littérature Amérique du Nord·nouvelles

Bruce Machart, Des hommes en devenir

deshommesendevenirL’auteur : Bruce Machart vit et enseigne à Hamilton, dans le Massachusetts. Il est né au Texas, fils d’un agriculteur de la contrée rurale de Lavaca où se déroule l’intrigue du Sillage de l’oubli. Il publie en 2011 ce premier roman puis un recueil de nouvelles, Des hommes en devenir. Lors de sa parution, Le Sillage de l’oubli est accueilli par une presse enthousiaste qui trouve dans son univers des accents de Faulkner.
189 pages
Editeur : Gallmeister (janvier 2014)
Traduction : François Happe
Titre original : Men in the Making.

Faut r’connaître… c’est du brutal ! J’ai connu une Polonaise qu’en prenait au p’tit déjeuner. Faut quand même admettre : c’est plutôt une lecture d’homme…*
Vous aurez peut-être reconnu les répliques d’un film bien connu que j’ai parodiées et qui me sont venues à l’esprit en lisant les premières nouvelles de ce recueil. J’avais sans doute besoin d’une touche d’humour pour mettre un peu de distance entre ce texte et moi !
C’est sombre, très sombre, les hommes sont rudes à la tâche et peu portés sur l’étalage des sentiments, les petits garçons sont sommés d’être durs très tôt aussi, les femmes sont fortes… Si l’ambiance est rude, on a affaire a des personnages qui ne sont pas dépourvus d’humanité, bien au contraire, mais c’est la vie qui ne leur fait pas de cadeaux : des séparations, des morts violentes, des colères homériques, du travail harassant et des litres de bière…
Le style, sans être alambiqué et l’organisation du texte, parfaite, sont vraiment remarquables. Au début, on ne sait pas trop où on va, puis deux détails font sens, puis un autre, et un autre, et tout un monde se dessine en quelques phrases. Bruce Machart est un de ces auteurs qui peuvent en dire beaucoup avec une certaine économie de mots et faire qu’on s’installe dans une nouvelle, qu’on se représente les gens, les lieux et les situations, jusqu’au temps qu’il fait et à l’heure du jour, beaucoup mieux qu’avec une abondance de détails. Je lis assez souvent des nouvelles, mais celle-là sont vraiment dans la catégorie « très au-dessus du panier » !

Ces extraits vous montreront mieux qu’un discours comment Bruce Machart plante un décor :
Dans cette vallée, jusqu’au mois de mars, quand je m’assieds sur la véranda par des nuits comme celle-ci, vêtu de ma parka, pour siroter mon whisky en frissonnant et essayer de trouver une prière appropriée pour le fils que j’ai perdu il y a onze ans ou le courage d’appeler celui qui est vivant mais qui se trouve à des centaines de kilomètres d’ici, souvent, même les nuages semblent frappés de léthargie, ils se posent là et ils y restent.

Cela m’avait blessé, la façon dont elle avait souri en disant cela, l’ovale oblique de sa bouche exhibant son rouge à lèvres et sa satisfaction, comme si les mots prononcés lui laissaient un goût sucré et vermillon sur la langue. Tout de même, malgré ce sourire, malgré la montagne de bagages qui bloquaient le couloir et malgré les éclats de laideur qui étaient parvenus jusqu’à mon lit certaines nuits, je n’aurais jamais pu imaginer qu’elle partait pour de bon, que les vacances qu’elle prenait étaient de celles dont les mères ne reviennent jamais.

Si Jérôme ne l’avait pas lu, j’aurais affirmé que c’était pour lui ! Krol a été soufflée aussi.

* Les tontons flingueurs, dialogues de Michel Audiard (remplacez lecture par boisson)

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35 réflexions au sujet de « Bruce Machart, Des hommes en devenir »

  1. Ah que je suis content, si tu savais ! Très au-dessus du panier, c’est clair. L’écriture est juste somptueuse, les thèmes abordés me parlent, ça a été un très grand moment de lecture pour moi.

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    1. Rarement un recueil de nouvelles m’a fait autant d’effet ! Il n’y a que les américains pour savoir écrire des nouvelles comme ça… et si cela vient de ce qu’ils suivent des cours de « creative writing », cela ne me gêne pas.

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    1. Je suis étonnée de ne pas les avoir vu davantage sur les blogs… toujours cette réticence quand on parle de nouvelles, mais les personnages prennent chair en quelques lignes, alors pas besoin de longueurs inutiles !

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  2. Plus le temps passe, plus je me demande si je n’ai pas préféré ces nouvelles à son roman… L’écriture y est toujours parfaite mais les récits resserrés sont encore plus percutants.
    Ces Hommes en devenir ne sont pas tous jolis, jolis, fort abimés par la vie… mais que les femmes y sont belles et lumineuses.

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    1. Je crois que je garderai un souvenir très fort de ces nouvelles. J’avais déjà remarqué les beaux personnages féminins dans Le sillage de l’oubli, ils sont remarquables dans ces textes aussi.

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  3. Je me souviens très bien du billet de Jérôme qui avait pépité ce titre. J’attendais aussi un avis de femme sur ce livre, d’autant que je ne suis pas très « nouvelles », je préfère les formats longs, tu confirmes donc que c’est une lecture d’hommes, mais également que c’est une lecture poignante. J’aime ce que tu dis sur l’économie de mots mêlés à la force du propos.

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    1. Je comprends qu’il l’ait « pépité », autant je n’ai pas encore eu de coup de coeur pour des romans de la rentrée (mais pas de déception on plus, juste des lectures agréables) autant ces textes prennent aux tripes !

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    1. Cette phrase m’a frappée, mais ce n’est pas un cas isolé, son écriture est basée sur ce genre de mises en situation en peu de mots. Le roman est évidemment moins concis, mais très fort aussi.

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  4. Je termine en ce moment « le sillage de l’oubli » et je sens qu’à la fin je vais me sentir orpheline tellement c’est beau et que je n’ai pas en vie de le quitter. Alors si ces nouvelles sont du même tonneau, je note.

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