Publié dans littérature Amérique du Nord, premier roman, sortie en poche

Cynthia Bond, Ruby

rubyPour eux, il n’y avait rien de remarquable chez Ephram. Il n’était qu’une silhouette floue qui croisait la trajectoire d’un œil en route vers des visions plus délicates et plus intéressantes.
Je prévois de lire ce livre depuis que j’ai écouté son auteure aux Assises internationales du Roman en 2016, et voici enfin que je réalise ce projet !
Imaginez la petite ville de Liberty, ou plus précisément de Liberty Township, à l’est du Texas, proche de la Louisiane. Quelques maisons, aucune activité culturelle, peu de travail. Sa communauté s’y retrouve fréquemment à l’église, notamment Célia, pilier de la communauté, avec son frère Ephram, qu’elle a élevé « depuis le 28 mars 1937, le jour où leur mère avait débarqué toute nue au pique-nique pascal de l’église de la Sainteté-en-Son-Nom. » Ephram est fasciné, depuis qu’il est enfant, par Ruby, sa beauté, sa fragilité, son étrangeté aussi. Mais Ruby est partie de longues années à New York, pour essayer de retrouver sa mère, et Ephram ne la revoit que lorsqu’elle rentre plusieurs décennies plus tard, à Liberty, et s’y installe dans une cabane isolée. On dit qu’elle est possédée, mais aussi que des hommes de la ville s’arrêtent parfois, la nuit, dans cette masure…

Ruby sentit la solitude avant qu’elle ne fût là. Sut que, en dépit de tout ce qu’elle allait devoir affronter quand elle quitterait cette petite baraque, la solitude serait le pire.
Le roman couvre une quarantaine d’années, de l’enfance de Ruby et Ephram, jusqu’au moment du retour de Ruby. Du jeune âge des deux protagonistes principaux, on ne sait pas tout immédiatement, mais les choses s’expliquent petit à petit, notamment dans la dernière partie.
Quelle atmosphère créée par l’écriture ! Le mélange de misère, de violence raciste et de mysticisme vaudou en fait un roman très fort, mais aussi très dur à supporter. Certains passages sont vraiment très beaux et d’autres, très douloureux, laissent la gorge nouée. L’histoire aurait peut-être gagné à être plus resserrée, plus sobre aussi par moments, mais le destin de la petite Ruby ne peut pas laisser indifférent. L’histoire d’amour entre Ephram et Ruby, si improbable et difficile soit-elle, sert à la fois de fil conducteur et de respiration tout au long du roman. J’ai eu une certaine tendresse pour le personnage d’Ephram qui vient heureusement contrebalancer les autres portraits masculins, loin d’être irréprochables.
Quant à l’aspect surnaturel de l’histoire, si je n’ai eu aucun mal à comprendre l’image des esprits des enfants disparus que Ruby porte en elle, je suis restée plus imperméable aux scènes parfois longues avec le Dybou, esprit maléfique qui hante Ruby et l’empêche de mener une vie normale. Je comprends toutefois l’intention de l’auteure, et reste admirative devant le résultat final, dur, dérangeant, mais aussi particulièrement poignant.

 

Ruby de Cynthia Bond (2014) éditions Christian Bourgois, 2015, traduit par Laurence Kiefé, 414 pages.

Je rejoins l’avis de Clara.

Cette lecture participe à l’Objectif PAL 2018 chez Antigone et au projet d’Enna, « African american history month challenge » où je vous conseille d’aller jeter un coup d’œil !
obj_PAL2018 black history month logo

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39 commentaires sur « Cynthia Bond, Ruby »

  1. Les esprits sont une thématique qu’on retrouve dans d’autres romans afro-américains (comme « Beloved » de Toni Morrison, c’est peut-être un héritage culturel des origines africaines. En tout cas ton avis montre que c’est un roman complexe mais fort! Merci de ta participation!

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  2. Quelque chose me dit que j’aimerais, mais d’abord, il faut que je fasse une pause dans les livres des USA avec du glauque dedans … Mon blog étant toujours en retard sur mes lectures, cela ne s’y voit pas, mais en fait j’y baigne !

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    1. J’attends de voir ces romans américains glauques… parfois, j’aime, mais point trop n’en faut. Enfin, quand on voit que tout mes derniers coups de cœur ou presque, sont originaires des États-Unis !

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  3. J’ai beaucoup de mal avec la présence des esprits , sinon ce roman me tentait mais je crois que les romans sombres sont,en ce moment, ceux qui m’attirent le moins et ceux que l’on me conseille le plus ! curieux paradoxe!

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  4. Je l’ai dans ma pile à lire depuis sa sortie je crois ! Il me fait toujours très envie mais j’hésite encore à me plonger dans l’histoire. Ce que tu en dis me confirme que cela devrait me plaire.

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