai. La petite fille d’un an se tenait debout dans la cuisine et regardait une chose après l’autre, […] »
J’ai aimé d’emblée l’incipit qui met en scène cette toute petite fille, et ensuite l’enfance difficile d’Olga à la fin du XIXème siècle dans une petite ville de l’actuelle Pologne, et qui m’a rappelé, je ne sais trop pourquoi, Le petit Saint, roman de Georges Simenon. Impression confirmée après lecture : sans être une sainte, Olga fait toujours montre d’une droiture et d’une continuité sans faille dans ce qu’elle recherche. Ce qui pourrait agacer, mais comme l’auteur fait preuve de sobriété dans l’écriture, sensible mais sans pathos, cela passe bien. Il montre aussi comment ce caractère un peu monolithique est le résultat d’une éducation, d’un manque d’affection, et de circonstances sociales et historiques.

« D’Olga, j’ai aussi hérité le goût des promenades dans les cimetières, et quand c’est un cimetière particulier, particulièrement ancien ou particulièrement beau, enchanté ou bien angoissant, j’inclus Olga dans mes pensées. »
Le roman est construit en trois parties, la première va de l’enfance à la retraite d’Olga, la seconde raconte des épisodes de sa vie et de sa vieillesse par la voix d’un jeune homme dans la famille duquel elle faisait de la couture. La troisième partie est constituée d’un ensemble de lettres retrouvées, je vous laisserai apprendre de quelle manière. Au cœur du roman, l’histoire d’amour entre Olga et Herbert, un jeune homme de famille fortunée, qui devient officier et ne rêve que de conquêtes et de découvertes. Il finira par prendre en plein hiver la route du passage Nord-Est vers le Pôle Nord, voie qu’il espère être le premier à parcourir. L’auteur s’est inspiré d’un personnage ayant réellement existé, et lui a inventé une compagne en la personne d’Olga.
Je pensais que le thème du roman était le secret, ou le mensonge, d’autant plus que ce thème avait déjà inspiré Bernhard Schlink. Maintenant, je dirais plutôt qu’il s’agissait pour l’auteur de mettre en avant la fidélité à soi-même et à ses idées. Pour cela, Olga est, dès son enfance, particulièrement remarquable, et le restera jusqu’à sa mort.
Un beau roman, pour un beau personnage, incomparable, qui ne peut laisser indifférent, me semble-t-il.

Olga de Bernhard Schlink, éditions Gallimard (janvier 2019) traduction de Bernard Lortholary, 267 pages. Noté chez Krol et Marilyne.

45 commentaires sur « Bernhard Schlink, Olga »

    1. Franchement, Le liseur n’est pas mon préféré, mais je suis dans la minorité, c’est sûr… Il y a plus de maturité dans Olga, et ça m’a bien convenu. ^-^

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  1. Aaaah 🙂 Ravie que tu aies aimé cette lecture. Olga est un beau personnage féminin, à la fois fidèle à elle-même comme tu le soulignes, et parfaitement inscrite dans son époque ( ses époques ). J’ai adoré la dernière partie, la fin si je puis dire.

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    1. J’ai beaucoup aimé la façon dont les trois parties sont reliées… et le personnage, bien sûr. J’ai pensé aussi à Une vie entière de Robert Seethaler, pour le lien entre Histoire et vie privée.

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  2. Moi aussi je n’ai lu que Le liseur jusque là. Ce roman me fait bien envie mais pour maintenant il attendra la sortie poche (à moins ue je le croise en bibliothèque avant).

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  3. COmme Aifelle, je n’ai lu que Le liseur de lui, et j’avais été tenue à distance par son écriture très clinique. Mais pourquoi pas celui-ci, si je le croise à la bibli.

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  4. Belle chronique!!!
    ajouté ma PAL évidemment! j’ai adoré « Le liseur » et depuis je n’ai rien lu de l’auteur…alors qu’il doit avoir écrit une dizaine d’autres romans mais traduits ou pas?

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  5. J’ai aussi découvert cet auteur par ce texte que j’ai trouvé très beau. Un roman lu au printemps dernier et qui, en effet, me revient encore en mémoire et ça, c’est un bon signe !

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  6. Il m’avait tenté à l’époque. Et puis d’autres livres ont dû le faire reculer dans ma PAL… jusqu’à s’y perdre…

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  7. Je ne suis pas revenue à cet auteur depuis Le Liseur (et ça commence à remonter un peu). J’en garde un bon souvenir quoique peut-être pas satisfaire à 100%. Un jour je retenterai peut-être cet auteur.

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  8. je suis au ralenti en ce moment, j’ai lu ce livre cet été mon billet est quasiment prêt mais je n’arrive pas à m’y mettre vraiment
    ceci dit j’ai beaucoup aimé ce roman même s’il n’a pas la puissance du liseur c’est un beau et bon roman

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    1. A chacune son tour de ralentir un peu… tant que tu n’arrêtes pas ! Je ne me souviens pas suffisamment du Liseur pour comparer (en plus je l’avais lu en anglais, drôle d’idée !), en tout cas j’ai trouvé beaucoup de qualités de style à ce dernier.

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