littérature France·mes préférés·rentrée automne 2016

Marcus Malte, Le garçon

garcon.jpgJ’ai déjà lu Marcus Malte à plusieurs reprises et, je dois avouer que je suis fan de son univers, de son écriture, de la poésie qui se dégage de ses textes, longs ou courts, romans noirs ou pour la jeunesse. Aussi me suis-je penchée rapidement après sa parution, avec des attentes immenses, qui n’ont que peu à voir avec le fait qu’on commence à parler de ce roman partout, sur son dernier ouvrage, Le garçon.

Il apparaît tout d’abord dans la brume, formant une bizarre silhouette à deux têtes, ce garçon qui n’a pas de nom. Il porte sa mère mourante sur son dos, il se dirige vers la mer. Elle va le laisser seul, seul à monter un bûcher funéraire, seul à découvrir le chagrin et la perte, seul à abandonner leur humble cabane, seul à partir par les chemins. Car l’envie le prend de rencontrer d’autres humains, lui qui n’a connu que sa mère en quinze ans, et n’a jamais appris à parler. De rencontres en rencontres, jusqu’à la jeune femme qui sera l’amour de sa vie, jusqu’aux tranchées de la grande guerre, il ne dit pas un mot, mais apprend, s’imbibe de toutes sortes de connaissances, de toutes sortes de sentiments nouveaux. C’est étonnant de voir comme il devient complètement dépendant de la parole des autres, plus encore que de leur présence.

Le garçon est une somme absolument formidable de plusieurs romans, roman de formation, roman d’amour, roman de guerre, le tout relié par la poésie de la parole. Cette parole qui manque au jeune homme, mais qui est si bien utilisée par Marcus Malte, dans un flot de phrases longues et lyriques, ou courtes et frappantes, ou sobres et informatives, suivant une musique qui jamais ne sonne faux. Même si la vie du garçon, de 1908 aux années 30 condense bien des moments dramatiques, l’auteur laisse parfois résonner une verve comique, ainsi l’année 1908 s’achève sur une scène d’une drôlerie parfaite ! Il excelle aussi à jouer les partitions de l’amitié avec le lutteur philosophe Brabek, celles de l’amour fusionnel avec la jeune musicienne Emma. Les événements historiques donnent aussi à lire des pages inattendues n’hésitant pas à rompre totalement avec l’écriture des pages précédentes, et pourtant tellement indispensables…

J’attache beaucoup d’importance à l’écriture, mais c’est rare qu’elle serve le sujet d’une aussi belle façon. Si je me suis rendu compte que le roman comptait 544 pages ? Pas du tout, tellement j’étais absorbée, envoûtée, et immergée dans cette superbe histoire, et, quitte à me répéter, complètement emportée par le rythme des mots, jusqu’à une fin inoubliable.

Extrait : Le garçon a replié les genoux contre sa poitrine. Il serre ses bras autour. La sueur a commencé à sécher sur sa peau et c’est tout juste s’il n’a pas froid. Son pouls bat une lente cadence. Son regard est flou. Il faut bien avoir à l’esprit que jamais au cours de sa courte existence il n’a entendu prononcer le mot « mère ». Non plus que le mot « maman ». Jamais une comptine ne lui a été contée, une berceuse chantée, qui aurait pu comprendre l’un de ces termes et lui en révéler sinon l’exacte signification exacte, du moins l’essence secrète.
Jamais.
Le garçon ne peut savoir objectivement ce qu’il vient de perdre. Ce qui ne l’empêche pas d’éprouver l’absence jusque dans le moindre atome de son être.

 

Rentrée littéraire 2016
L’auteur : Marcus Malte est né en 1967 et vit à La Seyne-sur-Mer. Il a fait des études de cinéma, a été musicien de rock, de jazz et de variété. Cet auteur discret s’est ensuite lancé dans l’écriture pour les adultes, particulièrement des romans noirs, et pour la jeunesse. Garden of love l’a fait connaître du grand public. Il a passé cinq ans à l’écriture de son dernier roman, Le garçon.
544 pages.
Éditeur : Zulma (août 2016)

Les avis de Prof Platypus et Yv.

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69 réflexions au sujet de « Marcus Malte, Le garçon »

  1. Mon plus gros coup de cœur de la rentrée (à tel que je n’ai toujours pas écrit mon billet !). C’est un formidable roman plein de souffle qui détonne par rapport à la production littéraire actuelle.

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  2. J’ai beaucoup aimé « Garden of Love », véritablement envoutant, mais beaucoup moins « Carnage, constellation ». Ce que tu dis de ce dernier roman est tout à fait convaincant, ce roman semble avoir beaucoup d’ampleur, ce qui me tente a priori…

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    1. Je n’ai pas lu Carnage constellation, mais beaucoup aimé aussi « Le lac des singes » et les nouvelles de « Toute la nuit devant nous »… Le côté historique de ce dernier roman, son souffle, devraient te plaire.

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  3. Ton enthousiasme pour ce roman est bien communicatif…!! Je suis intriguée. De Marcus Malte, j’ai lu Garden of love, j’avais bien aimé, même si je n’en ai pas gardé un souvenir impérissable.

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  4. Comme toi, je suis fan de Marcus Malte, aussi n’ai-je lu que le début de ton billet car je dois le lire prochainement en LC avec Noukette et Moglug ! Et je ne veux pas trop en savoir… Mais je garde un souvenir ébloui de Garden of Love, Intérieur Nord (nouvelles), Les Harmoniques et d’autres dont je n’ai pas forcément parlé…

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  5. Je ne crois pas avoir lu Marcus Malte depuis Garden of love (et avant Intérieur Nord), il faut que je remédie à cela. Mais 544 pages, où diable vais-je trouver le temps ? (Et ça n’a pas l’air gai-gai, déjà que je viens d’enchaîner plusieurs titres sombres…)

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    1. Il est surtout connu des amateurs de romans noirs et polars… (il a reçu un prix des lecteurs des Quais du polar, entre autres, pour Garden of love). J’espère que tu auras l’occasion de lire celui-ci, qui est totalement différent.

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  6. C’est clair, tu attises mon envie ! Ne pas voir passer les pages, une belle écriture, et un univers qu’a priori je vais aussi aimer, c’est carrément tentant 🙂

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  7. Je l’ai beaucoup aimé même si le passage sur Emma m’a paru plus faible; mais quelle écriture ! C’est vrai que le livre ressemble à une partition, cela m’a frappée avec des rythmes et des variations différentes. Je publie mon billet demain et je mets un lien vers ton blog.

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  8. Voilà, j’ai fini de lire ton billet que j’avais juste entamé, sachant que j’allais le lire ! Tu en parles très très bien et à lecture de nombre de billets ce matin, je m’aperçois qu’il a su faire passer des émotions très fortes parce qu’elles sont d’une vérité et d’une justesse criantes ! Marcus le musicien n’aime pas les fausses notes et il n’y en a aucune dans ce livre… Une merveille ! 😉

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      1. Justement Kathel, j’ai encore plus de mal, déjà que je n’ai pas l’esprit de synthèse !!! 😆 Mais il est vrai qu’une « matière » aussi fertile nous aide bien… 😉

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