littérature France·rentrée hiver 2016

Isabelle Coudrier, Babybatch

babybatchDepuis quelques temps, Dominique, lycéenne de quinze ans, se précipite à la fin des cours pour retrouver son ordinateur, et le forum qu’elle fréquente avec assiduité. L’objet de toutes ses attentions est l’acteur de la série Sherlock, le britannique Benedict Cumberbatch.
Désormais en rentrant du lycée, Dominique montait directement dans sa chambre et allumait son ordinateur. Elle n’aurait même pas pu imaginer faire autrement, s’atteler par exemple à ses devoirs comme elle l’avait fait des années durant, quand elle ne savait pas encore que Benedict Cumberbatch existait.
Raisonnable et bonne élève, souvent mélancolique, Dominique n’est pas une adolescente tapageuse, ni à problèmes. Seule cette passion grandissante la distingue de ses camarades de classe, mais elle l’assume avec une bonne dose de maturité, allant jusqu’à rencontrer d’autres fans de l’acteur, dont certaines ont l’âge de sa mère.
Le roman comporte de subtils décalages, qui surprennent parfois, sans dérouter, ni empêcher d’adhérer au propos. Le ton et le style sonnent de manière tout à fait contemporaine, je me suis d’ailleurs demandé si ce roman n’aurait pas tout à fait convenu à une collection jeunesse, mais quoi qu’il en soit, je suis contente de l’avoir lu, ce qui n’aurait sans doute pas été le cas sinon.
Les scènes du lycée sont pleines de véracité, les discussions entre fans aussi, la justesse est une des grandes qualités de ce roman dont les personnages principaux ont une belle épaisseur. J’ai aimé la façon qu’a l’auteure de décrire Dominique, de montrer une jeune fille de quinze ans comme les autres, et cependant tout à fait singulière, de l’entourer de professeurs, d’amis, de ses parents aussi, qui font plus que de la figuration. Chacun a vraiment sa place dans le roman, le professeur d’anglais qui n’arrive pas à se faire entendre, la professeure de mathématiques très impliquée, le brillant camarade de classe, ou Rachel, la fan ambiguë de « Babybatch ».
Les interrogations de Dominique, surtout, sur son avenir, sur sa vie, sont la grande réussite de ce roman qui se dévore avec enthousiasme.


Citations : A cet instant, il sembla à Dominique que rien ne changerait jamais, et elle ne savait pas si cela l’inquiétait ou si au contraire cela la rassurait.

Dans le car qui la ramenait chez elle, rue Cassini, elle se trouva de nouveau vieille, antique, calcinée.

Rachel avait l’intention de lire la pièce dans le texte d’ici à la diffusion télévisée. Elle ferait probablement la même chose avec Hamlet, à l’automne 2015. C’était aussi, comme on le sait, le projet de Dominique, mais la jeune fille se demandait si tout cela serait vraiment possible, si elle ne vivait pas dans une totale illusion.

L’auteure : Isabelle Coudrier a publié deux romans aux éditions Fayard : Va et dis-le aux chiens (2011), traduit en italien et en espagnol, ainsi que J’étais Quentin Erschen (2013). Elle est scénariste pour le cinéma et a notamment collaboré avec André Téchiné.
400 pages.
Éditeur : Seuil (janvier 2016)

Ce roman a été un coup de cœur pour Albertine et Clara. Cuné a eu plaisir à le lire aussi…

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22 réflexions au sujet de « Isabelle Coudrier, Babybatch »

  1. On a peu parlé de ce roman qui est pourtant une belle approche de l’adolescence. Personnellement, je ne connaissais pas cet acteur. J’ai trouvé très juste et touchant de montrer comment jeunes ou adultes mettent du rêve dans leur vie pour oublier la triste réalité.

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    1. Je ne connaissais pas du tout cette auteure et j’ai été étonnée et touchée par la justesse de cette histoire. (quant à l’acteur, je l’avais vu dans Imitation game, un film historique très intéressant)

      Aimé par 1 personne

  2. Pas facile de donner voix à des adolescents quand on ne l’est plus et de sonner juste, sans caricature. Le choix de Dominique comme prénom pour une ado d’aujourd’hui est asse étrange…

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  3. Pourquoi pas. Et puis c’est vrai que Cumberbatch est un excellent acteur et très séduisant (enfin je trouve!)

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  4. contrairement à toi je lis des romans jeunesse avant de les offrir et celui-là me semble viser deux publics ado et adultes, comme Sandrine je ne connais aucune et aucun Dominique de moins de 60 ans.

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    1. Je ne suis pas certaine qu’il plairait à des ados, je pensais qu’un autre blogueur ou une blogueuse me le confirmerait… Quant au choix du prénom, c’est original, mais pourquoi pas, ça crée une certaine distance intéressante…

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