Publié dans littérature France, rentrée littéraire 2017

François-Henri Désérable, Un certain Mr Piekielny

uncertainmrpiekielnyRentrée littéraire 2017 (17)
« Je ne sais pas si je crois en Dieu ou au hasard- et qu’est-ce que le hasard, sinon le Dieu des incroyants ? »
J’accumule en ce moment sur mon bureau une pile impressionnante de livres à chroniquer, qui ne fait que croître, et encore, le roman dont je vous parle aujourd’hui est déjà reparti à la bibliothèque. J’avais noté des citations, et j’attendais la rencontre organisée par la Fête du Livre de Bron pour en parler. Voilà qui est fait, et c’est vraiment tout aussi délicieux d’écouter François-Henri Désérable que de le lire ! De digressions en anecdotes bien rodées, qu’il récite la première strophe de La prose du Transsibérien ou qu’il explique ce qui fait de lui le spécialiste français du rap polonais, il a tenu la salle en haleine ses lecteurs assidus, ou les autres qui ne le connaissaient pas du tout (mention spéciale à la dame qui venait écouter « Nicolas euh… Désidérata ou quelque chose comme ça, qui a écrit sur Romain Gary… »).

« Gary écrit le nom de Piekielny sur la page. Le fait-il naître ? Renaître ? Jaillir du tréfonds de sa mémoire ? Ou bien cela vient-il de plus loin, de l’imaginaire se déployant par miracle pour assujettir le réel ? Je ne sais pas. Il est tout-puissant. Il écrit. Il ne pense qu’à cela. Écrire. Tenir le monde en vingt-six lettres et le faire ployer sous sa loi. »
Comment écrire un roman basé sur trois pages d’un autre roman, fut-il culte, adoré, lu et relu ? Comment le plus grand des hasards, à savoir un mariage, un avion complet, un vol de portefeuille, a pu conduire l’auteur dans les rues de Vilnius alors qu’il se rendait à Minsk ? Comment une plaque apposée au n°16 de la rue Grande-Poluhanka, et évoquant Romain Gary, le futur auteur de La promesse de l’aube, lui a fait se demander s’il restait des gens ayant connu, non l’auteur, mais son voisin alors qu’il avait sept ou huit ans, un petit homme à l’allure de souris et à la barbiche roussie par le tabac, nommé Mr Piekielny, et dont le nom signifiait « infernal » en polonais ? Tout cela a-t-il vraiment eu, ou l’auteur a-t-il beaucoup d’imagination ?

« Mais alors, ce M. Piekielny, avec sa boîte de rahat-loukoums, sa barbiche roussie par le tabac, sa pathétique requête, n’aurait donc existé que dans l’esprit de Gary ?
Où finit la vérité ? Où commence le mensonge ? »
Certains critiques (je ne citerai personne, mais j’ai cru comprendre qu’il s’agissait d’un critique du Figaro) ont trouvé que l’auteur parlait beaucoup trop de lui-même dans ce roman, mais c’est aussi ce qui fait son charme, immense, avec son très amour de la littérature, son penchant pour les citations, son auto-dérision, son goût pour la porosité entre fiction et réalité, qui imprègne particulièrement ce roman.
La construction du texte et l’écriture sont pleines d’une grande liberté, tout en étant rigoureuses, car il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit d’une enquête visant à retrouver des traces de Mr Piekielny, et donnent lieu à des passages particulièrement réjouissants, et d’autres, car il ne pouvait pas passer sous silence le destin des juifs de Vilnius, beaucoup plus graves. J’ai noté beaucoup de paragraphes et de citations que je ne retransmets pas toutes, car il faut vous laisser le plaisir de la découverte. Je suis conquise et continuerai sans doute par Évariste en attendant le prochain roman sur lequel travaille François-Henri Désérable, sur Ernesto Che Guevara.
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Un certain Mr Piekielny de François-Henri Désérable, éditions Gallimard (août 2017), 272 pages.

Delphine-Olympe et Eva sont séduites, Papillon et Cathulu un peu moins.
Sur la photo, François-Henri Désérable est (très bien) interviewé par Christine Ferniot.

 

36 commentaires sur « François-Henri Désérable, Un certain Mr Piekielny »

  1. C’est un livre que j’ai noté, sans en faire une urgence, mais je ne vais pas le perdre de vue. C’est une chance de l’avoir rencontré après ta lecture, ça rend l’interview plus intéressante.

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  2. Il était au programme d’une séance de mon club mais il n’avait pas trop plu, alors je l’ai laissé passer. Visiblement j’ai eu tort.

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    1. Il est encore tout jeune, il devrait se faire connaître mieux par la suite… mais je suis ravie de l’avoir découvert (et pourtant, je suis souvent plus indulgente avec la littérature étrangère)

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  3. J’avais déjà envie de le lire, là tu confirmes. J’espère que tu nous raconteras ce salon et tes autres rencontres. Bonne semaine Kathel !

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  4. j’ai beaucoup aimé ce roman, découvert via masse critique de babelio… belle histoire, et belle quête de la part de l’auteur. Je voulais enchaîner avec « Evariste » mais le temps me manque et ma PAL trop pleine 🙂

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  5. Oh, j’ai tellement aimé ce livre ! Et, comme toi, je trouve que le fait que l’auteur parle de lui-même participe du charme te de l’originalité de ce roman ! Et merci pour le scoop : Le Che vu par FHD, je veux !!!

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    1. Je ne sais pas si c’est un scoop, mais ça semble bien avancé… FHD a refait le voyage d’Ernesto en Amérique du Sud, sans tenir de journal de bord, il préfère écrire sur ses souvenirs…

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  6. J’ai déjà noté de roman car le sujet me passionne. En littérature peut-on parler de mensonge ? J e ne l’ai pas encore lu mais ton billet me rappelle que je ne dois pas l’oublier. J’espère le trouver en bibliothèque maintenant, ce qui n’était pas le cas quand il est sorti !

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    1. Tout à fait, le sujet est vraiment intéressant, et comme avec Romain Gary, côté mensonges, on est déjà bien servi, donc un roman sur cet auteur a forcément un double fond… J’espère que tu le trouveras.

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  7. Je l’attendais ta note depuis que tu en avais parlé, suite à celle sur Les promesses de l’aube. Je vais foncer dessus maintenant … (en plus, il est tout minon ce jeune auteur ^-^)

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