Publié dans littérature Amérique du Nord

Loïs Lowry, Le passeur

passeurJ’ai un petit faible pour les dystopies, et leurs futurs pas très encourageants, et parmi elles, je ne dédaigne pas les romans pour la jeunesse. En effet, je trouve que dans ce domaine particulièrement, la clarté à présenter les situations me convient mieux que des enchaînements de circonstances alambiqués où je me perds, faute de repères propres à la société telle qu’on la connaît. Comme cela fut le cas récemment avec Espace lointain de Jaroslav Melnik, passionnant de prime abord, mais où je me suis égarée dans des rebondissements trop complexes.

« Bien que cette discussion avec ses parents l’eût rassuré, il n’avait pas la moindre idée de l’attribution que les sages lui gardaient en réserve, ni de ce qu’il en penserait le jour venu. »

Loïs Lowry présente de manière simple la vie du jeune Jonas, presque douze-ans, au cours d’une journée quasi comme les autres, et cette manière d’installer les choses me va tout à fait. La société où vit Jonas a tout prévu pour le bien-être de ses citoyens, de la naissance au mariage, des études à la vieillesse. Rien n’est laissé au hasard, rien n’est vraiment choisi, si ce n’est pas un comité des Sages qui décide du métier de chacun, de la formation des couples, du moment d’être « élargi », une forme d’éloignement de la société laissée volontairement dans le flou. Personne ne s’insurge contre cet état de fait, ne connaissant pas d’autre modèle de société. À l’âge de douze ans intervient un moment important, où les enfants se voient signifier leur futur métier par le comité des sages. Jonas appréhende un peu ce passage, qui va décider de la suite de sa vie.

« – Tout à fait dangereux, répliqua Jonas avec assurance. Et si on les autorisait à choisir leur conjoint ? Et s’ils faisaient le mauvais choix ? Ou si, poursuivit-il en riant presque devant l’absurdité d’une telle hypothèse, ils choisissaient leur métier ? »

Je ne vous en dirai pas trop sur les rouages de cette société et sur le rôle de « passeur » dévolu à Jonas. La vie imaginée par Loïs Lowry pourrait être une utopie, mais au fur et à mesure que Jonas découvre tout ce qui a été effacé de la mémoire collective pour parvenir à cette société idéale, et commence à avoir quelques doutes, ténus mais insistants, le lecteur se représente parfaitement à quel point cette communauté a tout d’un modèle totalitaire, sous des dehors aimables.
La construction du roman rend sa lecture parfaitement addictive, et les questions posées sont pertinentes et trouvent des échos dans la société actuelle, même si nous n’en sommes pas à ce point de prise en charge, et fort heureusement ! Vouloir le bonheur des gens contre leur gré, ou sans leur accord, peut mener à des dérives bien sombres… Un roman passionnant que l’on peut recommander dès le collège, à mon avis, et qui peut donner lieu à des discussions fertiles.

Le passeur de Loïs Lowry (The Giver, 1994), édition L’école des Loisirs (2016) traduction de Frédérique Pressmann, 210 pages


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38 commentaires sur « Loïs Lowry, Le passeur »

    1. Je ne lis pas assez de science-fiction pour ne pas me perdre dans certains romans contemporains qui s’adressent à des amateurs éclairés… dommage ! Mais ce n’est pas le cas pour celui-ci, qui me va très bien !

      Aimé par 1 personne

  1. J’ai commencé par voir le film, avec Jeff Bridges et Meryl Streep (et Alexander Skarsgard) sorti en 2014. Je suis un peu restée sur ma faim, aussi quand j’ai vu qu’il était adapté d’un roman, je l’ai emprunté à la bibli. Comme toi, généralement j’accroche bien aux dystopies pour ados. Et là aussi ce fut le cas. Je rejoins totalement ton analyse. Le truc excellent c’est que mon fils l’étudie cette année en classe de troisième ^^ Après la promesse de l’aube et Ça t’apprendra à vivre de Jeanne Benameur. Sa prof de français a je trouve des choix tout à fait intéressants !

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    1. Je ne me souvenais pas avoir entendu parler du film… cela ne me tente pas des masses.
      Ton fils semble avoir bien de la chance, au vu des livres qu’il étudie (je viens de lire aussi La promesse de l’aube) et nul doute que ce roman ait donné lieu à des discussions intéressantes !

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  2. J’aime beaucoup aussi les dystopies. Ce roman, ça fait un moment que je me dis que je dois le lire ! Comme il est en jeunesse et que cette année, je m’y remets un peu, je vais peut-être le caser, tiens !

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  3. Lu suite a une recommandation de ma fille qui l’a lu quand elle était en 4eme 🙂
    La tétralogie est très bien
    Mon tome préférée est « l’élue  » et son héroïne Kira
    j’ai souvenir que les deux derniers sont plus sombres ….
    Bon dimanche

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