littérature Amérique du Nord·premier roman·projet 50 états·rentrée hiver 2015

Kim Zupan, Les arpenteurs

arpenteursL’auteur : Natif du Montana, Kim Zupan vit et enseigne la menuiserie à Missoula. Il a grandi du côté de Great Falls où se déroule son premier roman, Les arpenteurs, qu’il a mis six an à écrire. Il a exercé différents métiers comme fondeur, professionnel de rodéo, ouvrier agricole, pêcheur de saumon ou réparateur d’avions.
280 pages
Éditeur : Gallmeister (janvier 2015)
Traduction : Laura Derajinski
Titre original : The ploughmen

Attention, une série de très bonnes lectures commence aujourd’hui ! Mes bibliothèques prêtent pour six semaines et j’ai fait une razzia de nouveautés alléchantes… avec réussite, dans l’ensemble !
J’avais lu des avis très élogieux de ce premier roman américain mais je m’y suis avancée toutefois avec un peu de circonspection. Je craignais avoir affaire à plus de deux cent cinquante pages de huis clos, dans le style du film Garde à vue, dont les plus ancien(ne)s se souviendront, de tête-à-tête entre deux hommes, et de trouver cela un peu longuet.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit, en gros, mais avec une mise en situation prenante, un arrière-plan bien fourni, des personnages secondaires cohérents, et je vous annonce donc tout de suite qu’on ne s’y ennuie pas un instant.
D’un côté des barreaux, à distance prudente, il y a Valentine Millimaki, plus jeune adjoint du shérif du comté de Copper, dans le Montana, celui qui écope des gardes de nuit et autres missions peu engageantes. De l’autre côté, à moitié dans l’obscurité est assis John Gload, un homme âgé de soixante-dix-huit ans, qui attend sa condamnation pour un meurtre affreux, mais où les preuves de son inculpation sont des plus légères. Le lecteur sait très vite ce qu’il en est de la culpabilité de John Gload, le fond du roman n’est pas là, mais dans la manière dont deux hommes si différents se reconnaissent, s’apprivoisent, en viennent à une sorte d’amitié. Il faut dire que Val n’est pas un policier comme ses brutes de collègues, qu’il a eu une enfance douloureuse, qu’il est en pleine perdition conjugale… De plus, le plus jeune et l’homme âgé partagent un même goût pour la terre et l’agriculture. En quelque sorte, tous deux sont des laboureurs contrariés par la vie (d’ailleurs le titre américain est The ploughmen, Les laboureurs).
Tout le roman ne se passe pas dans les couloirs glauques de la prison, et permet de visualiser aussi bien les banlieues tristounettes de la petite ville que les canyons désolés où Valentine part à la recherche de personnes disparues. Car Kim Zupan excelle autant à décrire les rudes paysages de sa région que les sombres profondeurs des cœurs masculins. Un très beau roman que je conseille plus que volontiers !

Des citations valent mieux qu’un long discours : A l’automne de cette année-là, le garçon descendit du bus au bout de la route sèche, la haie de buissons vrombissant du crissement des sauterelles affolées qui bondissaient à son passage depuis les hautes herbes et le feuillage pâle et poussiéreux des oliviers de Bohême, se heurtaient à son pantalon et se précipitaient contre les pans de sa chemise.

Dans n’importe quelle profession, quelle qu’elle soit,  il y a les bons et les moins bons. Pas forcément les bons ou les mauvais, juste les bons et ceux qui sont juste un peu en dessous.

Peut-être avait-elle scruté d’un air interdit les étoiles naissantes, leur lueur laiteuse en superposition sur l’ordre implacable au-dessus de sa tête baignant la carte qui semblait contenir sa vie dans ses lignes et ses courbes obtuses. Peut-être que si elle s’allongeait avec ce nouvel angle de vue verrait-elle apparaître l’étoile Polaire, ou un autre lointain soleil qui la repositionnerait dans cet univers paradoxal. Rien qu’instant, quelques courtes minutes…

 

Depuis les hauteurs de la colline, les préfabriqués et les mobile homes doubles avaient des allures de boîtes à chaussures ou de cubes d’enfants déposés au hasard près d’un ruisseau en papier mâché.

Lu aussi par Athalie, Clara, Jostein, Keisha et Philisine Cave.

USA Map Only50 romans, 50 états : nous sommes dans le Montana, état qui regorge d’écrivains et de bons, de grands romans !
(un clic pour agrandir et voir la carte)

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33 réflexions au sujet de « Kim Zupan, Les arpenteurs »

  1. Déjà noté, tu ne fais que confirmer ! Mais … euh, je suppose que tu fais référence au film français Garde à vue, avec Ventura , Serrault et Romy Schneider, dans le genre huis-clos parce que perso, Garde à vous ne m’évoque rien ! 😉

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    1. C’était une erreur pour voir qui lisait bien mes billets : bravo, tu as gagné ! Mais non, je plaisante, je me suis emmêlée les pinceaux et il s’agit de Garde à vue, bien sûr !

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  2. Je saute volontairement ton billet car je l’ai attendu pendant des mois puis reçu en mai (pour mon anniversaire) et prévu de le lire en août … je reviendrais sur ton billet après ! mais je vois que tu as aimé !

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  3. Je l’avais noté depuis Phili et ma mère depuis une émission sur Inter 😉 Tu confirmes donc…. A suivre (bien que je craigne le côté rude et américain, mais je vais vous faire confiance)

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  4. Même si j’ai bien aimé ce titre, j’ai quand même réussi à lui trouver quelques défauts, dont la fin …. Il faut dire que l’idée du huis-clos me passionnait, entre ce jeune flic naïf et ce meurtrier presque primitif. Finalement, le lien entre les deux m’a paru quelque peu artificiel, mais qu’est-ce que c’est rudement bien écrit !
    Merci pour le lien !

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