abandon de lecture·littérature Afrique·rentrée automne 2015

Ingrid Winterbach, Au Café du Rendez-Vous

aucafédurendezvous

C’est une chose qui heureusement ne m’arrive pas trop souvent, mais il y a des livres dont je déteste très vite l’ambiance, malsaine, trouble, inquiétante… après, si le texte a vraiment d’autres qualités, ça peut finir par coller entre lui et moi, mais je ne pardonne pas le moindre défaut à un roman où je me sens à ce point mal à l’aise.
Karolina est entomologiste, elle séjourne dans une petite ville du Veld en quête de spécimens de papillons. Elle fréquente, après ses journées de travail, le café du Rendez-vous. Ses soirées, elle les passe au bar et au billard de l’hôtel, où elle rencontre toujours les mêmes personnes. Parfois, elle va danser. Karolina est assez mystérieuse, sensuelle mais réservée, rationnelle mais influençable.
Pour en revenir à l’atmosphère du roman, il y a, certes, une multitude de raisons de ne pas être à l’aise dans cette Afrique du Sud d’après l’Apartheid, où les relations sont encore loin d’être simples entre les communautés, mais l’auteur en fait trop à mon goût. Elle en rajoute sur la chaleur infernale, la transpiration, les détails physiques particuliers, les regards grivois et les comportements lascifs.
Quant au style basé sur l’incantation, sur la répétition, à quelques pages de distance, de mêmes descriptions, il m’a lassée. Pourquoi écrire trois fois que Karolina a les cheveux noirs et mal coupés ? Je ne pouvais aussi qu’être contrariée par le retour, à intervalles réguliers, sur les rêves détaillés et inintéressants du personnage principal…
J’ai eu pourtant l’impression que l’auteure avait en mains de quoi faire un très bon roman, mais ce que j’ai lu m’a laissée perplexe, et même assez agacée pour ne pas terminer un livre que j’avais acheté !
Quelqu’un d’autre l’a-t-il lu ?

Extrait : Un silence de mort régnait dans la ville. Les habitants s’étaient retirés derrière leurs rideaux. Il faisait trop chaud pour s’aventurer dans les rues. L’heure du scarabée.
Elle proposa de couper par le cimetière, où il lui semblait qu’il faisait plus frais. Ils marchaient depuis un petit moment lorsqu’ils aperçurent deux personnes assises sur un banc, à côté d’un cyprès. Un homme et une femme.
– Ce sont eux, dit Willie.
Karolina n’osait pas les regarder ouvertement.
Elle n’arrivait pas à situer l’homme, il n’avait pas l’air d’être de la région – il y avait chez lui quelque chose de charismatique. La femme était d’une beauté bouleversante. D’une beauté poignante, triste. Profondément triste. Karolina était prête à parier qu’ils étaient amants. Mais pourquoi bannir leur amour dans un endroit aussi perdu ?
– A quoi penses-tu ? demanda-t-elle à Willie tandis qu’ils remontaient Stiebeuelstraat en direction de l’hôtel.
– Ils sont amants. Si quelqu’un les voit ensemble, c’est fini pour eux. Ils prennent des risques inconsidérés.
En arrivant à l’hôtel, il recracha un petit bout de la feuille qu’il mâchouillait entre ses dents.

Rentrée littéraire 2015
L’auteure :
Ingrid Winterbach est née en 1948 à Johannesburg. Elle étudie les lettres et les arts plastiques à l’université, puis mène une triple carrière d’enseignante, de peintre et d’écrivaine. À ce jour, elle a publié neuf romans. Au Café du Rendez-vous, écrit en afrikaans, est le premier à être traduit en français.
240 pages
Éditeur : Phébus (août 2015)
Traduction : Marie-Pierre Finkelstein
Titre original : Karolina Ferreira

abandon de lecture·lectures du mois·littérature France·policier·sortie en poche

Lectures du mois (9) avril 2015

Si je ne veux pas accumuler trop de billets de lecture en retard, mieux vaut en regrouper quelques-unes, qui vont du moins intéressant au meilleur.

extraordinairevoyageRomain Puértolas, L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea
312 pages Livre de Poche (2015)
Que dire de ce roman ? Les cent premières pages sont plutôt drôles et vivement menées, la présentation des personnages est cocasse et les premières péripéties du voyage involontaire du fakir, quoique totalement invraisemblables, prêtent à sourire.
Mais ensuite, tout semble répétitif et le sourire devient de moins en moins fréquent pour disparaître tout à fait. Le sujet du livre n’est pas les multiples pièges et périls affrontés par les candidats à l’immigration, puisque le fakir Ajatashatru Lavash Patel est venu avec un billet d’avion et un visa touristique en règle et compte bien rentrer en Inde avec son lit à clous. Toutefois, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à l’actualité, lorsque le fakir croise des immigrants au fond d’un camion en partance pour le Royaume-Uni. Je n’avais plu le cœur à rire ensuite, ou bien l’avalanche de (plus ou moins) bons mots m’a lassée, et j’ai refermé le livre sans regret aucun, plus rien ne m’y retenait.

L’avis de Laurie.

enfantdeletrangerAlan Hollinghurst, L’enfant de l’étranger
768 pages Le Livre de Poche (2015) Traduit de l’anglais.
Le début rappelle le roman de Ian McEwan, Expiation, mais il n’est pas malheureusement pas doté du même souffle. Les personnages flirtent avec la caricature, une mère naïve, un frère aîné un peu coincé, un jeune frère qui se cherche, une oie blanche. Je suis un peu lassée des romans qui commencent en 1913 ou en 1938, et qui semblent vous claironner : Attention, des drames vont se produire ! Ce qui est assez malin, dans le cas de ce roman, c’est qu’après le début en 1913, se produit au bout de 150 pages un saut dans le temps de durée indéterminée, qui laisse le lecteur deviner progressivement comment les cartes ont été redistribuées. L’intérêt se trouve donc largement relancé par cet intervalle où de nombreux événements se sont produits… pour retomber tout aussi vite, et ne plus générer qu’un ennui profond !
Je ne sais pourquoi les romans qui parlent de poètes, vivants ou morts, réels ou imaginaires, me font seulement bâiller, d’autant plus sur 800 pages, et là malheureusement, cela s’est vérifié une fois de plus.

L’avis diamétralement opposé de Papillon.

vertpalatinoGilda Piersanti, Vert palatino
288 pages Pocket (2009)
Un policier romain (quoique l’auteure écrive en français) pour vacances romaines, voici qui ne pouvait mieux tomber. La plus grande partie de l’action se situe dans des quartiers que je n’ai pas eu l’occasion de voir, notamment une immense barre d’immeubles de près d’un kilomètre de long, inspirée par les travaux de Le Corbusier, mais la mixité sociale y est bien moins réussie que dans la Cité Radieuse.
Au printemps 2001, alors que ses collègues ne pensent qu’à la Coupe d’Italie, l’inspecteur Mariella de Luca s’y rend pour enquêter sur la disparition d’une fillette, et tente de relier cette affaire, comme son instinct le lui dicte, à la mort d’un membre d’un réseau pédophile.
De nombreux personnages, mais bien dessinés, autour de ces affaires, forment un roman solide et qui se lit avec un intérêt croissant.

Le billet d’Hélène.


confidentHélène Grémillon, Le confident
320 pages Folio (2012)
Je vais vous faire une confidence : malgré la quantité de livres que je lis, je suis une picoreuse. Vingt pages par ci, quinze par là, entrecoupées d’activités diverses et variées, ou grappillées en transports en commun. Même avec un bon fauteuil, je ne lis jamais bien longtemps d’affilée. Sauf exceptions, et Le confident en fait partie, et si je ne l’ai pas dévoré en une seule session, c’est qu’il fallait tout de même manger un peu !
Camille vient de perdre sa mère, et parmi les lettres de condoléances, elle trouve un écrit, pas vraiment une lettre, qui lui est toutefois adressé. Camille, étant éditrice, pense à un auteur en mal de reconnaissance. Mais ces lignes qui semblent parler de sa famille, où seuls les prénoms ont changé, l’intriguent énormément, d’autant plus que chaque mardi, une suite apparaît dans sa boîte aux lettres.
L’écriture est séduisante, et le roman conduit de telle façon que l’envie d’en savoir plus devient des plus fortes. Je l’ai trouvé très réussi, sur un thème qui semble assez rebattu.

Sylire a préféré l’écouter !

abandon de lecture·littérature France·rentrée automne 2013

Raphaël Jerusalmy, La confrérie des chasseurs de livres

laconfreriedeschasseursRentrée littéraire 2013
L’auteur :
Diplômé de l’École normale supérieure et de la Sorbonne, Raphaël Jerusalmy a fait carrière au sein des services de renseignements militaires israéliens avant de mener des actions à caractère humanitaire et éducatif. Il est aujourd’hui marchand de livres anciens à Tel-Aviv. En 2012, Actes Sud a publié son premier roman, Sauver Mozart (prix de l’ENS Cachan), déjà en cours de traduction en anglais (Royaume-Uni, États-Unis, Australie et Nouvelle-Zélande), en italien et en hébreu.
320 pages
Editeur : Actes Sud (août 2013)

Une de mes découvertes de l’année dernière a été le petit roman fin et plein d’idée écrit par Raphaël Jerusalmy, Sauver Mozart, qui m’a laissé un délicieux souvenir (et qui vient d’ailleurs de sortir en poche !)
Autant dire que j’étais ravie de savoir que l’auteur récidivait, et j’ai acheté son deuxième roman sans trop m’attarder sur la quatrième de couverture. Roman historique, roman d’aventures qui imagine ce qu’il est advenu de François Villon lorsqu’il fut libéré des cachots de Louis XI où il attendait son exécution, là où les historiens perdent sa trace… Voilà qui était engageant ! Le temps des premiers imprimeurs, un périple de Paris à Jérusalem, des complots et des rebondissements… J’imaginais une sorte de Nom de la rose, dans d’autres paysages.
Le début m’a bien plu, lorsque l’évêque Chartier vient trouver Villon dans sa prison pour lui proposer un marché qu’il ne peut guère refuser. Le récit manifeste beaucoup d’érudition, l’intrigue est intéressante, mais, car il y a un mais… le style m’emballe vraiment moins que dans Sauver Mozart qui, écrit sous forme d’un journal, était très dynamique. Dans ce roman, la narration peine par moments à donner une existence aux personnages et aux lieux, et malgré quelques jolies images, j’ai fini par m’engluer dans des péripéties qui ne me passionnaient guère et par n’ouvrir le livre qu’avec effort. Bref, pas du tout le moment de ravissement attendu.
Je crois que cela tient surtout au style qui ne me convient pas, et sans doute l’histoire n’est-elle pas pour moi non plus ! Je n’ai lu que des avis très positifs par ailleurs, aussi suis-je sûre que c’est moi qui suis passée à côté, qui n’ai pas vu les qualités de ce roman. Ce sont des choses qui arrivent. 

Extrait : Guillaume Chartier s’était attendu à un meilleur accueil, imaginant un auditeur subjugué, pendu à chaque syllabe. Le voilà assis en face d’un goinfre aux paluches rugueuses qui, l’échine penchée à même l’écuelle, se borne à mastiquer goulûment sa pitance. La tâche que Louis XI lui a confiée demande du doigté. Le moindre impair risque de déclencher une effroyable crise politique, voire un conflit armé. Or le prisonnier qu’il a devant lui n’est pas réputé pour sa docilité. C’est un rebelle. Mais c’est justement sur cet esprit d’insubordination que table l’évêque de Paris.
Alors que Villon happe une belle portion de fromage des montagnes, Chartier extrait un volume de dessous sa cape. La reliure en est grossière, une peau de truie dépourvue de tout ornement. Le titre est manuscrit au dos en caractères gras : ResPublica.
– Le Saint-Siège veut interdire cette publication à tout prix.

Lisez par exemple les avis de Leo a lu ou de Passion de lecteur

abandon de lecture·littérature Amérique Latine·littérature France

Lectures en vrac

Au vu du nombre de livres qu’il me reste à chroniquer avant de partir en vacances, et parce que je voudrais tout de même donner mon avis sur ces abandons ou déceptions, je réalise un tir groupé : trois chroniques au lieu d’une !

demainjarreteDemain, j’arrête ! de Gilles Legardinier, Pocket (2013)
C’est sans doute le plus médiatisé de ce billet, on voit partout sa couverture craquante et colorée, il est de toutes les sélections de l’été…
Et alors ?
Julie, trentenaire célibataire et gaffeuse, est curieuse du nouveau voisin qui vient d’emménager au-dessus de chez elle : il se nomme Ricardo Patatras ! Après moultes péripéties amusantes, Julie finit par le rencontrer, mais se demande pourquoi il reste si mystérieux… La curiosité, défaut fort répandu, et l’attirance pour ce voisin si charmant, la poussent à se compliquer encore davantage la vie. Si l’idée d’une Bridget Jones matinée de Desperate Housewives vous séduit, pourquoi pas tenter ce roman qui se lit très facilement ? Je suis allée jusqu’au bout, mais il m’a manqué quelque chose pour que cette lecture soit davantage que plaisante. Le style, peut-être ? Je m’attendais à mieux, et je ne pense pas lire le roman suivant. Quoiqu’il en soit, on peut reconnaître à l’auteur la facilité à se glisser dans la peau d’un personnage féminin, et à suivre le fil de ses pensées tournées vers un spécimen de la gent masculine… Un livre à classer dans la catégorie de ceux qui font du bien au moral, sans trop de prétention ! 

Leiloona a été séduite !

legendedesfilsLa légende des fils de Laurent Seksik, Flammarion (2011)
J’avais beaucoup aimé, de cet auteur, Les derniers jours de Stefan Zweig, il y a deux ou trois ans… J’ai été attirée par ce roman d’apprentissage qui décrit le parcours d’un jeune garçon qui vit à la campagne aux environs de Phoenix, en Arizona, en 1962, le lieu et l’époque me convenaient bien !
Cependant, dès le début, je n’ai pas accroché, la distance établie par l’auteur avec son jeune personnage m’ayant interdit toute empathie, malgré ce qu’il doit subir de la part de son père. De plus, un manque de rythme dans le roman, de longs monologues de personnages secondaires dont on se demandent ce qu’ils viennent faire là, m’ont découragée et ôté toute envie de dépasser la première moitié. Tant pis, je pense que cet auteur est plus à l’aise dans le domaine biographique et que ce sera là que je le retrouverai !

D’autres avis sur Babelio.

traduirehannahTraduire Hannah, de Ronaldo Wrobel, Métailié (mars 2013)
Max est arrivé de Pologne pour s’installer à Rio de Janeiro dans les années 30. Petit cordonnier, il est sommé de traduire du courrier en yiddish pour le compte de la censure qui tient à l’oeil les étrangers supposés subversifs. C’est ainsi qu’il a l’occasion de découvrir Hannah, belle et douce jeune femme, dont il tombe amoureux par lettres interposées. Sa curiosité pour la belle, qui n’est pas vraiment ce qu’elle semble être, va l’entraîner dans mille péripéties…
Voici celui des trois que je regrette le plus de ne pas avoir aimé. Le pays, les personnages, le contraste entre les juifs débarqués d’Europe et la gaité et la tolérance de leur pays d’accueil, le style tout à fait agréable et bien rendu par une traduction à laquelle je n’ai rien à redire… Bref, que du positif, mais dès la moitié du roman, le trop-plein de loufoque, l’imbroglio entre tous les personnages, tout cela m’a perdue et laissée sur le bord du chemin ! J’ai tout de même laissé le marque-page en place pour une reprise éventuelle, et je vous tiendrai au courant si je le finis !

L’avis plus positif de Keisha.

abandon de lecture·littérature Europe de l'Ouest·nouvelles·rentrée hiver 2013

Clemens J. Setz, L’amour au temps de l’enfant de Mahlstadt

amourautempsL’auteur : Né en 1982, Clemens Jonathan Setz a étudié la littérature et les mathématiques, selon lui moins ennuyeuses. Dès son deuxième roman, il fut nominé pour le Deutschen Buchpreis et obtint le prestigieux prix Ingeborg-Bachmann. Il est par ailleurs traducteur et vit à Graz.
270 pages
Editeur : Jacqueline Chambon (janvier 2013)
Traduction : Claire Stavaux
Titre original : Die Liebe zur Zeit Mahlstädter Kindes

Les nouvelles de ce recueil sont l’oeuvre d’un jeune auteur autrichien. De longueurs variables, elles ont en commun des tranches de vie quotidienne où s’invitent l’étrange, le bizarre, voire le glauque. Je ne savais pas trop au début de la lecture si l’auteur avait choisi le domaine du fantastique ou celui de la folie. Puis différents symptômes de maladies mentales semblent dominer, de la paranoïa au sadisme, de l’hypocondrie à l’agoraphobie, tant et si bien que le lecteur (enfin, moi !) finit par s’en trouver plutôt nauséeux… Dans ces histoires, les sensations et sentiments les plus communs finissent toujours par être altérés, et des séquences dont il n’est pas facile de savoir si elles sont rêvées ou réelles ajoutent au sentiment d’étrangeté. Les plus brèves des nouvelles, et parmi elles, celles qui m’ont laissée le plus perplexe, étaient plutôt réjouissantes, mais l’ensemble m’a laissé un goût amer qui m’empêche de les recommander.
Dans le même style, j’avais largement préféré les nouvelles d’une jeune auteur et cinéaste américaine, Miranda July, Un bref instant de romantisme qui laissaient apparaître plus de tendresse pour les personnages.
J’ai pensé aussi en cours de lecture à Yôko Ogawa (Les lectures des otages ou La mer) ou Haruki Murakami (Saules aveugles, femmes endormies), mais sans jamais être autant séduite que par ces deux auteurs japonais. C’est toutefois parmi leurs lecteurs que se trouveront sans doute ceux qui aimeront les nouvelles de Clemens J. Setz.

Extrait : Il y en avait des myriades, elles étaient innombrables et omniprésentes, ces zones grises abandonnées à la tristesse, la folie et la solitude, et logées dans les objets, les bâtiments et les situations : les garages grands ouverts avec leur immuable tache d’huile au sol, les poubelles qui débordent, les chiens à trois pattes, ou pire, les arrêts de bus où l’on est comme enchaîné à l’air libre ; puis d’autres choses, comme les couverts tordus, les moufles aux bords sales, les grains de sablage des routes en hiver, qui flottent dans les empreintes de pas laissées sur le sol de la cuisine, les cabines téléphoniques carbonisées, les buissons à l’odeur d’urine, où viennent se nicher pourtant des centaines de moineaux, les habits d’été aux couleurs qui s’estompent dans la lumière déclinante d’une cage d’escalier, avec ses petits balcons en forme de bénitier plongés dans la pénombre entre deux étages, sans aucune indication de leur utilité ; toute cette effroyable mélancolie et désolation d’un quai de gare, le va-et-vient du regard, à gauche : des rails à perte de vue, puis à droite : même spectacle, et la vaine tentative de s’agripper aux plis de la jupe maternelle, face à cette infinité sans issue, qu’on retrouvera sous une forme plus anodine le lendemain à l’école, dans l’échelle infinie des nombres.

Merci à Entrée livre pour l’envoi !

 

abandon de lecture·littérature France·premier roman

Henri Courtade, Loup, y es-tu ?

loupyestuL’auteur : Biologiste au centre hospitalier de Pau, Henri Courtade est né en 1968 et vit à Lons.
Finaliste du premier prix littéraire du magazine Géo avec Lady R, son second roman paru en 2011, il écrit dans des genres aussi variés que le fantastique ou le roman d’aventure historique.
Dans son premier livre, Loup, y es-tu ?, sorti en septembre 2010 chez Mille Saisons Éditions, il a choisi de parler de notre société moderne tout en restant léger et divertissant, par le biais d’une fable.
388 pages
Editions Folio (janvier 2013)


Pour ce roman, je devrais créer une rubrique « Mais qu’est-ce qui m’a pris ? » Pourquoi ai-je en effet sélectionné ce livre à la lecture d’une quatrième de couverture assez sibylline et sans voir la couverture, pas franchement réussie… Pourtant, l’idée de départ était séduisante, d’imaginer les personnages de contes traditionnels dans le monde actuel, et ces mêmes héros des contes enfantins influant sur le cours des grands évènements du XXème siècle.
Les noms des personnages sont bien trouvés, de Cindy Vairshoe à Franz Schüchtern,(timide en allemand), de la pâle Albe Snösen à Virginia Woolf (si, si !), une jolie styliste qui déteste la couleur rouge. J’ai beaucoup aimé la scène où le nain timide aborde Blanche-neige qui vend des billets de spectacles à Times Square. Mais ensuite ça se gâte avec une poursuite en voiture beaucoup trop longue. Et, pitié, non, ne me dites pas que le 11 septembre était l’oeuvre d’une méchante sorcière ! On n’y croit pas un instant à cette maléfique Marylin von Sydow, enfin, moi, je n’ai pas marché. Elle est à l’origine de deux disparitions de personnages importants qui arrivent dès le début du roman, j’ai trouvé que cela arrivait bien trop tôt. Que l’on me pardonne si les péripéties telles que je les raconte ne correspondent pas à la chronologie du roman, j’ai eu du mal à suivre ce qui se passait…
Le style un peu plat, pas dénué de quelques clichés, les péripéties qui ne me m’ont pas fait frémir le moins du monde, la psychologie à peine esquissée, tout cela a gâché le plaisir que j’avais eu à l’idée des personnages de contes évoluant au XXIème siècle. Certes, les clins d’oeil sont nombreux, mais l’ensemble ne m’a pas intéressée bien longtemps. L’auteur a eu beau déployer humour et imagination, je ne me suis pas laissée emporter. A recommander uniquement aux amateurs de fantasy, dont je ne fais manifestement pas partie. Je m’amuse beaucoup plus avec les réinterprétations à destination d’un lectorat plus jeune, tels Un conte peut en cacher un autre de Roald Dahl ou Les contes à l’envers de Philippe Dumas.

Extrait : Elle s’était maintes fois demandé pourquoi les êtres humains assimilaient le mal à la laideur. Sans doute pour se rassurer, en avait-elle conclu. Toutes les sorcières qu’elle connaissait étaient plutôt belles, et pas une seule n’était affublée d’un grossier poireau sur un nez crochu. Elle était bien placée pour savoir que la malveillance a toujours pris de beaux autours, les plus séduisants qui soient, de préférence. On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre, disait le dicton populaire. Le mal se devait donc d’être d’aspect agréable pour mieux se répandre et sévir, elle avait tôt fait de le comprendre. Dans un univers technologique basé sur l’image et l’apparence, ses chaînes de télévision et Internet ne servaient-ils pas ses desseins à merveille ?

Ailleurs : Val n’est pas séduite non plus, Plume l’a trouvé plaisant à lire et de nombreux autres avis sont enthousiastes, sur Babelio par exemple.

Un grand merci à Lise des éditions Folio pour l’envoi, je tâcherai de choisir plus selon mes goûts une prochaine fois ! 

abandon de lecture·littérature Océanie

Miles Franklin, Ma brillante carrière

mabriallantecarriereL’auteur : Son nom est Stella Maria Sarah Miles Franklin. Elle est née en 1879 en New South Wales dans une famille de propriétaires terriens. Elle publie son premier roman, Ma brillante carrière, inspiré de sa jeunesse, en 1901. Par la suite, elle tente une carrière d’infirmière puis de gouvernante, tout en continuant d’écrire pour des journaux. Elle écrit la suite de Ma brillante carrière, que la censure interdit de publication jusqu’en 1946, trouvant l’ouvrage trop subversif !
En 1906, elle part vivre aux Etats-Unis et devient la secrétaire de Alice Henry, directrice de la Ligue des Femmes de Chicago, puis en 1915 elle s’installe en Angleterre où elle travaille dans un hôpital. Elle rentre en Australie en 1932 et écrit de nombreux romans historiques sur le Bush. Sa vie est marquée par sa volonté de ne jamais se marier, et ce, malgré les nombreux prétendants. Elle fait ainsi partie de ces pionnières du féminisme à l’australienne. Elle décède en 1954 dans une banlieue de Sydney. Dans son testament, elle lègue une somme conséquente afin que soit créé un prix littéraire annuel portant son nom.

Je sens que je vais jouer les rabat-joie aujourd’hui, car je n’ai pas été très emballé par ce classique de la littérature australienne, dont l’auteur est une pionnière dans le domaine du féminisme. Ce roman est le récit à peine romancé de sa jeunesse, où elle est incarnée par le personnage de Sybylla Melvyn. Celle-ci grandit dans une famille que les déboires financiers et alcooliques du père conduisent à la pauvreté. Pourtant, il avait commencé avec une exploitation agricole de taille raisonnable, un mariage avec une jeune fille de bonne famille, mais des choix hasardeux font que la famille peine à survivre. C’est un calvaire pour l’aînée de la famille, Sybylla, qui rêve de littérature et de musique, et doit participer activement aux travaux ménagers, et voir sa mère s’user de jour en jour à des tâches ingrates. Le caractère perpétuellement rebelle de Sybylla en fait une charge supplémentaire pour ses parents qui l’envoient pour un séjour de longue durée chez sa grand-mère et sa tante maternelles.
Le décor change du tout au tout, la maison est bourgeoise, les voisins du bush ont des des hectares et des hectares de terres et les jeunes hommes tournent autour de cette jeune fille qui se décrit pourtant elle-même comme fort laide. Ces complexes ne l’empêchent pas de faire toujours preuve d’une vivacité, d’un esprit de répartie et d’un caractère assez impossible. Elle tombe sous le charme de Harry Beecham ou est-ce lui qui est séduit… ? J’avoue que là, ça a commencé à ne plus guère m’intéresser, en se mettant à ressembler à un roman anglais de la même époque, avec badinage campagnard et volte-faces sentimentales. Le caractère de Sybylla y ajoutait certes un peu de piquant, mais aussi provoquait mon agacement, se conduisant parfois comme une gamine de douze ans, puis dans l’instant, comme une jeune femme bien plus mûre. La suite et même la fin lue en diagonale n’ont pas fait remonter mon intérêt qui est allé s’amenuisant. Pourtant le début m’avait bien plu, les descriptions de paysages aussi, mais les tourments intérieurs de Sybylla ne m’ont pas convaincus, même s’ils semblaient assez en avance sur leur époque. Quant au style, je n’ai pas grand chose à en dire, il ne m’a pas frappée ni touchée ! 


Extrait : C’était la vie – c’était là ma vie – ma carrière, ma brillante carrière ! J’avais quinze ans – quinze ans ! Quelques fugitives heures et je serai aussi âgée que ceux qui m’entouraient. Je les regardais tandis qu’ils se tenaient là, debout et fatigués, sur l’autre versant de la vie. Jeunes, sans doute avaient-ils espéré et rêvé de choses meilleures – peut-être les avaient-ils connues. Mais voilà où ils en étaient. Voilà ce qu’avait été leur vie. Voilà quelle était leur carrière. 

Lu pour le blogoclub de lecture, les autres billets sont sur le blog de Sylireblogoclub

abandon de lecture·littérature France·non fiction

Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie

L’auteur : Sylvain Tesson est un écrivain voyageur. Il est le fils de Marie-Claude et Philippe Tesson. Géographe de formation, il effectue en 1991 sa première expédition en Islande, suivie en 1993 d’un tour du monde à vélo avec Alexandre Poussin. Il traverse également les steppes d’Asie centrale à cheval avec l’exploratrice Priscilla Telmon, dont il fut le compagnon pendant de nombreuses années, sur plus de 3000 km du Kazakhstan à l’Ouzbekistan. En 2004, il reprend l’itinéraire des évadés du goulag en suivant le récit de Slavomir Rawicz : The Long Walk (1955), de la Sibérie jusqu’en Inde à pied. Depuis quelques années, il écrit des nouvelles, il a obtenu le prix Goncourt de la nouvelle pour Une vie à coucher dehors, et collabore également à diverses revues.
272 pages
Editeur : Gallimard (septembre 2011)

Les écrivains voyageurs sont pour moi une espèce mystérieuse dans la mesure où je parviens rarement à suivre leurs récits jusqu’au bout, même et surtout quand les lieux et le périple qu’ils décrivent ont tout pour me séduire… Je ne compte plus ceux que j’ai laissés sur le bas-côté, ou n’ai même pas commencé du tout. Seul l’humour peut sauver leurs livres, ou les faits historiques s’il s’agit de voyageurs d’autrefois, ou les descriptions ethnologiques ou zoologiques. Je ne suis pas si compliquée dans mes goûts, finalement ! 

Bref, une fois encore, un livre qui me tentait furieusement, commencé dans l’enthousiasme, m’est tombé des mains avant les 150 premières pages. J’aurais dû me méfier, je n’avais pas été tellement ravie à la lecture des nouvelles d’Une vie à coucher dehors, mais les lecteurs de Dans les forêts de Sibérie en disaient tant de bien ! 

Je n’ai pas grand chose à en dire, l’idée de passer un hiver dans une cabane au bord du Lac Baïkal, avec pour toute compagnie des caisses pleines de livres, et d’autres de pâtes, de riz, de ketchup et de vodka (quoique mon estomac proteste rien qu’à la vue de ces deux derniers mots) me semblait plaisante et tout à faite intéressante. J’ai noté au début pas mal de passages qui me parlaient, puis l’aventure a fini par tourner en rond, les litres de vodka défilant plus vite que les lectures. Je m’attendais à en apprendre plus sur les quelques habitants de cette région de Sibérie, sur les animaux qui peuplent les lieux, j’ai eu droit à des réflexions philosophiques, assez répétitives, sur l’érémitisme, sur la solitude opposée à la vie urbaine et à la société de consommation. Certes, je suis tout à fait convaincue du bien-fondé de la consommation locale, mais tout le monde ne peut pas aller se réfugier au fond des bois, il me semble même qu’il faut être un brin privilégié pour pouvoir le faire à plusieurs milliers de kilomètres de chez soi. J’ai, vous le comprendrez, été assez agacée par la condescendance dont fait preuve l’auteur, et par le manque relatif d’humour de son récit, un bon prétexte pour me dispenser de le terminer.

J’ai toutefois pris le temps de noter un maximum de citations, au début car elles collaient avec le livre que j’aurais aimé lire, ensuite parce qu’elles me confortaient dans l’idée que ce récit ne me plaisait pas vraiment. Je vous laisse juger par vous-même en lisant des extraits, et vous conseille de lire plutôt Indian Creek, de Pete Fromm, un hiver dans les Rocheuses qui a eu l’heur de me plaire à cent pour cent ! 

Citations : Ma table, collée à la fenêtre de l’est, en occupe toute la largeur, à la mode russe.Les Slaves peuvent rester des heures assis à regarder perler les carreaux. Parfois, ils se lèvent, envahissent un pays, font une révolution puis retournent rêver devant leurs fenêtres, dans des pièces surchauffées. L’hiver, ils sirotent le thé interminablement, pas trop pressés de sortir.

Au réveil, mes journées se dressent, vierges, désireuses, offertes en pages blanches. Et j’en ai par dizaines en réserve dans mon magasin. Chaque seconde d’entre elles m’appartient. Je suis libre d’en disposer comme je l’entends, d’en faire des chapitres de lumière, de sommeil ou de mélancolie.

Dans les draperies de versants sinuent les canyons. Dans quatre mois, ils recevront l’eau de la fonte, la déverseront dans la vasque. Dès que j’arrive à leur hauteur, le vent redouble, par effet d’entonnoir. Dire que des écrivains essaient de brosser la beauté de lieux pareils.
J’ai avalé presque tout Jack London, Grey Owl, Aldo Leopold, Fenimore Cooper et une quantité de récits de l’école du Nature Writing américain. Je n’ai jamais ressenti à la lecture d’une seule de ces pages le dixième de l’émotion que j’éprouve devant ces rivages. Je continuerai pourtant à lire, à écrire.

Isolé, l’ermite ? Mais de quoi ? L’air se glisse à travers les poutres, le soleil inonde la table, l’odeur des bois s’immisce par les fentes, la neige s’infiltre par les pores de la cabane, un insecte s’invite sur le parquet. En ville, une couche de goudron prémunit le pied de tout contact avec la terre, et entre les hommes se dressent des murs de pierre.

Je suis empereur d’une berge, seigneur de mes chiots, roi des Cèdres du Nord, protecteur des mésanges, allié des lynx et frère des ours. Je suis surtout un peu gris parce qu’après deux heures d’abattage de bois, je viens de m’envoyer un fond de vodka.

A lire aussi : Aliénor dont l’avis rejoint le mien, et les enthousiastes : Hélène, Jérôme, Mango, Papillon, Violette… Et si vous arrivez à le visionner, un reportage sur de jeunes grecs qui retournent à la campagne pour vivre en autosuffisance, sur Arte, montre un retour à une vie plus simple, mais autrement authentique.

abandon de lecture·littérature Europe de l'Ouest·premier roman·rentrée automne 2012

Melinda Nadj Abonji, Pigeon, vole

Rentrée littéraire 2012
L’auteur :
Melinda Nadj Abonji est musicienne, romancière et essayiste suisso-hongroise. Née en 1968 en Voïvodine (alors yougoslave, aujourd’hui en Serbie), elle a d’abord été élevée en hongrois par sa grand-mère. Elle a rejoint à six ans ses parents à Küsnacht, en Suisse. Elle est l’auteur d’un premier roman, Im Schaufenster im Frühling, publié en 2004. En 2010 elle a reçu le Buch Price de Francfort (le Prix allemand du livre) pour Pigeon, vole.
238 pages
Editeur : Métailié (août 2012)
Traduction : Françoise Toraille
Titre original : Tauben fliegen auf

Je suis bien ennuyée… Ce roman avait tout pour me convenir : une histoire de famille, le thème de l’exil et de la difficile adaptation à un pays étranger, l’histoire des pays de l’est en arrière-plan. Un premier roman de surcroît et cela m’ennuie vraiment de déclarer forfait à la moitié du livre, mais je n’arrive pas à m’y intéresser et je me sens complètement inapte à apprécier le style bien particulier de l’auteur.
Idilko et sa sœur Nomi, alors adolescentes, font route pour retrouver le temps d’un été leur Mamika dans l’ex-Yougoslavie où elle est restée. Les deux jeunes filles vivent en Suisse où leurs parents ont réussi à reprendre un restaurant. Les jeunes filles grandissent ou rajeunissent, les époques s’emmêlent un peu, mais les instantanés de vie de famille sont sympathiques, à défaut d’être totalement attachants. J’ai partagé avec plaisir quelques moments, un mariage, une retour dans une maison d’enfance, l’ouverture d’un restaurant, avant de me rendre compte que j’attendais autre chose, qui n’arrivait pas.
De plus, le style très particulier me freinait constamment, à croire qu’il fallait que je gagne cette lecture à la sueur de mon front ! Sans doute ne suis-je pas assez disponible actuellement pour mériter de m’y trouver à l’aise. Les phrases sont très très longues, avec des qui et des que à n’en plus finir. Les dialogues sont de plus intégrés sans cérémonie, ni ponctuation, dans la narration, et je trouve ce procédé original mais pas indispensable. Moi qui adore les écritures sobres, je n’étais pas à la fête. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’un problème de traduction, je crois que la version française tente de rendre au mieux la version suisse-allemande. Malheureusement, cela m’a fait arrêter plusieurs fois en cours de lecture pour attaquer d’autres livres un peu plus fluides, et je n’ai pas réussi à éprouver autre chose qu’un certain ennui en le reprenant. Je suis désolée pour l’éditeur et Babelio qui m’ont fait parvenir ce roman pour Masse critique.

Bref, un rendez-vous raté pour moi mais n’hésitez surtout pas à lire d’autres avis plus positifs : Aifelle s’est attachée à ces instantanés de vie de famille, Jostein a aimé cette histoire de famille au rythme personnel et Leiloona a adopté les personnages et aimé l’écriture pétillante…

Extrait : Tu veux tous nous envoyer dans la tombe, dit l’oncle Moric, qui est venu se camper à côté de papa dès que les musiciens se sont mis à jouer, il est si près qu’il le toucherait presque de son nez couperosé, tu veux nous envoyer à la guerre, siffle l’oncle Moric, hein, ou bien est-ce que ça t’est seulement sorti de la bouche comme ça ? Maman, toujours belle dans sa robe vert pré, semble désemparée et personne ne l’écoute quand elle dit, vous ne pourriez pas remettre cette discussion à un autre jour ? Papa et oncle Moric se crachent des mots à la figure, tu veux nous envoyer à la guerre, n’arrête pas de répéter l’oncle Moric, papa crie arrête donc, voyons, arrête enfin, il souffle des volutes de fumée moqueuses vers le haut de la tente, t’as perdu ton humour, il s’est caché au fond de ton caleçon des dimanches ? Les guirlandes sont devenues des petites bouées colorées qui se balancent sur une mer de fumée et de jurons. 

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