littérature Amérique du Nord·rentrée hiver 2018

Paul Auster, 4321

4321« Le temps se déplaçait dans deux directions parce que chaque pas dans l’avenir emportait avec lui un souvenir du passé, […] »
Je suis une fan, une inconditionnelle de Paul Auster depuis pas mal d’années, et à part un ou deux, j’ai lu bon nombre de ses romans, et quel que soit le chemin qu’il prenne, je suis toujours prête à le suivre.
À propos de chemins, tiens, voici l’histoire d’Archie Ferguson. Né en 1947, il connaît l’histoire de son grand-père arrivé en Amérique le premier jour du vingtième siècle et mort assassiné en 1923. Archie habite la banlieue de New York, ses parents Stanley et Rose sont respectivement vendeur de meubles et photographe. Mais certains faits diffèrent selon les chapitres, selon les choix que font les parents de Ferguson, puis les choix qu’Archie fait lui-même, lorsqu’il grandit. Il y a aussi le hasard, la chance ou la malchance, appelons comme ça le fait de se trouver au bon ou au mauvais endroit au mauvais moment.


« … et tout en écoutant l’émotion grandissante dans la voix du pasteur, la répétition martelée de ce mot, rêve, il se demanda comment deux êtres aussi mal assortis avaient pu se marier et rester mariés pendant tant d’années et comment lui-même avait pu naître d’un couple comme celui que formaient Rose Adler et Stanley Ferguson, et comme c’était étrange, profondément étrange d’être vivant. »
Ils sont donc quatre, quatre fois le même personnage, mais les choses qu’ils vivent sont différentes, leur moi intime, leur moi familial et leur moi social interagissent différemment et prennent des chemins variés qui ont toutefois des constantes : Archie aime toujours le baseball et le basket, il a toujours envie d’écrire, il tombe presque toujours amoureux de la même fille.
Lorsque, dans la vie, on choisit un chemin plutôt qu’un autre, on imagine parfois ce qui se serait passé si on avait pris l’autre, cela peut aller du choix de la caisse au supermarché à des choix de vie bien plus importants. Pourtant, cet autre choix, ce qui serait alors arrivé, cela reste à jamais inconnu, et c’est donc ce qu’explore Paul Auster avec un personnage qui lui ressemble un peu, né la même année, étudiant à la même époque… Aucune facette n’est oubliée, des relations familiales à la vie scolaire, de l’écriture à la sexualité, de l’engagement politique à l’amitié.

« Ces histoires étaient-elles vraies ? Était-ce important qu’elles le soient ? »
Si j’ai aimé ? Oui, bien sûr, même si les mille et quelques pages, pas trop lourdes grâce à ma liseuse, ne sont pas dépourvues de certaines longueurs. Le style de Paul Auster a carrément changé pour ce roman, il part dans de longues phrases portées par un souffle inédit, par une sorte de poussée de vie qui est franchement emballante !
Archie Ferguson, dans ses quatre versions, est un personnage attachant, que le lecteur suit de ses premiers souvenirs conscients, aux environs de quatre ans, jusqu’à la fin de ses études. Au départ, Paul Auster pensait aller jusqu’à l’âge mûr de son héros, et puis il s’est laissé emporter par les aléas de l’enfance et de la jeunesse de Ferguson, l’imagination s’y mêlant à ses propres souvenirs…
Si vous vous demandez si ce formidable pavé est pour vous, je dirais que ce n’est pas par celui-ci qu’il faut commencer, mais si vous appréciez déjà l’auteur, le roman vous tiendra en haleine sans difficulté, à condition d’avoir un peu de temps devant soi, et ce, jusqu’à la conclusion qui, comme le cours du récit d’ailleurs, possède son lot de surprises.
Au final, ce roman foisonnant et intelligent n’a rien d’un exercice de style, mais plutôt d’une somme de réflexions, dans un style accessible, sur les détours que prend la vie.

4321 de Paul Auster, (2017) éditions Actes Sud (janvier 2018) traduction de Gérard Meudal, 1024 pages

Les avis de Papillon et Valérie

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63 réflexions au sujet de « Paul Auster, 4321 »

  1. J’aime aussi beaucoup cet auteur, bien que je l’ai délaissé ces dernières années… ce titre semble être l’occasion rêvée pour renouer avec lui ! Il ne nous avait pas habitué à cette forme longue, et si en plus, comme tu l’écris, son style a évolué, je suis vraiment curieuse de découvrir ça !

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  2. J’ai beaucoup aimé cet auteur et puis je l’ai un peu oublié. Les mille pages me font un peu peur. Pourquoi les auteurs américains ont-ils besoin d’écrire d’énormes pavés ?

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    1. Dans ce cas, cela s’explique facilement, avec ses quatre vies entremêlées, il y avait de quoi remplir encore plus de pages… Il y a quelques petites longueurs, rien de bien gênant.

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      1. J’ai bien aimé Cité de verre, La nuit de l’oracle, Brooklyn folies ou Le livre des illusions… selon les résumés, à toi de voir celui qui te tente le plus ! (sachant que les préférés diffèrent selon les lecteurs !)

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  3. Tous ceux qui ont eu le courage de s’aventurer dans ce pavé semblent plutôt satisfait de ce dernier cru de Paul Auster, mais apparemment, il faut être assez disponible et patient pour cette lecture. J’attends un peu.:-)

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  4. C’est un auteur qui me tente vraiment mais je n’ai lu que sa trilogie new-yorkaise et je n’en garde pas un souvenir impérissable… Du coup, j’hésite sur ce titre, d’autant plus que tu ne le conseilles forcément à ceux qui ne sont pas déjà sous le charme de l’auteur. Que me conseillerais-tu comme autre titre de cet auteur ?

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    1. Ce n’est pas que je ne le conseille pas, c’est qu’il me semble qu’il vaut mieux tester ou réessayer avec un poche plutôt qu’avec un pavé. J’ai beaucoup aimé La nuit de l’oracle, Brooklyn follies ou Le livre des illusions, qui me semblent plus accessibles que la Trilogie new-yorkaise. Dans le genre dystopie, il y a aussi Le voyage d’Anna Blume (retraduit sous le titre Au pays des choses dernières)

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  5. A ma grande honte, je n’ai encore jamais lu un roman de Paul Auster. Sa venue au Havre à l’occasion de la sortie de ce roman, justement, et du festival du Goût des autres m’a permis d’enfin acheter sa Trilogie new-yorkaise… j’espère que c’est un bon choix (il y en a tellement !)

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