littérature Amérique du Nord·premier roman·rentrée hiver 2016

Ottessa Moshfegh, Eileen

eileen« Une semaine plus tard, je devais m’enfuir de chez moi pour ne plus y remettre les pieds. Ce récit est celui de la façon dont j’ai disparu. »
Eileen est un personnage atypique, peu aimable, une jeune femme de vingt-quatre ans teigneuse, peu sûre d’elle et précocement aigrie. Sa vie tourne entre son travail dans un foyer pour jeunes délinquants, où aucun membre du personnel n’est aimable, ni compatissant envers les jeunes, et ses soirées avec son père alcoolique et aussi irascible qu’elle. Elle se contente bien souvent de raconter ce qu’elle aimerait faire, ses fantasmes, puisque passer à l’action, quelle que soit l’action, lui est impossible tant elle est engluée dans son quotidien. Décrire la psychologie d’une telle personne est évidemment audacieux, surtout lorsqu’elle se raconte elle-même cinquante ans plus tard, et avec un certain luxe de détails…
Le début sibyllin et plutôt bien construit attire et retient l’attention si l’on excepte des redondances : sont-elles volontaires pour exprimer les obsessions du personnage ? J’en prends pour exemple la façon dont elle imagine une stalactite de glace se détachant et tombant droit sur elle, ou lorsqu’elle fantasme sur les réactions éplorées de son père si elle disparaissait.
Il se dégage de ce roman un certain malaise accru par la lenteur de l’action : les jours racontés par Eileen cinquante ans après, comme étant ceux qui ont changé sa vie, sont remplis de petits événements insignifiants, elle s’attarde sur des détails, et trente pages avant la fin, l’événement annoncé dès le début n’est toujours pas atteint. Quant à la fin tant attendue, elle ne m’a pas convaincue, si ce n’est qu’elle était bien dans la continuité du reste du roman, légèrement grotesque, et donnant un sentiment de gêne.
Je ne recommanderai pas ce premier roman, mais je pense qu’il pourra plaire à d’autres toutefois, qui verront un double fond dans la mémoire de cette femme. On peut se demander en effet si, la où d’autres enjoliveraient, elle n’a pas assombri, dégradé ses souvenirs. Je serais curieuse de lire d’autres avis et j’espère que la jeune auteure saura se renouveler et délaisser cette atmosphère fangeuse qui n’apporte pas grand chose au lecteur.

Extrait : Mes derniers jours dans la peau de cette petite Eileen révoltée, je les ai vécus fin décembre, dans une ville froide et brutale où j’étais née et où j’avais été élevée. La neige était tombée – une couche d’un bon mètre s’était installée pour l’hiver. Elle campait sur ses positions dans chaque jardinet de devant et montait à l’assaut des rebords de fenêtres des rez-de-chaussée comme le flot d’une inondation.


L’auteure : Ottessa Moshfegh est née à Boston, de parents d’origine iranienne et croate. Elle a publié des nouvelles, puis une novella, McGlue, en 2014. Eileen est son premier roman.
304 pages
Éditeur : Fayard (2016)
Traduction : Françoise du Sorbier
Merci à NetGalley et à l’éditeur pour cette lecture.
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22 réflexions au sujet de « Ottessa Moshfegh, Eileen »

    1. Ciel, je viens d’apprendre le titre et le nom du groupe de ce morceau que je connaissais, bien sûr ! (à moins d’avoir vécu sur une autre planète, c’est un peu obligé !)

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  1. mouaich, pas plus tentée que cela en fait..les atmosphères fangeuses, bof bof bof, pourtant je suis toujours preneuse des histoires de disparitions volontaires …

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    1. La disparition volontaire… oui, c’est un thème intéressant, même si on n’y songe pas le moins du monde pour soi-même ! 😉 Mais là, c’est vraiment spécial, un peu de surenchère dans le glauque… Bof !

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