littérature Europe du Sud·rentrée hiver 2016

Elena Ferrante, Le nouveau nom

nouveaunom« Au printemps 1966, Lila, dans un état de grande fébrilité, me confia une boîte en métal contenant huit cahiers. »
La deuxième partie de la fresque napolitaine d’Elena Ferrante, Le nouveau nom, m’a permis de retrouver les personnages qui m’avaient touchée dans le premier, L’amie prodigieuse, à commencer bien sûr par Lila qui mène sa vie avec toujours autant de passion et de désespoir mêlés de combattivité. Elle est mariée et travaille dans l’épicerie de son mari. Quant à Lena, elle poursuit des études supérieures loin de Naples, et doit s’adapter à un environnement nouveau en tentant de gommer ses différences. Les deux jeunes filles fréquentent toujours les jeunes de leur quartier, et revoient la famille Sarratore au moment des vacances. Je ne peux guère en dire plus sans en dévoiler trop pour ceux qui n’auraient pas lu encore le premier tome.

« Le temps s’apaise et les faits marquants glissent au fil des années, comme des valises sur le tapis roulant d’un aéroport : je les prends, je les mets sur la page, et c’est fini.
Raconter ce qui lui arriva pendant ces mêmes années est plus compliqué. Alors le tapis roulant tout à coup ralentit, puis accélère, prend un virage trop serré et sort des rails. Les valises tombent et s’ouvrent, leur contenu s’éparpille ici et là. »
J’aime bien cet extrait pour montrer comment Lena déroule ses souvenirs en laissant une grande part à la jeunesse mouvementée de sa camarade d’enfance, reconstituée à partir de cahiers que Lila lui a donnés, et d’événements racontés par des amis communs. La sage et studieuse Lena se trouve elle-même moins intéressante, trouve sa vie plus morne et indigne de s’y attarder. Cependant la comparaison des deux parcours est ce qui fait tout le sel de ces romans.

Qu’est-ce qui fait l’attrait de cette quadrilogie ?
C’est sans doute tout d’abord la finesse de la psychologie qui plonge dans les profondeurs de l’âme adolescente si intimement qu’on se demande comment l’auteure a pu garder tout ses sentiments en mémoire avec autant de précision. Car il est difficile de douter de l’authenticité de ses ressentis, sans que pour autant cela soit forcément autobiographique. Peu importe d’ailleurs…
Ce qui plaît aussi sans doute est le fait que les lecteurs et surtout les lectrices nées après guerre se reconnaissent dans les années d’enfance puis d’adolescence et de jeunesse des deux jeunes filles, qui sont assez universelles. Et qui n’a pas eu une amie à laquelle elle a pu, après coup, comme Lena, comparer son parcours de vie ?

« Je ne possédais pas cette puissance émotionnelle qui avait poussé Lila a tout faire pour profiter de cette journée et de cette nuit. Je demeurais en retrait, en attente. Alors qu’elle, elle s’emparait des choses, elle les voulait vraiment, se passionnait, jouait le tout pour le tout sans crainte des railleries, du mépris, des crachats et des coups. »
Quant au style, que les quelques (rares) détracteurs d’Elena Ferrante trouvent plat voire inexistant, il n’est certes pas ce qui fait le succès de ces romans, mais il est précis, efficace et laisse toute latitude au lecteur pour se trouver transporté à Naples ou à Ischia dans ces années-là, et pour cheminer aux côtés de personnages qu’il a l’impression de connaître au bout d’un moment.
C’est une fresque, certes, mais intime et presque domestique, qui parle directement au lecteur, et ça marche. Je ne me ferai pas trop prier pour lire le troisième tome, en tout cas !

Le nouveau nom d’Elena Ferrante (Storia del nuovo cognome, 2012) éditions Gallimard (2016) traduit de l’italien par Elsa Damien, 554 pages

Le mois italien/ Il viaggio c’est cette année chez Martine.
Objectif PAL 2017
avec Antigone.
Elles ont aimé aussi : Ariane, Delphine-Olympe et Florence.
moisitalien  logo_objpal

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55 réflexions au sujet de « Elena Ferrante, Le nouveau nom »

  1. Merci pour ce commentaire…..que je fais mien …….mais que je n aurai jamais pu « sortir »….!!!!!!!Suis plongée ds le troisième….Michel aussi??????biz

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  2. Bonjour Kathel, il faut que je commence par lire le premier. C’est étonnant comme ces romans sont devenus « les romans-à-lire » pour en parler. Il paraît qu’en Angleterre, le 4ème tome est paru et on ne sait pas qui se cache derrière le nom d’Elsa Ferrante. Bonne après-midi.

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  3. C’est drôle parce qu’un récent échange avec Petite Balabolka m’a amenée à m’interroger sur le style de Ferrante, sur lequel, je dois le dire, je ne m’étais jusqu’alors absolument pas posé de question. Et je trouve ta dernière remarque tout à fait juste. D’ailleurs tout ton billet est très juste. C’est vraiment la psychologie très fine des héroïne qui fait toute la qualité de ce texte.

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    1. Je viens d’aller lire ce que vous disiez à propos du style ; effectivement, les nombreux dialogues, au moins dans ce deuxième tome, font que la question de l’écriture passe un peu à l’arrière-plan. Même hors dialogue, je trouve que le style n’a rien de remarquable, c’est surtout la justesse des situations qui me plaît beaucoup.

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    1. Je ne parle pas de coup de coeur non plus, comme tu peux le constater, mais je les lis avec plaisir, et il ne me viendrai pas à l’esprit de faire l’impasse sur le ou les suivants. Je veux savoir ce que deviendront les personnages ! 🙂

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  4. A la parution du tome 1, je me l’étais noté comme une lecture urgente, prioritaire, et puis, d’autres tentations se sont imposées, le temps a passé, et maintenant, étrangement, ça m’a complètement passée malgré les avis toujours enthousiaste sur cette série (et j’aime beaucoup le mystère de l’anonymat de l’auteur). Bon, l’envie reviendra peut-être un jour.

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    1. J’avais eu un peu de mal à m’attacher aux personnages au début du premier, j’ai préféré le deuxième… et je n’entends que du bien du troisième, mais évidemment je n’ai que les avis de ceux qui ont déjà aimé le 1 et le 2 ! 😉

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  5. J’ai lu le premier cet été, j’ai bien aimé, notamment cette psychologie dont tu parles, mais aussi l’ancrage social et historique, sans être aussi enthousiaste que beaucoup de lectrices, je n’avais pas vraiment envie de lire la suite, mais là, ta note me fait changer d’avis !

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    1. ça, c’est vrai que ça décourage un peu. J’ai lu le premier après avoir lu les avis d’Ariane, Clara et Delphine, et n’en avait encore parlé tant que ça, sinon, j’aurais peut-être réagi comme toi.

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  6. J’hésite encore à lire le premier opus, tant les avis sont partagés ! Cela va de passionnant et génial à parfaitement rasoir et trop long… Difficile de se faire une idée, du coup !!!

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  7. Je n’ai même jamais lu le premier tome. En fait il est très rare que je lise un livre dont j’ai trop entendu parler ou qui a été beaucoup lu (hors classique bien évidemment). Je passe peut-être à côté de quelque chose mais il y a en a tant à lire….

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    1. Tu peux te dire que, comme il ne s’agit pas de littérature française, que ce sont des romans déjà appréciés dans leur pays ET à l’étranger, c’est bon signe. Comme je le disais plus haut, j’ai lu le premier après trois ou quatre avis positifs, et avant tout ce tapage, et il m’a bien plu (sans que je crie au coup de coeur ou au génie) assez pour que je lise la suite.

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  8. Dans la pile. J’ai beaucoup aimé le premier malgré le style « ordinaire »… et comme j’adore les personnages approfondis, ça l’a fait. Contente de savoir qu ela suite vaut le coup.

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