Beata Umubyeyi Mairesse, Tous tes enfants dispersés

« Vous étiez si naïfs, mes enfants, vous sembliez ne pas avoir encore compris que la guerre n’est pas destinée à rendre justice. »

Blanche est née au Rwanda, et depuis 1994, vit à Bordeaux où elle a fondé une famille. Immaculata, sa mère, vit toujours dans son pays, avec ce qu’il lui reste de famille. Quant à Stokely, le fils de Blanche, il ne connaît pas le Rwanda de sa mère, ni sa grand-mère. Leurs trois voix interviennent tour à tour pour tenter de renouer le lien familial, distendu par l’éloignement. Il y a aussi la présence muette de Bosco, le frère de Blanche…
Je ne sais pas si cela vient d’une lecture un peu trop fragmentée ou inattentive, mais j’ai ressenti une certaine difficulté à entrer dans le roman, et à me situer dans la chronologie au début… Blanche est-elle revenu au Rwanda une seule fois en 1997 ou une autre fois ensuite, et raconte-t-elle un ou deux retours ? À partir du milieu du roman, j’ai pris mes marques et trouvé la fin très belle, et justifiant le chemin un peu ardu pour en arriver là.

« Posséder complètement deux langues, c’est être hybride, porter en soi deux âmes, chacune drapée dans une étole de mots entrelacés, vêtement à revêtir en fonction du contexte et dont la coupe délimite l’étendue des sentiments à exprimer. Habiter deux mondes parallèles, riches chacun des trésors insoupçonnés des autres, mais aussi, constamment, habiter une frontière. »

Si j’essaye de voir ce qui m’a tenue à distance, cela vient sans doute de ce que j’ai pas mal lu sur le thème de l’exil et qu’au début, ce texte ne m’a rien apporté de plus par rapport à ces autres lectures, de même que sur le thème des relations mère-fille. Par contre, tout ce qui concerne le génocide de 1994 au Rwanda, et les traumatismes qu’il a engendrés, garde une force terrible par rapport aux autres sujets abordés.
J’ai noté aussi que ce qui concerne les noms (Blanche, Immaculata) ou la signification des prénoms dans la langue maternelle des deux femmes m’a semblé un peu lourdement appuyé, leur donnant un poids trop important dans le cours des vies. Par contre, lorsque l’auteure insiste sur le thème de la parole, ou des langues, cela se justifie, et présente un aspect très intéressant du roman.
Si je suis passée par des hauts et des bas avec ce roman, que cela ne vous empêche pas de le lire si le sujet vous intéresse et que vous en avez l’occasion !

Tous tes enfants dispersés de Beata Umubyeyi Mairesse, éditions Autrement, août 2019, 244 pages, prix des Cinq Continents de la Francophonie, sorti en poche.

Plusieurs avis sur le site des 68 premières fois

Participation au mois africain organisé par Jostein

21 commentaires sur « Beata Umubyeyi Mairesse, Tous tes enfants dispersés »

  1. C’est vrai qu’il y a pas mal de romans sur ce sujet. Et cela se comprend tant les esprits sont marqués par ce génocide. Je trouve que l’auteure évite le pire en se concentrant sur la transmission des femmes. Et oui, la fin est très belle. Merci pour ta participation au mois africain

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    1. Peut-être y a-t-il dans ce roman beaucoup de thèmes abordés, comme c’est souvent le cas dans les premiers romans. Alors, selon les lecteurs, ça marche plus ou moins.

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  2. Bien sûr que le sujet m’intéresse mais je préfère quand les avis sont unanimes ce qui n’est pas le cas pour celui-ci.

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    1. J’en avais même prévu un ou deux en plus ! 😉 (j’ai abandonné un polar de Leye Adenle, et mis de côté un autre roman pour plus tard)

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  3. J’ai déjà pas mal lu (et écouté) sur le sujet et vu tes réserves, je crois que je ne vais pas tenter celui-ci.

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    1. Il n’est pas obligatoire de s’arrêter à mes bémols… (mais parfois, c’est utile pour que les PAL ne prennent pas trop d’importance !)

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  4. Merci pour le lien vers les chroniques des 68 ! 🙂
    C’était le troisième 1er roman sur le Rwanda et le génocide que nous avions en sélection après Petit Pays de Gaël Faye (très apprécié) et J’ai cru qu’ils enlevaient toute trace de toi de Yoan Smadja (qui a fait l’unanimité).

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  5. Un livre que j’ai envie de lire depuis un moment déjà. Mais tu ne parais pas très convaincue…
    Daphné

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