littérature France·rentrée hiver 2013

Pia Petersen, Un écrivain, un vrai

unecrivainunvraiRentrée hiver 2013
L’auteur :
Pia Petersen est née au Danemark. Après un long séjour en Grèce, dès l’âge de 16 ans, elle s’installe à Paris. Elle exerce de nombreux petits boulots pour financer ses études, puis se consacre exclusivement à l’écriture. Elle a publié huit livres dont
Le Jeu de la facilité (Autres temps, 2002) et, chez Actes Sud, Parfois il discutait avec Dieu (2004), Passer le pont (2007), Iouri (2008), Une livre de chair (2010).
272 pages
Editeur : Actes Sud (janvier 2013)

Gary Montaigu vient d’obtenir un prestigieux prix littéraire qu’il fête avec détachement dans un hôtel huppé de New York. Sa femme Ruth est elle tout à son affaire, ce qu’elle avait rêvé s’accomplit et elle s’enthousiasme immédiatement à l’idée d’un producteur de faire participer Gary à une émission de téléréalité. « Un écrivain, un vrai » est le nom de cette émission où Gary écrira en direct sous l’oeil des caméras. Il suivra également les suggestions des spectateurs quant au déroulement de l’intrigue, au caractère des personnages, et fera évoluer son texte dans les directions suggérées. Tout d’abord persuadé de rendre ainsi visible et populaire la littérature, Gary, quelques mois plus tard, est reclus chez lui, dans son sous-sol, et refuse toute reprise du tournage. Que s’est-il passé, qu’est-ce qui l’a fait ainsi souhaiter reprendre sa liberté ? Ruth ne voit pas les choses comme lui, elle a pris goût à la célébrité et œuvre de toutes manières possibles pour que le tournage reprenne…
Après avoir éprouvé un peu de difficultés à entrer dans le roman, j’ai ensuite suivi avec plaisir et intérêt le cheminement de Gary qui, soumis à la pression des médias, de la célébrité, de son épouse avide de reconnaissance, se referme sur lui-même, à la lisière de la perte de repères, au bord du gouffre, lui qui pouvait être plutôt fier de son parcours passé. Le personnage de Ruth, qui ne vit que par son écrivain de mari, que par ses rêves de notoriété, ne manque pas de questionner le lecteur aussi, et les autres personnages satellites également. Le roman va bien plus loin que la simple critique des émissions visant à faire un maximum d’audience, et s’interroge sur le rôle de la littérature dans la vie, sur la liberté du créateur, sur l’attrait que possède l’artiste pour le lecteur ou spectateur moyen.
Si ce n’est pas le coup de cœur auquel je m’attendais, c’est toutefois, par son style rapide et direct, par son thème très original, une très bonne lecture. De Pia Petersen, je vous recommande aussi Le chien de Don Quichotte, dans un autre genre.

Extraits : La semaine suivante, tout s’accéléra et la maison de Ruth et Gary devint un immense champ de bataille. Une assistante et deux caméramans débarquèrent avec beaucoup de matériel et commencèrent l’installation des caméras vidéo dans toutes les pièces. Une camionnette prit place devant la maison. La régie, expliqua l’assistante. Tout est là-dedans. Cette effervescence excitait Gary, il suivait l’assistante et posait des questions et prit des notes. On ne sait jamais, lui confia-t-il. Ça peut donner lieu à un roman. Il travaillait toujours comme ça, il prenait des notes partout et en faisait des décors pour ses romans. Puis l’excitation muta.

Gary retourne sa chaise et contemple la feuille vide devant lui. Il se tâte pour écrire mais à quoi bon ? Ça ne sert plus à rien. Le monde sombre dans l’ignorance, dans la déshumanisation, dans le totalitarisme, dans l’obsession de la sécurité, dans le profit, les hommes sont réduits à n’être plus que des vecteurs économiques, il y a trop d’hommes et ils ne comptent plus du tout, l’esprit critique n’est plus possible, remplacé par j’aime, je partage et lui, il se demande si ça sert encore à quelque chose d’écrire.

Une envie de lecture suscitée par CathuluEmeraude et In cold blog. Ce jour-même, l’avis de Clara.

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31 réflexions au sujet de « Pia Petersen, Un écrivain, un vrai »

  1. je ne la connais pas. en ce moment je suis en train de lire un écrivain danois que je ne connaissais pas pour la première fois (4 jours en mars de Jens Christian Grøndahl ). Je ne sais pas si tu as déjà lu.

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  2. Non seulement, la situation du roman est analysée avec acuité et intelligence mais plutôt que de se contenter de dénoncer une situation absurde, l’auteur pose de vraies questions. Dommage que tu te sois perdue dans les repères temporels…

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