littérature Europe de l'Ouest·rentrée automne 2017

Martin Suter, Éléphant

elephant« Schoch s’était avoué depuis longtemps qu’il était alcoolique. Mais un alcoolique contrôlé, ne cessait-il de se dire. Il pouvait arrêter quand il voulait, cela s’était déjà avéré à plusieurs reprises. Il avait arrêté et, parce qu’il y était parvenu, il avait recommencé. Il arrêterait totalement le jour où il aurait une bonne raison de le faire.
Un éléphant rose était-il une bonne raison ? »
Je tente de surmonter ma flemme pour vous parler aujourd’hui de ce roman original, mais sur lequel on peut se faire de fausses idées, l’imaginer loufoque et complètement barré, ce qui n’est pas le cas. Oui, le petit éléphant rose que Schoch, sans-abri de Zurich, découvre un matin au réveil dans la grotte qui constitue son abri au bord de la rivière n’est pas une hallucination, ni un jouet, il est bien réel. C’est une discussion sur la génétique avec un scientifique, qui lui a affirmé que des modifications génétiques permettraient d’obtenir un éléphant nain rose et fluorescent, qui a donné l’idée de ce livre à Martin Suter.

« Il la porta sur la table du microscope. Solennellement, car ce qu’il tenait en main était le résultat de nombreuses années de travail, la raison pour laquelle il s’était endetté jusqu’au cou… »
Une bonne idée ne suffit pas à faire un bon roman, et pourtant, dans ce cas, cela fonctionne parfaitement, grâce à la construction travaillée au millimètre, qui alterne le présent où Schoch découvre l’éléphant, avec le passé, où Roux, un généticien, tente des manipulations dont le but n’est pas uniquement l’avancée de la science. Ajoutez à ces personnages d’autres SDF, un patron de cirque, un cornac birman qui chuchote à l’oreille des éléphants, une vétérinaire engagée, un chinois qui ne recule devant rien… et vous obtenez un thriller passionnant. Ce n’est pas si souvent que le personnage principal, celui pour lequel on craint le plus, est un petit éléphant rose !


« Au Soleil, on pouvait s’asseoir, et le café était meilleur. Il fallait certes s’habituer un peu aux sentences pieuses accrochées un peu partout dans ce petit bistrot sans ornement, mais quand un sans-abri devait choisir entre supporter les bondieuseries et payer son café à prix d’or, il ne réfléchissait pas longtemps. »
Je n’ai jamais été déçue par les romans de cet auteur suisse. Il excelle à changer à chaque fois d’univers, faisant entrer dans un roman des recherches documentaires pointues sur le thème de la mémoire, des drogues ou de l’économie, de manière fine et pédagogique, sans jamais provoquer l’ennui du lecteur. Son art d’entrer directement dans le vif du sujet et de maintenir la tension d’un bout à l’autre du livre se retrouve de romans en romans, que j’ai presque tous lus, sauf la série des Allmen, plus légers, je crois.
Toute la subtilité de l’auteur est mise au service de la psychologie des personnages. Schoch reste le plus intrigant, et permet à l’auteur de traiter avec délicatesse du sujet de l’alcoolisme et de l’existence des sans-abris, mais les autres acteurs de ce thriller ne manquent pas d’intérêt non plus.
Si je recommande ? Oui, bien sûr, et nul besoin d’être prêt à gober des fantasmagories, tout est parfaitement réaliste dans ce roman, et relève à peine d’une très légère anticipation, dont on ne souhaite pas qu’elle devienne réalité.

Éléphant de Martin Suter (Elefant, 2017) éditions Christian Bourgois (août 2017) traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, 356 pages

Les chroniques de A girl from earth, Jérôme et Violette.
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27 réflexions au sujet de « Martin Suter, Éléphant »

  1. Une idée originale pour un roman prenant, qui nous amène à réfléchir sur les dérives possibles (et avérées) des manipulations génétiques. C’était le premier livre de cet auteur que je lisais et j’ai beaucoup apprécié aussi !

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    1. Contrairement à toi, je connaissais l’auteur (j’ai beaucoup aimé Small world, Le diable de Milan, Un ami parfait…) et à chaque fois, il a su me surprendre !

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  2. j’ai eu une énorme déception avec un de ses romans « le temps, le temps » mais j’avais bien aimé « le cuisinier » et « small world » alors je me méfie de cet auteur .

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      1. Je viens de le finir et je suis plus que sceptique ! Le sujet est alambiqué, et je n’ai guère trouvé ça passionnant… On attend une fin surprenante, bien sûr, on l’a, mais 300 pages pour ça, pffff !!! Je rejoins donc Luocine sur ce roman.

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  3. Il est franchement épatant cet auteur. Arriver à accrocher son lecteur sur des histoires les plus improbables (et plus profondes qu’il n’y paraît), en donnant l’impression que tout est parfaitement normal, il faut le faire ! Il faudrait que je poursuive ma découverte de son univers.

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  4. Pas loufoque du tout, non, contrairement à ce que le point de départ pourrait laisser penser. J’ai découvert l’auteur avec ce titre et je ne compte pas en rester là avec lui !

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  5. Pour ma part, je ne l’ai jamais lu. Mais, du coup, puisque tu le connais bien, avec lequel de ses romans conseillerais-tu de le découvrir ? Celui-ci ou un autre ?

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