Publié dans littérature îles britanniques, sorti en poche

Elizabeth Jane Howard, Une saison à Hydra

« L’angoisse du voyage de retour n’arrête pas de rebondir vers moi puis de s’éloigner de nouveau ; elle vient juste de me revenir, telle une balle agaçante, à la fois idiote et impossible à éviter. Il y a une énorme différence entre savoir ce qu’il faut faire et le faire, et je suppose que l’on passe la plus grande partie de sa vie dans cet entre-deux. »
Finissons l’année avec cette chronique d’un roman d’Elizabeth Jane Howard, qui m’a laissée un peu perplexe.
Quatre personnages y entrent en scène tout à tour à Londres dans les années cinquante : Emmanuel Joyce, un dramaturge en panne d’inspiration, son épouse Lilian jamais remise du décès de sa toute jeune enfant, et Jimmy le manager qui les accompagne partout, et résout pour eux tous les problèmes qui se présentent. Le
début entre dans le vif du sujet avec un événement qui fait qu’Emmanuel se montre sous un jour peu agréable, et se retrouve sans secrétaire. Cette entrée en matière qui agit sans présenter les personnages ne m’a pas séduite outre mesure. Ensuite passant du manager à l’épouse puis au dramaturge, cela prend une tournure plus intéressante, mais, baladée de Londres à New York, j’attendais déjà impatiemment de quitter ces endroits pour les îles grecques.
J’ai eu à ce moment-là l’impression d’être abonnée aux dramaturges et metteurs en scène de théâtre avec Le bal des ombres et Soleil de cendres, et ce n’était pas pour me déplaire. C’était avant que je me rende compte qu’il me faudrait arriver aux deux-tiers du roman pour atteindre enfin l’île grecque où je pensais paresser les pieds dans l’eau !

« Il la vit en entier – les promesses, les dangers, l’intensité de sa vie, ce qui bougeait ou restait assoupi en elle, sa forme, sa couleur, sa musique ; il vit tout ce qu’elle était, et plus qu’elle-même, ce fut la vérité de cette image qui lui fit voir en elle et en lui ce qui était éternel et ce qui pouvait changer. »
Et le quatrième personnage, me direz-vous ? Il s’agit d’une toute jeune fille, Alberta, aussi charmante que les pieds bien posés sur terre, qui va venir compléter le quatuor, en tant qu’apprentie secrétaire. Et là, on se demande qui va tomber dans les filets de qui, et on traque les moindres recoins de la conscience de chacun. Ce n’est pas du tout inintéressant, il y a même de très beaux passages, mais il faut bien le dire, pour moi, ça a été un peu long. Il m’a fallu presque les trois quarts du roman pour entrer dedans. En réalité, y entrer est facile, mais il ne se passe pas grand chose, et je m’ennuyais gentiment. C’était peut-être novateur en 1959, et le côté classique ne manque pas de charme, mais je pense être la preuve que ce roman ne sésduira pas tout le monde.
Maintenant, je ne sais plus trop si je vais lire Les Cazalet, dont on a tant parlé cet été. Je pensais que c’était une bonne idée de commencer par un autre roman, et en poche qui plus est, mais je serai prudente, dorénavant, d’autant que la saga compte cinq tomes.
La fin d’Une saison à Hydra rattrape tout, je l’ai trouvée heureusement beaucoup plus riche que le reste du roman, surtout en ce qui concerne l’évolution psychologique des personnages. La manière dont ils se révèlent capables d’évoluer, différents des personnes figées dans leurs comportements, et à vrai dire peu sympathiques, du début du roman, ne manque pas d’intérêt, et l’opposition entre ce qui relève, dans la vie, du destin ou du choix de chacun, parlera à beaucoup de lecteurs.
Voilà, à vous de voir s’il pourrait vous plaire.

Comme beaucoup, LadyDoubleH et Nicole se sont régalées.

Une saison à Hydra d’Elizabeth Jane Howard (The sea change, 1959) éditions La Table Ronde (poche), traduction de Sybille Bedford, 535 pages.

39 commentaires sur « Elizabeth Jane Howard, Une saison à Hydra »

  1. J’ai failli faire comme toi ! Comme j’appréhende un peu de me lancer dans saga, je me suis dit qu’il serait pas mal de découvrir d’abord l’auteure avec ce titre… là tu me refroidis complètement, on verra plus tard, peut-être, pour les Cazalet !

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      1. Eh bien je l’ai lu et j’ai vraiment beaucoup, beaucoup aimé. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas plongée de cette façon dans un roman et que je n’avais pas rencontré de vrais personnages. Pour certaines choses, effectivement, le roman est daté mais quelle lucidité de l’auteur sur ce que peut être un homme, comment peut se comporter une femme face à un homme, comment on peut accepter de vivre par procuration, comment on peut reproduire chaque jour des habitudes et s’enkyster dans des comportements, etc. J’ai trouvé ce roman bien plus fort que le tome 1 des Cazalet lu précédemment.
        Bonne journée !
        BONHEUR DU JOUR (http://bonheurdujour.blogspirit.com)

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  2. Hé bien, j’ai lu ce roman cet été, le billet est prêt mais il attend, il viendra… Comme toi je voulais lire un roman de l’auteur avant de me lancer dans une saga, pas entièrement traduite, et qu’il serait long de voir en bibli (pas question d’acheter, pff). Oui, un curieux roman quand même.

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  3. Tu m’as fait rire, avec ton désir d’ile grecque qui n’arrive jamais !
    Le thème de celui-ci ne me tente pas vraiment, mais je viens de lire le tome 1 des Cazalet et j’ai vraiment bien aimé…

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    1. Encore une couverture et un titre français quelque peu mensongers…
      Si tu aimes Les Cazalet, ça m’inciterait plutôt à tenter, mais prudemment, à la bibliothèque !

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  4. J’ai beaucoup apprécié les deux premiers tomes des Cazalet, mais c’est surtout une lecture plaisir (pas vide du tout, mais confortable et moins marquante par rapport à d’autres lectures). Je compte bien tout lire. Ce livre me tentait, tu me refroidis.

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    1. Peut-être que tu trouverais celui-ci aussi confortable. Il n’est pas inintéressant, tout de même, les personnalités sont compliqués et on a envie de savoir comment elles vont évoluer… dans la longueur.

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  5. J’ai lu celui-ci après le tome 1 des Cazalet. En fait lorsqu’il est sorti en grand format j’ai beaucoup hésité car je craignais exactement ce que tu as ressenti, les longueurs, l’ennui, la langueur… mais, mon enthousiasme après Etés anglais m’a incitée à le lire cet été et c’est vrai, je me suis régalée. Mais j’étais dans le bon état d’esprit, prête à des heures languides, un peu comme une semaine de vacances avec les personnages… Je ne lirais pas que ça toute l’année mais j’adore. Me voici donc à présent à trépigner en vue du tome 3 des Cazalet… 😉

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  6. Oh si, lis les Cazalet !!! J’ai commencé celui ci, et je l’ai abandonné, me disant que peut-être je le reprendrai pour lire la partie sur l’ile mais si tu dis qu’elle arrive tard, et ce que tu en dis me refroidit ! Et pourtant j’ai adoré les cazalet !

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  7. Alors il m’attend dans ma pal ! Merci pour ta chronique, je serai moins en attente d’évasion grecque haha 😉 mais le côté évolution psychologique des personnages me plaira certainement.
    Quant aux Cazalet, j’ai adoré le premier tome !! très savoureux. Je te le recommande 🙂

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