littérature îles britanniques·mes préférés·rentrée hiver 2017

Graham Swift, Le dimanche des mères

dimanchedesmeres« Étrange coutume que ce dimanche des mères en perspective, un rituel sur son déclin, mais les Niven et les Sheringham y tenaient encore, comme tout le monde d’ailleurs, du moins dans le bucolique Berkshire, et cela pour une même et triste raison : la nostalgie du passé. »
La narratrice, à la fin du vingtième siècle, revient sur le dimanche des mères, tradition anglaise qui lorsqu’elle était jeune, consistait à donner leur journée, une fois l’an, aux domestiques, pour qu’ils ou elles aillent rendre visite à leur mère. En ce dimanche de mars 1924, les autres bonnes s’éloignent à vélo ou par le train mais pour Jane, il s’agit d’une journée de liberté puisqu’elle est une enfant trouvée, élevée par les sœurs. Son jeune amant, le fils bien né de la famille voisine, Paul Sheringham, lui fait savoir qu’il l’attend, chez lui. Paul doit épouser une certaine Emma deux semaines plus tard, et ce sera donc la dernière fois où ils se verront ainsi. Il semblerait que le jeune homme ait décidé d’en faire une journée mémorable, il accueille Jane de manière inhabituelle dans sa chambre, la déshabille, et là aussi, c’est plutôt insolite…

« Toutes ces scènes ! Les imaginer se limitait à se représenter ce qui relevait du possible, voire à prédire ce qui se passerait en réalité. Mais c’était aussi conjurer ce qui n’existait pas encore. »
Jane ne peut s’empêcher de penser au futur mariage, mais sans rancœur, juste un peu de tristesse qu’elle cache à Paul, avant qu’il ne commence à se rhabiller pour aller déjeuner avec sa fiancée. Le jeune homme ne semble guère pressé. La scène est belle, baignée de lumière, malgré ce qui se trame. Après son départ, Jane prend son temps, elle aussi…

« Jamais il n’y avait eu un jour comme celui-ci, jamais il ne pourrait revenir. »
Quel petit bijou que ce roman ! Une pépite de concision et de virtuosité ! Quelle habileté possède l’auteur pour amener, phrase par phrase (et chacune à sa place, avec une signification parfaitement voulue), pour amener donc le lecteur à comprendre ! Il va notamment comprendre de quelle manière ce dimanche contient en quelques heures tout ce qui va devenir la vie future de Jane. Il va saisir bien d’autres choses, mais je ne veux pas en dire trop. Je n’en savais pas trop en commençant le livre, que j’avais d’ailleurs noté sans précipitation, et ce fut vraiment une lecture parfaite ainsi. Ne vous y trompez pas, le livre est court, mais dense, et certaines phrases méritent d’êtres relues, pour mieux s’en imprégner, et pour ne rien rater. Quant aux personnages, et en premier chef, Jane, ils sont hors du commun, et vous ne risquez pas de les oublier.


Le dimanche des mères de Graham Swift (Mothering sunday, 2016) éditions Gallimard (février 2017) traduction de Marie-Odile Fortier-Masek, 142 pages.


Repéré grâce à Cathulu, Marilyne, Nadège ou Une ribambelle.


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39 réflexions au sujet de « Graham Swift, Le dimanche des mères »

  1. J’ai tellement aimé ce petit bijou. Non qu’on ne s’y trompe pas, c’est une lecture parfaite pour tous nos sens, mêmes les plus intimes.

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  2. Un coup coeur pour moi aussi, bien d’accord avec toi sur le terme de pépite. ( c’était quand je publiais des chroniques aléatoires sur le blog de Anne ^-^ )

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  3. Et bien au risque de me faire huer, je n’ai pas été convaincue par ce roman… d’ailleurs je n’en ai même pas parlé sur mon blog, tellement je suis restée en dehors.

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    1. Je suis rentrée dans ce roman sur la pointe des pieds, pas certaine qu’il me plairait… et j’ai adoré de bout en bout. Je te conseillerais bien de le relire, mais là, c’est moi qui vais me faire huer ! 🙂

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  4. je l’ai lu cet été mais au milieu de toutes mes lectures je n’ai pas pris le temps de faire un billet, j’ai énormément aimé ce roman, le fond et la forme comme on dit, ma fille l’a lu et même impression pour elle, un livre à offrir et à faire connaitre

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    1. Cela me fait plaisir que tu l’aies autant aimé aussi ! En plus, tu as du avoir plaisir à en discuter avec ta fille, il incite au dialogue, mais pas forcément en commentaire, il ne faut pas trop en dire pour les futurs lecteurs.

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  5. Comme toi, j’y suis rentrée sur la pointe des pieds, et je trouve qu’il se lit bien comme cela …. Avec douceur. Une pépite pour moi aussi, mais je pense que je lirai d’autres titres de cet auteur, quitte à être déçue (mais peut-être pas ?)

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