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Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie

L’auteur : Sylvain Tesson est un écrivain voyageur. Il est le fils de Marie-Claude et Philippe Tesson. Géographe de formation, il effectue en 1991 sa première expédition en Islande, suivie en 1993 d’un tour du monde à vélo avec Alexandre Poussin. Il traverse également les steppes d’Asie centrale à cheval avec l’exploratrice Priscilla Telmon, dont il fut le compagnon pendant de nombreuses années, sur plus de 3000 km du Kazakhstan à l’Ouzbekistan. En 2004, il reprend l’itinéraire des évadés du goulag en suivant le récit de Slavomir Rawicz : The Long Walk (1955), de la Sibérie jusqu’en Inde à pied. Depuis quelques années, il écrit des nouvelles, il a obtenu le prix Goncourt de la nouvelle pour Une vie à coucher dehors, et collabore également à diverses revues.
272 pages
Editeur : Gallimard (septembre 2011)

Les écrivains voyageurs sont pour moi une espèce mystérieuse dans la mesure où je parviens rarement à suivre leurs récits jusqu’au bout, même et surtout quand les lieux et le périple qu’ils décrivent ont tout pour me séduire… Je ne compte plus ceux que j’ai laissés sur le bas-côté, ou n’ai même pas commencé du tout. Seul l’humour peut sauver leurs livres, ou les faits historiques s’il s’agit de voyageurs d’autrefois, ou les descriptions ethnologiques ou zoologiques. Je ne suis pas si compliquée dans mes goûts, finalement ! 

Bref, une fois encore, un livre qui me tentait furieusement, commencé dans l’enthousiasme, m’est tombé des mains avant les 150 premières pages. J’aurais dû me méfier, je n’avais pas été tellement ravie à la lecture des nouvelles d’Une vie à coucher dehors, mais les lecteurs de Dans les forêts de Sibérie en disaient tant de bien ! 

Je n’ai pas grand chose à en dire, l’idée de passer un hiver dans une cabane au bord du Lac Baïkal, avec pour toute compagnie des caisses pleines de livres, et d’autres de pâtes, de riz, de ketchup et de vodka (quoique mon estomac proteste rien qu’à la vue de ces deux derniers mots) me semblait plaisante et tout à faite intéressante. J’ai noté au début pas mal de passages qui me parlaient, puis l’aventure a fini par tourner en rond, les litres de vodka défilant plus vite que les lectures. Je m’attendais à en apprendre plus sur les quelques habitants de cette région de Sibérie, sur les animaux qui peuplent les lieux, j’ai eu droit à des réflexions philosophiques, assez répétitives, sur l’érémitisme, sur la solitude opposée à la vie urbaine et à la société de consommation. Certes, je suis tout à fait convaincue du bien-fondé de la consommation locale, mais tout le monde ne peut pas aller se réfugier au fond des bois, il me semble même qu’il faut être un brin privilégié pour pouvoir le faire à plusieurs milliers de kilomètres de chez soi. J’ai, vous le comprendrez, été assez agacée par la condescendance dont fait preuve l’auteur, et par le manque relatif d’humour de son récit, un bon prétexte pour me dispenser de le terminer.

J’ai toutefois pris le temps de noter un maximum de citations, au début car elles collaient avec le livre que j’aurais aimé lire, ensuite parce qu’elles me confortaient dans l’idée que ce récit ne me plaisait pas vraiment. Je vous laisse juger par vous-même en lisant des extraits, et vous conseille de lire plutôt Indian Creek, de Pete Fromm, un hiver dans les Rocheuses qui a eu l’heur de me plaire à cent pour cent ! 

Citations : Ma table, collée à la fenêtre de l’est, en occupe toute la largeur, à la mode russe.Les Slaves peuvent rester des heures assis à regarder perler les carreaux. Parfois, ils se lèvent, envahissent un pays, font une révolution puis retournent rêver devant leurs fenêtres, dans des pièces surchauffées. L’hiver, ils sirotent le thé interminablement, pas trop pressés de sortir.

Au réveil, mes journées se dressent, vierges, désireuses, offertes en pages blanches. Et j’en ai par dizaines en réserve dans mon magasin. Chaque seconde d’entre elles m’appartient. Je suis libre d’en disposer comme je l’entends, d’en faire des chapitres de lumière, de sommeil ou de mélancolie.

Dans les draperies de versants sinuent les canyons. Dans quatre mois, ils recevront l’eau de la fonte, la déverseront dans la vasque. Dès que j’arrive à leur hauteur, le vent redouble, par effet d’entonnoir. Dire que des écrivains essaient de brosser la beauté de lieux pareils.
J’ai avalé presque tout Jack London, Grey Owl, Aldo Leopold, Fenimore Cooper et une quantité de récits de l’école du Nature Writing américain. Je n’ai jamais ressenti à la lecture d’une seule de ces pages le dixième de l’émotion que j’éprouve devant ces rivages. Je continuerai pourtant à lire, à écrire.

Isolé, l’ermite ? Mais de quoi ? L’air se glisse à travers les poutres, le soleil inonde la table, l’odeur des bois s’immisce par les fentes, la neige s’infiltre par les pores de la cabane, un insecte s’invite sur le parquet. En ville, une couche de goudron prémunit le pied de tout contact avec la terre, et entre les hommes se dressent des murs de pierre.

Je suis empereur d’une berge, seigneur de mes chiots, roi des Cèdres du Nord, protecteur des mésanges, allié des lynx et frère des ours. Je suis surtout un peu gris parce qu’après deux heures d’abattage de bois, je viens de m’envoyer un fond de vodka.

A lire aussi : Aliénor dont l’avis rejoint le mien, et les enthousiastes : Hélène, Jérôme, Mango, Papillon, Violette… Et si vous arrivez à le visionner, un reportage sur de jeunes grecs qui retournent à la campagne pour vivre en autosuffisance, sur Arte, montre un retour à une vie plus simple, mais autrement authentique.

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31 réflexions au sujet de « Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie »

  1. Je l’ai lu, le billet est près depuis des semaines, un jour viendra… L’auteur est rhabillé pour l’hiver, dis donc! Exact qu’il n’est pas hyper sympathique (a priori, je ne le connais pas et ne l’ai jamais entendu en interview) mais l’idée de passer 6 mois isolé là bas m’intéressait . J’ai lu quelques passages en diagonale, vers la fin, d’ailleurs.
    Un privilégié? Oui, finalement. Tout le monde ne peut pas partir ainsi et certains sont obligés de vivre à la dure, en France même.

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    1. Tiens, c’est vrai, j’ai été étonnée de ne pas trouver de billet de ta part ! L’idée me plaisait aussi, mais je m’attendais à plus d’humour, (je me répète) et les descriptions de paysages ne m’ont pas transportées tant que ça… Ce doit être superbe, mais je ne le voyais pas vraiment entre les mots.

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  2. Je l’ai commencé pour un jury (Prix France télévision) et j’ai laissé tomber très vite, exactement pour les raisons que tu évoques, ça tourne en rond, il picole sec et ses réflexions de l’autre bout du monde (qu’il a lui la chance de visiter) me laissent de glace ! Ce qui me rappelle la réflexion d’une autre jurée, bergère dans les Pyrénées, qui disait qu’elle n’avait pas besoin de se mettre minable comme lui et d’aller aussi loin pour s’isoler (4 ou 5 mois) et pouvoir réfléchir sur sa condition d’être humain.

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    1. Oui, voilà, je m’attendais à retrouver quelque chose de « l’âme russe » comme dans certains romans que j’ai adorés, et là, oserai-je le dire, à part quelques dialogues avec des bûcherons voisins, ce sont les réflexions de l’auteur qui dominent tout, et franchement, ça ne m’intéresse pas.

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  3. Heureuse de lire un avis négatif sur ce livre, je n’ai pas fait de billet mais j’ai été stupéfaite par le succès publique du livre
    Agacée au possible par la prétention de l’auteur qui passe des pages à nous parler de ses beuveries, des malles de livres qu’il a emporté, j’avais envie de lui dire qu’il pouvait aller lire ailleurs cela coût moins cher
    je n’ai pas trouver la moindre empathie pour la population sauf celle qui partage l’alcool avec lui !!! sidérant de prétention et condescendance
    bref je suis d’accord avec toi

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    1. Merci Dominique ! Je me demandais si je n’y étais pas allée un peu fort, car j’ai plus l’habitude d’écrire des billets sur les livres que j’ai aimés… Mais il s’est trouvé que j’ai dû attendre l’autre jour l’ouverture devant la bibliothèque et j’ai relu un bon nombre de pages qui m’ont confortées dans cet avis !

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  4. Tout à fait d’accord avec toi, notamment sur la suffisance de l’auteur et son manque total d’humour. J’ai « La marche dans le ciel » du même auteur qui m’attend, j’espère que ça me réconciliera avec lui !

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  5. J’ai bien aimé (comme Indian Creek d’ailleurs). Mais j’ai aussi lu quelques critiques sacrément vachardes dont les arguments tenaient la route. Bref voila un livre qui ne laisse personne indifférent.

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    1. Il ya certes quelques réflexions intéressantes, mais quand c’est suivi de « En ville, une couche de goudron prémunit le pied de tout contact avec la terre… » une telle évidence me hérisse, et ne me fait pas du tout culpabiliser de fouler du goudron pour aller travailler le matin, bien au contraire !

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  6. Je l’avais noté sur ma LAL et puis, de l’entendre se répandre dans les medias, on perçoit bien sa condescendance, sa propension à l’alcool, son manque d’intérêt pour les autres .. bref, il se peut qu’il passe à la trappe. On pourrait lui glisser dans le tuyau de l’oreille que la pauvreté et l’exclusion sociale isolent très bien aussi dans notre pays.

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    1. Voilà ce qui m’a agacée… il s’est marginalisé, mais pas du tout mis du côté des exclus. Pete Fromm, dans Indian creek, s’isole pour accomplir un travail de sauvegarde des saumons dans un parc naturel, la démarche est bien plus intéressante et moins artificielle. L’idée d’écrire ne lui est d’ailleurs venue que bien plus tard.

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    1. Je ne m’étais pas méfiée des avis des médias, puisque s’y étaient ajoutées des billets de blogueurs emballés… Mais j’ai pu constater qu’il n’était pas pour moi non plus.

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  7. Je suis tout à fait d’accord avec toi sur la condescendance de l’auteur (qui m’a quand même moins gênée que dans d’autres bouquins de lui que j’ai lus depuis), mais l’expérience m’a beaucoup intéressée. Franchement, même si j’avais les moyens de prendre un congé de six mois, pas sûr que j’aurais le courage d’aller m’enfermer dans une cabane en Sibérie. Il crève quand même de solitude et c’est pour ça qu’il picole autant ! Mais j’ai aimé ses réflexions sur la nature et sur l’isolement, et même le fait qu’il se mette à nu de façon aussi impudique, c’est une forme de courage, je trouve. Néanmoins son bouquin est un cran en dessous quand même d’Indian Creek, beaucoup plus drôle et plus léger !

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    1. D’accord sur un point : si je devais m’isoler six mois quelques part, ce serait plutôt sur une île grecque qu’en Sibérie ! Ses réflexions sur la nature, je les ai aimées au début, mais j’ai vite trouvé que c’était un peu redondant.

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  8. Comme toi, j’avais été tentée par le thème, quand il est sorti… Et puis le temps a passé et j’ai complètement oublié ce livre de Tesson (le bien nommé s’il passe son temps à boire, hein… 😉 ) Je crois qu’il va rester dans les oubliettes définitivement. Je garde un souvenir amusé d’Indian Creek et si j’ai vraiment envie de vie dans les bois, je lirai Thoreau!

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